L’abattement de 100 000 € par parent et par enfant constitue le socle de la transmission familiale en France. En cumulant les dispositifs — don familial 790 G, abattement grands-parents, exonération immobilière temporaire — une famille peut transmettre plusieurs centaines de milliers d’euros en franchise totale de droits. Tour d’horizon des règles applicables en 2026.
La donation entre parents et enfants obéit à un cadre fiscal précis, régi par les articles 779, 784 et 790 G du Code général des impôts. Les barèmes et abattements n’ont pas été revalorisés depuis 2012, mais les plafonds actuels restent généreux — à condition de connaître les règles de cumul et de respecter le délai de 15 ans entre chaque cycle. Le guide complet de la donation de son vivant détaille l’ensemble des dispositifs ; cet article se concentre sur les spécificités des transmissions aux enfants et petits-enfants.
L’abattement de 100 000 € par parent et par enfant
Chaque parent dispose d’un abattement de 100 000 € par enfant, renouvelable tous les 15 ans (article 779 du CGI). Cet abattement s’applique quelle que soit la nature du don : somme d’argent, bien immobilier, valeurs mobilières, parts de société. Aucune condition d’âge n’est requise côté donateur.
Pour un couple avec deux enfants, le calcul est simple : chaque parent peut donner 100 000 € à chaque enfant, soit 400 000 € transmis en franchise de droits sur un cycle de 15 ans. Au bout de 15 ans, les compteurs sont remis à zéro et la même opération redevient possible.
Le mécanisme du rappel fiscal
Le rappel fiscal (article 784 du CGI) impose de déclarer toutes les donations consenties par le même donateur au même bénéficiaire au cours des 15 dernières années. Ce délai, passé de 10 à 15 ans en 2012, détermine la reconstitution des abattements. Un parent qui donne 100 000 € en 2026 ne pourra redonner 100 000 € au même enfant qu’en 2041.
L’intérêt de commencer tôt est évident. Un parent qui réalise une première donation à 50 ans bénéficie de trois cycles complets avant 80 ans (50, 65 et 80 ans), soit 300 000 € par enfant transmis sans aucun droit. Attendre 70 ans ne laisse qu’un seul cycle.
La donation aux petits-enfants : 31 865 € par grand-parent
Les grands-parents disposent d’un abattement spécifique de 31 865 € par petit-enfant, également renouvelable tous les 15 ans (article 790 B du CGI). Cet abattement est indépendant de celui dont bénéficient les parents : les deux se cumulent sans aucune restriction.
Avec quatre grands-parents en vie, un petit-enfant peut recevoir jusqu’à 127 460 € (31 865 € × 4) en franchise de droits, en plus des 200 000 € provenant de ses deux parents. Le total familial exonéré atteint alors 327 460 € sur un seul cycle de 15 ans — et ce, avant même l’application du don familial 790 G.
L’abattement pour les arrière-petits-enfants
Les arrière-grands-parents bénéficient d’un abattement plus modeste de 5 310 € par arrière-petit-enfant (article 790 D du CGI). Ce montant peut sembler faible, mais il se cumule avec tous les autres abattements familiaux et reste exonéré de droits.
ABATTEMENTS DONATION ENFANTS ET PETITS-ENFANTS 2026
Le don familial de sommes d’argent (article 790 G) : 31 865 € supplémentaires
Ce dispositif, souvent appelé « don Sarkozy », permet de transmettre 31 865 € supplémentaires à chaque enfant, petit-enfant ou arrière-petit-enfant, en plus de l’abattement de droit commun. Trois conditions strictes s’appliquent :
- Le donateur doit avoir moins de 80 ans au jour du don
- Le bénéficiaire doit être majeur (18 ans révolus ou émancipé)
- Le don doit porter sur une somme d’argent exclusivement (espèces, virement, chèque) — pas sur un bien immobilier ni des valeurs mobilières
L’exonération 790 G se renouvelle tous les 15 ans, indépendamment de l’abattement classique. Un parent de moins de 80 ans peut donc transmettre 131 865 € à chaque enfant en combinant les deux dispositifs (100 000 € + 31 865 €).
Le faux plafond des 150 000 € : d’où vient cette confusion
La recherche « 150 000 € donation » revient fréquemment. Ce montant n’existe pas dans le barème des donations. La confusion provient généralement de deux sources distinctes :
- L’arrondi mental de 131 865 € (100 000 + 31 865) à « environ 150 000 € »
- L’abattement de 152 500 € de l’assurance-vie (article 990 I du CGI), qui concerne la transmission au décès et non la donation entre vifs
Le maximum réel par parent et par enfant est donc de 131 865 € tous les 15 ans. Pour un couple, le total atteint 263 730 € par enfant. Ce chiffre peut encore augmenter grâce à l’exonération immobilière temporaire (voir plus bas).
Cumul des abattements : combien transmettre sans droits en famille
Le principal atout du système français réside dans la possibilité de cumuler les abattements de différents donateurs. Chaque lien de parenté génère son propre abattement, et ces abattements ne s’annulent pas entre eux.
| Scénario | Calcul | Total exonéré (15 ans) |
|---|---|---|
| 1 parent → 1 enfant | 100 000 + 31 865 (790 G) | 131 865 € |
| 2 parents → 1 enfant | 131 865 × 2 | 263 730 € |
| 1 grand-parent → 1 petit-enfant | 31 865 + 31 865 (790 G) | 63 730 € |
| 4 grands-parents → 1 petit-enfant | 63 730 × 4 | 254 920 € |
| 2 parents + 4 grands-parents → 1 enfant | 263 730 + 254 920 | 518 650 € |
Ces montants supposent que tous les donateurs ont moins de 80 ans et que les dons 790 G portent sur des sommes d’argent. Après 80 ans, les 31 865 € du don familial disparaissent, mais les abattements de droit commun restent intacts.
L’exonération immobilière temporaire : 100 000 € supplémentaires jusqu’en 2026
L’article 790 A bis du CGI, créé par la loi de finances 2025, offre une exonération supplémentaire de 100 000 € par donateur et par bénéficiaire pour les donations destinées à l’achat d’un logement neuf (ou VEFA) utilisé comme résidence principale, ou à des travaux de rénovation énergétique. Le dispositif est plafonné à 300 000 € par bénéficiaire tous donateurs confondus.
Conditions à remplir : les fonds doivent être utilisés dans les 6 mois suivant le don, et le logement doit être occupé en résidence principale pendant au moins 5 ans. Cette exonération se cumule avec les abattements 779 et 790 G. Un parent peut donc transmettre jusqu’à 231 865 € à un enfant qui achète son premier logement neuf (100 000 + 100 000 + 31 865).
Le dispositif expire le 31 décembre 2026. Un amendement au PLF 2026 propose de l’étendre au logement ancien et de le prolonger jusqu’au 30 juin 2027, mais cette extension n’a pas encore été adoptée définitivement.
Barème des droits de donation en ligne directe
Lorsque le montant de la donation dépasse l’abattement, la fraction taxable est soumise au barème progressif de l’article 777 du CGI. Ce barème s’applique aux donations entre parents et enfants, mais aussi entre grands-parents et petits-enfants (même barème en ligne directe). Pour connaître le coût exact d’une donation supérieure aux abattements, le détail des frais de succession et barèmes 2026 permet de comparer les deux mécanismes.
| Tranche (après abattement) | Taux |
|---|---|
| Jusqu’à 8 072 € | 5 % |
| De 8 072 à 12 109 € | 10 % |
| De 12 109 à 15 932 € | 15 % |
| De 15 932 à 552 324 € | 20 % |
| De 552 324 à 902 838 € | 30 % |
| De 902 838 à 1 805 677 € | 40 % |
| Au-delà de 1 805 677 € | 45 % |
Exemple concret : un parent donne 250 000 € à son enfant unique, sans donation antérieure. Après abattement de 100 000 €, la part taxable est de 150 000 €. Les droits s’élèvent à 28 194 €, soit un taux effectif de 11,3 %. En cumulant avec le don 790 G (31 865 €), la part taxable tombe à 118 135 € et les droits à 21 821 €.
Ce qui change en 2026 pour les donations familiales
La loi de finances 2026, adoptée le 2 février 2026, n’a pas modifié les abattements ni le barème des donations. Les amendements proposés pour relever les seuils ont été successivement adoptés puis supprimés au fil des lectures parlementaires. Les plafonds restent gelés à leurs niveaux de 2012.
Deux évolutions méritent néanmoins l’attention :
- Déclaration en ligne obligatoire : depuis le 1er janvier 2026, les dons manuels et dons familiaux doivent être déclarés exclusivement via l’espace en ligne des Finances publiques. Le formulaire papier Cerfa 2735 n’est plus accepté.
- Dispositif temporaire assurance-vie : en 2026 uniquement, un contrat d’assurance-vie dont les primes ont été versées avant 70 ans et avant le 1er octobre 2025 peut être racheté et la somme donnée aux descendants avec un abattement exceptionnel de 152 500 €. Ce dispositif concerne spécifiquement l’assurance-vie et la transmission du capital.
Stratégies pour maximiser la transmission aux enfants et petits-enfants
La combinaison des différents abattements permet des stratégies de transmission ambitieuses, à condition de les planifier dans la durée. Plusieurs leviers s’offrent aux familles :
Donner tôt pour multiplier les cycles
Un parent de 50 ans qui utilise ses abattements immédiatement peut réaliser trois cycles de donation avant 80 ans (2026, 2041, 2056). Sur 30 ans, cela représente 395 595 € par enfant transmis sans droits (100 000 × 3 + 31 865 × 3). Attendre 65 ans réduit la capacité à un seul cycle de 131 865 € avant la perte du don 790 G.
Associer les grands-parents
Les donations des grands-parents ne viennent pas en déduction de celles des parents. Coordonner les dons des deux générations permet d’atteindre 518 650 € par petit-enfant sur un seul cycle de 15 ans (voir tableau ci-dessus). Cette stratégie suppose que les grands-parents aient la capacité financière de donner et que la donation après 60 ans soit anticipée correctement.
Privilégier la donation-partage pour plusieurs enfants
Lorsque la transmission concerne plusieurs enfants, la donation-partage présente un avantage décisif : elle fige la valeur des biens au jour de la donation. Contrairement à la donation simple, dont la valeur est recalculée au décès du donateur, la donation-partage évite les litiges entre héritiers si un bien a pris de la valeur.
La donation-partage transgénérationnelle permet même d’associer enfants et petits-enfants dans un même acte, à condition que les enfants renoncent à tout ou partie de leur part au profit de leurs propres enfants. Cette opération nécessite l’intervention d’un notaire et l’accord express de chaque héritier réservataire.
La déclaration obligatoire : ce qu’il faut savoir en 2026
Tout don manuel ou don familial doit être déclaré dans le mois suivant sa réalisation, même si aucun droit n’est dû. L’absence de déclaration expose le bénéficiaire à un redressement fiscal avec intérêts de retard de 0,20 % par mois, et la perte du bénéfice du délai de 15 ans pour le rappel fiscal.
Depuis 2026, la déclaration s’effectue exclusivement en ligne. Le formulaire papier Cerfa 2735 n’est plus accepté. Le bénéficiaire du don doit se connecter à son espace personnel sur impots.gouv.fr, rubrique « Déclarer un don », et renseigner le montant, la date, l’identité du donateur et le lien de parenté. Pour les familles qui négligent les formalités, les conséquences fiscales peuvent être lourdes.
Questions fréquentes
Chaque parent dispose d’un abattement de 100 000 € par enfant, renouvelable tous les 15 ans (article 779 du CGI). Un couple transmet donc 200 000 € par enfant sans droits. En ajoutant le don familial de sommes d’argent (31 865 € par parent si moins de 80 ans), le total exonéré atteint 263 730 € par enfant.
L’abattement est de 31 865 € par grand-parent et par petit-enfant (article 790 B du CGI). En cumulant avec le don 790 G (31 865 € supplémentaires si le donateur a moins de 80 ans et que le don porte sur une somme d’argent), le total atteint 63 730 € par grand-parent.
Non. Le maximum exonéré par parent est de 131 865 € (100 000 € d’abattement + 31 865 € de don familial). Le chiffre de 150 000 € est une confusion fréquente avec l’abattement de 152 500 € de l’assurance-vie (article 990 I du CGI), qui relève d’un dispositif différent.
Oui. Le don familial de sommes d’argent (article 790 G) se cumule intégralement avec l’abattement de droit commun (article 779). Un parent de moins de 80 ans peut donc transmettre 131 865 € à chaque enfant sans droits : 100 000 € + 31 865 €.
Oui. Depuis le 1er janvier 2026, la déclaration se fait exclusivement en ligne via l’espace Finances publiques (formulaire Cerfa 2735 dématérialisé). La déclaration est requise dans le mois suivant le don, même si les abattements couvrent l’intégralité du montant.
Toute donation aux petits-enfants s’impute sur la quotité disponible du donateur. Si elle dépasse cette quotité, les enfants peuvent engager une action en réduction au décès. La donation-partage transgénérationnelle, réalisée avec l’accord des enfants, permet d’éviter ce risque.





