L’essentiel
- Depuis le 1er septembre 2023, une activité reprise en cumul emploi-retraite intégral n’est plus neutre : elle ouvre une seconde retraite de base, là où le cumul ne créait aucun droit nouveau auparavant.
- Cette pension est calculée au taux plein, mais plafonnée à 2 403 € par an en 2026 (5 % du plafond de la Sécurité sociale), soit environ 200 € par mois, et n’ouvre aucun avantage complémentaire.
- Elle n’est jamais versée automatiquement : il faut la demander, une seule fois par régime. Au 1er janvier 2027, le plafond et le délai de carence de six mois disparaissent.
- Pour un salarié du privé, la reprise alimente aussi, depuis le 1er janvier 2024, des points de retraite complémentaire Agirc-Arrco, sur les salaires jusqu’au plafond de la Sécurité sociale. Une seconde pension complémentaire, distincte de la base.
Michel a liquidé sa retraite fin 2024, à 63 ans, après une carrière complète. Quelques mois plus tard, il a repris un poste à mi-temps, autant pour l’activité que pour le complément de revenu. Chaque bulletin de paie prélève des cotisations vieillesse, et Michel est convaincu que cet argent ne lui rapportera rien : on lui a toujours dit qu’un retraité qui retravaille cotise à fonds perdu. Depuis le 1er septembre 2023, ce n’est plus vrai. Sous conditions, ces cotisations construisent une nouvelle pension, distincte de la première. Encore faut-il relever du cumul intégral, ce qui suppose un départ au taux plein, et surtout réclamer cette seconde retraite, car rien n’est versé sans demande.
Le cumul emploi-retraite ouvre de nouveaux droits depuis 2023
Pendant des décennies, la règle était sans ambiguïté : un retraité pouvait reprendre une activité, ses revenus étaient soumis aux cotisations sociales habituelles, mais ces cotisations ne lui ouvraient aucun droit nouveau. Elles finançaient le système sans jamais revenir à celui qui les versait. La loi de financement rectificative de la Sécurité sociale du 14 avril 2023 a rompu avec ce principe. Son article 26 a créé un dispositif inédit, codifié à l’article L161-22-1-1 du code de la Sécurité sociale : à compter du 1er septembre 2023, la reprise ou la poursuite d’une activité professionnelle permet d’acquérir de nouveaux droits à retraite.
Ces droits débouchent sur une pension distincte, que la doctrine nomme retraite personnelle issue d’un cumul emploi-retraite, et que l’on désigne plus simplement comme une seconde retraite. Une limite de taille l’accompagne : elle ne peut être attribuée qu’une seule fois dans chaque régime concerné. Un retraité qui reprend une activité, cesse, puis en reprend une autre ne se constitue pas plusieurs secondes retraites successives. La première liquidation de ce droit épuise la possibilité pour le régime en question.
Les conditions à réunir pour ouvrir une seconde retraite
Le droit n’est pas ouvert à tout retraité qui reprend une activité. Il suppose une situation précise, celle du cumul emploi-retraite intégral, et il se referme si certaines conditions de reprise ne sont pas respectées.
Relever du cumul emploi-retraite intégral
Seul le cumul intégral ouvre ce droit. Il suppose que l’assuré ait atteint l’âge légal en réunissant la durée d’assurance nécessaire au taux plein, ou l’âge du taux plein automatique, et qu’il ait liquidé l’ensemble de ses pensions de base et complémentaires, dans tous les régimes. Le retraité placé dans le cumul plafonné, faute de remplir ces conditions, ne se constitue aucune seconde retraite : ses cotisations restent sans contrepartie. Les activités prises en compte sont celles exercées depuis le 1er janvier 2023, un point de bascule à ne pas confondre avec l’entrée en vigueur du droit lui-même, fixée au 1er septembre suivant.
Le délai de six mois chez le dernier employeur
C’est le piège le mieux caché du dispositif. Pour les retraites prenant effet à compter du 1er novembre 2023, le salarié qui souhaite reprendre une activité chez son dernier employeur doit respecter un délai de six mois après le point de départ de sa première retraite. Reprise avant ce délai, l’activité exercée n’est tout simplement pas génératrice de droits : les mois travaillés ne construisent aucune seconde retraite, alors même que les cotisations continuent d’être prélevées. Le changement d’employeur, lui, n’impose aucune attente.
Le cas particulier des travailleurs indépendants
Les indépendants suivent une logique allégée. Là où le salarié doit cesser l’activité exercée dans le cadre du cumul pour percevoir sa seconde retraite, le travailleur indépendant en est dispensé : il peut continuer son activité et liquider malgré tout ce nouveau droit. Le délai de six mois chez le dernier employeur ne le concerne pas non plus, cette condition visant la relation salariée. Pour un artisan, un commerçant ou un professionnel qui poursuit son activité après avoir liquidé sa retraite, la seconde pension se construit sans avoir à s’arrêter.
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Le montant de la seconde retraite obéit aux règles habituelles de calcul, avec une contrainte qui en limite nettement la portée. Elle est déterminée à partir du taux, de la durée d’assurance et du revenu de la période travaillée après la première retraite. Le taux retenu est le taux plein, 50 %, sans décote possible. La durée d’assurance ne compte que les périodes ayant donné lieu à cotisations à la charge de l’assuré pendant cette reprise, à l’exclusion de toute période assimilée. Le revenu de référence est celui perçu entre l’ouverture du droit au cumul intégral et le point de départ de la seconde retraite.
Vient ensuite le plafond, et il change tout. Le montant de cette pension ne peut pas dépasser 5 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 2 403 € par an en 2026, environ 200 € par mois. Une reprise d’activité longue et bien rémunérée ne fait pas franchir ce seuil : au-delà, les cotisations versées n’augmentent plus la seconde retraite. À la différence de la surcote, qui majore la pension principale de façon proportionnelle sans butoir de ce type, la seconde retraite du cumul reste un complément volontairement borné. Elle n’ouvre droit à aucun avantage complémentaire ni aucune majoration, ni pour enfants ni pour tierce personne.
La complémentaire Agirc-Arrco ouvre aussi de nouveaux droits
La seconde retraite de base ne forme que la moitié du tableau. Pour un ancien salarié du privé, la reprise d’activité en cumul intégral construit aussi des droits à la retraite complémentaire Agirc-Arrco. Le régime l’a acté fin 2023, par une circulaire du 5 février 2024, sur le même principe que le régime de base : les cotisations prélevées sur l’activité reprise, au titre des périodes postérieures au 31 décembre 2022, ouvrent de nouveaux points, avec une pension complémentaire qui prend effet au 1er janvier 2024 au plus tôt.
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Une limite encadre ces points, symétrique du plafond de la retraite de base. Seules les cotisations assises sur la part du salaire allant jusqu’au plafond de la Sécurité sociale, la tranche 1, génèrent des droits nouveaux. La part située au-delà de ce plafond, la tranche 2, n’ouvre rien, même lorsqu’elle donne lieu à cotisations. Les conditions d’accès restent celles du cumul intégral déjà décrites, la liquidation de toutes les pensions et le taux plein. Cette pension complémentaire se demande et se calcule à part de la retraite de base, selon les règles en points du régime de retraite complémentaire Agirc-Arrco.
Une retraite qui n’est jamais versée sans démarche
C’est le point qui coûte le plus de droits, parce qu’il ne se voit pas. L’attribution de la seconde retraite n’a rien d’automatique. Aucun régime ne la déclenche de lui-même à la vue des cotisations encaissées. L’assuré doit la demander, au moyen d’un imprimé réglementaire dédié, commun à tous les régimes concernés. La caisse qui reçoit la demande en accuse réception et transmet une copie du dossier aux autres régimes intéressés, mais rien ne part sans ce premier geste.
Le point de départ de cette retraite est fixé au premier jour d’un mois, choisi par l’assuré. Il ne peut se situer ni avant la date de dépôt de la demande, ni avant le 1er septembre 2023. Un retraité qui a repris une activité en 2023 et attend plusieurs années avant de réclamer sa seconde retraite ne récupère donc pas rétroactivement les mois écoulés au-delà de sa demande. À la différence de la retraite progressive, qui se prépare avant la cessation d’activité, la seconde retraite se demande une fois la reprise menée à son terme, et cette demande conditionne tout.
Ce qui change au 1er janvier 2027
Le dispositif de 2023 était présenté comme une première étape, et une réforme récente en lève les deux principales limites. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, du 30 décembre 2025, modifie les règles du cumul pour les retraites prenant effet à compter du 1er janvier 2027. Deux verrous sautent : le plafond de 5 % du plafond de la Sécurité sociale, qui bornait la seconde retraite à environ 200 € par mois, et le délai de carence de six mois imposé en cas de reprise chez le dernier employeur.
Concrètement, un retraité qui liquidera sa pension à partir de 2027 pourra reprendre une activité, y compris chez son ancien employeur et sans attendre, et se constituer une seconde retraite dont le montant suivra réellement les revenus tirés de cette activité. Le calcul de fond, taux plein et durée cotisée, ne bouge pas, mais le potentiel de la seconde retraite grandit fortement. Les modalités précises de cette évolution sont détaillées dans notre analyse des changements du cumul emploi-retraite prévus pour 2027.
Questions fréquentes sur la seconde retraite du cumul emploi-retraite
Oui, depuis le 1er septembre 2023. Un retraité qui reprend ou poursuit une activité dans le cadre d’un cumul emploi-retraite intégral acquiert de nouveaux droits, qui ouvrent une seconde retraite de base. Avant cette date, les cotisations prélevées sur l’activité d’un retraité ne créaient aucun droit supplémentaire. Ce droit ne s’ouvre qu’une seule fois dans chaque régime.
Elle est calculée au taux plein de 50 %, mais plafonnée à 5 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 2 403 € par an en 2026, environ 200 € par mois. Elle n’ouvre droit à aucun avantage complémentaire ni majoration. Ce plafond disparaît pour les retraites prenant effet à compter du 1er janvier 2027.
Elle n’est jamais attribuée automatiquement. L’assuré en fait la demande au moyen d’un imprimé réglementaire dédié, commun à tous les régimes concernés. Le point de départ est fixé au premier jour d’un mois, jamais avant la date de dépôt de la demande ni avant le 1er septembre 2023. Sans démarche, la pension n’est pas liquidée.
Il vise le salarié qui reprend une activité chez son dernier employeur, pour les retraites prenant effet à compter du 1er novembre 2023. L’activité ne génère de droits que si elle reprend au moins six mois après le point de départ de la première retraite. Reprise trop tôt, la période travaillée n’ouvre rien. Les indépendants ne sont pas soumis à cette contrainte.
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 supprime, pour les retraites prenant effet à compter du 1er janvier 2027, le plafond de 5 % du plafond de la Sécurité sociale et le délai de carence de six mois chez le dernier employeur. La seconde retraite devient alors nettement plus intéressante.
Oui, pour les salariés du privé. Depuis le 1er janvier 2024, la reprise d’activité en cumul intégral ouvre aussi des points de retraite complémentaire Agirc-Arrco, au titre des périodes postérieures au 31 décembre 2022. Seules les cotisations sur la part du salaire allant jusqu’au plafond de la Sécurité sociale (la tranche 1) génèrent des droits. Cette pension complémentaire se demande et se calcule séparément.
Sources : code de la Sécurité sociale, articles L161-22-1-1, L161-22-1, D161-2-22-1 et R161-19-3 (retraite personnelle issue d’un cumul emploi-retraite, conditions, plafond, demande, Légifrance) ; loi 2023/270 du 14 avril 2023 de financement rectificative de la Sécurité sociale, article 26 ; loi 2025/1403 du 30 décembre 2025 de financement de la Sécurité sociale pour 2026, article 102 ; Assurance retraite, base de doctrine (retraite personnelle issue d’un cumul emploi-retraite) et valeurs 2026 (plafond annuel de la Sécurité sociale) ; Agirc-Arrco, circulaire du 5 février 2024 (droits à retraite complémentaire acquis en cumul emploi-retraite).

