Étude ADCF • Avril 2026
Épargne réglementée : de +28 Md€ à -1,3 Md€ en un an
+28,3 Md€
Collecte nette 2024
-1,3 Md€
Collecte nette 2025
-3,1 Md€
T1 2026 (Livret A seul)
695 Md€
Encours total mars 2026
Sources : Caisse des dépôts (données mensuelles) • ACPR • Banque de France
En 2024, les Français avaient déposé 28,3 milliards d’euros de plus qu’ils n’en avaient retiré sur leurs livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP). Un an plus tard, le solde s’est inversé, -1,3 milliard d’euros en 2025. Le premier trimestre 2026 confirme l’accélération avec -3,1 milliards de retraits nets sur le seul Livret A, pire trimestre depuis 2009. Le taux du Livret A, divisé par deux en douze mois, est le déclencheur de ce retournement.
Le Livret A passe de la collecte record à l’hémorragie en un an
Le Livret A a connu en 2024 l’une de ses meilleures années de collecte : +14,9 milliards d’euros de dépôts nets, portés par un taux de 3 % en vigueur toute l’année. Le premier trimestre 2024 avait été particulièrement fort avec +6,2 milliards de collecte nette, dopé par les dépôts de début d’année.
Le basculement intervient dès février 2025 avec la première baisse de taux à 2,4 %. La collecte du T1 2025 tombe à +1,7 milliard, quatre fois moins qu’un an plus tôt. Le second coup arrive en août 2025 avec le passage à 1,7 %, octobre 2025 enregistre une décollecte de -3,8 milliards, le pire mois depuis le début de la série CDC en 2009. Sur l’année complète, le Livret A perd 2,1 milliards.
Le premier trimestre 2026, avec un taux abaissé à 1,5 % depuis février, enfonce le clou, -3,1 milliards de décollecte en trois mois. La séquence est historique. Jamais le Livret A n’avait connu trois mois consécutifs de décollecte en début d’année.
Le LDDS résiste, le LEP décroche
Le LDDS (même taux que le Livret A) a suivi une trajectoire similaire mais moins marquée : +6,6 milliards en 2024, +1,6 milliard en 2025. Son encours atteint 165,3 milliards à fin mars 2026. Le LDDS est plus volatil que le Livret A car davantage associé aux mouvements des comptes courants.
Le LEP a connu un parcours plus chaotique. En 2024, porté par un taux exceptionnel de 5 % puis 4 %, il avait collecté +6,9 milliards. Le passage à 3,5 % en février 2025 puis 2,7 % en août a provoqué un retournement brutal : -0,8 milliard sur l’année, avec un effondrement en avril (-2,0 milliards) et mai (-1,2 milliard) 2025. Depuis février 2026, son taux de 2,5 % reste supérieur à l’inflation (1,7 %), ce qui devrait limiter les retraits.
Chaque baisse de taux déclenche une vague de retraits
La corrélation entre le taux du Livret A et les flux de collecte est quasi mécanique. Chaque palier de baisse produit ses effets dans les deux à trois mois suivants.
| Date | Taux Livret A | Taux LEP | Effet sur la collecte Livret A |
|---|---|---|---|
| Toute l’année 2024 | 3,0 % | 5 % puis 4 % | +14,9 Md€ (année record) |
| 1er février 2025 | 2,4 % | 3,5 % | T1 2025 : +1,7 Md€ (÷4 vs T1 2024) |
| 1er août 2025 | 1,7 % | 2,7 % | Oct 2025 : -3,8 Md€ (record mensuel) |
| 1er février 2026 | 1,5 % | 2,5 % | T1 2026 : -3,1 Md€ (pire T1 depuis 2009) |
| 1er août 2026 (prévu) | 1,8 % ? | À déterminer | Rebond attendu si inflation stable |
Le rendement réel du Livret A est redevenu négatif
Avec un taux de 1,5 % et une inflation à 1,7 % en mars 2026, le Livret A offre un rendement réel de -0,2 %. Les épargnants qui y laissent leur argent perdent du pouvoir d’achat. Cette situation n’était plus survenue depuis 2022, avant la remontée du taux à 2 % puis 3 %.
L’assurance-vie en fonds euros, avec un rendement moyen de 2,65 % selon l’ACPR, est redevenue compétitive. Mais la comparaison n’est pas directe : ce taux est brut de prélèvements sociaux (17,2 %) et d’impôt sur le revenu. Après fiscalité au PFU, le rendement net tombe autour de 1,85 %, soit un écart de seulement 0,35 point avec le Livret A, qui est net d’impôt.
L’encours total reste historiquement élevé malgré la décollecte
Malgré le retournement des flux, l’encours cumulé de l’épargne réglementée reste massif :
- Livret A : 446,5 milliards d’euros (58 millions de comptes)
- LDDS : 165,3 milliards d’euros
- LEP : 83,9 milliards d’euros
- Total : 695,7 milliards d’euros à fin mars 2026
La décollecte de 2025 (-1,3 milliard tous produits confondus) représente moins de 0,2 % de l’encours total. Le stock d’épargne constitué pendant les années de taux élevé reste en place. Les retraits concernent principalement les flux marginaux (épargne courante), pas le fonds de précaution que la majorité des ménages conserve sur ces livrets.
Perspectives : le taux pourrait remonter en août 2026
Le prochain réexamen du taux du Livret A interviendra le 1er août 2026. La formule de calcul intègre l’inflation du premier semestre (actuellement à 1,7 %, portée par la hausse des prix de l’énergie liée à la guerre en Iran) et les taux interbancaires à court terme.
Plusieurs économistes anticipent un relèvement à 1,8 %. Si l’inflation accélère encore au printemps, un retour à 2 % n’est pas exclu. Ce rebond pourrait inverser la tendance de décollecte au second semestre, comme cela s’était produit lors des précédentes remontées de taux.
Méthodologie
Cette étude repose sur les données mensuelles publiées par la Caisse des dépôts pour le Livret A, le LDDS et le LEP, de janvier 2024 à mars 2026. Les flux de collecte nette sont calculés comme la différence entre les dépôts et les retraits sur chaque mois. Les encours incluent la capitalisation des intérêts. Le rendement moyen de l’assurance-vie en fonds euros provient de l’estimation publiée par l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) en mars 2026. Les taux d’inflation sont ceux de l’INSEE (indice des prix à la consommation hors tabac).
Questions fréquentes
Le taux du Livret A est passé de 3 % à 2,4 % en février 2025, puis à 1,7 % en août 2025 et enfin à 1,5 % en février 2026. Cette division par deux en un an a rendu le placement moins attractif que l’assurance-vie en fonds euros (rendement moyen de 2,65 % selon l’ACPR). Avec une inflation à 1,7 % en mars 2026, le rendement réel du Livret A est redevenu négatif.
L’essentiel des flux se redirige vers l’assurance-vie en fonds euros, dont le rendement moyen (2,65 % brut) est redevenu supérieur à celui du Livret A. Une partie alimente aussi les comptes à terme et les dépôts bancaires rémunérés. Certains épargnants piochent dans leur épargne de précaution pour faire face à la hausse du coût de la vie.
Le LEP a mieux résisté en 2024 grâce à son taux supérieur (5 % puis 4 %), mais il a basculé en décollecte en 2025 (perte de 0,84 milliard sur l’année). Son taux de 2,5 % depuis février 2026 reste supérieur au Livret A et à l’inflation, ce qui devrait limiter les retraits. La décollecte de mars 2026 (-120 millions) peut aussi refléter les difficultés de pouvoir d’achat des ménages modestes.
Le prochain réexamen du taux est prévu le 1er août 2026. La formule de calcul intègre l’inflation du premier semestre et les taux interbancaires. Avec une inflation remontée à 1,7 % et des prix de l’énergie en hausse, plusieurs économistes anticipent un relèvement à 1,8 %, voire 2 %. Ce rebond pourrait inverser la tendance de décollecte au second semestre.
L’encours total de l’épargne réglementée (Livret A + LDDS + LEP) reste historiquement élevé, à plus de 695 milliards d’euros à fin mars 2026. La décollecte représente moins de 0,5 % du stock. Le Livret A conserve ses avantages structurels : liquidité immédiate, capital garanti par l’État, exonération totale d’impôt. Son attractivité est cyclique et dépend du niveau du taux par rapport à l’inflation et aux placements concurrents.
Sources : Caisse des dépôts (données mensuelles épargne réglementée), Banque de France, ACPR (rendement fonds euros), INSEE (inflation).





