Retraite progressive 2026 : conditions, calcul, simulateur et pièges à éviter

La retraite progressive permet de travailler entre 40 % et 80 % d’un temps plein tout en percevant une fraction de sa pension. Accessible dès 60 ans avec 150 trimestres depuis le décret de septembre 2025, elle concerne les salariés du privé, les indépendants et les fonctionnaires. L’employeur ne peut la refuser que dans un cas précis. Conditions, calcul, simulateur, pièges et démarches.

Travailler moins tout en commençant à toucher sa retraite : c’est le principe de la retraite progressive. Le dispositif séduit de plus en plus de salariés proches de la retraite qui souhaitent aménager leur fin de carrière sans attendre l’âge légal. En 2026, les règles ont été simplifiées : l’âge minimum est fixé à 60 ans pour tout le monde et le refus de l’employeur est très encadré.

Les trois conditions pour accéder à la retraite progressive en 2026

Le dispositif repose sur trois critères cumulatifs :

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Avoir au moins 60 ans

Depuis le décret du 1er septembre 2025, l’âge minimum est fixé à 60 ans pour toutes les générations. Avant cette date, l’âge variait entre 60 et 62 ans selon l’année de naissance. Cette uniformisation a ouvert le dispositif à 2 ans plus tôt pour les générations 1965 et suivantes.

Justifier d’au moins 150 trimestres

Le salarié doit totaliser 150 trimestres (37,5 années) validés dans l’ensemble des régimes de retraite de base : régime général, fonction publique, MSA, professions libérales, régimes étrangers UE. Les trimestres assimilés (chômage, maladie, maternité, service militaire) comptent.

Travailler entre 40 % et 80 % d’un temps plein

La quotité de travail doit être comprise entre 40 % et 80 % de la durée légale ou conventionnelle. Pour un salarié au forfait jours, cela correspond à 87 à 174 jours sur les 218 jours de référence. En dehors de cette fourchette, la pension est suspendue.

RETRAITE PROGRESSIVE 2026 : LES CHIFFRES CLÉS

60 ansÂge minimum (décret septembre 2025)
150Trimestres requis (tous régimes)
40-80 %Quotité de travail autorisée
5 moisDélai de demande avant départ
20-60 %Fraction de pension versée
Quasi-droitRefus employeur très encadré
ℹ️
Bon à savoir
Les indépendants (artisans, commerçants) et professions libérales sont également éligibles. Le critère n’est pas le temps partiel mais la baisse de revenus : entre -20 % et -60 % du revenu antérieur. La 1ère année, 50 % de la pension est versée à titre provisionnel, puis ajustée au 1er juillet suivant. Les professions libérales doivent en plus justifier d’un revenu d’au moins 40 % du SMIC (revenu N-2) et exercer à titre exclusif.

Le calcul de la fraction de pension dépend de la quotité de travail

La règle est simple : la fraction de pension est inversement proportionnelle au temps de travail. Moins on travaille, plus la fraction de pension est élevée.

Quotité de travailFraction de pension verséeExemple (pension complète = 1 500 €)
40 % (2 jours/semaine)60 %900 €/mois
50 % (mi-temps)50 %750 €/mois
60 % (3 jours/semaine)40 %600 €/mois
70 %30 %450 €/mois
80 % (4 jours/semaine)20 %300 €/mois

La pension de référence est calculée provisoirement au moment de l’entrée en retraite progressive. Elle prend en compte les droits acquis jusqu’à cette date. Au départ définitif, la pension est recalculée en intégrant les trimestres et les salaires de la période progressive. Si le salarié a cotisé à l’Agirc-Arrco pendant la période progressive, ses points complémentaires sont également recalculés.

Le simulateur de retraite progressive 2026

Estimez votre revenu total en retraite progressive selon la quotité choisie.
Consultable sur info-retraite.fr

Trois exemples concrets de retraite progressive en 2026

Exemple 1 : Françoise, employée administrative à 60 ans

  • Salaire net à temps plein : 2 200 €/mois
  • Pension estimée à taux plein : 1 300 €/mois
  • Passe à 60 % (3 jours/semaine)
  • 155 trimestres validés
Salaire réduit : 2 200 × 60 % = 1 320 €. Fraction de pension : 1 300 × 40 % = 520 €. Revenu total : 1 840 €/mois (84 % de l’ancien salaire pour 3 jours de travail).

Exemple 2 : Philippe, cadre industrie à 61 ans

  • Salaire net à temps plein : 3 800 €/mois
  • Pension estimée (base + complémentaire) : 2 400 €/mois
  • Passe à 80 % (4 jours/semaine)
  • Cotise à taux plein (accord employeur)
Salaire réduit : 3 800 × 80 % = 3 040 €. Fraction de pension : 2 400 × 20 % = 480 €. Revenu total : 3 520 €/mois (93 % de l’ancien salaire pour 4 jours). La surcotisation préserve ses droits à 100 %.

Exemple 3 : Nathalie, aide-soignante FPH à 60 ans

  • Salaire net à temps plein : 1 900 €/mois
  • Pension estimée : 1 100 €/mois
  • Passe à 50 % (mi-temps)
  • Fonctionnaire hospitalière, gestion CNRACL
Salaire réduit : 1 900 × 50 % = 950 €. Fraction de pension : 1 100 × 50 % = 550 €. Revenu total : 1 500 €/mois (79 % de l’ancien salaire pour un mi-temps). La retraite progressive lui permet de réduire la pénibilité physique tout en maintenant un revenu correct.

L’employeur ne peut refuser que dans un cas précis en 2026

Depuis la réforme de 2023, l’employeur ne peut plus refuser la retraite progressive sauf motif d’incompatibilité avec l’activité économique de l’entreprise. Le refus doit être écrit, motivé et envoyé par lettre recommandée. Il doit justifier concrètement les conséquences de la réduction du temps de travail sur la continuité du service et les difficultés de recrutement éventuelles.

La procédure est encadrée :

  • Le salarié envoie sa demande par lettre recommandée au moins 2 mois avant la date souhaitée
  • La demande précise la quotité souhaitée et la date de début
  • L’employeur a 2 mois pour répondre par lettre recommandée
  • Sans réponse dans les 2 mois, la demande est réputée acceptée

Les conditions de travail à temps partiel (jours, horaires) sont définies en concertation avec l’employeur. En cas de refus abusif, le salarié peut saisir le conseil de prud’hommes.

Règle d’or
Si votre employeur ne répond pas dans les 2 mois suivant votre demande, son silence vaut acceptation. Conservez l’accusé de réception de votre lettre recommandée comme preuve de la date d’envoi.

Les exclusions du dispositif de retraite progressive

Certaines situations interdisent l’accès à la retraite progressive :

  • Bénéficiaires d’une préretraite (légale, réglementaire ou conventionnelle)
  • Salariés utilisant leur indemnité de départ à la retraite pour maintenir leur rémunération
  • Militaires (exclus du dispositif)
  • Fonctionnaires exerçant une autre activité en parallèle
  • Certaines activités spécifiques (administrateur de groupement mutualiste, etc.)
  • Certains régimes complémentaires ne permettent pas la retraite progressive (ex : CAVAMAC pour les agents généraux d’assurance)

Les cinq pièges à connaître avant de demander la retraite progressive

Le revenu total ne compense pas 100 % du salaire à temps plein

Salaire réduit + fraction de pension = toujours moins que le salaire à temps plein. Un salarié à 2 500 € passant à 60 % touche environ 1 900 € (76 % du revenu initial). La perte est plus forte aux quotités basses : à 40 %, le revenu tombe à environ 70 % du salaire initial.

Sans surcotisation, la pension définitive sera plus faible

Pendant la retraite progressive, les cotisations sont calculées sur le salaire réduit. Au moment du départ définitif, les années à temps partiel peuvent faire baisser la moyenne des 25 meilleures années. Solution : demander à l’employeur la surcotisation à taux plein, qui permet de cotiser comme si on travaillait à 100 %.

Le questionnaire périodique peut suspendre la pension

La CARSAT envoie régulièrement un questionnaire pour vérifier que le salarié respecte les conditions (quotité, activité). Ne pas répondre entraîne la suspension automatique de la fraction de pension. Le versement ne reprend qu’après régularisation.

Dépasser la quotité 80 % suspend la pension

Si le salarié dépasse 80 % de la durée légale (heures supplémentaires incluses), la pension progressive est suspendue pour le mois concerné. La révision prend effet le 1er jour du mois suivant la modification.

La retraite progressive est définitivement supprimée en cas de reprise à temps plein

Reprendre une activité à temps plein met fin au dispositif de manière irréversible. Le salarié ne peut pas revenir en retraite progressive après une reprise à 100 %. Il devra attendre l’âge légal pour liquider sa pension définitive.

💡
Astuce
Négociez la surcotisation à taux plein avec votre employeur avant de passer en retraite progressive. C’est le seul moyen de protéger votre pension définitive. Le surcoût est partagé entre employeur et salarié.
ℹ️
Filet de sécurité
Au moment du départ définitif, la pension est recalculée. Si le nouveau montant est inférieur au montant provisoire calculé à l’entrée en retraite progressive, c’est le montant le plus élevé qui est retenu. Vous ne pouvez pas perdre de droits par rapport à votre situation au moment de l’entrée dans le dispositif.

La cotisation à taux plein protège la pension définitive

Avec l’accord de l’employeur, le salarié en retraite progressive peut cotiser sur la base de son salaire à temps plein. Cette option, prévue par l’article L241-3-1 du code de la Sécurité sociale, présente deux avantages :

  • Les trimestres sont validés comme des trimestres à temps plein
  • Le salaire de référence pour le calcul des 25 meilleures années n’est pas diminué

Le surcoût est généralement partagé : l’employeur prend en charge la part patronale supplémentaire, le salarié la part salariale. Pour un salarié à 2 500 € passant à 60 %, le surcoût total représente environ 250 à 300 €/mois (environ 10 % du salaire à temps plein).

Les démarches pour demander la retraite progressive en 2026

La demande se fait en deux étapes parallèles : une auprès de l’employeur, une auprès de la caisse de retraite.

ÉtapeDélaiAction
1. Informer l’employeur2 mois avantLettre recommandée précisant quotité et date
2. Déposer la demande CARSAT5 mois avantFormulaire + relevé de carrière + contrat temps partiel
3. Avenant au contratAvant le débutL’employeur formalise le temps partiel par avenant
4. Début de la retraite progressiveJour JVersement de la fraction de pension le mois suivant

Les pièces à fournir à la CARSAT : pièce d’identité, RIB, relevé de carrière (disponible sur info-retraite.fr), contrat de travail à temps partiel ou avenant, attestation employeur. La demande peut se faire en ligne sur le site de la CARSAT.

La retraite progressive dans la fonction publique a des règles spécifiques

La réforme de 2023 a étendu la retraite progressive aux trois versants de la fonction publique. Les conditions de base sont les mêmes (60 ans, 150 trimestres), mais la quotité de travail diffère :

StatutQuotité de travailGestionDélai d’instruction
Salarié privé40-80 %CARSAT5 mois
Fonctionnaire d’État50-90 %SRE / ENSAP6 mois
Fonctionnaire territorial50-90 %CNRACL6 mois
Fonctionnaire hospitalier50-90 %CNRACL6 mois
Indépendant / libéralBaisse revenus 20-60 %CARSAT / CNAVPL5 mois

Les fonctionnaires d’État doivent exercer leur activité à titre exclusif pour l’État (pas de cumul avec une autre activité). Les militaires sont exclus du dispositif. La surcotisation est possible mais plafonnée à 4 trimestres supplémentaires sur toute la durée d’activité à temps partiel. Les dernières évolutions de la réforme n’ont pas modifié ces règles.

⚠️
Attention fonctionnaires
En cas d’arrêt longue maladie, si vous reprenez à temps plein pour toucher votre rémunération complète, vous perdez définitivement le bénéfice de la retraite progressive. Restez à temps partiel pendant l’arrêt pour conserver vos droits.

La retraite progressive et la carrière longue sont compatibles

Un salarié éligible au départ anticipé pour carrière longue (début d’activité avant 20 ans) peut cumuler les deux dispositifs. La stratégie : entrer en retraite progressive à 60 ans, puis liquider la retraite définitive à taux plein dès que les conditions carrière longue sont remplies (entre 58 et 63 ans selon la génération).

Pendant la période progressive, le salarié continue à accumuler des trimestres, ce qui peut accélérer l’atteinte du taux plein. C’est une stratégie pertinente pour les salariés ayant commencé à travailler tôt mais à qui il manque quelques trimestres.

Le décret du 1er septembre 2025 a abaissé l’âge à 60 ans pour tous

Avant le décret, l’âge minimum dépendait de l’année de naissance :

GénérationAncien âge minimumNouvel âge (depuis sept. 2025)
1962 et avant60 ans60 ans
196360 ans 6 mois60 ans
196461 ans60 ans
196561 ans 6 mois60 ans
1966 et après62 ans60 ans

Les générations 1964, 1965 et 1966 sont les grandes gagnantes du décret : elles gagnent entre 1 et 2 ans d’accès anticipé à la retraite progressive. Un salarié né en 1965 qui devait attendre 61 ans et demi peut désormais entrer en retraite progressive dès 60 ans.

Questions fréquentes sur la retraite progressive

La retraite progressive permet de réduire son temps de travail (entre 40 % et 80 % d’un temps plein) tout en percevant une fraction de sa pension. Le salarié continue à cotiser et à accumuler des droits. Au départ définitif, la pension est recalculée avec les trimestres acquis pendant la période progressive.

60 ans minimum depuis le décret du 1er septembre 2025. Avant, l’âge variait entre 60 et 62 ans selon la génération. Désormais, tous les actifs y accèdent dès 60 ans avec 150 trimestres.

Le refus est très encadré. L’employeur ne peut refuser que s’il justifie une incompatibilité avec l’activité économique de l’entreprise, par lettre recommandée motivée dans les 2 mois. Sans réponse, la demande est réputée acceptée.

Les principaux : (1) la baisse de salaire n’est pas compensée à 100 % par la pension, (2) sans surcotisation, la pension définitive sera calculée sur un salaire réduit, (3) impact négatif sur les 25 meilleures années, (4) suspension automatique si le questionnaire périodique n’est pas retourné.

Oui, avec l’accord de l’employeur. Le salarié cotise sur la base du salaire à temps plein. Le surcoût est partagé. Cette option préserve les droits comme si le salarié travaillait à 100 %.

Inversement proportionnelle à la quotité : travailler à 60 % = 40 % de la pension. Travailler à 80 % = 20 % de la pension. La pension est calculée provisoirement à l’entrée, puis recalculée au départ définitif.

5 mois avant la date souhaitée auprès de la CARSAT. L’employeur doit être informé au moins 2 mois avant.

Oui, depuis 2023. Fonctionnaires titulaires (État, territoriale, hospitalière) : mêmes conditions d’âge et de trimestres (60 ans, 150 trimestres) mais quotité 50-90 % (contre 40-80 % dans le privé). Gestion par le SRE ou la CNRACL.

Non, le revenu total (salaire + pension) est toujours inférieur au salaire à temps plein. Mais la différence peut être limitée : un salarié à 2 500 € passant à 60 % touche ~1 900 € (76 % du revenu pour 60 % du temps).

Non. L’âge minimum est 60 ans depuis le décret de septembre 2025. Les salariés éligibles à la carrière longue (début d’activité avant 20 ans) peuvent partir en retraite anticipée à 58-60 ans, mais pas en retraite progressive avant 60 ans.

Oui. Un salarié éligible carrière longue peut entrer en retraite progressive dès 60 ans (s’il a 150 trimestres), puis liquider sa retraite définitive à taux plein dès que les conditions carrière longue sont remplies (entre 58 et 63 ans selon la génération).

Sources : L’Assurance retraite, Légifrance (décret du 1er septembre 2025).

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