EHPAD • Obligation alimentaire
Maison de retraite : combien les enfants doivent-ils payer ?
25 %
Taux indicatif enfant
270 €/mois
Contribution moyenne (DREES)
Case 6GU
Déduction fiscale
15 000 €
Amende si refus injustifié
Un EHPAD coûte en moyenne 2 500 €/mois en France. Quand la pension du résident ne suffit pas, les enfants sont légalement tenus de payer la différence. L’obligation alimentaire (article 205 du Code civil) impose une contribution proportionnelle aux revenus de chaque descendant. Le taux indicatif est de 25 % du reste à vivre, et la contribution moyenne atteint 270 €/mois par obligé (DREES, juin 2023).
Près de 600 000 personnes vivent en EHPAD en France, et dans un tiers des cas, les ressources du résident (pension de base, complémentaire, éventuelle pension de réversion) ne couvrent pas la totalité des frais. Le sujet provoque autant de tensions familiales que de confusion juridique : combien chaque enfant doit-il verser ? Le conjoint et les enfants à charge sont-ils pris en compte ? Les sommes sont-elles déductibles des impôts ? Peut-on refuser sans risque pénal ? Les réponses dépendent du département, du juge aux affaires familiales et de la situation financière réelle de chaque obligé.
L’obligation alimentaire envers un parent en EHPAD
Les descendants concernés par l’obligation
L’article 205 du Code civil impose aux enfants de fournir des « aliments » à leurs parents dans le besoin. Cette notion couvre la nourriture, le logement, les vêtements et les soins médicaux, ce qui inclut les frais d’hébergement en EHPAD. L’obligation s’étend à plusieurs catégories de descendants :
- Les enfants (biologiques et adoptifs) : premiers obligés alimentaires, quel que soit leur âge
- Les gendres et belles-filles : tenus par l’obligation tant que le lien conjugal avec l’enfant du résident existe (le décès du conjoint ou le divorce met fin à cette obligation, sauf s’il reste des enfants communs)
- Les petits-enfants : soumis à l’obligation de droit commun si un juge est saisi directement
Notons que l’obligation est réciproque : les parents doivent aussi des aliments à leurs enfants (article 207). Un parent qui a gravement manqué à ses devoirs peut se voir refuser toute aide, un point détaillé plus bas.
Obligation de droit commun et obligation liée à l’ASH
Il faut distinguer deux situations juridiques différentes. L’obligation alimentaire de droit commun (articles 205-207) peut être invoquée par le parent lui-même ou par l’EHPAD devant le juge aux affaires familiales. Tous les descendants sont concernés, y compris les petits-enfants.
L’obligation alimentaire dans le cadre de l’ASH intervient quand le résident demande l’aide sociale à l’hébergement au conseil départemental. Le département sollicite alors les obligés alimentaires avant d’accorder l’aide. Depuis la loi Bien Vieillir du 8 avril 2024, les petits-enfants sont exclus de cette procédure ASH. Les enfants et gendres/belles-filles restent concernés.
Les ressources prises en compte dans le calcul
Le juge ou le conseil départemental examine l’ensemble des ressources de chaque obligé alimentaire, pas seulement le salaire. Voici les revenus et charges pris en considération.
Revenus pris en compte
- Revenus professionnels : salaires nets, bénéfices industriels et commerciaux (BIC), bénéfices non commerciaux (BNC), revenus agricoles
- Pensions et retraites : retraite de base, complémentaire Agirc-Arrco, pensions d’invalidité
- Revenus du patrimoine : revenus fonciers (loyers), revenus de capitaux mobiliers (dividendes, intérêts), plus-values réalisées
- Prestations sociales : allocations chômage, RSA (en théorie, mais rarement retenu car trop faible)
- Avantages en nature : logement de fonction, véhicule de société
Le patrimoine immobilier et financier (assurance-vie, épargne, valeur de la résidence principale) n’est pas directement intégré dans la formule, mais le juge peut en tenir compte pour apprécier la situation globale de l’obligé. Un enfant propriétaire d’un bien locatif verra ses loyers pris en compte.
Charges déduites avant le calcul
Les barèmes départementaux prévoient des charges forfaitaires pour protéger le « reste à vivre » de l’obligé. Le principe : aucune contribution ne peut placer l’obligé lui-même en difficulté financière.
| Situation de l’obligé | Charges forfaitaires déduites |
|---|---|
| Personne seule | 1 SMIC net (1 427 € en 2026) |
| Couple | 1,5 SMIC net (2 140 €) |
| Par enfant à charge | +0,25 SMIC (357 €) |
| Par enfant étudiant | +0,5 SMIC (714 €) |
| Loyer / mensualité crédit | Parfois déduit en sus (selon départements) |
La formule de calcul de la contribution des enfants
Il n’existe pas de barème national unique. Chaque département applique ses propres grilles. La formule la plus répandue repose sur 3 éléments :
Contribution = (revenus nets – charges forfaitaires) × taux de participation
Les taux de participation par catégorie d’obligé
| Catégorie d’obligé | Taux indicatif |
|---|---|
| Enfant (biologique ou adoptif) | 25 % du reste à vivre |
| Gendre ou belle-fille | 12,5 % du reste à vivre |
| Petit-enfant (droit commun uniquement) | 12,5 % du reste à vivre |
Le juge aux affaires familiales n’est pas lié par ces barèmes. Il fixe le montant définitif en tenant compte de la situation réelle : revenus, charges, état de santé de l’obligé, nombre d’obligés solidaires, et éventuels manquements du parent envers ses enfants.
Le barème indicatif par tranche de revenus
En l’absence de formule unique, un barème indicatif par tranche donne un ordre de grandeur de la contribution mensuelle attendue pour un enfant seul, sans enfant à charge.
Ces montants sont purement indicatifs. Un obligé avec 3 enfants à charge verra ses charges forfaitaires augmenter de 3 × 0,25 SMIC, ce qui réduit mécaniquement sa contribution. De même, un obligé en couple avec des revenus communs de 5 000 € ne contribuera pas autant qu’un célibataire au même salaire.
Simulateur d’obligation alimentaire
L’outil ci-dessous estime la contribution mensuelle d’un obligé alimentaire à partir de ses revenus, de sa situation familiale et du nombre d’enfants à charge. Le calcul repose sur le barème indicatif (taux 25 %, charges en SMIC).
Estimez la contribution pour un parent en EHPAD
Le reste à charge EHPAD et la répartition entre enfants
Comment se calcule le reste à charge
Le coût d’un EHPAD comprend trois composantes : le tarif hébergement (logement, repas, entretien), le tarif dépendance (aide à la toilette, habillage, déplacements) et le tarif soins (pris en charge par l’Assurance maladie, donc gratuit pour le résident). Le reste à charge correspond à la somme du tarif hébergement et de la part du tarif dépendance non couverte par l’APA, moins les aides personnelles au logement (APL ou ALS).
En pratique, pour un EHPAD facturant 2 500 €/mois avec un résident percevant 1 400 € de retraite, 350 € d’APA et 200 € d’APL, le reste à charge s’établit à 550 €/mois. C’est ce montant que les descendants doivent couvrir collectivement.
La répartition proportionnelle entre obligés
La répartition entre enfants ne se fait pas à parts égales. Elle est proportionnelle au reste à vivre de chaque obligé après déduction de ses charges. Un enfant cadre gagnant 5 000 €/mois paiera davantage qu’un frère ou une sœur au SMIC. L’enfant 3 sans revenus suffisants ne contribue pas du tout.
Cas concret
EHPAD à 2 800 €/mois, parent retraité à 1 400 €, 3 enfants aux revenus différents
Répartition entre les 3 enfants (proportionnelle aux revenus)
Total couvert par les enfants
825 €/mois
(reste à charge de 800 € couvert + 25 € de marge)
La répartition n’est pas égalitaire : elle est proportionnelle au reste à vivre de chaque enfant après déduction des charges forfaitaires. L’enfant 3 (étudiant) ne contribue pas car son reste à vivre est trop faible. Les 825 € versés par les enfants 1 et 2 sont intégralement déductibles de leur revenu imposable (case 6GU).
La déduction fiscale et la case 6GU
Montants déductibles et conditions
Les sommes versées au titre de l’obligation alimentaire sont déductibles du revenu imposable de l’obligé, sans plafond, à condition d’être justifiées (factures de l’EHPAD, jugement du JAF, virements bancaires). La déduction s’applique que le versement soit volontaire ou imposé par le juge.
Un contribuable au TMI de 30 % qui verse 300 €/mois (3 600 €/an) économise 1 080 € d’impôt par an. Au TMI de 41 %, l’économie monte à 1 476 €. Pour un foyer versant 500 €/mois au TMI de 30 %, l’économie atteint 1 800 €/an.
Comment remplir la case 6GU
La déclaration se fait sur le formulaire 2042, dans la rubrique « Charges déductibles ». Concrètement :
- Case 6GU : montant total versé au titre de l’obligation alimentaire envers les ascendants au cours de l’année
- Case 6GP : montant versé si l’ascendant vit sous le même toit (pension alimentaire en nature)
- Joindre les justificatifs en cas de contrôle : factures EHPAD, copie du jugement, relevés bancaires prouvant les virements
- Le montant déclaré en 6GU doit correspondre exactement aux sommes effectivement versées pendant l’année fiscale
Attention : le parent bénéficiaire doit déclarer les sommes reçues comme pension alimentaire perçue (case 1AO). La déduction de l’obligé et l’imposition du bénéficiaire sont symétriques.
Accueillir un parent chez soi : le forfait de 4 039 €
Un obligé qui héberge un ascendant de plus de 75 ans à son domicile peut déduire un forfait de 4 039 € par an sans fournir de justificatif de dépenses. Deux conditions à remplir :
- L’ascendant doit avoir plus de 75 ans
- Ses revenus ne doivent pas dépasser le plafond de l’ASPA : 12 411 €/an pour une personne seule, 19 269 €/an pour un couple
Ce forfait peut se cumuler avec la déduction des frais réels si l’obligé verse aussi une pension alimentaire en argent. Il représente une économie fiscale de 1 212 € au TMI de 30 %, sans aucune pièce justificative.
Les cas de dispense de l’obligation alimentaire
Les motifs légaux de dispense
Le Code civil prévoit plusieurs situations où l’obligation alimentaire ne s’applique pas ou peut être levée par le juge.
- Le parent a été déchu de l’autorité parentale (articles 378-378-1 du Code civil)
- L’enfant a été retiré de son milieu familial et placé pendant plus de 36 mois cumulés avant ses 18 ans (loi Bien Vieillir 2024)
- Le parent a été condamné pour crime ou agression sexuelle sur l’enfant (article 207-1)
- Le parent a gravement manqué à ses obligations envers l’enfant : abandon matériel ou moral, violence, délaissement (article 207 alinéa 2)
- Les petits-enfants sont automatiquement dispensés pour les demandes d’ASH (loi Bien Vieillir 2024)
La charge de la preuve incombe à l’obligé qui invoque la dispense. Des attestations, des témoignages ou des décisions de justice antérieures (placement, condamnation) constituent des éléments recevables devant le juge aux affaires familiales.
Le cas des gendres et belles-filles après décès du conjoint
L’obligation des gendres et belles-filles repose sur le lien d’alliance créé par le mariage (article 206 du Code civil). Ce lien disparaît dans deux cas :
- Divorce : la dissolution du mariage met fin immédiatement à l’obligation envers les beaux-parents
- Décès du conjoint sans enfant commun : l’obligation cesse si le couple n’a pas eu d’enfants ensemble
En revanche, si le conjoint décédé a eu des enfants avec le gendre ou la belle-fille, l’obligation alimentaire persiste tant que ces enfants sont en vie. C’est un point souvent méconnu qui peut engendrer des litiges lors de recompositions familiales.
Les 8 étapes face à une demande de contribution
Recevoir un courrier du conseil départemental ou de l’EHPAD demandant une participation financière peut déstabiliser. Voici la marche à suivre, étape par étape.
Avant la procédure : vérifier et négocier
- Vérifier les droits du parent : s’assurer que toutes les aides ont été demandées (APA, APL/ALS, ASPA). Un reste à charge élevé peut s’expliquer par une aide non sollicitée.
- Demander le détail des charges de l’EHPAD : tarif hébergement, tarif dépendance, prestations optionnelles. Les prestations non essentielles (chambre individuelle premium, activités facultatives) ne sont pas systématiquement intégrées dans le calcul de l’obligation.
- Réunir ses propres justificatifs de revenus et charges : derniers avis d’imposition, fiches de paie, mensualités de crédit, charges de logement, nombre d’enfants à charge. Plus le dossier est complet, plus la contribution sera ajustée à la réalité.
- Contacter les autres obligés : frères, sœurs, gendres, belles-filles. Une négociation amiable entre descendants permet souvent d’aboutir à une répartition acceptée sans passer par le juge.
Pendant la procédure : répondre et se défendre
- Répondre au courrier dans le délai imparti : le silence est interprété comme un refus et peut déclencher une procédure judiciaire. Même si la contribution proposée semble excessive, répondre par écrit en exposant sa situation.
- Négocier le montant avec le conseil départemental : les barèmes sont indicatifs. Un obligé peut contester le montant proposé en produisant ses justificatifs. Le département n’a pas intérêt à saisir le juge si un accord amiable est possible.
- Saisir un avocat ou un conciliateur de justice : en cas de désaccord persistant, la conciliation est gratuite et peut éviter un procès. L’avocat n’est pas obligatoire devant le juge aux affaires familiales, mais il est recommandé pour les situations complexes (familles recomposées, patrimoine important, motifs de dispense).
Après la décision : déclarer et suivre
- Déclarer les sommes en case 6GU : chaque année, reporter le total des versements dans la déclaration d’impôts. Conserver les factures et justificatifs pendant 3 ans minimum en cas de contrôle fiscal. Si la situation financière de l’obligé évolue (perte d’emploi, divorce, naissance), une demande de révision peut être déposée auprès du juge à tout moment.
Questions fréquentes
Les enfants sont les premiers obligés alimentaires (article 205 du Code civil). Les petits-enfants et les gendres/belles-filles peuvent aussi être sollicités. Depuis la loi Bien Vieillir du 8 avril 2024, les petits-enfants sont exclus des demandes d’ASH (aide sociale à l’hébergement). La contribution est proportionnelle aux revenus de chaque obligé, pas égalitaire.
La formule la plus courante est : (revenus nets – charges forfaitaires) × taux de participation. Le taux est généralement de 25 % pour les enfants et 12,5 % pour les beaux-enfants. Les charges forfaitaires correspondent à 1 SMIC pour une personne seule, 1,5 SMIC pour un couple, +0,25 SMIC par enfant à charge. Les barèmes varient selon les départements.
Oui, dans certains cas prévus par la loi : si le parent a été déchu de l’autorité parentale, si l’enfant a été placé plus de 36 mois avant ses 18 ans, si le parent a été condamné pour crime ou agression sexuelle sur l’enfant, ou si le parent a gravement manqué à ses obligations. En dehors de ces cas, le refus expose à une amende de 15 000 € et jusqu’à 2 ans d’emprisonnement.
Oui. Les sommes versées au titre de l’obligation alimentaire sont déductibles du revenu imposable, sans plafond si elles sont justifiées. Une déduction forfaitaire de 4 039 € par an est aussi possible pour l’hébergement d’un ascendant de plus de 75 ans dont les revenus sont inférieurs au seuil de l’ASPA. La déclaration se fait en case 6GU.
Après déduction de la retraite du résident, de l’APA (allocation personnalisée d’autonomie) et des aides au logement (APL/ALS), le reste à charge moyen se situe entre 500 et 1 000 € par mois. C’est ce montant que les descendants doivent couvrir si le résident ne peut pas le payer seul. Le coût moyen d’un EHPAD en France dépasse 2 500 €/mois.
Sources : Code civil (articles 205-211), service-public.gouv.fr, DREES (juin 2023), loi n°2024-317 du 8 avril 2024 (Bien Vieillir).





