Un couple avec deux enfants peut transmettre 400 000 € sans payer un centime de droits, et recommencer 15 ans plus tard. En ajoutant les grands-parents et le don exceptionnel, chaque enfant peut recevoir jusqu’à 327 460 € en franchise totale. La donation de son vivant reste le levier fiscal le plus puissant pour organiser sa succession.
Le principe est simple : vous donnez de votre vivant, vous bénéficiez d’abattements généreux, et le fisc prélève moins qu’au moment de la succession. Mais les pièges sont nombreux. Un timing mal calculé, une donation simple là où une donation-partage s’imposait, un oubli de déclaration, et l’avantage fiscal fond comme neige au soleil.
Abattements par lien de parenté, barème progressif, nouvelle exonération pour l’immobilier neuf valable jusqu’au 31 décembre 2026, stratégies de démembrement, cumul familial : tout y passe, avec un simulateur pour calculer vos droits en 30 secondes.
Simulateur : droits de donation 2026Barèmes en vigueur · Article 777 du CGI
Les abattements par lien de parenté en 2026
Chaque bénéficiaire dispose d’un abattement propre, qui dépend de son lien avec le donateur. Ces montants s’appliquent par donateur et par bénéficiaire : un père et une mère peuvent donc chacun donner 100 000 € au même enfant, soit 200 000 € au total sans droits.
| Bénéficiaire | Abattement | Renouvellement |
|---|---|---|
| Enfant | 100 000 € | Tous les 15 ans |
| Petit-enfant | 31 865 € | Tous les 15 ans |
| Arrière-petit-enfant | 5 310 € | Tous les 15 ans |
| Conjoint ou partenaire PACS | 80 724 € | Tous les 15 ans |
| Frère ou sœur | 15 932 € | Tous les 15 ans |
| Neveu ou nièce | 7 967 € | Tous les 15 ans |
| Autre (tiers) | 1 594 € | Tous les 15 ans |
| Personne handicapée (cumulable) | 159 325 € | Tous les 15 ans |
L’abattement pour les personnes handicapées (159 325 €) se cumule avec l’abattement de parenté. Un enfant handicapé bénéficie donc de 100 000 + 159 325 = 259 325 € d’abattement par parent. Condition : le handicap doit empêcher de travailler dans des conditions normales de rentabilité.
La représentation : quand le petit-enfant hérite de l’abattement du parent décédé
Si un enfant du donateur est décédé ou a renoncé à la donation, ses propres enfants (les petits-enfants du donateur) peuvent prendre sa place. Ils se partagent alors l’abattement de 100 000 € du parent décédé, au lieu de leur abattement habituel de 31 865 €. Pour un arrière-petit-enfant représentant un petit-enfant décédé, l’abattement passe de 5 310 à 31 865 €.
LES CHIFFRES CLÉS DE LA DONATION 2026
Le cumul familial : jusqu’à 327 460 € par enfant sans droits
Les abattements se cumulent entre donateurs. Un enfant peut recevoir des dons de ses parents et de ses grands-parents, chacun avec son propre abattement. En y ajoutant le don exceptionnel de sommes d’argent (article 790 G du CGI), le potentiel explose.
Détail du calcul pour un enfant majeur dont les parents ont moins de 80 ans :
- 100 000 € du père + 100 000 € de la mère = 200 000 €
- 31 865 € de chacun des quatre grands-parents = 127 460 €
- Total : 327 460 € en franchise totale, tous les 15 ans
Et ce n’est pas fini. Le don exceptionnel de sommes d’argent (31 865 € supplémentaires par donateur de moins de 80 ans, à chaque descendant majeur) se cumule avec tout le reste. Un parent peut donc donner 100 000 + 31 865 = 131 865 € sans droits. Un couple : 263 730 € par enfant.
Le barème progressif des droits de donation
Une fois les abattements déduits, la part taxable passe au barème progressif. Le taux dépend du lien de parenté et de la tranche.
En ligne directe (enfant, petit-enfant, arrière-petit-enfant)
| Tranche taxable | Taux |
|---|---|
| Jusqu’à 8 072 € | 5 % |
| De 8 072 à 12 109 € | 10 % |
| De 12 109 à 15 932 € | 15 % |
| De 15 932 à 552 324 € | 20 % |
| De 552 324 à 902 838 € | 30 % |
| De 902 838 à 1 805 677 € | 40 % |
| Au-delà de 1 805 677 € | 45 % |
Exemple : vous donnez 250 000 € à votre enfant unique. Après l’abattement de 100 000 €, la part taxable est de 150 000 €. Le calcul : 8 072 × 5 % + 4 037 × 10 % + 3 823 × 15 % + 134 068 × 20 % = 28 194 € de droits. Taux effectif : 11,3 % sur le montant total.
Les taux pour les autres liens de parenté
| Lien de parenté | Taux applicables |
|---|---|
| Conjoint ou PACS | 5 à 45 % (barème spécifique, légèrement différent) |
| Frère ou sœur | 35 % jusqu’à 24 430 €, puis 45 % |
| Neveu ou nièce | 55 % (taux unique) |
| Parent jusqu’au 4e degré | 55 % (taux unique) |
| Au-delà du 4e degré / Tiers | 60 % (taux unique) |
Les taux pour les tiers sont confiscatoires. Pour transmettre à un beau-fils, un ami ou un concubin non pacsé, l’assurance vie offre un cadre radicalement plus avantageux : abattement de 152 500 € et taux de 20 % au lieu de 60 %.
La règle des 15 ans, le vrai accélérateur patrimonial
Chaque abattement se reconstitue intégralement après 15 ans. Ce délai court à partir de chaque donation, indépendamment des autres. C’est l’argument le plus fort pour commencer à donner tôt.
Un parent qui donne 100 000 € à son enfant à 50 ans pourra redonner 100 000 € à 65 ans, puis 100 000 € à 80 ans. Soit 300 000 € transmis sans aucun droit sur 30 ans. Si les deux parents font de même : 600 000 € par enfant en franchise totale.
Celui qui attend le décès pour transmettre ne bénéficie que d’un seul abattement. Celui qui planifie en profite deux ou trois fois. La différence sur la facture fiscale se chiffre en centaines de milliers d’euros.
Don manuel, donation notariée, donation-partage et autres formes
Le don manuel pour les sommes d’argent
Le don manuel couvre les transferts de sommes d’argent, chèques, virements et valeurs mobilières. Aucun acte notarié requis. Le virement bancaire suffit comme preuve. Mais le don doit être déclaré au fisc dans le mois suivant le transfert.
Ne confondez pas don manuel et présent d’usage. Un cadeau d’anniversaire ou de mariage dont la valeur reste raisonnable (la jurisprudence admet environ 2 % du patrimoine ou 2,5 % du revenu annuel) n’a pas à être déclaré et ne consomme aucun abattement. Au-delà, c’est un don manuel.
La donation notariée pour les biens immobiliers
Dès qu’un bien immobilier est en jeu, l’acte notarié est obligatoire (article 931 du Code civil). Le notaire rédige l’acte, vérifie la capacité juridique du donateur, contrôle le respect de la réserve héréditaire, calcule et prélève les droits. Comptez entre 2 500 et 3 500 € d’émoluments, hors droits de mutation.
La donation-partage pour éviter les conflits
La donation-partage répartit des biens entre au moins deux bénéficiaires en une seule opération. Son avantage majeur : la valeur des biens est figée au jour de la donation. Aucun recalcul au décès du donateur.
Exemple : vous donnez un appartement de 200 000 € à votre fils et 200 000 € en liquidités à votre fille via une donation-partage. Dix ans plus tard, l’appartement vaut 350 000 €. Avec une donation simple, la valeur serait recalculée au décès, créant un déséquilibre de 150 000 € que la fille pourrait contester. Avec la donation-partage, chacun reste à 200 000 €. Pas de contestation possible.
Variante : la donation-partage transgénérationnelle permet d’inclure enfants et petits-enfants dans le même acte, avec l’accord de l’enfant qui renonce à une partie de sa part au profit de ses propres enfants.
La donation graduelle et la donation résiduelle
Deux formes méconnues qui permettent de transmettre à deux générations en un seul acte. La donation graduelle oblige le premier bénéficiaire à conserver le bien et à le transmettre à un second bénéficiaire désigné à son décès. Le premier donataire ne peut ni vendre ni donner le bien.
La donation résiduelle est plus souple : le premier bénéficiaire peut disposer librement du bien (le vendre, le consommer). Seul ce qui reste au moment de son décès revient au second bénéficiaire. Utile quand on veut protéger le conjoint tout en s’assurant que le patrimoine restant revienne aux enfants.
La donation avec usufruit, garder l’usage tout en transmettant
Le démembrement de propriété permet de donner la nue-propriété d’un bien tout en conservant l’usufruit (le droit d’habiter ou de percevoir les loyers). Au décès de l’usufruitier, le donataire récupère la pleine propriété sans aucun droit supplémentaire. Les droits de donation ne portent que sur la valeur de la nue-propriété, calculée selon l’âge de l’usufruitier (article 669 du CGI).
| Âge de l’usufruitier | Valeur de l’usufruit | Valeur de la nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 21 ans | 90 % | 10 % |
| 21 à 30 ans | 80 % | 20 % |
| 31 à 40 ans | 70 % | 30 % |
| 41 à 50 ans | 60 % | 40 % |
| 51 à 60 ans | 50 % | 50 % |
| 61 à 70 ans | 40 % | 60 % |
| 71 à 80 ans | 30 % | 70 % |
| 81 à 90 ans | 20 % | 80 % |
| 91 ans et plus | 10 % | 90 % |
Un parent de 55 ans donne la nue-propriété d’une maison de 400 000 €. La nue-propriété vaut 50 % = 200 000 €. Après l’abattement de 100 000 €, la part taxable est de 100 000 €. Droits : environ 18 194 €. Au décès du parent 25 ans plus tard, l’enfant récupère la pleine propriété d’un bien qui vaut peut-être 700 000 €, sans aucun droit supplémentaire.
Donation après 70 ans et après 80 ans, ce qui change
Contrairement à une idée répandue, il n’y a pas de limite d’âge pour faire une donation. Les abattements de 100 000 € par enfant s’appliquent à tout âge. Ce qui change, ce sont les options supplémentaires.
Avant 80 ans, le don exceptionnel de sommes d’argent (31 865 € par descendant majeur, article 790 G du CGI) est utilisable. La fenêtre entre 65 et 79 ans est stratégique : les abattements classiques sont encore disponibles, le don exceptionnel aussi, et le démembrement reste très intéressant (nue-propriété à 70 % pour un donateur de 71-80 ans).
Après 80 ans, le don exceptionnel tombe. Le démembrement est moins avantageux (nue-propriété à 80 % pour 81-90 ans). Pour les gros patrimoines, l’optimisation des frais de succession passe alors davantage par l’assurance vie après 70 ans et le testament.
Donation entre époux, renforcer la protection du conjoint
La donation entre époux (dite « au dernier vivant ») ne transfère pas de bien immédiatement. Elle étend les droits du conjoint survivant dans la succession future. Sans cette donation, le conjoint hérite de l’usufruit de la totalité ou d’un quart en pleine propriété. Avec elle, trois options s’offrent au survivant :
- L’usufruit de la totalité des biens
- Un quart en pleine propriété + trois quarts en usufruit
- La pleine propriété de la quotité disponible
Coût : environ 135 € chez le notaire (plus les frais annexes, comptez 200 à 400 € au total). Particularité unique : elle est révocable à tout moment tant que le mariage dure, sans même informer l’autre époux. En cas de divorce, elle est automatiquement annulée. Les partenaires de PACS et les concubins ne peuvent pas en bénéficier.
Nouveau 2025-2026 : l’exonération de 100 000 € pour l’immobilier neuf
La loi du 14 février 2025 a créé une exonération temporaire qui se cumule avec tous les abattements existants. Du 15 février 2025 au 31 décembre 2026, chaque donateur peut transmettre jusqu’à 100 000 € par bénéficiaire en franchise de droits, avec un plafond de 300 000 € par bénéficiaire tous donateurs confondus.
Conditions : les fonds doivent financer l’acquisition d’un logement neuf (ou en VEFA) destiné à la résidence principale, ou des travaux de rénovation énergétique éligibles à MaPrimeRénov’. Le bénéficiaire doit utiliser les fonds dans les 6 mois suivant le versement et conserver le logement comme résidence principale pendant 5 ans.
Concrètement, un parent peut donner en 2026 : 100 000 € (abattement classique) + 31 865 € (don exceptionnel) + 100 000 € (exonération immobilier neuf) = 231 865 € à un enfant sans aucun droit. Un couple : 463 730 €. Fenêtre exceptionnelle dans le cadre de la réforme de la fiscalité du patrimoine, valable jusqu’au 31 décembre 2026.
Donation ou testament : le comparatif
| Critère | Donation | Testament |
|---|---|---|
| Prise d’effet | Immédiate | Au décès |
| Fiscalité | Abattements renouvelables tous les 15 ans | Un seul abattement, calculé sur la valeur au décès |
| Révocabilité | Irrévocable (sauf 3 cas) | Modifiable à tout moment |
| Contrôle du bien | Réserve d’usufruit possible | Conditions et charges posthumes possibles |
| Protection | Gel de la valeur (donation-partage) | Valeur recalculée au décès |
| Idéal pour | Anticipation, optimisation fiscale, familles recomposées | Flexibilité, transmission au dernier moment |
La combinaison optimale : une donation-partage pour transmettre le patrimoine de votre vivant, et un testament pour les ajustements de dernière minute et les legs spécifiques (bijoux de famille, objets d’art, association caritative).
Déclaration obligatoire en ligne dès 2026
Nouveauté : depuis le 1er janvier 2026, la déclaration en ligne est devenue obligatoire pour les dons manuels aux enfants et petits-enfants. La démarche se fait via votre espace Finances publiques (impots.gouv.fr), dans le mois suivant le don.
Le formulaire Cerfa 2735 en version papier reste une alternative pour ceux qui ne peuvent pas télédéclarer. Le formulaire doit être envoyé en double exemplaire au service fiscal départemental d’enregistrement du domicile du donataire.
Déclarer même quand aucun droit n’est dû est stratégique : cela fait officiellement courir le délai de 15 ans pour reconstituer l’abattement. Sans déclaration, le fisc peut découvrir le don lors de la succession et appliquer l’intérêt de retard (0,20 % par mois) plus une majoration de 40 % en cas de mauvaise foi.
Quatre erreurs qui coûtent cher
Attendre trop longtemps. Chaque cycle de 15 ans perdu est un abattement de 100 000 € gaspillé. Un parent qui commence à 50 ans transmet trois fois plus qu’un parent qui commence à 75 ans.
Choisir une donation simple au lieu d’une donation-partage. Avec plusieurs enfants, la donation simple crée un risque de recalcul au décès. Si un bien donné à l’aîné a doublé de valeur, le cadet peut contester. La donation-partage fige les valeurs et coupe court aux conflits.
Oublier de déclarer un don manuel. Un virement de 50 000 € non déclaré, c’est un abattement qui ne commence pas à se reconstituer. Et c’est un risque de redressement lors de la succession. Depuis 2026, la déclaration en ligne est obligatoire pour les dons aux enfants et petits-enfants.
Donner sans anticiper la réserve héréditaire. La loi garantit une part minimale aux enfants. Donner trop à un tiers peut entraîner une action en réduction au décès. La réserve : 50 % avec un enfant, 66 % avec deux, 75 % avec trois ou plus. Conservez aussi un « matelas de sécurité » en liquidités et revenus pour vos propres besoins.
Stratégie complète pour une transmission optimisée
La combinaison la plus efficace repose sur trois leviers utilisés en parallèle : donation directe, démembrement et assurance vie.
À 50 ans : donner la nue-propriété d’un investissement locatif ou de la résidence secondaire. La nue-propriété (50 %) reste souvent sous l’abattement de 100 000 €. Zéro droit, et le bien sort définitivement de la succession future. Le donateur continue à percevoir les loyers via l’usufruit.
À 65 ans : les abattements se sont reconstitués. Nouveau cycle : 100 000 € par enfant en liquidités + 31 865 € de don exceptionnel. En parallèle, alimenter une assurance vie pour bénéficier de l’abattement de 152 500 € par bénéficiaire au décès (article 990 I du CGI).
À 80 ans : troisième cycle d’abattement. Le don exceptionnel n’est plus disponible, mais les 100 000 € par enfant restent intacts. Les contrats d’assurance vie alimentés avant 70 ans sont déjà optimisés.
Un couple avec deux enfants qui applique cette stratégie sur 30 ans peut transmettre plus d’un million d’euros sans aucun droit, en cumulant les abattements renouvelés, les dons exceptionnels et les enveloppes assurance vie.





