L’essentiel
- Le chiffre d’affaires d’un micro-entrepreneur ne compte pas en entier pour la retraite : la caisse retient le CA après un abattement de 71 %, 50 % ou 34 % selon l’activité. Il faut 1 803 € de revenu ainsi calculé pour valider un trimestre en 2026, soit 7 212 € pour quatre.
- Sur ce que verse un micro-entrepreneur en 2026, la part qui construit vraiment la retraite atteint 63,20 % de la cotisation pour une activité BIC (43,45 % de base et 19,75 % de complémentaire), contre 58,30 % auparavant.
- La réforme du 1er janvier 2026 a réduit la part de CSG au profit de la retraite. Les années où le revenu reste trop faible pour valider quatre trimestres se rattrapent par un rachat Madelin, dans la limite de six ans.
Camille, graphiste en micro-entreprise (le statut couramment appelé auto-entrepreneur) depuis huit ans, déclare 30 000 € de chiffre d’affaires par an. Elle pense cotiser pour une retraite à la hauteur de ce montant. La réalité est plus sévère : pour ses droits, la caisse ne retient que 15 000 €, la moitié de son CA, et sur ce qu’elle verse chaque trimestre à l’Urssaf, une fraction seulement alimente sa pension future. Le calcul de la retraite des indépendants obéit à une mécanique précise, que la réforme d’assiette de 2026 vient justement de rééquilibrer en faveur de la retraite. Voici ce que chaque euro de cotisation d’un micro-entrepreneur construit réellement, et où passe le reste.
Le chiffre d’affaires ne compte qu’en partie pour la retraite en 2026
Le régime micro-social a une logique simple en apparence : un pourcentage prélevé sur le chiffre d’affaires déclaré. Mais pour la retraite, ce n’est pas le CA qui sert de base. Le code de la Sécurité sociale prévoit que les droits sont calculés sur le chiffre d’affaires après un abattement forfaitaire, censé représenter les frais professionnels : 71 % pour la vente de marchandises et l’hébergement, 50 % pour les prestations de services commerciales et artisanales (BIC), et 34 % pour les activités libérales (BNC).
Ce revenu après abattement joue deux rôles. Il détermine d’abord le nombre de trimestres validés : en 2026, chaque tranche de 1 803 € de ce revenu (soit 150 fois le Smic horaire) vaut un trimestre, dans la limite de quatre par an. Le taux réduit de l’Acre, accordé en début d’activité, ne modifie pas ce décompte : la validation dépend du revenu déclaré, jamais du montant de cotisation effectivement versé. Il alimente ensuite le revenu annuel moyen, celui des 25 meilleures années qui sert au calcul de la pension. Un même euro de CA compte donc bien moins pour la retraite d’un vendeur que pour celle d’un prestataire de services, puisque l’abattement n’est pas le même.
| Activité | Abattement retenu | CA pour 1 trimestre | CA pour 4 trimestres |
|---|---|---|---|
| Vente, hébergement (BIC) | 71 % | 6 218 € | 24 869 € |
| Services commerciaux ou artisanaux (BIC) | 50 % | 3 606 € | 14 424 € |
| Activité libérale (BNC) | 34 % | 2 732 € | 10 928 € |
Ce que la cotisation du micro-entrepreneur finance vraiment en 2026
Le forfait prélevé chaque mois ou chaque trimestre n’est pas entièrement une cotisation de retraite. Il se répartit entre plusieurs risques : maladie-maternité, invalidité-décès, retraite de base, retraite complémentaire et CSG-CRDS. Cette dernière, la contribution sociale généralisée, finance la solidarité mais n’ouvre aucun droit à retraite. La question qui compte, pour un micro-entrepreneur soucieux de sa pension, est donc de savoir quelle fraction de ce qu’il verse revient effectivement dans son propre compte retraite.
Pour une activité commerciale ou artisanale (BIC), la répartition officielle fixée pour 2026 dirige 43,45 % de la cotisation vers la retraite de base et 19,75 % vers la retraite complémentaire, soit 63,20 % au total. La maladie en prend 10,05 %, l’invalidité-décès 3,15 %, et la CSG-CRDS 23,60 %. En clair, sur 100 € versés, un peu plus de 63 € construisent la pension future, le reste couvre les autres risques et la solidarité.
Les activités libérales relevant du BNC suivent une clé un peu différente et plus favorable encore à la retraite en 2026 : 46,40 % de retraite de base et 21,00 % de complémentaire, soit 67,40 % de la cotisation. La location de meublés de tourisme classés dispose de sa propre répartition, avec 50,20 % de retraite de base. Dans tous les cas, la part de CSG a nettement reculé par rapport aux années précédentes, et c’est précisément l’objet de la réforme entrée en vigueur au début de l’année.
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Jusqu’en 2025, une part importante du forfait micro-social partait en CSG-CRDS, sans contrepartie en droits. La réforme d’assiette applicable au 1er janvier 2026 a rebattu les cartes à l’intérieur du même prélèvement : moins de contribution non contributive, davantage de retraite de base et surtout de retraite complémentaire. Le montant total versé ne bouge pas pour la plupart des activités, mais sa destination change.
| Part de la cotisation (activité BIC) | Avant 2026 | Depuis 2026 |
|---|---|---|
| Retraite de base | 41,80 % | 43,45 % |
| Retraite complémentaire | 16,50 % | 19,75 % |
| Total retraite | 58,30 % | 63,20 % |
| CSG-CRDS (aucun droit) | 29,70 % | 23,60 % |
Pour une activité commerciale, la part dédiée à la retraite gagne ainsi 4,9 points, dont l’essentiel sur la complémentaire, qui fonctionne en points. À chiffre d’affaires égal, un micro-entrepreneur accumule donc davantage de points de retraite complémentaire qu’auparavant pour le même euro versé. La Fédération nationale des auto-entrepreneurs a estimé ce gain, sur une carrière complète, à quelques dizaines d’euros de pension mensuelle supplémentaire, un ordre de grandeur qui dépend fortement du niveau et de la régularité du chiffre d’affaires. Pour une carrière menée entièrement en micro-entreprise, la pension de base reste d’ailleurs souvent proche du minimum contributif, le plancher garanti aux assurés qui ont cotisé sur de faibles revenus.
Une catégorie fait exception, avec un taux global qui augmente. Les professionnels libéraux non réglementés, relevant du BNC, passent d’un prélèvement global de 24,6 % à 25,6 % du chiffre d’affaires, soit un point de plus. En contrepartie, leur part retraite grimpe de 60,60 % à 67,40 % de la cotisation. Les activités de vente, de services BIC et les professions affiliées à la Cipav conservent, elles, leur taux global inchangé.
Les trimestres non validés se rattrapent par un rachat en 2026
C’est le point que la plupart des guides oublient. Une année de faible activité, où le chiffre d’affaires n’atteint pas le seuil de quatre trimestres, laisse un trou dans la carrière. Un prestataire de services qui déclare 10 000 € de CA ne valide que deux trimestres cette année-là, sur les quatre possibles. Beaucoup pensent ces trimestres perdus pour toujours. Ce n’est pas le cas.
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Le rachat dit Madelin, prévu par la doctrine de l’Assurance retraite, permet de compléter les trimestres des années où le revenu a été trop faible pour en valider quatre, y compris lorsque aucun trimestre n’a été validé. Il porte sur les six dernières années dont les cotisations sont définitivement régularisées. Deux conditions : avoir déclaré son chiffre d’affaires pour les années concernées et être à jour du paiement de la cotisation forfaitaire. Ce rachat de trimestres a un coût, calculé sur une assiette et un taux fixés à la date de la demande, mais il transforme des trimestres manquants en trimestres cotisés, utiles pour le taux plein comme pour une éventuelle carrière longue.
Encore faut-il savoir combien de trimestres manquent réellement. C’est tout l’intérêt de contrôler sa carrière régulièrement plutôt qu’à la veille du départ, quand la fenêtre de six ans a souvent expiré. Le repérage des trimestres manquants se fait ligne à ligne, année par année, en confrontant le chiffre d’affaires déclaré aux seuils de validation.
Vérifier ce que le relevé de carrière a validé en 2026
Pour un micro-entrepreneur, le relevé de carrière est le seul document qui dit la vérité sur les droits réellement acquis, année par année. Il indique, pour chaque exercice, le revenu retenu après abattement et le nombre de trimestres validés. C’est là que se lisent les années blanches, les périodes de démarrage où le CA était trop faible, ou les déclarations oubliées qui n’ont jamais alimenté le compte retraite.
La démarche pour obtenir son relevé de carrière est gratuite et se fait en ligne. La lire avec méthode, en comparant chaque année de micro-entreprise au seuil de trimestres correspondant, permet de repérer à temps ce qui peut encore se corriger ou se racheter. Pour un régime où le chiffre d’affaires ne compte qu’à moitié, ce contrôle vaut souvent plusieurs trimestres retrouvés.
Questions fréquentes sur la retraite du micro-entrepreneur en 2026
Oui, à condition de déclarer assez de chiffre d’affaires. La caisse retient le CA après un abattement de 71 %, 50 % ou 34 % selon l’activité, puis compte un trimestre par tranche de 1 803 € de revenu ainsi obtenu en 2026. Quatre trimestres demandent 7 212 € de revenu retenu, soit environ 24 869 € de CA en vente, 14 424 € en services BIC ou 10 928 € en libéral.
Pour une activité commerciale ou artisanale (BIC), 63,20 % de la cotisation part vers la retraite en 2026 : 43,45 % pour la base et 19,75 % pour la complémentaire. Le reste couvre la maladie, l’invalidité-décès et la CSG-CRDS. En libéral (BNC), la part retraite atteint 67,40 %.
La réforme d’assiette a réduit la part de CSG-CRDS, qui n’ouvre aucun droit, au profit de la retraite. Pour une activité BIC, la part retraite est passée de 58,30 % à 63,20 % de la cotisation, à montant versé identique. Le taux global reste inchangé, sauf pour les libéraux non réglementés (BNC) où il monte de 24,6 % à 25,6 %.
Oui. Le rachat dit Madelin complète les trimestres des années où le revenu a été trop faible pour en valider quatre, y compris quand aucun n’a été validé. Il porte sur les six dernières années définitivement régularisées, à condition d’avoir déclaré son chiffre d’affaires et d’être à jour de ses cotisations.
Non. Le code de la Sécurité sociale calcule les droits sur le CA après un abattement de 71 % pour la vente, 50 % pour les services BIC et 34 % pour le libéral. Un CA de 30 000 € en prestations de services ne construit une retraite que sur 15 000 €.
Sources : code de la Sécurité sociale, article L613-7 (abattements sur le chiffre d’affaires, Légifrance) ; Assurance retraite, taux de répartition des cotisations des micro-entrepreneurs (circulaire Cnav 2026/12 du 07/04/2026) ; Assurance retraite, valeurs 2026 (Smic horaire, seuil de validation d’un trimestre) ; circulaire Cnav 2017/01 du 13/01/2017, fiche 4.14 (rachat de trimestres des travailleurs indépendants).

