L’essentiel
- L’allocation de veuvage est une prestation temporaire versée au conjoint survivant marié de moins de 55 ans. Son montant maximum est de 719,58 € par mois en 2026, sous condition de ressources.
- Elle est versée pendant 2 ans maximum (prolongée jusqu’à 55 ans si le conjoint avait 50 ans ou plus au moment du décès). À 55 ans, le relais est pris par la pension de réversion.
- En cas de reprise d’activité pendant le versement, les revenus sont exclus du calcul pendant 3 mois, puis bénéficient d’un abattement de 50 % pendant 9 mois. Ce mécanisme est méconnu et permet de reprendre un emploi sans perdre immédiatement l’allocation.
Quand un conjoint décède avant la retraite, le survivant se retrouve souvent sans aucun droit immédiat. La pension de réversion n’est accessible qu’à partir de 55 ans, et le capital décès de la sécurité sociale ne dépasse pas 4 009 €. Entre les deux, un trou de plusieurs années sans revenu de remplacement. L’allocation de veuvage existe précisément pour combler ce vide, mais elle reste l’une des prestations les plus méconnues du système français : en 2022, la CNAV ne comptait que 7 200 bénéficiaires, alors que le nombre de personnes potentiellement éligibles est estimé à plusieurs dizaines de milliers.
L’allocation de veuvage n’est ni la réversion, ni le capital décès
Les trois prestations répondent au même événement (le décès du conjoint assuré) mais ne couvrent pas le même besoin. Le capital décès est un versement unique (4 009 € en 2026) destiné à couvrir les frais immédiats. L’allocation de veuvage est un revenu mensuel temporaire, plafonné à 719,58 € par mois, versé pendant 2 ans au conjoint survivant de moins de 55 ans. La pension de réversion prend le relais à 55 ans : elle est définitive et correspond à 54 % de la retraite de base que percevait ou aurait perçue le défunt.
Le passage de l’allocation de veuvage à la pension de réversion n’est pas automatique. À 55 ans, le bénéficiaire doit déposer une demande de réversion distincte auprès de la Carsat. Le droit à la réversion est indépendant de l’allocation de veuvage : les conditions de ressources, de durée de mariage et de non-remariage sont différentes. Les deux prestations ne se cumulent pas.
RetraitesAllocation supplémentaire d'invalidité (ASI) : montant, calcul et conditions
RetraitesAssurance vieillesse des aidants (AVA) : trimestres, conditions et impact retraite
RetraitesRetraite anticipée pour handicap : conditions, durée cotisée et majoration
RetraitesCongé supplémentaire de naissance : un trimestre de retraite validé à partir de 58 joursLes 5 conditions pour en bénéficier
Les 4 conditions du conjoint survivant
L’article D. 356-2 du code de la sécurité sociale impose quatre conditions cumulatives au moment de la demande :
- Résider en France (métropole, DOM, Polynésie française, Nouvelle-Calédonie), ou dans un pays lié par une convention de sécurité sociale (UE, EEE, Suisse). Exception : le conjoint d’un assuré volontaire à l’étranger (article L. 356-1, alinéa 6) n’est pas soumis à cette condition.
- Avoir moins de 55 ans. Dès 55 ans, l’allocation cesse et le relais est pris par la pension de réversion.
- Ne pas dépasser le plafond de ressources : 2 698,43 € sur les 3 mois civils précédant la demande, soit 899,48 € par mois. Le calcul est différentiel : l’allocation n’est versée qu’à hauteur de la différence entre le plafond et les ressources.
- Ne pas être remarié, ne pas avoir conclu de PACS et ne pas vivre en concubinage (article L. 356-3). Le remariage, le PACS ou la vie maritale entraînent la suppression immédiate de l’allocation.
La condition du défunt
Le conjoint décédé devait avoir été affilié à l’assurance vieillesse du régime général pendant au moins 3 mois au cours des 12 mois précédant son décès (article D. 356-1). Cette condition est aussi remplie si le défunt :
- percevait une pension d’invalidité du régime général,
- était indemnisé par France Travail (allocations chômage),
- bénéficiait des prestations en nature de l’assurance maladie (article L. 311-5 CSS),
- percevait l’allocation aux adultes handicapés (article L. 356-1, dernier alinéa).
Le montant en 2026 et le calcul différentiel
L’allocation est différentielle : si les ressources personnelles du conjoint survivant sont inférieures au plafond de 899,48 € par mois, l’allocation comble la différence entre les ressources et le plafond, dans la limite de 719,58 €. Si les ressources sont nulles, l’allocation est versée en totalité. Si les ressources dépassent 179,90 € par mois (899,48 – 719,58), l’allocation est réduite.
Les ressources prises en compte et celles qui sont exclues
L’article D. 356-3 renvoie aux règles applicables à l’ASPA (articles R. 815-22 à R. 815-25) avec des exceptions propres à l’allocation de veuvage :
| Ressources prises en compte | Ressources exclues du calcul |
|---|---|
| Revenus d’activité salariée ou indépendante | Allocation personnalisée au logement (APL) |
| Allocations chômage (France Travail) | Aide personnalisée au logement |
| Indemnités journalières maladie/maternité | Revenu de solidarité active (RSA) |
| Allocation aux adultes handicapés (AAH) | Allocation personnalisée d’autonomie (APA) |
| Revenus mobiliers (intérêts, dividendes) | Prestation de compensation du handicap (PCH) |
| Revenus immobiliers (loyers perçus) | Prestations familiales (AF, ARS, etc.) |
| Capitaux décès de prévoyance (convertis en revenu annuel via le taux du Livret A) | Capital décès sécurité sociale (art. L. 361-1) |
Cas concret : le calcul différentiel
Cas concret
Sophie, 48 ans, perd son mari qui était salarié. Elle perçoit des allocations chômage de 620 € par mois. Elle n’a pas d’autres ressources.
Reprendre une activité sans perdre l’allocation
C’est le point le plus méconnu du dispositif. L’article D. 356-3 du CSS prévoit un mécanisme d’abattement progressif lorsque le bénéficiaire reprend une activité professionnelle ou une formation rémunérée pendant la période de versement de l’allocation. Les revenus de cette activité sont traités différemment selon l’ancienneté de la reprise :
Ne ratez aucun article ADCF
Ajoutez-nous à vos sources sur Google Actualités et Discover
| Période après la reprise d’activité | Traitement des revenus | Impact sur l’allocation |
|---|---|---|
| Mois 1 à 3 | Revenus intégralement exclus (abattement 100 %) | Allocation maintenue sans réduction |
| Mois 4 à 12 | Abattement de 50 % sur les revenus | Seule la moitié des revenus entre dans le calcul |
| À partir du mois 13 | Revenus pris en compte intégralement | Calcul différentiel normal |
Ce dispositif signifie qu’un bénéficiaire qui retrouve un emploi à 900 € par mois conserve l’intégralité de son allocation de veuvage pendant 3 mois (total : 1 619,58 €), puis ne voit que 450 € (la moitié de 900 €) entrer dans le calcul pendant les 9 mois suivants. Pendant cette période, l’allocation est réduite à 449,48 € (899,48 – 450), et le total mensuel atteint 1 349,48 €.
Le cas particulier de la création d’entreprise
L’article D. 356-3 prévoit un régime encore plus favorable pour la création ou la reprise d’entreprise : les revenus sont intégralement exclus pendant 6 mois (au lieu de 3). Au-delà, seuls 38 % du montant mensuel maximum (soit 273,44 € en 2026) sont pris en compte, avec un abattement de 50 %, ce qui porte la base de calcul à 136,72 €. Ce traitement permet de lancer une activité indépendante en conservant la quasi-totalité de l’allocation.
La durée de versement et la transition vers la réversion
L’allocation de veuvage est versée pendant une période maximale de 2 ans à compter du premier jour du mois au cours duquel le décès s’est produit (article D. 356-5). Deux exceptions :
- Le conjoint avait 50 ans ou plus au moment du décès : la durée est prolongée jusqu’à 55 ans. Un conjoint de 51 ans au décès percevra l’allocation pendant 4 ans, jusqu’à son 55e anniversaire.
- Le conjoint atteint 55 ans avant la fin des 2 ans : l’allocation cesse et il peut demander la pension de réversion.
Le contrôle des ressources est effectué tous les 6 mois (article D. 356-10). Si les ressources dépassent le plafond lors d’un contrôle semestriel, l’allocation est suspendue à compter du premier jour du mois suivant. Elle peut être rétablie si les ressources repassent sous le plafond (article D. 356-12). L’allocation cesse définitivement si le bénéficiaire se remarie, conclut un PACS ou vit en concubinage.
Parcours chronologique type
Les démarches pour demander l’allocation de veuvage
La demande est adressée à la caisse de retraite (Carsat, CNAV Île-de-France, ou MSA pour le régime agricole) du dernier lieu de travail du conjoint décédé (article D. 356-8). Si la demande est déposée auprès d’une autre caisse, celle-ci la transmet et traite le dossier.
Les pièces à fournir
- Acte de décès du conjoint
- Livret de famille (ou acte de mariage)
- Justificatifs de ressources des 3 derniers mois (bulletins de paie, attestation France Travail, avis d’imposition)
- RIB du bénéficiaire
- Pièce d’identité
Le délai de demande et la rétroactivité
La demande est recevable pendant 2 ans à compter du premier jour du mois du décès (article D. 356-5). Si elle est déposée dans les 12 mois suivant le décès, le versement est rétroactif jusqu’au mois du décès. Au-delà de 12 mois, le versement part du mois de la demande : chaque mois de retard est un mois de prestation perdu. Le bénéficiaire doit ensuite déclarer tout changement de situation (ressources, remariage, reprise d’activité) sous peine de remboursement des sommes indûment perçues (article D. 356-9).
Le versement est effectué à terme échu (le mois suivant le mois dû). En cas de décès du bénéficiaire, l’allocation cesse au premier jour du mois suivant (article D. 356-13). Les arrérages du mois en cours restent dus aux héritiers. Le basculement vers une autre prestation (réversion, ASPA) doit faire l’objet d’une demande séparée : rien n’est automatique. Vérifier le relevé de carrière du défunt avant la demande de réversion permet d’anticiper le montant de la pension.
Questions fréquentes
Le montant maximum est de 719,58 € par mois. L’allocation est différentielle : si les ressources personnelles dépassent 179,90 €/mois, l’allocation est réduite pour que le total (ressources + allocation) ne dépasse pas le plafond de 899,48 €/mois (2 698,43 € par trimestre).
L’allocation de veuvage est temporaire (2 ans maximum), réservée au conjoint survivant de moins de 55 ans. La pension de réversion est définitive, ouverte à partir de 55 ans, égale à 54 % de la retraite du défunt au régime général. L’allocation de veuvage sert de pont en attendant l’âge de la réversion.
Oui. Les revenus d’une activité ou d’une formation commencée pendant la période de versement sont intégralement exclus du calcul pendant 3 mois, puis bénéficient d’un abattement de 50 % pendant les 9 mois suivants (article D. 356-3 CSS).
Oui. Elle est soumise à l’impôt sur le revenu (catégorie pensions et retraites) et aux prélèvements sociaux (CSG, CRDS, Casa) selon le barème fiscal. Une exonération de CSG est possible si le revenu fiscal de référence est inférieur aux seuils en vigueur.
Non. Seul le conjoint marié au défunt peut y prétendre (article L. 356-1 CSS). Le partenaire de PACS et le concubin en sont exclus. Si le bénéficiaire se remarie, conclut un PACS ou vit en concubinage après le décès, l’allocation est supprimée (article L. 356-3 CSS).
Sources : articles L. 356-1 à L. 356-4 et D. 356-1 à D. 356-13 du code de la sécurité sociale ; circulaire CNAV 2002/35 du 6 juin 2002 ; circulaire CNAV 2010/54 du 21 mai 2010, note technique 5 ; arrêté de revalorisation 2026.

