Retraite • Réversion 2026-2027
Réforme de la réversion :
ce qui se prépare
4,4 M
Bénéficiaires actuels
87 %
De femmes
54 à 60 %
Taux selon le régime
4 chantiers
COR + simplification
Le COR prépare une réforme structurelle de la pension de réversion : ouverture aux pacsés et concubins, taux unique à 50, 55 ou 60 %, généralisation des plafonds de ressources. En parallèle, le gouvernement lance un chantier de simplification des démarches pour les conjoints survivants, avec des résultats attendus fin 2026.
Martine, 68 ans, a perdu son mari en février. Trois mois plus tard, elle attend encore le versement de sa pension de réversion par le régime général, après avoir envoyé le même acte de décès à quatre caisses différentes. Son cas n’est pas isolé : « L’éparpillement des interlocuteurs, la multiplicité des pièces justificatives et les délais particulièrement longs » touchent des centaines de milliers de veuves et veufs chaque année, comme le déplore le député Philippe Fait (Horizons) dans une question au gouvernement.
Les règles actuelles : trois régimes, trois logiques
La pension de réversion représente une fraction de la retraite du défunt versée au conjoint survivant. Mais le taux, les conditions d’âge et les plafonds varient selon le régime d’affiliation, créant un système difficilement lisible.
| Régime | Taux | Âge minimum | Plafond de ressources |
|---|---|---|---|
| Régime général (CNAV) | 54 % | 55 ans | 25 002 €/an (seul) – 40 003 € (couple) |
| Agirc-Arrco | 60 % | 55 ans | Aucun |
| Fonction publique | 50 % | Aucun (si décès en activité) | Aucun |
Le minimum mensuel de réversion au régime général est fixé à 334,92 € (4 019 €/an). Seuls les conjoints mariés y ont droit : ni le PACS ni le concubinage n’ouvrent de droits, quel que soit le régime. Et 8 à 10 % des personnes éligibles ne la demandent pas, faute d’information, selon Laure Moudenc (Ombello).
Le COR prépare quatre chantiers de réforme
Dans le cadre du conclave sur les retraites engagé en 2025-2026, le Conseil d’orientation des retraites pilote une refonte structurelle du dispositif. Quatre axes se dessinent.
Élargissement aux pacsés et concubins
C’est le chantier le plus médiatisé. Une personne ayant partagé 30 ans de vie commune sans mariage se retrouve aujourd’hui sans aucun droit à réversion. « C’est un enjeu majeur pour les femmes, qui ont des carrières plus fragmentées et des pensions inférieures de 30 % en moyenne », souligne Laure Moudenc. L’ouverture au PACS et au concubinage est jugée « fort probable » par les spécialistes du dossier.
Taux unique : 50, 55 ou 60 %
Le COR travaille sur trois scénarios pour unifier le taux de réversion. À 50 %, les veuves et veufs du privé couverts par l’Agirc-Arrco perdraient 8 à 10 % de leur complémentaire (une perte d’environ 80 €/mois sur une complémentaire moyenne de 800 €). À 60 %, les fonctionnaires gagneraient 10 points, mais le coût serait élevé pour l’État. Le scénario intermédiaire à 55 % ferait des gagnants (fonctionnaires : +110 €/mois sur une pension de 2 200 €) et des perdants (Agirc-Arrco : -40 €/mois).
Généralisation des plafonds de ressources
Actuellement, seul le régime général impose un plafond (25 002 €/an pour une personne seule, soit 2 083 €/mois). L’Agirc-Arrco et la fonction publique n’en ont aucun. Le COR envisage de généraliser cette condition à tous les régimes, dans une logique sociale : réserver la réversion « à celles et ceux qui en ont le plus besoin ». Cette mesure compenserait financièrement l’élargissement au PACS et au concubinage.
Nouveau mode de calcul à l’étude
Deux méthodes alternatives sont à l’étude. La première attribuerait deux tiers de la pension du défunt, diminués d’un tiers de la pension propre du survivant. La seconde intégrerait une proratisation selon la durée du mariage : 20 ans de mariage sur 40 ans de carrière aboutiraient à un taux effectif de 25 %. Cette option avantagerait les couples stables mais pénaliserait les unions brèves ou tardives, y compris les cas de divorce et remariage.
Simplification des démarches : la réponse du gouvernement
Le 19 mai, la ministre Anne Le Hénanff a répondu au député Philippe Fait en annonçant trois mesures concrètes :
- La création d’une plateforme de partage de bonnes pratiques entre caisses de retraite
- Un chantier spécifique sur le parcours de la pension de réversion, piloté par la DITP (direction interministérielle de la transformation publique) et la Direction de la sécurité sociale, avec des résultats attendus fin 2026
- L’examen de la proposition de carte du conjoint survivant, un document unique centralisant les informations et autorisations nécessaires pour accélérer toutes les démarches post-décès
Cas concret : la réversion de Françoise selon les scénarios
Cas concret
Françoise, 66 ans, veuve, retraite propre de 900 €/mois
Son mari percevait 1 900 € de retraite (régime général + Agirc-Arrco). Françoise est sous le plafond de ressources.
Avec le mode de calcul alternatif (2/3 de la pension du défunt – 1/3 de la pension propre), Françoise percevrait : (1 900 × 2/3) – (900 × 1/3) = 1 267 – 300 = 967 €. Moins que l’actuel, mais plus que le scénario à 50 %.
Calendrier : une réforme improbable avant 2027
L’UNSA Retraités tempère les attentes : « La proximité des élections présidentielles rend improbable l’examen et le vote par le Parlement d’une réforme des pensions de réversion en 2026 ou 2027 ». Le syndicat « s’oppose à toute réforme qui conduirait à une régression pour les bénéficiaires » et demande qu’un minimum de pension de réversion soit instauré, « ne pouvant être inférieur au seuil de pauvreté » (actuellement 1 216 €/mois). Le minimum actuel de réversion au régime général (335 €/mois) en est très loin.
Les conjoints survivants qui traversent aujourd’hui le processus peuvent déjà consulter le minimum vieillesse (ASPA) en complément : il garantit un plancher de 1 034 €/mois pour une personne seule et peut se cumuler avec la réversion sous conditions.
Questions fréquentes
C’est l’un des quatre chantiers du COR. L’ouverture aux couples pacsés et aux concubins est jugée probable par les experts, pour s’adapter aux évolutions des formes de conjugalité. Le calendrier reste incertain : l’UNSA Retraités estime qu’une réforme est improbable avant la présidentielle 2027.
Le COR travaille sur trois scénarios : 50 %, 55 % ou 60 %. Actuellement, le taux est de 54 % au régime général, 60 % à l’Agirc-Arrco et 50 % dans la fonction publique. Un taux de 55 % constituerait un compromis : les fonctionnaires y gagneraient (+5 points), mais les salariés du privé couverts par l’Agirc-Arrco y perdraient (-5 points sur la complémentaire).
Au régime général, le plafond annuel de ressources est de 25 001,60 € pour une personne seule (soit 2 083 €/mois) et 40 002,56 € pour un couple (3 334 €/mois). L’Agirc-Arrco et la fonction publique n’imposent aucun plafond de ressources. Le COR envisage de généraliser les plafonds à tous les régimes.
Le député Philippe Fait (Horizons) a proposé une carte centralisant les informations et autorisations nécessaires pour les démarches post-décès. La ministre Anne Le Hénanff a indiqué que cette proposition serait examinée dans le cadre du chantier de simplification piloté par la DITP et la Direction de la sécurité sociale, avec des résultats attendus fin 2026.
4,4 millions de veuves et veufs perçoivent une pension de réversion, dont 87 % de femmes. Entre 8 et 10 % des personnes éligibles ne la demandent pas, car elle n’est pas versée automatiquement : il faut en faire la demande auprès de chaque caisse de retraite concernée.
Sources : réponse ministérielle du 19 mai 2026, Capital (16 mai 2026, Laure Moudenc/Ombello), UNSA Retraités (14 mai 2026), COR.





