Le gouvernement voulait le supprimer. L’Assemblée nationale l’a sauvé par 213 voix contre 17. L’abattement de 10 % sur les pensions de retraite, en place depuis 1978, reste intégralement maintenu en 2026. Mieux : ses seuils sont revalorisés de 0,9 %, alignés sur la progression du barème de l’impôt sur le revenu. Pour les retraités de plus de 65 ans aux revenus modestes, un second abattement vient s’y ajouter et peut effacer jusqu’à 2 822 € de revenu imposable supplémentaires. Ce guide détaille le fonctionnement des deux mécanismes, les économies réelles selon votre pension, et les raisons pour lesquelles le débat n’est pas clos.
L’abattement de 10 % sur les pensions, mode d’emploi
Chaque année, l’administration fiscale applique automatiquement une déduction de 10 % sur le montant brut des pensions de retraite déclarées. Ce mécanisme réduit la base imposable avant le calcul de l’impôt sur le revenu. Il concerne l’ensemble des pensions : retraite de base, retraite complémentaire (Agirc-Arrco), pensions de réversion, pensions d’invalidité converties en retraite, et majorations familiales.
Concrètement, un retraité qui perçoit 2 000 € bruts par mois (soit 24 000 €/an) ne sera imposé que sur 21 600 €. Les 2 400 € restants sont déduits avant même l’application du barème progressif.
Deux garde-fous encadrent ce dispositif :
- Un plancher de 454 € par pensionné. Même si 10 % de votre pension annuelle donnent un montant inférieur (pension en dessous de 4 540 €/an), vous bénéficiez au minimum de 454 € d’abattement.
- Un plafond de 4 439 € par foyer fiscal. Quelle que soit la somme de vos pensions, l’abattement total du ménage ne dépasse pas ce seuil. Pour un retraité seul percevant 50 000 €/an de pensions, 10 % donneraient 5 000 € mais l’abattement restera bloqué à 4 439 €.
Ce plafonnement par foyer est un point souvent mal compris. Pour un couple marié ou pacsé dont les deux conjoints perçoivent une pension, l’abattement de 10 % se calcule d’abord sur chaque pension individuellement, puis le total est comparé au plafond de 4 439 €. Si la somme dépasse ce montant, elle est ramenée au plafond.
Les montants 2026 revalorisés de 0,9 %
La loi de finances pour 2026, publiée au Journal officiel le 20 février 2026, indexe les seuils de l’abattement sur la revalorisation du barème de l’impôt, soit +0,9 %. Une hausse modeste, à l’image de l’inflation constatée en 2025.
| Paramètre | 2025 (revenus 2024) | 2026 (revenus 2025) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Minimum par pensionné | 450 € | 454 € | +0,9 % |
| Maximum par foyer fiscal | 4 399 € | 4 439 € | +0,9 % |
| Seuil plancher (pension annuelle) | 4 500 € | 4 540 € | +0,9 % |
En pratique, le gain par rapport à 2025 reste limité : 4 € de plus sur le minimum, 40 € de plus sur le plafond. Mais dans un contexte où le gouvernement envisageait de supprimer purement et simplement ce mécanisme, le simple maintien constitue déjà une victoire pour les organisations de retraités.
Un second abattement réservé aux plus de 65 ans et aux invalides
Au-delà de l’abattement de 10 %, un dispositif distinct et moins connu vient réduire le revenu imposable des contribuables de plus de 65 ans ou titulaires d’une carte d’invalidité (taux d’incapacité d’au moins 40 %). Ce second abattement s’applique sur le revenu net global, c’est-à-dire après la déduction de 10 % sur les pensions.
| Revenu net global du foyer | Abattement 2025 | Abattement 2026 |
|---|---|---|
| Inférieur ou égal à 17 670 € | 2 796 € | 2 822 € |
| De 17 670 € à 28 430 € | 1 398 € | 1 411 € |
| Supérieur à 28 430 € | Aucun abattement | |
Conditions d’éligibilité
- Avoir 65 ans révolus au 31 décembre 2025 (né avant le 1er janvier 1961) pour la déclaration de revenus 2026
- Ou être titulaire d’une pension d’invalidité militaire ou d’accident du travail avec un taux d’incapacité d’au moins 40 %
- Le revenu net global du foyer doit rester sous le seuil de 28 430 €
Le doublement pour les couples
Lorsque les deux membres du couple remplissent les conditions (tous les deux âgés de 65 ans ou plus, ou l’un des deux invalide), le montant de l’abattement est doublé. Un couple dont le revenu net global ne dépasse pas 17 670 € bénéficie alors de 5 644 € d’abattement (2 822 € × 2). Un levier fiscal conséquent, souvent ignoré par les intéressés eux-mêmes.
Ce dispositif est également automatique. L’administration fiscale l’applique sur la base de votre date de naissance, sans qu’aucune case à cocher ni justificatif à fournir ne soit nécessaire.
Cumul des deux abattements : les économies réelles selon votre pension
Les deux abattements se cumulent, dans un ordre précis. D’abord, la déduction de 10 % réduit le montant des pensions déclarées. Ensuite, si le revenu net global obtenu reste sous les seuils, l’abattement +65 ans vient réduire la base imposable une seconde fois. Quatre cas concrets pour y voir clair.
Cas n° 1 : retraité seul, 1 500 €/mois de pension
Cas n° 2 : retraité seul, 2 500 €/mois
Cas n° 3 : couple, chacun 1 200 €/mois, les deux ont plus de 65 ans
Cas n° 4 : retraité seul, 3 800 €/mois (pension élevée)
Le cas n° 3 illustre la puissance du cumul pour un couple modeste : 5 702 € de revenu imposable en moins, soit près de 20 % de leurs pensions brutes. Pour le cas n° 4, le plafonnement à 4 439 € et l’absence d’abattement +65 ans (revenu trop élevé) limitent l’avantage. Le système est progressif par construction : il protège davantage les petites pensions.
Le feuilleton budgétaire de l’automne 2025
L’abattement de 10 % coûte à l’État 4,5 milliards d’euros par an. Un montant qui en fait une cible récurrente dans les débats budgétaires. La Cour des comptes souligne depuis plusieurs années que 44 % de ce coût profite aux 10 % des retraités les plus aisés, puisque l’abattement proportionnel avantage mécaniquement les pensions élevées. Le feuilleton de l’automne 2025 a mis cette question sur la place publique.
- Octobre 2025 : Le projet de loi de finances pour 2026 propose de remplacer l’abattement de 10 % par un forfait unique de 2 000 € par pensionné. L’objectif affiché : économiser 1,2 milliard d’euros et rendre le dispositif plus équitable.
- Novembre 2025 : Les syndicats de retraités (UNSA, CFDT, FO) montent au créneau. La commission des finances de l’Assemblée nationale se prononce contre la suppression. Les débats révèlent que 39 % des retraités auraient vu leur impôt augmenter avec le forfait.
- 13 novembre 2025 : L’Assemblée nationale rejette l’article par 213 voix contre 17. Une quasi-unanimité transpartisane, de la gauche au Rassemblement national.
- Décembre 2025 : Le Sénat examine une contre-proposition : plafonner l’abattement à 3 000 € au lieu de 4 439 €, pour « toucher plutôt les pensions des plus aisés ». Cette version est également écartée.
- 20 février 2026 : La loi de finances définitive est publiée au Journal officiel. L’abattement de 10 % est intégralement maintenu, revalorisé de 0,9 %.
Les pensions qui auraient été pénalisées par le forfait à 2 000 €
Le remplacement de l’abattement proportionnel (10 %, plafonné à 4 439 €) par un forfait fixe de 2 000 € aurait redistribué les cartes de façon brutale. Le point de basculement se situe à 20 000 € de pension annuelle, soit environ 1 667 € bruts par mois.
| Pension mensuelle brute | Abattement actuel (10 %) | Forfait proposé | Différence |
|---|---|---|---|
| 1 000 €/mois | 1 200 € | 2 000 € | +800 € (gagnant) |
| 1 500 €/mois | 1 800 € | 2 000 € | +200 € (gagnant) |
| 1 667 €/mois | 2 000 € | 2 000 € | 0 € (neutre) |
| 2 000 €/mois | 2 400 € | 2 000 € | −400 € (perdant) |
| 2 500 €/mois | 3 000 € | 2 000 € | −1 000 € (perdant) |
| 3 500 €/mois | 4 200 € | 2 000 € | −2 200 € (perdant) |
Les retraités percevant entre 1 700 et 3 700 € bruts mensuels auraient subi la hausse d’impôt la plus forte en valeur absolue. Ce sont les classes moyennes de la retraite : anciens cadres intermédiaires, enseignants avec une carrière complète, agents territoriaux en fin de grille. Les pensions les plus basses (inférieures à 1 667 €) auraient en revanche bénéficié d’un forfait plus avantageux que les 10 % actuels.
Pour les bénéficiaires du minimum contributif (MICO), dont la pension ne dépasse pas 903,93 € bruts, le forfait de 2 000 € aurait été nettement plus favorable. Ce paradoxe explique en partie pourquoi le débat n’est pas tranché : le système actuel protège les pensions moyennes au détriment d’une meilleure redistribution vers les plus modestes.
Cinq leviers pour alléger vos impôts à la retraite
L’abattement de 10 % et l’abattement +65 ans sont automatiques. Mais d’autres dispositifs, eux, nécessitent une démarche active. Cinq pistes à explorer pour réduire votre base imposable ou votre impôt final.
Le Plan d’Épargne Retraite (PER)
Les versements sur un PER sont déductibles du revenu imposable, dans la limite d’un plafond annuel (10 % des revenus professionnels de l’année précédente, avec un minimum de 4 636 €). Pour un retraité qui perçoit encore des revenus fonciers ou des revenus de capitaux mobiliers, le PER reste un outil de défiscalisation efficace. Les plafonds 2026 ont été revalorisés.
Le crédit d’impôt services à la personne
Ménage, jardinage, assistance informatique, aide à domicile : les dépenses de services à la personne ouvrent droit à un crédit d’impôt de 50 %, plafonné à 12 000 € de dépenses par an (majoré de 1 500 € par personne de plus de 65 ans au foyer). Ce crédit s’applique même si vous n’êtes pas imposable : le fisc vous rembourse la différence.
Les dons aux associations
Les dons à des organismes d’intérêt général ou reconnus d’utilité publique donnent droit à une réduction d’impôt de 66 % du montant versé, dans la limite de 20 % du revenu imposable. Pour les dons aux organismes d’aide aux personnes en difficulté (Restos du Cœur, Secours populaire), le taux monte à 75 % sur les 1 000 premiers euros.
L’optimisation du quotient familial
Un retraité vivant seul et ayant élevé au moins un enfant bénéficie d’une demi-part supplémentaire (case L de la déclaration). Ce bonus est plafonné mais peut faire basculer un foyer sous le seuil de non-imposition. Les anciens combattants, les veufs et veuves de guerre, et les contribuables invalides bénéficient également de parts supplémentaires.
Le crédit d’impôt pour l’adaptation du logement
Les travaux d’adaptation du logement à la perte d’autonomie (douche à l’italienne, monte-escalier, barres d’appui, volets roulants électriques) ouvrent droit à un crédit d’impôt de 25 % des dépenses, dans la limite de 5 000 € pour une personne seule et 10 000 € pour un couple. Condition : avoir plus de 60 ans et un taux de perte d’autonomie classé GIR 1 à 4, ou plus de 65 ans sans condition de GIR pour certains équipements. Un levier concret pour les retraités qui aménagent leur domicile.
Pensions exonérées et revenus hors champ
Toutes les sommes versées par les caisses de retraite ne sont pas soumises à l’impôt. Certaines prestations échappent à la déclaration et, par conséquent, à l’abattement de 10 % (qui ne s’applique que sur les revenus déclarés).
Revenus exonérés d’impôt
- ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées) et ancien minimum vieillesse
- ASI (allocation supplémentaire d’invalidité)
- Allocation de reconnaissance des anciens Harkis
- Majoration pour tierce personne (aide d’une personne pour les actes de la vie courante)
- Allocation de vétérance des sapeurs-pompiers volontaires
Revenus à déclarer
- Pensions de retraite de base et complémentaire (tous régimes)
- Pensions de réversion
- Pensions d’invalidité
- Allocations de veuvage
- Majorations pour enfants
- Rentes viagères à titre gratuit
Les bénéficiaires de l’ASPA ne déclarent pas cette allocation, mais doivent tout de même déclarer leurs éventuelles pensions de retraite. Le cumul ASPA + pension reste imposable pour la partie pension.
CSG sur les pensions : ne pas confondre avec l’abattement
Beaucoup de retraités confondent l’abattement fiscal de 10 % avec les prélèvements sociaux (CSG, CRDS, Casa) retenus directement sur leur pension. Ce sont deux mécanismes distincts. La CSG est prélevée à la source par votre caisse de retraite, à un taux qui dépend de votre revenu fiscal de référence (RFR) :
| RFR (personne seule, 1 part) | Taux de CSG |
|---|---|
| Inférieur à 13 049 € | Exonéré |
| De 13 049 € à 17 058 € | 3,8 % (taux réduit) |
| De 17 058 € à 26 470 € | 6,6 % (taux médian) |
| Supérieur à 26 470 € | 8,3 % (taux plein) |
La CSG au taux réduit (3,8 %) et au taux médian (6,6 %) est partiellement déductible de votre revenu imposable, ce qui réduit encore la base soumise à l’abattement de 10 %. En revanche, la CSG à taux plein (8,3 %) n’est déductible qu’à hauteur de 5,9 %. Cette mécanique explique pourquoi le montant net imposable affiché sur votre déclaration pré-remplie diffère du montant brut versé par votre caisse.
Vérifier votre abattement sur l’avis d’imposition
L’abattement de 10 % n’apparaît pas sur votre déclaration pré-remplie (formulaire 2042). Il figure en revanche sur votre avis d’imposition, dans le détail du calcul de l’impôt. Voici comment le retrouver :
- Connectez-vous à votre espace particulier sur impots.gouv.fr
- Accédez à votre dernier avis d’imposition
- Consultez la rubrique « Détail des revenus »
- Comparez le montant des pensions déclarées (ligne 1AS/1BS) avec le montant retenu pour le calcul : la différence correspond à l’abattement appliqué
Si l’abattement +65 ans s’applique, il apparaît dans une ligne distincte intitulée « Abattement personnes âgées ou invalides ». En cas d’erreur (oubli de l’abattement, mauvais seuil appliqué), vous pouvez déposer une réclamation en ligne via votre messagerie sécurisée sur impots.gouv.fr. La campagne de déclaration 2026 démarre le 9 avril 2026.
Questions fréquentes
L’abattement de 10 % va-t-il être supprimé ?
Non. Le projet de remplacement par un forfait de 2 000 € a été rejeté par l’Assemblée nationale le 13 novembre 2025 par 213 voix contre 17. La loi de finances 2026, publiée au Journal officiel le 20 février 2026, maintient l’abattement de 10 % dans son intégralité, revalorisé de 0,9 %. Le débat pourrait toutefois ressurgir lors du prochain budget.
Les pensions de réversion bénéficient-elles de l’abattement ?
Oui. Les pensions de réversion sont traitées comme des pensions de retraite classiques pour l’impôt sur le revenu. Elles bénéficient de l’abattement de 10 % dans les mêmes conditions (minimum 454 €, maximum 4 439 € par foyer). Le conjoint survivant de plus de 65 ans peut également cumuler avec l’abattement spécial +65 ans.
Faut-il remplir une case spécifique sur la déclaration ?
Non. L’abattement de 10 % sur les pensions et l’abattement +65 ans sont tous les deux appliqués automatiquement par l’administration fiscale. Vous n’avez aucune case à cocher ni aucun justificatif à fournir. Le fisc se base sur les montants transmis par les caisses de retraite et sur votre date de naissance.
Un retraité non imposable bénéficie-t-il quand même de l’abattement ?
Oui. L’abattement réduit le revenu imposable, ce qui peut justement vous maintenir sous le seuil de non-imposition. Un retraité seul percevant 1 500 €/mois (18 000 €/an) voit sa base réduite à 13 378 € après les deux abattements, ce qui le rend non imposable (seuil 2026 : 17 595 € pour une personne seule). Sans les abattements, ce même retraité serait imposable.
Le double abattement fonctionne-t-il si un seul conjoint a plus de 65 ans ?
Partiellement. Si un seul des deux conjoints remplit la condition d’âge (ou d’invalidité), l’abattement +65 ans s’applique une seule fois : 2 822 € ou 1 411 € selon le revenu net global du foyer. Le doublement (jusqu’à 5 644 €) n’intervient que si les deux conjoints ont plus de 65 ans au 31 décembre de l’année d’imposition.





