Les fonctionnaires titulaires peuvent accéder à la retraite progressive dès 60 ans avec 150 trimestres. La quotité de travail est de 50 à 90 % (contre 40-80 % dans le privé). Le dispositif concerne les trois versants : État (SRE), territoriale et hospitalière (CNRACL). Les contractuels suivent les règles du privé. Conditions, démarches, surcotisation et pièges spécifiques.
Longtemps réservée au secteur privé, la retraite progressive est ouverte aux fonctionnaires depuis la réforme de 2023. Le décret n° 2025-680 du 15 juillet 2025 a fixé l’âge d’accès à 60 ans pour tous, quel que soit le versant. Mais les règles diffèrent du privé sur plusieurs points : quotité, délai, surcotisation, gestion administrative. Ces différences peuvent coûter cher si elles ne sont pas anticipées.
Les conditions d’accès sont les mêmes sur les trois versants en 2026
Que vous soyez fonctionnaire d’État, territorial ou hospitalier, les trois conditions sont identiques :
- 60 ans minimum (aucune limite d’âge maximale)
- 150 trimestres validés tous régimes confondus
- Exercer à temps partiel entre 50 % et 90 % d’un temps complet
RETRAITE PROGRESSIVE FONCTION PUBLIQUE 2026
La quotité 50-90 % est la principale différence avec le privé
C’est le point qui surprend le plus. Un fonctionnaire titulaire ne peut pas descendre en dessous de 50 % d’un temps complet (contre 40 % dans le privé). Et il peut monter jusqu’à 90 % (contre 80 % dans le privé).
| Statut | Quotité minimum | Quotité maximum | Fraction pension min | Fraction pension max |
|---|---|---|---|---|
| Fonctionnaire titulaire | 50 % | 90 % | 10 % | 50 % |
| Contractuel FP | 40 % | 80 % | 20 % | 60 % |
| Salarié privé | 40 % | 80 % | 20 % | 60 % |
Conséquence concrète : un fonctionnaire qui veut travailler seulement 2 jours par semaine (40 %) ne peut pas le faire en retraite progressive. Il devra travailler au minimum 2,5 jours (50 %). À l’inverse, il peut travailler 4,5 jours (90 %) et toucher 10 % de sa pension, ce qui est impossible dans le privé.
Les agents à temps non complet bénéficient d’une règle particulière
Les agents à temps non complet (qui n’ont jamais été à temps plein) sont éligibles à la retraite progressive sans avoir à réduire leurs heures. La condition de quotité minimale de 50 % ne s’applique pas à eux.
En revanche, leur cumul d’activité reste plafonné à 90 % d’un temps complet. Un agent à temps non complet à 70 % qui prend un deuxième employeur à 15 % (total 85 %) reste dans les clous. À 25 % (total 95 %), il sort du dispositif.
Trois exemples concrets par versant de la fonction publique
Exemple 1 : Catherine, attachée territoriale à 60 ans
- Traitement net : 2 400 €/mois
- Pension estimée : 1 600 €/mois
- Passe à 60 % (3 jours/semaine), gestion CNRACL
Exemple 2 : Marc, professeur certifié Éducation nationale à 61 ans
- Traitement net : 2 800 €/mois (avec NBI)
- Pension estimée : 2 100 €/mois
- Passe à 80 %, gestion SRE, surcotisation acceptée
Exemple 3 : Nathalie, aide-soignante FPH à 60 ans
- Traitement net : 1 900 €/mois
- Pension estimée : 1 100 €/mois
- Passe à 50 % (mi-temps), gestion CNRACL
- Catégorie active (pénibilité reconnue)
Les démarches diffèrent selon le versant de la fonction publique
| Versant | Caisse | Délai | Plateforme de demande |
|---|---|---|---|
| Fonction publique d’État | SRE | 6 mois | ENSAP (ensap.gouv.fr) |
| Fonction publique territoriale | CNRACL | 5 mois | PEP’s (employeur) ou info-retraite.fr |
| Fonction publique hospitalière | CNRACL | 5 mois | PEP’s (employeur) ou info-retraite.fr |
| Contractuels (tous versants) | CNAV + IRCANTEC | 5 mois | info-retraite.fr ou CARSAT |
Pour les fonctionnaires d’État, la demande passe par ENSAP (espace sécurisé) avec un délai d’instruction de 6 mois (plus long que la CNRACL). L’autorisation de temps partiel doit être transmise par l’employeur au SRE. En cas d’impossibilité numérique, le formulaire Cerfa 16315 est disponible en version papier.
Pour les territoriaux et hospitaliers, la CNRACL propose deux voies : la demande en ligne sur info-retraite.fr (qui transmet automatiquement à la CNRACL) ou le passage par l’employeur via la plateforme PEP’s.
La surcotisation est plafonnée à 4 trimestres dans la fonction publique
Le fonctionnaire en retraite progressive peut cotiser sur la base de son traitement indiciaire à temps complet. Cette surcotisation préserve les droits comme si l’agent travaillait à 100 %.
Mais contrairement au privé (où la surcotisation est illimitée dans le temps), la fonction publique la plafonne à 4 trimestres supplémentaires sur toute la durée d’activité à temps partiel. Un fonctionnaire en retraite progressive pendant 3 ans ne peut surcotiser que pour 4 trimestres, pas 12.
Les contractuels suivent les règles du privé avec quelques spécificités
Les agents contractuels de la fonction publique (CDD, CDI) relèvent du régime général pour la retraite de base et de l’IRCANTEC pour la complémentaire. Leurs règles sont celles du privé :
| Critère | Titulaire | Contractuel |
|---|---|---|
| Quotité | 50-90 % | 40-80 % |
| Retraite de base | SRE ou CNRACL | CNAV (régime général) |
| Complémentaire | RAFP | IRCANTEC |
| Surcotisation | Plafonnée 4 trimestres | Illimitée (accord employeur) |
| Demande | ENSAP ou PEP’s | CARSAT / info-retraite.fr |
| Calcul pension | 6 derniers mois (traitement) | 25 meilleures années (salaire) |
La différence la plus impactante : le calcul de la pension de base. Les titulaires sont calculés sur les 6 derniers mois de traitement, les contractuels sur les 25 meilleures années de salaire. Pour un contractuel en retraite progressive, les années à temps partiel peuvent entrer dans les 25 meilleures et baisser la moyenne. La surcotisation est donc encore plus cruciale pour les contractuels.
Les cinq pièges spécifiques à la fonction publique
Le retour à temps plein pendant un arrêt maladie supprime le dispositif
Un fonctionnaire en arrêt longue maladie peut être tenté de reprendre à temps plein pour toucher sa rémunération complète. C’est un piège : le retour à temps plein met fin définitivement à la retraite progressive, même temporairement.
La surcotisation plafonnée à 4 trimestres laisse des années non couvertes
Contrairement au privé où la surcotisation peut durer toute la période progressive, le plafond de 4 trimestres dans la fonction publique signifie que les années au-delà sont cotisées sur le traitement réduit.
Le délai SRE de 6 mois peut retarder le projet
Les fonctionnaires d’État ont un délai d’instruction de 6 mois (contre 5 pour la CNRACL). Sans anticipation, le démarrage peut être décalé de plusieurs mois.
La quotité minimale de 50 % empêche le mi-temps réduit
Un titulaire qui veut travailler 2 jours par semaine (40 %) ne peut pas le faire en retraite progressive. Le minimum est 50 %. Pour descendre en dessous, il faut être contractuel ou salarié du privé.
L’exercice exclusif interdit le cumul d’activités
Les fonctionnaires d’État doivent exercer leur activité à titre exclusif. Impossible de cumuler la retraite progressive avec une activité secondaire (auto-entreprise, vacation, etc.). Pour en savoir plus sur les pièges généraux de la retraite progressive, consultez notre article dédié.
Le calcul de la pension intègre la NBI et les accessoires
La pension provisoire du fonctionnaire en retraite progressive est calculée sur la base des droits acquis à la date d’effet. Le calcul intègre :
- Le traitement indiciaire de référence
- La NBI (nouvelle bonification indiciaire) si les conditions sont remplies
- La surcote (si les trimestres dépassent la durée requise)
- La décote (si les trimestres sont insuffisants)
- Le minimum garanti
- Les accessoires de pension (majoration enfants, indemnité mensuelle de technicité, ITR)
Tous ces éléments sont proratisés selon la fraction de pension. La pension définitive, au départ complet, ne peut pas être inférieure au montant provisoire calculé à l’entrée. C’est le filet de sécurité pour les agents qui craignent un impact négatif. Pour connaître le fonctionnement de la retraite complémentaire, consultez notre guide Agirc-Arrco.
Questions fréquentes sur la retraite progressive dans la fonction publique
Oui, depuis 2023. Fonctionnaires titulaires des trois versants (État, territoriale, hospitalière) : 60 ans, 150 trimestres, quotité 50-90 %. Décret n° 2025-680 du 15 juillet 2025.
50 à 90 % pour les titulaires (vs 40-80 % dans le privé). Les contractuels suivent les règles du privé (40-80 %). Les agents à temps non complet peuvent accéder au dispositif sans réduire leurs heures.
Deux voies : (1) en ligne sur info-retraite.fr, (2) via l’employeur sur la plateforme PEP’s. Délai : 5 mois avant la date souhaitée.
Oui, sur la base du traitement indiciaire à temps complet. Plafonnée à 4 trimestres supplémentaires sur toute la durée. Nécessite l’accord de l’administration.
Oui, sans avoir à réduire ses heures. La condition de quotité minimale ne s’applique pas. Le cumul d’activité reste plafonné à 90 %.
Non. Quotité 40-80 % (règles du privé). Retraite complémentaire IRCANTEC (pas Agirc-Arrco). Mêmes conditions d’âge et trimestres.
SRE : fonctionnaires d’État, demande via ENSAP, délai 6 mois. CNRACL : territoriaux et hospitaliers, demande via PEP’s ou info-retraite.fr, délai 5 mois.
Non. Le temps partiel thérapeutique est exclu. L’agent doit d’abord reprendre un temps partiel classique avant de demander la retraite progressive.
Sources : Service-public.fr, CNRACL, décret n° 2025-680 du 15 juillet 2025.





