L’essentiel
- La retraite de base se calcule selon une formule unique : revenu annuel moyen × taux × (durée d’assurance ÷ durée de référence). Le taux plein est de 50 %.
- Le revenu annuel moyen retient les 25 meilleures années, chacune plafonnée au plafond de la sécurité sociale (48 060 € en 2026) et revalorisée. Il ne s’agit donc jamais d’une simple moyenne des salaires.
- Deux leviers font varier le taux : la décote (1,25 % par trimestre manquant) et la surcote (1,25 % par trimestre travaillé en plus). La base est plafonnée à 2 002,50 € par mois.
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Deux personnes qui ont gagné exactement le même salaire toute leur vie peuvent partir avec des pensions différentes de plusieurs centaines d’euros par mois. La raison tient à la formule de calcul de la retraite de base, et surtout à ses variables cachées : l’année de naissance, le nombre de trimestres, l’âge de départ. Comprendre ce mécanisme permet de savoir où se joue réellement le montant, et d’éviter les pertes définitives. Voici la formule complète, chaque composante expliquée à la source, et un exemple chiffré, sans oublier de vérifier au passage les trimestres manquants sur le relevé de carrière.
La formule du calcul de la retraite de base
La retraite de base du régime général, celui des salariés du privé, repose sur une seule équation, la même pour tous. Elle combine ce qui a été gagné, la façon dont on part, et la durée de la carrière.
Chacune de ces trois composantes obéit à des règles précises, souvent mal comprises. C’est là que se creusent les écarts.
Le revenu annuel moyen : les 25 meilleures années
Première composante, le revenu annuel moyen. Pour les personnes nées à partir de 1948, la caisse retient les 25 années civiles où le revenu soumis à cotisations a été le plus élevé. Le nombre d’années retenues était plus faible pour les générations antérieures, monté progressivement d’une année par génération, comme le détaille le tableau suivant.
| Année de naissance | Années retenues |
|---|---|
| Avant 1934 | 10 |
| 1934 à 1947 | de 11 à 24 (une de plus par génération : 1934 → 11, 1940 → 17, 1947 → 24) |
| 1948 et après | 25 meilleures années |
Trois règles rendent ce revenu moyen très différent d’une simple moyenne de salaires :
- Chaque année est plafonnée au plafond de la sécurité sociale de l’année concernée (48 060 € en 2026) : un très haut revenu une année n’est retenu qu’à hauteur de ce plafond.
- Les revenus anciens sont revalorisés par des coefficients au moment du départ, si bien qu’un salaire de 1995 est réévalué avant d’entrer dans le calcul.
- Le congé maternité compte à 125 % pour les congés débutant à compter du 1er janvier 2012 (un salaire forfaitaire s’applique avant), une règle rarement signalée qui avantage les femmes.
Cette mécanique a une conséquence rassurante : seules les 25 meilleures années comptent, si bien que les années de petits salaires, de temps partiel ou de début de carrière sont écartées du calcul dès lors que la carrière est assez longue. À l’inverse, une année de revenu élevé mais incomplète peut figurer parmi les 25 retenues. La revalorisation, elle, évite que l’inflation n’écrase la valeur des revenus anciens : un salaire perçu en 1995 est réévalué par un coefficient officiel avant d’entrer dans la moyenne, ce qui explique qu’un relevé affichant de vieux salaires modestes puisse déboucher sur un revenu moyen plus élevé qu’attendu.
Le taux : 50 % au maximum, la décote et la surcote
Deuxième composante, le taux. Le maximum, dit taux plein, est de 50 %. Il s’obtient en réunissant la durée d’assurance requise, ou automatiquement à 67 ans quelle que soit la carrière. Faute de taux plein, deux mécanismes opposés s’appliquent.
La décote, quand il manque des trimestres
La décote retire 1,25 % par trimestre manquant, soit 0,625 point sur le taux de 50 %. Le nombre de trimestres retenus est le plus favorable entre l’écart à la durée requise et l’écart à l’âge du taux plein, dans la limite de 20. En pratique, pour les générations qui liquident aujourd’hui, nées de 1961 à 1968, la décote est bornée par l’écart jusqu’à 67 ans (une douzaine de trimestres au plus), si bien que le taux ne descend guère sous 42,5 % ; le plancher théorique de 37,5 % ne concerne que des générations plus anciennes. La décote est annulée à 67 ans, âge du taux plein automatique pour les personnes nées à partir de septembre 1961 (65 ans pour certaines catégories, comme les anciens inaptes ou les anciens combattants).
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La surcote, quand on travaille plus longtemps
À l’inverse, la surcote ajoute 1,25 % par trimestre travaillé au-delà de l’âge légal une fois le taux plein atteint, sans plafond. Une majoration spécifique existe d’ailleurs au titre des enfants, détaillée dans le guide de la surcote parentale.
Deux âges à ne pas confondre
L’âge légal, porté à 64 ans par la réforme de 2023, est l’âge à partir duquel le départ devient possible. L’âge du taux plein automatique, fixé à 67 ans, est celui où la décote disparaît quelle que soit la durée cotisée. Entre les deux, partir sans réunir tous ses trimestres déclenche la décote. Certaines situations ouvrent malgré tout le taux plein dès l’âge légal, sans condition de durée : l’inaptitude au travail, le handicap reconnu, ou le statut d’ancien combattant, de prisonnier de guerre ou de déporté.
La durée d’assurance et la proratisation
Troisième composante, la durée d’assurance. Même au taux plein, la pension est proratisée : elle est multipliée par le rapport entre les trimestres acquis au régime général et la durée de référence, qui dépend de l’année de naissance (jusqu’à 172 trimestres, soit 43 ans, un seuil abaissé pour certaines générations par la loi de financement 2026). Il y a donc une double peine à partir incomplet : le taux baisse par la décote, et le montant baisse une seconde fois par la proratisation.
Cette durée d’assurance ne se limite pas aux trimestres cotisés en travaillant. Elle intègre aussi les périodes assimilées (chômage indemnisé, maladie, maternité, service national) et les majorations de durée, notamment pour enfants. Chaque année civile permet de valider au maximum quatre trimestres : il faut avoir cotisé sur 1 803 € en 2026 pour valider un trimestre, et sur quatre fois ce montant, soit 7 212 €, pour valider les quatre trimestres d’une année. Tous ces trimestres figurent sur le relevé de carrière. C’est pourquoi chaque trimestre compte, et pourquoi il est prudent de vérifier son relevé de carrière ligne par ligne, voire d’envisager un rachat de trimestres avant de partir.
Un exemple de calcul complet
Exemple chiffré
Une personne dont le revenu annuel moyen s’établit à 30 000 € (soit 2 500 € par mois en moyenne sur ses 25 meilleures années), avec une durée de référence de 172 trimestres.
Du brut au net, et le minimum garanti
Le montant obtenu par la formule est un montant brut. La pension nette est amputée des prélèvements sociaux : la CSG (au taux de 8,3 %, 6,6 %, 3,8 % ou 0 % selon le revenu fiscal de référence), la CRDS (0,5 %) et la Casa (0,3 %). Un retraité soumis au taux plein de CSG perd ainsi environ 9,1 % entre le brut et le net, tandis qu’un retraité modeste, exonéré, perçoit son brut intégral.
À l’autre extrémité, un plancher protège les petites pensions : le minimum contributif relève une retraite de base trop faible jusqu’à 756,29 € par mois en 2026, porté à 903,93 € pour une carrière suffisamment cotisée, sous condition de ressources. Enfin, la pension finale est majorée de 10 % pour les parents ayant élevé au moins trois enfants, une majoration qui s’ajoute au montant calculé.
Fonctionnaires, indépendants et complémentaire : d’autres calculs
Cette formule vaut pour la retraite de base des salariés du privé. D’autres régimes suivent une logique différente. Pour un fonctionnaire, la pension se calcule sur le dernier traitement indiciaire des six derniers mois, pas sur les 25 meilleures années. Un indépendant relève désormais du régime général pour sa base, mais avec ses propres revenus cotisés. Et à cette retraite de base s’ajoute toujours la retraite complémentaire Agirc-Arrco, calculée en points, souvent aussi importante que la base pour un cadre. Pour une estimation selon la durée déjà travaillée, le détail figure dans notre article sur ce que rapporte la retraite après 5, 10, 20 ou 30 ans de carrière.
Questions fréquentes
Revenu annuel moyen × taux × (durée d’assurance ÷ durée de référence). Le taux plein est de 50 %, le revenu annuel moyen étant la moyenne des 25 meilleures années revalorisées.
Pour les personnes nées à partir de 1953, la caisse retient les 25 années les plus élevées, chaque année étant revalorisée puis plafonnée au plafond de la sécurité sociale, et en fait la moyenne.
Les revenus soumis à cotisations, plafonnés chaque année au PASS (48 060 € en 2026) puis revalorisés. Les indemnités de congé maternité comptent à 125 %.
2 002,50 € brut par mois en 2026 (50 % du plafond de la sécurité sociale), quel qu’ait été le salaire. Au-delà, seule la complémentaire prend le relais.
1,25 % par trimestre manquant (soit 0,625 point retiré au taux de 50 %), dans la limite de 20 trimestres : le taux ne descend jamais sous 37,5 %. La décote est annulée à 67 ans.
Sources : code de la sécurité sociale, articles R. 351-29 (revenu annuel moyen) et L. 351-1 (taux et durée) ; Assurance retraite (valeurs 2026, formule de calcul) ; circulaires Cnav 2017/27, 2007/19 et 2025/11 (règles de décompte du revenu annuel moyen) ; circulaire Cnav 2026/7 (âge du taux plein) ; loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (durée d’assurance).








