L’essentiel
- 1,5 million de retraités français perçoivent leur pension depuis l’étranger, sur un compte bancaire FR ou étranger.
- La CSG et la CRDS ne s’appliquent pas : une cotisation maladie de 3,2 % sur la base et de 4,2 % sur la complémentaire les remplace.
- Depuis mars 2026, 8 pays européens dispensent du certificat d’existence grâce à des échanges automatiques.
L’Algérie, le Portugal, l’Espagne : les trois premières destinations concentrent à elles seules plus de 640 000 retraités français. Au total, 1,5 million de personnes perçoivent leur pension depuis l’étranger, selon l’Assurance retraite. Le montant de la pension de base ne change pas en fonction du pays de résidence, mais les prélèvements, la couverture santé et certaines prestations comme l’ASPA obéissent à des règles radicalement différentes.
La pension de base et la complémentaire sont versées partout dans le monde
Aucune restriction géographique ne s’applique au versement des pensions de retraite françaises. La CNAV (ou la Carsat, la MSA selon le régime) verse la pension de base à terme échu, généralement le 9 du mois suivant. L’Agirc-Arrco verse la complémentaire à terme à échoir, le 1er jour ouvré du mois.
Le retraité peut choisir de conserver un compte bancaire français ou de faire virer sa pension sur un compte ouvert dans son pays de résidence. Dans le second cas, il faut communiquer un IBAN étranger à chaque caisse (base et complémentaire séparément). Les frais de change et de virement sont à la charge du bénéficiaire : mieux vaut comparer les offres bancaires avant le départ.
Le certificat d’existence conditionne le versement de la pension
Chaque année, les caisses de retraite envoient un formulaire de certificat d’existence (ou certificat de vie) aux retraités domiciliés hors de France. Ce document prouve que le bénéficiaire est toujours en vie. Le retraité dispose d’un délai de 2 mois pour le retourner signé par une autorité locale compétente (mairie, commissariat, consulat). Passé ce délai, la pension est suspendue sans préavis.
Trois options pour transmettre le certificat :
- L’application mobile « Mon certificat de vie » (gratuite, validation biométrique en quelques minutes, sans déplacement)
- L’envoi par courrier du formulaire signé par l’autorité locale
- Le téléversement sur l’espace personnel de l’Assurance retraite ou d’Info-Retraite
Pas de CSG ni de CRDS, mais une cotisation maladie et une possible retenue à la source
C’est le principal avantage fiscal du départ : un retraité qui n’est plus résident fiscal en France est exonéré de CSG (jusqu’à 8,3 % en France) et de CRDS (0,5 %). Cette exonération s’applique dès que le centre des intérêts économiques et le lieu de séjour principal se trouvent hors de France. Le barème de CSG français ne s’applique tout simplement plus.
En contrepartie, la CNAV prélève une cotisation d’assurance maladie de 3,2 % sur la pension de base (7,1 % pour les indépendants), et l’Agirc-Arrco applique une cotisation de 4,2 % sur la complémentaire. Ces prélèvements financent le maintien de certains droits de soins en France lors de séjours temporaires.
Pour l’impôt sur le revenu, tout dépend de l’existence d’une convention fiscale entre la France et le pays de résidence :
- Convention attribuant l’imposition au pays de résidence (cas le plus fréquent dans l’UE) : la pension n’est imposée que dans le pays d’accueil, selon son barème local
- Convention attribuant l’imposition à la France : une retenue à la source s’applique selon le barème BOFIP 2026 : 0 % jusqu’à 17 275 €/an, 12 % de 17 276 à 50 112 €, 20 % au-delà (après abattement de 10 %)
- Aucune convention : risque de double imposition, la pension étant taxée en France (retenue à la source) et potentiellement dans le pays de résidence
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Le départ à l’étranger modifie en profondeur la protection santé. Les règles varient selon trois cas de figure.
Union européenne et Espace économique européen : le formulaire S1
Un retraité qui s’installe dans un pays de l’UE ou de l’EEE demande le formulaire S1 à sa caisse de retraite avant le départ. Ce document l’inscrit dans le système de santé du pays d’accueil : les soins sont pris en charge localement, aux tarifs et conditions du pays. Le retraité conserve aussi ses droits en France lors de séjours temporaires (via la carte européenne d’assurance maladie).
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Pays sous convention bilatérale : plus de 30 accords en vigueur
La France a signé des conventions de sécurité sociale avec le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, le Canada, le Japon, la Turquie et une trentaine d’autres pays. La couverture dépend des termes de chaque accord : certains ouvrent les soins locaux, d’autres se limitent à la totalisation des périodes de cotisation pour la retraite sans couvrir la santé. Le centre de remboursement des soins à l’étranger (Cnarefe) gère les flux financiers entre caisses.
Pays sans convention : la CFE ou le système local
Sans convention, le retraité perd tout droit à la Sécurité sociale française pour les soins dans son pays de résidence. Deux solutions : adhérer au régime local obligatoire (quand le pays l’impose) ou souscrire à la Caisse des Français de l’Étranger (CFE), qui rembourse sur la base des tarifs français. La complémentaire santé d’entreprise peut être conservée un an après le départ (loi Évin), puis il faut en trouver une adaptée à l’expatriation.
L’ASPA est suspendue, la réversion est maintenue
Deux prestations, deux régimes différents face à l’expatriation.
L’ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées, ex-minimum vieillesse, 1 034 € par mois pour une personne seule en 2026) exige une résidence stable et régulière en France, avec au moins 9 mois de présence effective par an. Tout départ durable entraîne la suspension du versement. Les règles détaillées figurent dans notre article sur l’ASPA et le séjour à l’étranger.
La pension de réversion, en revanche, est versée normalement à l’étranger, que ce soit la part CNAV (54 % de la pension du conjoint décédé) ou la part Agirc-Arrco (60 %). Le conjoint survivant doit simplement transmettre son certificat d’existence comme tout autre retraité expatrié.
Les 6 démarches à accomplir avant de quitter la France
Partir sans prévenir ses caisses, c’est s’exposer à une suspension de pension. Voici les étapes dans l’ordre.
- Vérifier le relevé de carrière et corriger les erreurs éventuelles tant que les caisses françaises sont facilement joignables
- Signaler le changement d’adresse à la CNAV (espace personnel lassuranceretraite.fr) et à l’Agirc-Arrco (espace personnel agirc-arrco.fr), en fournissant la nouvelle adresse et le nouvel IBAN si le compte change
- Demander le formulaire S1 à la CPAM (pays UE/EEE uniquement) pour ouvrir les droits santé dans le pays d’accueil
- Prévenir le centre des impôts du transfert de résidence fiscale, vérifier l’existence d’une convention de double imposition et noter que la déclaration annuelle (formulaire 2042 + annexe 2041-E) reste obligatoire sur les revenus de source française
- Clôturer les livrets réglementés réservés aux résidents fiscaux français (LEP, LDD, Livret Jeune) ; le Livret A et le PER restent accessibles depuis l’étranger
- Anticiper la première demande de certificat d’existence : repérer l’autorité locale compétente (mairie, notaire, consulat) ou installer l’application mobile « Mon certificat de vie »
Oui. La pension de base (CNAV) et la complémentaire (Agirc-Arrco) sont versées dans le monde entier, sur un compte français ou étranger. Seule condition : signaler son adresse et transmettre un certificat d’existence chaque année.
Le certificat d’existence prouve que le retraité est en vie. Il doit être retourné sous 2 mois. Passé ce délai, la pension est suspendue. Depuis mars 2026, 8 pays européens en sont dispensés grâce à des échanges automatiques.
Non. Un retraité domicilié hors de France est exonéré de CSG et de CRDS. Une cotisation maladie de 3,2 % reste due sur la pension de base. La complémentaire peut subir une retenue à la source en l’absence de convention fiscale.
Non. L’ASPA exige au moins 9 mois de présence en France par an. Un départ durable entraîne la suspension. Les détails figurent dans notre article sur l’ASPA et le séjour à l’étranger.
Dans l’UE/EEE : le formulaire S1 ouvre la couverture locale. Dans un pays sous convention bilatérale : selon les termes de l’accord. Ailleurs : adhésion au système local ou à la CFE (Caisse des Français de l’Étranger).
Sources : L’Assurance retraite (rubrique « Vivre sa retraite à l’étranger ») ; Agirc-Arrco (« Profiter de ma retraite à l’étranger ») ; Service-Public.fr, fiche F2543 « Certificat de vie » ; BOFIP BOI-BAREME-000043 du 02/04/2026 (retenue à la source non-résidents) ; conventions fiscales internationales (impots.gouv.fr).

