L’essentiel
- Une pension sur neuf est liquidée avec une erreur de calcul (Cour des comptes, mai 2026), le plus souvent liée à des données de carrière manquantes qui minorent la pension. Le premier réflexe reste de vérifier son relevé avant de partir.
- Sept des huit leviers portent sur la retraite déjà cotisée (trimestres oubliés, taux plein, majorations, cumul, rachat, minima) : de l’argent qui revient de droit, à condition d’aller le chercher avec la bonne démarche.
- Mis bout à bout, ces leviers représentent souvent plusieurs dizaines d’euros par mois à vie, parfois plusieurs milliers d’euros sur l’ensemble de la retraite. La plupart se cumulent.
Chaque levier, avec la démarche exacte
Le guide retraite ADCF : formulaires, délais et lettres prêtes à envoyer, chiffré 2026
Chaque année, des milliers de Français liquident leur retraite avec une pension plus basse que celle à laquelle ils ont droit. Rarement de quelques euros : souvent de plusieurs dizaines, parfois de plusieurs centaines d’euros par mois, et cela à vie. Le rapport de certification des comptes de la Sécurité sociale publié par la Cour des comptes le 13 mai 2026 chiffre le phénomène : une pension nouvellement attribuée sur neuf comporte au moins une erreur de portée financière, presque toujours au détriment du futur retraité. Le point commun de ces pertes, c’est qu’elles étaient presque toutes évitables, à condition de les repérer avant de signer. Huit leviers légaux permettent d’augmenter une pension, que le départ soit proche ou déjà passé. Le premier consiste précisément à traquer ces erreurs de calcul.
Les huit leviers pour augmenter sa retraite
Les sept premiers leviers concernent la retraite obligatoire, celle déjà cotisée tout au long de la carrière. Le huitième relève de l’épargne personnelle. Chacun se joue à un moment précis et selon des règles chiffrées, reprises ci-dessous une par une avec la démarche associée.
1. Corriger son relevé de carrière
La pension se calcule à partir du relevé de carrière, trimestre par trimestre et salaire par salaire. C’est le document fondateur, et c’est aussi celui qui concentre les erreurs. Selon la Cour des comptes, une pension sur neuf part avec une anomalie, dans l’immense majorité des cas en défaveur de l’assuré : un trimestre oublié, une année vide, un salaire mal reporté. Chaque trimestre manquant se traduit soit par une décote, soit par une pension calculée sur une carrière plus courte, donc par de l’argent en moins chaque mois.
Lire son relevé et signaler les anomalies avant le départ
Le relevé se consulte sur le compte personnel d’info-retraite.fr, qui rassemble tous les régimes. Le service « corriger ma carrière », ouvert à partir de 55 ans, permet de signaler un emploi manquant ou une incohérence : les régimes concernés sont alertés et le suivi se fait en ligne. La règle est simple : presque tout se corrige, mais bien plus facilement avant la liquidation qu’après. Repérer et faire rectifier les trimestres manquants du relevé reste la démarche la plus rentable de toutes.
2. Récupérer les trimestres gagnés sans le savoir
Beaucoup de périodes valident des trimestres sans cotisation classique, et ces trimestres manquent souvent au relevé. Le chômage est le plus gros gisement : jusqu’à 6 trimestres pour une première période non indemnisée, et jusqu’à 20 trimestres, soit 5 années, pour un chômage de fin de carrière après 55 ans. La maladie, l’invalidité et le service national comptent aussi, chacun dans la limite de 4 trimestres par an. La maternité vaut au minimum un trimestre par congé. À cela s’ajoutent des dispositifs plus anciens que presque personne ne réclame, comme les TUC des années 1980 et certains stages de formation, désormais déclarables depuis l’espace personnel de l’Assurance retraite.
| Période | Trimestres validés |
|---|---|
| Chômage non indemnisé (1re période) | jusqu’à 6 |
| Chômage de fin de carrière (après 55 ans) | jusqu’à 20 (5 ans) |
| Maladie | jusqu’à 4 par an |
| Invalidité | jusqu’à 4 par an |
| Service national | jusqu’à 4 |
| Maternité | au moins 1 par congé |
| TUC et stages (1 par 50 jours) | jusqu’à 4 par an |
Chaque trimestre récupéré rapproche du taux plein, c’est-à-dire du moment où le nombre de trimestres suffit pour partir sans pénalité. Encore faut-il le réclamer avec la bonne attestation : ces droits sont acquis, mais ils ne remontent pas seuls sur le relevé.
3. Partir au bon moment
C’est sans doute le levier le plus puissant, et tout tourne autour du taux plein. Partir avant de l’avoir atteint déclenche une décote définitive ; travailler au-delà ouvre une surcote. Au régime général, la décote retire 0,625 point au taux de liquidation par trimestre manquant : le taux plein de 50 % tombe ainsi jusqu’à 37,5 % au bout de 20 trimestres, soit une pension amputée d’environ 1,25 % par trimestre. La surcote, elle, majore la pension de 1,25 % par trimestre cotisé au-delà du taux plein, soit 5 % par an, sans plafond.
Ce que coûte, ou rapporte, une année de décalage
Sur une pension de 1 500 € par mois, partir un an trop tôt représente quatre trimestres de décote, soit 5 % en moins, c’est-à-dire 75 € par mois retirés à vie, près de 22 500 € sur une retraite de 25 ans. Dans l’autre sens, une année de surcote ajoute ces mêmes 75 € chaque mois. Décaler un départ de quelques mois peut ainsi tout changer. L’enjeu n’est pas de partir le plus tôt possible, mais de trouver la date qui rapporte le plus, quitte à combiner ce calcul avec l’un des dispositifs de départ anticipé ouverts à certaines carrières.
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4. Activer les majorations liées aux enfants
Chaque enfant ouvre droit à 8 trimestres au régime général : 4 au titre de la maternité, réservés à la mère, et 4 au titre de l’éducation. Pour les enfants nés depuis 2010, 2 des trimestres d’éducation reviennent d’office à la mère, mais les 2 autres peuvent aller au père ou être partagés. Ce choix se joue dans les 6 mois qui suivent le 4e anniversaire de l’enfant. Passé ce délai, l’attribution est verrouillée et, sans démarche, les 2 trimestres restent à la mère. Beaucoup de pères comptent les récupérer au moment de la retraite : c’est vingt ans trop tard.
Pour deux enfants, ces majorations pèsent 16 trimestres, soit quatre années d’assurance, parfois exactement ce qui fait repasser au-dessus de la décote. S’y ajoutent l’assurance vieillesse des parents au foyer, qui valide des trimestres pendant les périodes consacrées aux enfants, et une majoration de 10 % de la pension pour les parents ayant eu ou élevé au moins 3 enfants. Ces droits figurent parmi les plus mal attribués : vérifier leur présence sur le relevé et sur la notification suppose de connaître précisément les trimestres accordés par enfant.
5. Reprendre une activité avec le cumul emploi-retraite
Depuis le 1er septembre 2023, reprendre une activité une fois la retraite mise en paiement peut ouvrir une seconde pension. En cumul intégral, les nouvelles cotisations ne sont plus perdues : elles créent des droits, dans la limite de 5 % du plafond de la Sécurité sociale, soit 2 403 € par an en 2026 (le plafond annuel s’établissant à 48 060 €), auxquels s’ajoutent de nouveaux points de complémentaire. Ce mécanisme ne vaut que pour le cumul intégral, réservé à ceux qui ont déjà le taux plein. En cumul plafonné, les cotisations ne rapportent rien : la vérification de sa situation s’impose avant toute reprise.
Une date mérite l’attention : le 1er janvier 2027. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 réserve le cumul intégral sans limite aux 67 ans et plus. Avant 67 ans, les revenus d’activité seront plafonnés, avec une réduction de la pension à hauteur de la moitié du dépassement. Le seuil chiffré reste renvoyé à un décret non publié à l’été 2026, et la mesure ne concernera que les pensions prenant effet à partir de cette date. Pour qui prévoit de travailler après la retraite, partir juste avant ou juste après ce basculement peut modifier les droits ouverts par le cumul emploi-retraite après la réforme.
6. Racheter des trimestres manquants
Le versement pour la retraite permet d’acheter jusqu’à 12 trimestres, au titre des années d’études ou des années incomplètes, pour effacer une décote ou allonger la durée d’assurance. Deux options existent : le rachat du taux seul, le moins cher, qui agit sur la décote, et le rachat du taux et de la durée, environ moitié plus coûteux. Le prix dépend de l’âge et des revenus : plus le rachat est réalisé jeune, moins il coûte. Pour l’option taux seul, un trimestre revient à 2 631 € à 40 ans et 4 454 € à 60 ans, la fourchette générale allant de 1 055 à près de 6 684 €. Les sommes versées sont déductibles du revenu imposable, ce qui réduit la facture réelle.
Le rachat n’est pas toujours une bonne affaire. Parfois, quelques mois de travail supplémentaires produisent le même effet pour moins cher. Un trimestre racheté est rentable s’il évite une décote pendant vingt ans de retraite ; il est perdu s’il ne change rien au taux. Avant tout versement, le calcul de rentabilité est indispensable, comme le détaille le dossier consacré au rachat de trimestres.
7. Réclamer les minima de pension
Deux dispositifs relèvent les petites pensions. Le minimum contributif porte la retraite de base d’une personne ayant travaillé avec de faibles salaires jusqu’à 903,93 € par mois lorsque tous les trimestres retenus ont été cotisés (756,29 € dans sa version de base). L’ASPA, ou minimum vieillesse, garantit pour sa part 1 043,59 € par mois à une personne seule et 1 620,18 € à un couple, sous condition de ressources. Pour un retraité ne touchant que 700 € de pension, l’ASPA complète ainsi jusqu’à 1 043,59 €, soit près de 344 € de plus chaque mois.
Le problème est celui du non-recours. Le minimum contributif est parfois absent des notifications, et selon la DREES (données 2016), près d’une personne seule éligible sur deux ne demande jamais l’ASPA, souvent par crainte d’une reprise sur l’héritage. Or cette récupération ne se déclenche qu’au-delà de 108 586 € d’actif net successoral en métropole (150 000 € dans les départements d’outre-mer). Pour la plupart des foyers concernés, il s’agit donc d’un revenu laissé de côté sans raison. Encore faut-il distinguer les deux aides, ce que clarifie la comparaison entre minimum contributif et ASPA, avant de déposer un dossier auprès de sa caisse.
8. Compléter avec sa propre épargne
Les sept premiers leviers agissent sur la retraite obligatoire. Le huitième la complète par l’épargne, là où les autres ne peuvent plus rien. Le plan d’épargne retraite permet de déduire les versements du revenu imposable, au minimum 4 710 € par an (le plancher), et jusqu’à environ 37 680 € pour les revenus les plus élevés, dans la limite de 10 % des revenus professionnels et de 8 plafonds de la Sécurité sociale. Cet avantage n’a d’intérêt que pour un foyer imposable, et l’épargne reste bloquée jusqu’à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé comme l’achat de la résidence principale. L’assurance vie offre une alternative plus souple. Dans les deux cas, la comparaison des frais et le choix entre un PER et une assurance vie conditionnent le rendement réel.
Récapitulatif des huit leviers
| Levier | Ce qu’il peut apporter | Moment |
|---|---|---|
| Corriger le relevé de carrière | éviter une décote sur un trimestre oublié | avant le départ |
| Récupérer les trimestres assimilés | jusqu’à 20 trimestres (chômage), 4 par an (maladie) | avant le départ |
| Partir au bon moment | 5 % de pension par année de décalage, à vie | au moment du départ |
| Majorations liées aux enfants | 8 trimestres par enfant, 10 % dès 3 enfants | avant le départ |
| Cumul emploi-retraite | seconde pension jusqu’à 2 403 € par an | après le départ |
| Rachat de trimestres | effacer une décote (2 631 à 4 454 € le trimestre) | avant le départ |
| Minima de pension | jusqu’à 903,93 € (MICO) ou 1 043,59 € (ASPA) par mois | au dépôt du dossier |
| Épargne (PER, assurance vie) | complément défiscalisé, déduction dès 4 710 € | pendant la vie active |
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Le guide retraite ADCF : la démarche exacte, les formulaires et les lettres prêtes à envoyer pour chaque droit
Questions fréquentes sur l’augmentation de sa retraite
Chaque trimestre manquant réduit la pension à vie. Un trimestre non validé au régime de base fait perdre environ 1,25 % du montant et pèse aussi sur la durée d’assurance retenue. Une pension sur neuf étant liquidée avec une erreur (Cour des comptes, mai 2026), le contrôle du relevé sur info-retraite.fr avant le départ est le geste le plus rentable.
Le chômage (jusqu’à 6 trimestres pour une première période non indemnisée, jusqu’à 20 après 55 ans en fin de carrière), la maladie, l’invalidité et le service national (jusqu’à 4 trimestres par an chacun), la maternité (au moins un trimestre par congé), ainsi que les TUC des années 1980 et certains stages, à déclarer depuis l’espace personnel de l’Assurance retraite.
Cela dépend de la situation. Le rachat coûte de 1 055 à près de 6 684 € par trimestre selon l’âge, les revenus et l’option (2 631 € à 40 ans, 4 454 € à 60 ans pour l’option taux seul), et il est déductible du revenu imposable. Il devient rentable s’il supprime une décote appliquée pendant vingt ans de retraite. Parfois, quelques mois de travail en plus produisent le même résultat pour moins cher.
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 réserve le cumul intégral sans limite aux 67 ans et plus. Entre l’âge légal et 67 ans, les revenus d’activité seront plafonnés, avec une réduction de la pension à hauteur de la moitié du dépassement. Le seuil précis reste fixé par un décret non paru à l’été 2026, et la réforme ne vise que les pensions prenant effet à partir du 1er janvier 2027.
Le minimum contributif porte la pension de base d’une personne ayant cotisé avec de petits salaires jusqu’à 903,93 € par mois. L’ASPA (minimum vieillesse) garantit 1 043,59 € par mois à une personne seule ayant peu ou pas cotisé, sous condition de ressources. L’ASPA est récupérable sur la succession, mais seulement au-delà de 108 586 € d’actif net.
Sources : Cour des comptes (Certification des comptes du régime général de sécurité sociale, exercice 2025, 13 mai 2026) ; service-public.gouv.fr (décote et surcote F19666/F19643, minimum contributif, ASPA F16871, versement pour la retraite F15675) ; lassuranceretraite.fr (trimestres assimilés, chômage, parentalité, cumul emploi-retraite) ; info-retraite.fr (consultation et correction du relevé de carrière) ; DREES (non-recours au minimum vieillesse, données 2016) ; Légifrance (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, LFSS 2026, article 102 ; article L351-14-1 du code de la Sécurité sociale) ; circulaire CNAV 2026-04 (barème de rachat 2026) ; impots.gouv.fr (plafond de déduction du plan d’épargne retraite).





