L’essentiel
- Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026 et pas encore voté, plafonnerait l’abattement de 10 % sur les pensions de retraite à 3 000 € par foyer, contre 4 439 € sur les revenus de 2025.
- Seuls les foyers qui perçoivent plus de 30 000 € de pensions de retraite nettes imposables par an (2 500 € par mois, à un ou à deux) seraient concernés. Le surcoût irait de quelques euros à 459 € par an dans la tranche à 30 %.
- La mesure viserait les pensions de 2026, déclarées au printemps 2027. Les pensions d’invalidité, les pensions alimentaires et les règles de l’abattement des plus de 65 ans ne seraient pas modifiées, même si ce dernier pourrait être perdu par effet de seuil.
Gérard et Annie, 71 et 69 ans, touchent 20 000 € de pension par an chacun, un peu plus de 1 650 € par mois. Ni l’un ni l’autre ne se considère comme un retraité aisé. Pourtant, si le projet de budget pour 2027 est adopté en l’état, leur impôt sur le revenu augmenterait de 159 € par an, sans que leurs pensions bougent d’un euro. La raison tient en une ligne de l’article 3 du projet de loi de finances : l’abattement de 10 % appliqué aux pensions de retraite serait plafonné à 3 000 € par foyer. Le seuil de 30 000 € de pensions annuelles se calcule pour le foyer entier, et un couple l’atteint bien plus vite qu’un retraité seul.
Le projet ajoute un sous-plafond de 3 000 € propre aux pensions de retraite
Aujourd’hui, les pensions et retraites bénéficient d’un abattement de 10 % qui ne peut pas dépasser 4 439 € pour l’ensemble du foyer, ni être inférieur à 454 € par retraité (article 158 du code général des impôts). Ce montant est déduit automatiquement : la déclaration préremplie indique les pensions, et l’administration applique l’abattement elle-même, comme l’explique la page consacrée à la déclaration des pensions de retraite.
Le projet de loi de finances pour 2027 (n° 3210), enregistré à l’Assemblée nationale le 1er octobre 2026, ne supprime pas cet abattement. Son article 3 complète l’article 158 par les mots « dont 3 000 € au maximum au titre des pensions de retraites ». Le plafond global resterait en place, mais les pensions de retraite ne pourraient plus en utiliser que 3 000 €. Selon l’exposé des motifs, la mesure vise à « concentrer l’effet » de l’abattement « sur les foyers modestes », les retraités n’ayant pas de frais professionnels à couvrir.
Ce que le texte ne change pas
- Les pensions d’invalidité et les pensions alimentaires : l’exposé des motifs précise que leurs modalités ne sont « aucunement modifiées ». Elles resteraient soumises au seul plafond global.
- Le minimum par retraité : chaque retraité bénéficie d’un abattement d’au moins 454 € sur les revenus de 2025, un montant revalorisé chaque année comme le barème.
- Les règles de l’abattement spécial des plus de 65 ans (article 157 bis) : 2 822 € ou 1 411 € selon le revenu, avant revalorisation. Ses conditions sont détaillées dans l’article sur l’abattement des seniors et des invalides.
Les pensions de réversion sont des pensions de retraite : elles entreraient dans le sous-plafond, avec la pension personnelle du conjoint survivant. Le texte ne précise pas le sort des rentes de retraite supplémentaire (PER, contrats Madelin), qui bénéficient aujourd’hui du même abattement. Les rentes viagères d’assurance-vie, imposées sur une fraction de leur montant, ne sont pas concernées.
Le plafond toucherait les foyers au-delà de 2 500 € de pensions par mois
L’abattement étant de 10 %, il ne dépasse 3 000 € qu’à partir de 30 000 € de pensions de retraite imposables par an, soit 2 500 € par mois. En dessous, le plafond ne changerait rien.
Le point que beaucoup de retraités n’ont pas en tête : ce seuil s’apprécie pour le foyer fiscal, pas pour chaque personne. Un retraité seul serait concerné au-delà de 2 500 € par mois ; un couple marié ou pacsé, au-delà de 1 250 € chacun. Dans un couple où l’un des deux travaille encore, seules les pensions de retraite comptent pour ce seuil : les salaires conservent leur propre déduction de 10 % pour frais professionnels. Le seuil porte enfin sur le montant net imposable, celui qui figure sur la déclaration, et non sur la pension versée sur le compte, déjà amputée des prélèvements sociaux détaillés dans l’article sur la CSG des retraités.
Exemple chiffré
Gérard et Annie, mariés, 20 000 € de pension par an chacun, soit 40 000 € pour le foyer
Le surcoût irait de quelques euros à 459 € par an dans la tranche à 30 %
ADCF a calculé l’impôt dû sur les pensions de 2026 avec le barème prévu par le même projet de loi, revalorisé de 2,1 %, en comparant les règles actuelles et le plafond de 3 000 €. Sur les revenus de 2026, le plafond actuel de 4 439 € serait lui-même revalorisé à 4 532 €, comme chaque année : l’abattement perdu atteindrait donc jusqu’à 1 532 €. Le texte prévoit que les deux plafonds seraient révisés chaque année ; si le sous-plafond de 3 000 € était lui-même revalorisé dès les revenus de 2026, il atteindrait 3 063 € et le surcoût maximal serait ramené à 440 € dans la tranche à 30 %. Le simulateur ci-dessous applique ce calcul à n’importe quel montant de pensions.
| Pensions annuelles du foyer | Par mois | Retraité seul | Couple |
|---|---|---|---|
| 30 000 € | 2 500 € | 0 € | 0 € |
| 33 000 € | 2 750 € | +48 € | 0 € |
| 36 000 € | 3 000 € | +180 € | 0 € |
| 40 000 € | 3 333 € | +300 € | +159 € |
| 45 000 € | 3 750 € | +450 € | +239 € |
| 50 000 € | 4 167 € | +459 € | +244 € |
| 60 000 € | 5 000 € | +459 € | +168 € |
| 70 000 € | 5 833 € | +459 € | +459 € |
| 100 000 € | 8 333 € | +628 € | +459 € |
Le surcoût maximal correspond à l’abattement perdu multiplié par le taux de la tranche du foyer : 459 € dans la tranche à 30 %, 628 € dans la tranche à 41 % et 690 € dans la tranche à 45 %. Un retraité seul l’atteint dès que son abattement actuel touche le plafond de 4 532 €, soit à partir de 45 320 € de pensions ; un couple à partir de 64 932 €, quand ses revenus le font entrer dans la tranche à 30 %. Pour un couple, un impôt inférieur à 61 € n’étant pas réclamé (article 1657), le surcoût passerait directement de 0 à 62 € à 36 538 € de pensions.
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Les couples aux revenus moyens paieraient plus qu’à 60 000 €
Le tableau révèle une anomalie apparente : un couple à 45 000 € de pensions paierait 239 € de plus, un couple à 60 000 € seulement 168 €. La cause est la décote, qui allège l’impôt des foyers faiblement imposés (article 197). Dans cette zone, chaque euro de revenu imposable supplémentaire augmente l’impôt et réduit en même temps la décote : un euro d’abattement perdu coûte près de 16 centimes au lieu de 11 (11 % multiplié par 1,4525). Les couples entre 46 000 et 57 000 € de pensions, encore dans la décote, seraient ainsi plus pénalisés que ceux qui en sont sortis.
Un effet de seuil sur l’abattement des plus de 65 ans
Un cas plus étroit mérite d’être signalé. L’abattement spécial des plus de 65 ans n’est accordé que si le revenu net du foyer ne dépasse pas 28 430 € (29 030 € sur les revenus de 2026, après revalorisation). En réduisant l’abattement de 10 %, le plafond augmenterait ce revenu net et pourrait faire franchir ce seuil. Pour un retraité seul de plus de 65 ans qui touche entre 32 031 € et 32 256 € de pensions, le surcoût passerait ainsi de 34 à 37 € à 263 à 266 € par an, parce qu’il perdrait aussi l’abattement spécial de 1 441 €. Pour un couple, le même franchissement n’aurait pas d’effet : à ce niveau de pensions, la décote annule déjà l’impôt.
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L’article 3 ne prévoit pas de date propre. Il relèverait donc de l’article 33 du même projet, selon lequel les mesures fiscales portant sur un impôt dont le fait générateur est la fin de l’année civile, comme l’impôt sur le revenu, entreraient en vigueur le 31 décembre 2026. Le plafond s’appliquerait ainsi à l’impôt sur les revenus de 2026, déclarés au printemps 2027, comme la revalorisation du barème de l’impôt prévue par le même texte, sous réserve que cet article 33 soit lui aussi adopté.
Le surcoût arriverait en plusieurs temps. Le taux de prélèvement à la source appliqué aux pensions est recalculé chaque 1er septembre sur les revenus de l’année précédente (article 204 H) : dès septembre 2027, il intégrerait l’abattement réduit, et les prélèvements mensuels augmenteraient. L’impôt de 2026 non couvert par le prélèvement serait, lui, réclamé au solde : au-delà de 300 €, ce solde est prélevé en mensualités égales jusqu’en décembre (article 1663 B), en dessous, en une seule fois.
Le texte n’est pas voté et peut encore changer
Le projet de loi de finances est examiné d’abord par l’Assemblée nationale, puis par le Sénat, et le vote définitif intervient en principe en fin d’année. Les députés et les sénateurs peuvent modifier le montant du plafond, l’écarter ou en changer la date. Le précédent du budget 2026 invite à la prudence : lors de son examen, le Sénat avait adopté un recentrage de l’abattement sur les retraités modestes, rappelle l’exposé des motifs, et la loi de finances finalement promulguée le 19 février 2026 a maintenu l’abattement sans ce recentrage, avec un plafond de 4 439 €. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 (n° 3211, article 35), déposé le même jour, prévoit de son côté une revalorisation différenciée des pensions au 1er janvier 2027, détaillée dans l’article sur la revalorisation des retraites en 2027.
Questions fréquentes
Non. Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, ne supprime pas l’abattement : il prévoit d’en abaisser le plafond à 3 000 € par foyer pour les pensions de retraite, contre 4 439 € sur les revenus de 2025. Le texte n’est pas voté et peut encore être modifié par le Parlement.
Dès que les pensions de retraite nettes imposables du foyer dépasseraient 30 000 € par an, soit 2 500 € par mois, puisque 10 % de 30 000 € font 3 000 €. Ce seuil vaut pour l’ensemble du foyer : un couple marié ou pacsé serait concerné au-delà de 1 250 € par mois chacun.
Ceux de 2026. L’article 33 du projet prévoit que ses mesures d’impôt sur le revenu entreraient en vigueur le 31 décembre 2026, donc pour l’imposition des revenus de 2026, déclarés au printemps 2027. Le Parlement pourrait encore modifier cette date.
Presque rien juste au-dessus de 30 000 € de pensions pour une personne seule. Un couple ne paierait rien de plus jusqu’à 36 537 € de pensions, puis 62 € d’un coup, un impôt inférieur à 61 € n’étant pas réclamé (article 1657 du code général des impôts). Au-delà, le surcoût atteindrait 459 € par an dans la tranche à 30 %, 628 € dans la tranche à 41 % et 690 € dans la tranche à 45 %, selon le calcul d’ADCF sur le barème prévu par le même projet.
Non. Le projet ne touche ni le minimum d’abattement par retraité, qui serait revalorisé comme chaque année (464 € sur les revenus de 2026 selon le calcul d’ADCF), ni l’abattement sur les pensions d’invalidité et les pensions alimentaires, ni les règles de l’abattement spécial des plus de 65 ans. Ce dernier pourrait être perdu par effet de seuil, dans une fenêtre étroite de revenus.
En plusieurs temps. Le taux de prélèvement à la source est recalculé chaque 1er septembre sur les revenus de l’année précédente : la hausse pèserait sur les pensions dès septembre 2027. L’impôt de 2026 resté dû serait réclamé au solde, prélevé en mensualités jusqu’en décembre 2027 s’il dépasse 300 €. Les pensions de janvier à août 2027, prélevées à un taux calculé sur les revenus de 2025, donneraient lieu à un second rattrapage au solde de 2028.
Sources : projet de loi de finances pour 2027, n° 3210, enregistré à l’Assemblée nationale le 1er octobre 2026, articles 2, 3 et 33 et exposés des motifs ; projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, n° 3211, article 35 ; code général des impôts, articles 157 bis, 158, 197, 204 H, 204 J, 1417, 1657 et 1663 B ; code de la sécurité sociale, article L. 136-8 ; versions en vigueur consultées sur Légifrance le 4 octobre 2026. Calculs ADCF.




