L’essentiel
- Le temps partiel ne retire aucun trimestre tant que le salaire annuel atteint 7 212 € en 2026 : un trimestre se valide au salaire, jamais aux heures.
- Le vrai effet porte sur le revenu annuel moyen, calculé sur les 25 meilleures années (24 pour un enfant, 23 pour deux et plus). Une année de temps partiel hors de ce classement n’a aucun effet sur la pension de base.
- Un temps partiel mal reporté sur le relevé de carrière peut faire disparaître un trimestre pourtant dû : le contrôle du relevé reste la première précaution.
Vos trimestres de temps partiel sont-ils bien comptés ?
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À 80 % pendant quinze ans, une aide-soignante est persuadée d’avoir amputé sa retraite d’un cinquième. Le calcul réel dément cette crainte. Le travail à temps partiel obéit à une règle contre-intuitive : les trimestres ne se valident pas aux heures travaillées, mais au salaire. Et le montant de la pension repose sur une moyenne qui écarte, par construction, les années les plus faibles. Le vrai risque du temps partiel se loge ailleurs, dans un relevé de carrière mal tenu. Voici ce que le temps partiel change, et ce qu’il ne change pas, pour le calcul de la retraite du privé.
Un trimestre se valide au salaire, pas aux heures, en 2026
C’est la confusion la plus répandue. Un trimestre de retraite n’est pas accordé pour trois mois de travail, ni pour un volume d’heures, mais dès qu’un montant de salaire est atteint. Le code de la sécurité sociale fixe ce montant à 150 fois le SMIC horaire pour un trimestre (article R351-9). En 2026, cela représente 1 803 €, et donc 7 212 € sur l’année pour valider les quatre trimestres.
Un salarié à mi-temps rémunéré au SMIC perçoit environ 10 900 € par an, un salarié à 80 % près de 17 500 €. Les deux dépassent largement le seuil de 7 212 € : ils valident leurs quatre trimestres, exactement comme un temps plein. Le maximum est d’ailleurs plafonné à quatre trimestres par année civile, gagner davantage n’en ajoute aucun.
La perte de trimestres ne survient que très bas dans l’échelle des quotités : il faut descendre sous environ un tiers d’un SMIC à temps plein sur l’année pour ne plus atteindre les 7 212 €. Un temps très réduit, quelques heures par semaine, ou une année entamée par un long congé non indemnisé peuvent alors coûter un ou plusieurs trimestres. Le seuil, revalorisé chaque année avec le SMIC, a suivi la progression suivante.
| Année | Salaire validant 1 trimestre | Année complète (4 trimestres) |
|---|---|---|
| 2023 | 1 690,50 € | 6 762 € |
| 2024 | 1 747,50 € | 6 990 € |
| 2025 | 1 782,00 € | 7 128 € |
| 2026 | 1 803,00 € | 7 212 € |
Le revenu annuel moyen encaisse le vrai effet du temps partiel en 2026
Si les trimestres sont préservés, le temps partiel agit ailleurs : sur le revenu annuel moyen, la base de calcul de la pension du privé. Un salaire plus faible pendant plusieurs années tire cette moyenne vers le bas, ce qui réduit le montant final. L’effet est réel, mais bien plus limité que le pourcentage de temps non travaillé ne le laisse craindre.
Le filet des meilleures années
La caisse ne retient pas toutes les années, mais seulement les 25 meilleures années de la carrière, celles aux revenus revalorisés les plus élevés. Les autres, dont les plus faibles, sont purement écartées. Une conséquence en découle, rarement soulignée : une année de temps partiel qui ne figure pas dans les 25 meilleures n’a aucun effet sur la pension de base. Un temps partiel de début ou de fin de carrière, souvent moins bien payé que le milieu de parcours, sort fréquemment du classement et ne pèse alors sur rien.
24 ou 23 années pour les parents
Depuis un décret du 30 décembre 2025, applicable au 1er août 2026, le nombre d’années retenues est réduit pour les parents (article R173-3-2 du code de la sécurité sociale) : 24 années pour un enfant, 23 années pour deux enfants et plus, contre 25 dans le cas général. Chaque année écartée en plus est, mécaniquement, l’une des moins bonnes. Le calcul devient donc encore plus favorable aux carrières marquées par le temps partiel, très souvent celles des mères. Chaque salaire retenu reste plafonné au plafond de la Sécurité sociale de son année (48 060 € en 2026), puis revalorisé par les coefficients au moment du départ.
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La retraite d’un salarié du privé se joue sur deux étages. La base, calculée sur le revenu annuel moyen, protège des mauvaises années. La retraite complémentaire Agirc-Arrco, elle, fonctionne autrement : chaque euro de salaire achète des points, année après année, et la totalité de ces points compte. Il n’y a ni meilleures années, ni filet.
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Sur cet étage, le temps partiel se répercute donc directement et proportionnellement : un salaire réduit de 20 % achète environ 20 % de points en moins sur les années concernées. C’est là, plus que sur la base, que se mesure l’effet d’une carrière à temps partiel prolongée. La complémentaire représentant souvent près d’un tiers de la pension d’un cadre et davantage encore pour certains parcours, l’écart n’est pas négligeable.
L’AVPF amortit le temps partiel des parents en 2026
Le temps partiel accompagne fréquemment l’arrivée d’enfants. Or plusieurs mécanismes propres à la parentalité viennent en compenser les effets, et ils sont largement ignorés. Le premier est l’assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF). Sous conditions de ressources, elle porte au compte un salaire forfaitaire, calculé sur la base du SMIC, pour les parents qui réduisent ou cessent leur activité pour élever un enfant. Ce salaire fictif valide des trimestres et, surtout, entre dans le revenu annuel moyen comme un vrai salaire. Il peut ainsi rehausser une année de temps partiel qui, sans lui, aurait été faible.
À cela s’ajoutent les majorations de durée d’assurance : jusqu’à huit trimestres par enfant au régime général, au titre de la maternité et de l’éducation. Les indemnités journalières d’un congé maternité débutant à partir de 2012 sont aussi retenues à 125 % de leur montant dans le calcul de la moyenne. Un parcours à temps partiel entrecoupé de congés parentaux est donc bien mieux protégé que sa seule quotité de travail ne le suggère.
Le temps partiel provoque des erreurs de relevé à vérifier en 2026
Le vrai danger du temps partiel n’est pas dans la règle, il est dans son report. Une carrière à temps partiel est plus fragmentée qu’une carrière classique : employeurs multiples, contrats courts, périodes de transition, alternance de quotités. Autant d’occasions pour qu’un salaire soit mal reporté, qu’un trimestre pourtant dû n’apparaisse pas, ou qu’une année soit comptée pour deux trimestres au lieu de quatre.
Trois situations reviennent souvent sur les relevés des salariés à temps partiel : les années de transition, où un passage de temps plein à temps partiel brouille le report ; les périodes à employeurs multiples, dont les salaires ne se cumulent pas toujours correctement pour atteindre le seuil de validation ; les congés parentaux à temps partiel, à cheval entre activité et AVPF. Un trimestre manquant se traduit, à l’arrivée, par une durée d’assurance incomplète, donc par une éventuelle décote.
Un exemple chiffré pour 2026
Exemple chiffré 2026
Une aide-soignante à 80 % pendant quinze ans, mère de deux enfants
Trois leviers réduisent l’effet du temps partiel en 2026
Pour un temps partiel subi ou prolongé, trois dispositifs permettent d’en atténuer l’effet sur la pension, chacun avec ses limites.
- La surcotisation : avec l’accord écrit de l’employeur, un salarié à temps partiel peut cotiser sur la base d’un temps plein. Les points de complémentaire et le salaire porté au compte sont alors calculés comme s’il travaillait à temps plein, ce qui neutralise l’essentiel de la perte. La part patronale de ce surcroît de cotisation dépend de l’accord conclu.
- Le rachat de trimestres : il permet de combler des années incomplètes ou des périodes d’études, dans la limite de douze trimestres. Son intérêt dépend du coût, croissant avec l’âge, et de l’effet réel sur la date de départ et le montant. Il n’a de sens que si le trimestre racheté supprime une décote ou déclenche le taux plein.
- La retraite progressive : à partir de 60 ans et de 150 trimestres, elle autorise à réduire son activité entre 40 % et 80 % d’un temps plein tout en percevant une fraction de la pension, égale à la part non travaillée. Le salarié continue d’acquérir des droits sur son activité maintenue.
Questions fréquentes
Non, tant que le salaire annuel est suffisant. Un trimestre se valide sur un montant de salaire, pas sur un nombre d’heures. En 2026, il faut 1 803 € pour un trimestre et 7 212 € sur l’année pour les quatre. Un salarié à mi-temps dépasse largement ce seuil : il valide ses quatre trimestres comme un temps plein. Ce n’est qu’en dessous d’environ un tiers d’un SMIC à temps plein que des trimestres commencent à manquer.
7 212 € brut sur l’année, soit quatre fois le seuil de 1 803 € fixé pour 2026. Ce seuil correspond à 150 heures de SMIC. Au-delà de 7 212 €, aucun trimestre supplémentaire n’est accordé : le maximum reste de quatre par année civile, quel que soit le salaire.
Il peut réduire le revenu annuel moyen, qui sert de base à la pension. Mais ce revenu ne retient que les 25 meilleures années (24 pour un parent d’un enfant, 23 pour deux enfants et plus). Une année de temps partiel qui ne figure pas dans ce classement n’a donc aucun effet sur la retraite de base. La retraite complémentaire Agirc-Arrco, elle, baisse proportionnellement au salaire, car elle repose sur des points achetés chaque année.
Le temps partiel est un mode de travail. La retraite progressive est un dispositif de fin de carrière qui permet de réduire son activité tout en touchant une fraction de sa pension. Elle est ouverte à partir de 60 ans, sous condition de 150 trimestres, pour une quotité de travail comprise entre 40 % et 80 % dans le privé. La fraction de pension versée est égale à la part non travaillée.
Rarement de façon marquée. Les dernières années sont souvent moins bien rémunérées que le milieu de carrière et sortent fréquemment des 25 meilleures années retenues. Un temps partiel en fin de parcours n’entre alors pas dans le calcul de la base. La surcotisation sur un temps plein ou la retraite progressive permettent aussi d’en limiter l’effet sur les trimestres et les points.
Sources : code de la sécurité sociale, articles R351-9 (validation des trimestres), R351-29 et R173-3-2 (revenu annuel moyen et nombre d’années, décret 2025-1409 du 30/12/2025) ; barème Assurance retraite, circulaire Cnav 2025/33 du 23/12/2025 (salaire validant un trimestre) ; doctrine Assurance retraite (assurance vieillesse des parents au foyer).

