Donation en usufruit ou nue-propriété : méthode de calcul, cas concret et barème

Donation démembrée • 2026

Transmettre la nue-propriété et garder l’usufruit

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Art. 669

Barème fiscal CGI

60 %

Nue-propriété parent 65 ans

100 000 €

Abattement par enfant

0 €

Droits au décès de l’usufruitier

Source : Code général des impôts (articles 669 et 1133) • service-public.gouv.fr

La donation en usufruit ou en nue-propriété repose sur le démembrement de la propriété prévu à l’article 544 du Code civil. Le donateur transmet la nue-propriété à son donataire et conserve l’usufruit (usage et revenus), ou inversement. Les droits de donation ne s’appliquent alors que sur la valeur du droit transmis, selon le barème fiscal de l’article 669 CGI qui varie de 10 à 90 % selon l’âge. Au décès de l’usufruitier, la pleine propriété se reconstitue sans aucun droit supplémentaire.

La donation démembrée constitue l’une des stratégies de transmission patrimoniale les plus puissantes du droit français. Elle permet de réduire significativement les droits de donation tout en conservant l’usage ou les revenus du bien. Selon les chiffres de la Chambre des notaires, près de 60 % des transmissions immobilières du vivant empruntent ce mécanisme. Pour une présentation complète des dispositifs de transmission, se reporter au guide complet de la donation de son vivant 2026.

Donation en usufruit ou nue-propriété : qu’est-ce que c’est en 2026 ?

Le démembrement en trois droits
La pleine propriété regroupe trois prérogatives, que les juristes nomment usus (droit d’usage), fructus (droit de percevoir les revenus), et abusus (droit de disposer du bien, c’est-à-dire de le vendre). Le démembrement sépare ces droits : l’usufruit réunit l’usus et le fructus, la nue-propriété conserve l’abusus.

Concrètement, l’usufruitier peut habiter le bien, le louer et percevoir les loyers. Le nu-propriétaire détient la propriété juridique mais n’en a ni l’usage ni les revenus, jusqu’à l’extinction de l’usufruit. L’article 578 du Code civil définit l’usufruit comme « le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété ». Cette distinction a des conséquences fiscales majeures, les droits de donation sont calculés uniquement sur la valeur du droit transmis, pas sur la pleine propriété.

Le barème fiscal de l’usufruit et de la nue-propriété en 2026

L’article 669 du Code général des impôts fixe la répartition de valeur entre usufruit et nue-propriété en fonction de l’âge du donateur. Ce barème, inchangé depuis 2004, progresse par tranches de 10 ans, plus le donateur est âgé, plus la valeur de l’usufruit qu’il conserve est faible (et donc plus la nue-propriété transmise est importante).

0%10%20%30%40%50%60%70%80%90%100% < 21 ans90%10%21 à 30 ans80%20%31 à 40 ans70%30%41 à 50 ans60%40%51 à 60 ans50%50%61 à 70 ans40%60%71 à 80 ans30%70%81 à 90 ans20%80%> 91 ans10%90% Usufruit Nue-propriété Barème de répartition usufruit / nue-propriété selon l’âge (art. 669 CGI) Plus le donateur est âgé, plus la part de nue-propriété est importante • Source : Code général des impôts, art. 669
Âge de l’usufruitierValeur de l’usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans90 %10 %
21 à 30 ans80 %20 %
31 à 40 ans70 %30 %
41 à 50 ans60 %40 %
51 à 60 ans50 %50 %
61 à 70 ans40 %60 %
71 à 80 ans30 %70 %
81 à 90 ans20 %80 %
Plus de 91 ans10 %90 %
Barème fiscal usufruit/nue-propriété au 1er janvier 2026. Source : Code général des impôts, article 669.

Exemple : un parent de 65 ans qui donne la nue-propriété d’un bien à son enfant transmet 60 % de la valeur (la part « nue-propriété » à cet âge), tandis qu’il conserve 40 % (l’usufruit). Les droits de donation ne s’appliquent que sur cette fraction de 60 %, avant même l’application de l’abattement de 100 000 € par enfant.

Comment se passe une donation avec usufruit en 2026 ?

La procédure suit quatre étapes précises, encadrées par le droit notarial.

Étape 1 : l’évaluation du bien

Le notaire procède à l’évaluation de la pleine propriété du bien (valeur vénale), puis applique le barème de l’article 669 CGI selon l’âge du donateur pour déterminer la valeur de la nue-propriété transmise et de l’usufruit conservé. L’évaluation doit refléter la valeur de marché réelle, sous peine de redressement fiscal.

Étape 2 : l’acte notarié

Pour un bien immobilier, la donation démembrée est obligatoirement réalisée par acte notarié (article 931 du Code civil). L’acte précise la valeur du bien, l’âge du donateur, la nature du démembrement et les éventuelles clauses particulières (interdiction d’aliéner, retour conventionnel, etc.).

Étape 3 : le calcul et le paiement des droits

Les droits de donation sont calculés sur la valeur de la nue-propriété, après abattement (100 000 € par parent et par enfant). Le barème progressif en ligne directe s’applique ensuite : 5 % jusqu’à 8 072 €, 10 % jusqu’à 12 109 €, 15 % jusqu’à 15 932 €, puis 20 % jusqu’à 552 324 €. Le coût exact dépend de la valeur du bien et de la configuration familiale, que notre simulateur de frais de notaire permet d’estimer en quelques clics.

Étape 4 : la publication au service de publicité foncière

L’acte notarié est publié au service de publicité foncière (ex-conservation des hypothèques) pour rendre la donation opposable aux tiers. Cette formalité donne lieu à une taxe de 0,60 % sur la valeur transmise, intégrée aux frais d’acte.

Cas concrets • Bien immobilier 400 000 € donné à un enfant

L’économie fiscale varie fortement selon l’âge du donateur

Parent 45 ans

10 194 €

NP 40 %, économie 48 000 €

Parent 55 ans

18 194 €

NP 50 %, économie 40 000 €

Parent 65 ans

26 194 €

NP 60 %, économie 32 000 €

Parent 75 ans

34 194 €

NP 70 %, économie 24 000 €

À comparer : donation en pleine propriété

58 194 €

de droits de donation (sans démembrement)

Le démembrement permet d’économiser de 24 000 € à 48 000 € de droits de donation selon l’âge du donateur, pour un bien immobilier de 400 000 € transmis à un enfant. L’économie est d’autant plus forte que le donateur est jeune : plus l’usufruit conservé est long, plus la nue-propriété est faible, et donc moins les droits sont élevés. Tous les calculs ci-dessus intègrent l’abattement de 100 000 € par enfant et le barème progressif ligne directe.

Les avantages d’une donation démembrée en 2026

Le démembrement combine quatre atouts qui en font la stratégie phare de la transmission immobilière.

  • Réduction fiscale immédiate : les droits sont calculés sur 40 à 70 % de la valeur seulement, ce qui peut représenter une économie de 20 000 à 50 000 euros pour un bien de taille moyenne
  • Conservation de l’usage ou des revenus : le donateur-usufruitier continue d’habiter le logement ou d’en percevoir les loyers jusqu’à son décès
  • Transmission sans frais au décès : la pleine propriété se reconstitue automatiquement entre les mains du nu-propriétaire, sans droits de succession supplémentaires (article 1133 CGI)
  • Cumul avec la règle des 15 ans : l’abattement de 100 000 € par enfant se renouvelle tous les 15 ans, permettant des donations en cascade pour les patrimoines importants
💡
Stratégie de transmission progressive
Un parent de 55 ans peut donner la nue-propriété d’un bien immobilier à son enfant (NP 50 %), puis au bout de 15 ans (soit à 70 ans), envisager une seconde donation avec un nouvel abattement de 100 000 € déjà reconstitué. Cette stratégie permet de transmettre des patrimoines conséquents sur deux ou trois générations avec une fiscalité très allégée.

Les inconvénients et risques d’une donation en nue-propriété en 2026

Le démembrement n’est pas sans contraintes. Quatre inconvénients majeurs doivent être pesés avant de s’engager.

⚠️
Les 4 limites à connaître
1. Irrévocabilité : la donation ne peut être annulée que dans des cas très limités (ingratitude, inexécution des charges, survenance d’enfant). 2. Accord obligatoire du nu-propriétaire pour vendre : l’usufruitier ne peut plus disposer seul du bien. 3. Rupture de dispositifs fiscaux : Pinel, Scellier, Borloo, certaines réductions d’impôt s’interrompent en cas de démembrement. 4. Risque de réduction successorale : si la donation dépasse la quotité disponible, les autres héritiers peuvent demander une indemnité de réduction au décès.

Le recours à un notaire expérimenté en transmission patrimoniale est indispensable pour sécuriser l’opération et anticiper ces risques. Le coût supplémentaire d’une consultation approfondie (300 à 600 €) est vite rentabilisé par les erreurs évitées.

Donner la nue-propriété de sa résidence principale en 2026

La donation de la nue-propriété de la résidence principale est parfaitement possible et constitue même l’une des stratégies les plus fréquentes. Le donateur conserve l’usufruit et continue d’occuper son logement jusqu’à son décès. L’opération présente plusieurs spécificités.

  • Premier point : l’abattement de 20 % applicable à la résidence principale en matière de succession ne s’applique pas en donation. La valeur de marché complète est retenue.
  • Deuxième point : en cas de vente du bien avec l’accord du nu-propriétaire, le prix est réparti entre usufruitier et nu-propriétaire selon le barème 669 CGI à la date de la vente.
  • Troisième point : l’usufruitier reste redevable de la taxe foncière et, le cas échéant, de l’IFI sur la valeur de l’usufruit.

La donation temporaire d’usufruit en 2026

La donation temporaire d’usufruit (DTU) est un dispositif peu connu mais très efficace pour soutenir un proche sur une durée limitée tout en optimisant sa fiscalité personnelle. Le donateur transmet l’usufruit de son bien pour une durée déterminée (minimum 3 ans), puis récupère automatiquement la pleine propriété à l’échéance.

Durée de la DTUValeur fiscale de l’usufruit transmis
Jusqu’à 10 ans23 % de la pleine propriété
De 11 à 20 ans46 % de la pleine propriété
De 21 à 30 ans69 % de la pleine propriété
Barème fiscal de la donation temporaire d’usufruit. Source : CGI, article 669, II.

Exemple : un parent qui transmet pour 15 ans l’usufruit d’un bien locatif de 300 000 € à son enfant étudiant (barème 46 %) donne une valeur fiscale de 138 000 €. Après l’abattement de 100 000 €, seuls 38 000 € sont taxables, générant environ 5 794 € de droits. Le parent perd temporairement les loyers (transférés à l’enfant) mais sort la valeur du bien de son IFI et de son revenu imposable.

Cas d’usage typiques de la DTU
Soutenir un enfant étudiant (loyers pour financer ses études), aider un enfant en difficulté professionnelle, transférer des revenus à une association caritative pour défiscaliser, ou préparer une transmission patrimoniale progressive tout en gardant la main sur le capital. À l’expiration, la pleine propriété revient automatiquement au donateur sans aucune formalité.

Que se passe-t-il au décès de l’usufruitier en 2026 ?

Au décès de l’usufruitier, la pleine propriété se reconstitue automatiquement dans les mains du nu-propriétaire, en application de l’article 617 du Code civil. Cette extinction est fiscalement neutre : aucun droit de succession ni frais supplémentaires n’est dû, comme le prévoit expressément l’article 1133 du Code général des impôts.

C’est ce mécanisme qui fait du démembrement la stratégie fiscale la plus efficace pour la transmission immobilière. Les droits ont été acquittés au moment de la donation initiale, sur une assiette réduite (la seule nue-propriété). La reconstitution de la pleine propriété au décès n’est pas une transmission au sens fiscal, mais l’aboutissement logique du droit déjà transféré. L’écart avec les frais de succession classiques peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros sur un patrimoine immobilier moyen.

Foire aux questions sur la donation en usufruit et nue-propriété en 2026

Le donateur conserve l’usufruit (usage et revenus) et transmet la nue-propriété au donataire. Acte notarié obligatoire pour un immobilier. Droits calculés uniquement sur la nue-propriété (barème art. 669 CGI selon l’âge). Au décès de l’usufruitier, la pleine propriété revient au nu-propriétaire sans frais supplémentaires.

Fiscalement : droits calculés sur 40 à 70 % de la valeur seulement (selon âge). Patrimonialement : le donateur garde l’usage et les revenus, le donataire devient propriétaire à terme sans surcoût. Abattement de 100 000 € par parent/enfant, renouvelable tous les 15 ans.

4 limites : donation irrévocable (sauf ingratitude), accord du nu-propriétaire obligatoire pour vendre, casse certains dispositifs fiscaux (Pinel, Scellier), et peut déclencher des indemnités de réduction envers les autres héritiers.

Trois postes : droits de donation (barème progressif 5-45 % après abattement), émoluments notaire (1,22-5,92 % selon la valeur), taxe de publicité foncière 0,60 %. Pour un bien de 400 000 € donné par un parent de 65 ans : environ 26 194 € de droits + 5 000 à 8 000 € de frais notariés.

Pour transmettre les revenus d’un bien locatif à un enfant (étudiant, en difficulté), réduire son IR en cédant les loyers, sortir le bien de l’IFI, ou préparer une transmission progressive. Plus rare que la donation en nue-propriété car le donateur perd l’usage.

Oui. C’est même l’une des stratégies les plus fréquentes. Le donateur conserve l’usufruit et continue d’y habiter jusqu’à son décès. L’abattement de 20 % résidence principale ne s’applique pas en donation (contrairement à la succession), mais le barème usufruit/nue-propriété réduit déjà significativement l’assiette.

La pleine propriété se reconstitue automatiquement au profit du nu-propriétaire, sans aucun droit de succession ni frais supplémentaires (article 1133 CGI). Le nu-propriétaire devient plein propriétaire et peut vendre, louer ou habiter librement.

Sources : Service-public.gouv.fr, Code général des impôts (article 669), Code civil (articles 544, 578, 617).

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