Quelle est la retraite moyenne par département en 2026 ? Baromètre ADCF

En France, la retraite moyenne par département varie de 764 à 1 064 € bruts mensuels pour le seul régime général. Trois cents euros d’écart entre les Yvelines et le Cantal, alors que les deux départements relèvent du même système de calcul. Ce premier Baromètre ADCF de la retraite par département passe au crible les données officielles de l’Assurance Retraite (CNAV) pour les 96 départements métropolitains.

Ce qu’il faut retenir : 884 € de pension moyenne nationale, 300 € d’écart entre le premier et le dernier département, 34 % de différence entre hommes et femmes, et un reste à vivre négatif à Paris où la pension ne couvre même pas le loyer.

LES CHIFFRES CLÉS DU BAROMÈTRE ADCF 2026

884 € Pension moyenne nationale
brute mensuelle (régime général)
300 € Écart entre les Yvelines (1 064 €)
et le Cantal / Gers (764 €)
34 % Écart moyen de pension
entre hommes et femmes
14,9 M Retraités du régime général
en métropole (CNAV 2024)

Chaque mois, la CNAV verse une pension à près de 15 millions de retraités du régime général résidant en métropole. Le montant dépend du parcours professionnel de chaque assuré : salaires perçus, durée de cotisation, interruptions de carrière. Or ces trajectoires individuelles sont largement conditionnées par le tissu économique local.

Le classement qui suit le confirme. Les départements franciliens, portés par des décennies de salaires élevés dans l’industrie et le tertiaire supérieur, trustent le haut du tableau avec des pensions dépassant régulièrement 950 € bruts mensuels. À l’opposé, les territoires ruraux du sud-ouest et du centre, à dominante agricole, peinent à franchir la barre des 820 €.

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Pension moyenne brute régime général (€/mois)
764€
1 064€
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Chaque département affiche sa pension moyenne brute du régime général, le loyer médian local, et le reste à vivre mensuel après logement.

Top 5 — Pension la plus élevée

Top 5 — Pension la plus basse

Pension
Loyer /m²
Reste à vivre
Sources : L’Assurance Retraite (CNAV) — Données départementales 2024 · ANIL/DGALN — Carte des loyers 2024 (loyer médian pour 52m²) · Calcul ADCF.org

Les Yvelines en tête du classement, Paris relégué à la 8e place

Sept des dix premiers départements sont franciliens

Sans grande surprise, les départements franciliens trustent sept des dix premières places. Les Yvelines (78) dominent le classement avec une pension moyenne de 1 064 € bruts mensuels, suivies par les Hauts-de-Seine (92) à 1 049 € et le Val-d’Oise (95) à 1 030 €.

Derrière ces chiffres, la structure économique de chaque territoire. Les Yvelines ont concentré pendant plusieurs décennies les sièges sociaux et les sites de production de l’industrie automobile (Renault à Flins, PSA à Poissy), de la défense (Nexter, Thales) et de l’aéronautique. Les Hauts-de-Seine abritent le quartier d’affaires de La Défense, premier pôle tertiaire européen. Ces secteurs à forte valeur ajoutée ont généré des cotisations retraite nettement supérieures à la moyenne nationale pendant 30 à 40 ans.

Paris, en revanche, n’apparaît qu’en 8e position avec 993 €. Ce résultat, a priori contre-intuitif, s’explique par la composition sociologique de la capitale : une proportion élevée de professions libérales et d’indépendants qui cotisent à d’autres régimes que le régime général, combinée à une population retraitée qui inclut aussi des carrières dans les services, le commerce et la restauration. Le taux de surcote parisien (22,4 % des retraités, contre 10,7 % en moyenne nationale) confirme toutefois que ceux qui relèvent du régime général à Paris ont tendance à prolonger leur activité au-delà de l’âge légal, ce qui tire leur pension vers le haut.

L’Eure, 5e du classement grâce à son héritage industriel

La présence de l’Eure (27) en 5e position avec 1 011 € constitue la véritable surprise de ce classement. Ce département normand, rarement cité parmi les plus prospères, doit son rang à l’implantation d’importants sites industriels à partir des années 1970. La proximité de la région parisienne, combinée à un foncier moins coûteux, a attiré des usines dans l’automobile, la chimie et le pharmaceutique. Pendant trois à quatre décennies, ces sites ont employé des milliers de salariés aux rémunérations solides, qui perçoivent aujourd’hui des pensions parmi les plus élevées de France.

L’Oise (60), 7e avec 1 003 €, répond à la même logique : un département de la grande couronne parisienne où le salariat industriel et logistique a dominé pendant des décennies. Le taux de bénéficiaires du minimum contributif (MICO) y est particulièrement bas (24,2 % contre 30 à 40 % dans les départements du bas du classement), signe que les carrières complètes à salaires corrects y sont la norme.

RangDépartementPension moyenneHommesFemmesVs. nationale
178 – Yvelines1 064 €1 232 €926 €+180 €
292 – Hauts-de-Seine1 049 €1 158 €968 €+165 €
395 – Val-d’Oise1 030 €1 151 €931 €+146 €
491 – Essonne1 027 €1 165 €913 €+143 €
527 – Eure1 011 €1 154 €894 €+127 €
677 – Seine-et-Marne1 004 €1 133 €895 €+120 €
760 – Oise1 003 €1 148 €881 €+119 €
875 – Paris993 €1 066 €936 €+109 €
994 – Val-de-Marne991 €1 094 €909 €+107 €
1069 – Rhône987 €1 129 €877 €+103 €
1128 – Eure-et-Loir974 €1 094 €877 €+90 €
1290 – Terr. de Belfort970 €1 124 €841 €+86 €
1338 – Isère969 €1 126 €836 €+85 €
1476 – Seine-Maritime963 €1 117 €842 €+79 €
1593 – Seine-Saint-Denis957 €1 038 €887 €+73 €
1645 – Loiret952 €1 064 €862 €+68 €
1701 – Ain937 €1 065 €827 €+53 €
1867 – Bas-Rhin934 €1 046 €841 €+50 €
1959 – Nord932 €1 064 €833 €+48 €
2014 – Calvados931 €1 053 €838 €+47 €
La Seine-Saint-Denis, 15e du classement : souvent présenté comme l’un des départements les plus défavorisés de France, le 93 se classe pourtant devant la Gironde (53e), les Alpes-Maritimes (52e) ou le Var (73e). La raison tient à son passé industriel : usines automobiles, imprimeries, entrepôts logistiques. Ces emplois ouvriers à temps plein, occupés pendant des carrières longues, ont produit des droits à retraite supérieurs à ceux des départements tertiaires ou touristiques où les contrats saisonniers et le temps partiel sont plus fréquents.

Le bas du classement : un profil agricole et rural commun

Le Cantal et le Gers ferment la marche à 764 €

À l’autre extrémité du classement, quatre départements affichent une pension moyenne inférieure à 780 € bruts mensuels : la Creuse (779 €, 93e), la Lozère (766 €, 94e), le Cantal (764 €, 95e) et le Gers (764 €, 96e). Ces territoires partagent un profil commun : une économie historiquement dominée par l’agriculture et l’élevage, des bassins d’emploi peu diversifiés, et une proportion de carrières fragmentées ou à temps partiel nettement supérieure à la moyenne.

Les données de la CNAV confirment cette lecture. Dans le Cantal, 41,7 % des retraités du régime général perçoivent le minimum contributif (MICO), contre seulement 18,0 % dans les Yvelines. Ce ratio est un indicateur fiable de la précarité des parcours professionnels locaux : il signifie que près d’un retraité cantalien sur deux a cotisé à des niveaux de salaire si bas que sa pension a dû être portée au minimum garanti.

Le Gers affiche un profil similaire avec 39,6 % de bénéficiaires du MICO, et la Lozère atteint 39,3 %. La Haute-Corse, 91e du classement avec 793 €, cumule quant à elle le taux de bénéficiaires du minimum vieillesse (ASPA) le plus élevé de métropole : 10,3 %, soit cinq fois plus que la Vendée (2,0 %).

Les départements du littoral méditerranéen sous la moyenne

Autre enseignement du classement : les départements de l’arc méditerranéen, souvent associés à un cadre de vie attractif, se situent globalement sous la moyenne nationale. L’Hérault arrive en 79e position (829 €), les Pyrénées-Orientales en 80e (824 €), l’Aude en 92e (784 €). Le Gard (78e, 835 €) et le Vaucluse (71e, 845 €) ne font guère mieux.

Le tourisme, la viticulture et les services à la personne, secteurs dominants sur le littoral méditerranéen, génèrent des salaires plus bas et des carrières plus hachées que l’industrie ou le tertiaire qualifié. Dans l’Aude ou les Pyrénées-Orientales, la saisonnalité de l’emploi produit mécaniquement des trimestres de cotisation incomplets et des montants de pension inférieurs.

Le classement complet des 96 départements métropolitains

Le tableau ci-dessous présente l’intégralité du classement, avec la pension moyenne (ensemble des droits, hommes et femmes confondus), la ventilation par sexe, l’écart à la moyenne nationale (884 €) et un indicateur de niveau. Les données correspondent aux pensions brutes mensuelles versées par le régime général au 31 décembre 2024.

RangDépartementPension moy.HommesFemmesVs. moy.Profil
178 – Yvelines1 064 €1 232 €926 €+180 €Très élevé
292 – Hauts-de-Seine1 049 €1 158 €968 €+165 €Très élevé
395 – Val-d’Oise1 030 €1 151 €931 €+146 €Très élevé
491 – Essonne1 027 €1 165 €913 €+143 €Très élevé
527 – Eure1 011 €1 154 €894 €+127 €Très élevé
677 – Seine-et-Marne1 004 €1 133 €895 €+120 €Très élevé
760 – Oise1 003 €1 148 €881 €+119 €Très élevé
875 – Paris993 €1 066 €936 €+109 €Très élevé
994 – Val-de-Marne991 €1 094 €909 €+107 €Très élevé
1069 – Rhône987 €1 129 €877 €+103 €Très élevé
1128 – Eure-et-Loir974 €1 094 €877 €+90 €Très élevé
1290 – Terr. de Belfort970 €1 124 €841 €+86 €Très élevé
1338 – Isère969 €1 126 €836 €+85 €Très élevé
1476 – Seine-Maritime963 €1 117 €842 €+79 €Très élevé
1593 – Seine-Saint-Denis957 €1 038 €887 €+73 €Élevé
1645 – Loiret952 €1 064 €862 €+68 €Élevé
1701 – Ain937 €1 065 €827 €+53 €Élevé
1867 – Bas-Rhin934 €1 046 €841 €+50 €Élevé
1959 – Nord932 €1 064 €833 €+48 €Élevé
2014 – Calvados931 €1 053 €838 €+47 €Élevé
2144 – Loire-Atlantique928 €1 070 €819 €+44 €Élevé
2242 – Loire927 €1 050 €830 €+43 €Élevé
2388 – Vosges926 €1 044 €831 €+42 €Élevé
2472 – Sarthe925 €1 049 €826 €+41 €Élevé
2541 – Loir-et-Cher922 €1 032 €835 €+38 €Élevé
2673 – Savoie920 €1 063 €800 €+36 €Élevé
2710 – Aube919 €1 010 €850 €+35 €Élevé
2885 – Vendée917 €1 044 €816 €+33 €Élevé
2949 – Maine-et-Loire914 €1 033 €824 €+30 €Élevé
3070 – Haute-Saône913 €1 034 €813 €+29 €Élevé
3161 – Orne911 €1 023 €824 €+27 €Élevé
3271 – Saône-et-Loire910 €1 058 €791 €+26 €Élevé
3374 – Haute-Savoie910 €1 038 €804 €+26 €Élevé
3489 – Yonne910 €1 012 €829 €+26 €Élevé
3568 – Haut-Rhin909 €1 027 €811 €+25 €Élevé
3625 – Doubs908 €1 029 €811 €+24 €Élevé
3702 – Aisne903 €1 024 €807 €+19 €Élevé
3851 – Marne897 €1 032 €797 €+13 €Moyen
3980 – Somme897 €1 009 €809 €+13 €Moyen
4062 – Pas-de-Calais895 €1 042 €785 €+11 €Moyen
4121 – Côte-d’Or894 €1 002 €810 €+10 €Moyen
4226 – Drôme894 €1 017 €796 €+10 €Moyen
4335 – Ille-et-Vilaine894 €1 013 €802 €+10 €Moyen
4431 – Haute-Garonne893 €1 015 €796 €+9 €Moyen
4537 – Indre-et-Loire893 €997 €812 €+9 €Moyen
4639 – Jura892 €1 006 €799 €+8 €Moyen
4713 – Bouches-du-Rhône889 €1 025 €782 €+5 €Moyen
4864 – Pyrénées-Atlantiques886 €1 008 €793 €+2 €Moyen
4963 – Puy-de-Dôme884 €1 007 €785 €= moy.Moyen
5053 – Mayenne883 €1 004 €790 €–1 €Moyen
5154 – Meurthe-et-Moselle883 €999 €792 €–1 €Moyen
5206 – Alpes-Maritimes882 €988 €799 €–2 €Moyen
5333 – Gironde880 €998 €790 €–4 €Moyen
5408 – Ardennes879 €1 017 €765 €–5 €Moyen
5507 – Ardèche878 €994 €781 €–6 €Moyen
5618 – Cher878 €980 €797 €–6 €Moyen
5779 – Deux-Sèvres877 €982 €795 €–7 €Moyen
5852 – Haute-Marne874 €990 €784 €–10 €Moyen
5956 – Morbihan873 €983 €790 €–11 €Moyen
6017 – Charente-Maritime869 €988 €777 €–15 €Moyen
6136 – Indre868 €943 €810 €–16 €Sous moy.
6216 – Charente864 €966 €785 €–20 €Sous moy.
6350 – Manche861 €979 €768 €–23 €Sous moy.
6422 – Côtes-d’Armor860 €967 €780 €–24 €Sous moy.
6558 – Nièvre860 €946 €794 €–24 €Sous moy.
6603 – Allier857 €962 €777 €–27 €Sous moy.
6743 – Haute-Loire854 €957 €770 €–30 €Sous moy.
6855 – Meuse853 €976 €751 €–31 €Sous moy.
6986 – Vienne849 €947 €772 €–35 €Sous moy.
7057 – Moselle845 €956 €757 €–39 €Sous moy.
7184 – Vaucluse845 €981 €739 €–39 €Sous moy.
7240 – Landes844 €951 €758 €–40 €Sous moy.
7383 – Var844 €950 €760 €–40 €Sous moy.
7481 – Tarn843 €937 €769 €–41 €Sous moy.
7504 – Alpes-de-Hte-Provence839 €959 €738 €–45 €Sous moy.
7687 – Haute-Vienne838 €921 €773 €–46 €Sous moy.
7729 – Finistère837 €933 €767 €–47 €Sous moy.
7830 – Gard835 €953 €741 €–49 €Faible
7934 – Hérault829 €934 €748 €–55 €Faible
8066 – Pyrénées-Orientales824 €919 €752 €–60 €Faible
8146 – Lot822 €910 €751 €–62 €Faible
8219 – Corrèze819 €906 €751 €–65 €Faible
8305 – Hautes-Alpes818 €914 €738 €–66 €Faible
8424 – Dordogne818 €910 €745 €–66 €Faible
8547 – Lot-et-Garonne814 €915 €737 €–70 €Faible
8612 – Aveyron811 €915 €728 €–73 €Faible
8709 – Ariège810 €900 €734 €–74 €Faible
8865 – Hautes-Pyrénées810 €886 €751 €–74 €Faible
892A – Corse-du-Sud799 €890 €724 €–85 €Faible
9082 – Tarn-et-Garonne794 €882 €725 €–90 €Faible
912B – Haute-Corse793 €880 €722 €–91 €Faible
9211 – Aude784 €866 €720 €–100 €Faible
9323 – Creuse779 €860 €717 €–105 €Très faible
9448 – Lozère766 €828 €715 €–118 €Très faible
9515 – Cantal764 €855 €694 €–120 €Très faible
9632 – Gers764 €855 €693 €–120 €Très faible

L’écart de pension entre hommes et femmes atteint 34 % en moyenne nationale

Un écart qui dépasse 250 € dans les départements industriels

Au-delà des disparités géographiques, les données de la CNAV révèlent une fracture persistante entre les pensions des hommes et celles des femmes. Au niveau national, les hommes perçoivent en moyenne 1 010 € bruts mensuels du régime général contre 779 € pour les femmes, soit un écart de 231 € ou 34 % en défaveur des femmes.

Cet écart se creuse davantage dans les départements à dominante industrielle, où les hommes ont historiquement occupé les postes les mieux rémunérés tandis que les femmes restaient plus fréquemment en dehors du marché du travail ou en emploi à temps partiel. En Saône-et-Loire (71), l’écart atteint 267 € (1 058 € pour les hommes contre 791 € pour les femmes). En Isère (38), il s’élève à 290 €. Dans le Territoire de Belfort (90), marqué par l’industrie lourde (Alstom, General Electric), la différence grimpe à 283 €.

À l’inverse, Paris affiche l’un des écarts les plus faibles du classement : 130 € (1 066 € contre 936 €). Cette relative parité tient à la structure de l’emploi parisien, historiquement plus mixte dans les secteurs tertiaires, et au taux d’activité féminine plus élevé dans la capitale. Les Hauts-de-Seine suivent le même schéma avec un écart de 190 €.

Ce que ces montants ne couvrent pas : les chiffres présentés dans ce classement correspondent aux pensions brutes du régime général uniquement, c’est-à-dire la retraite de base des salariés du privé. La pension totale réellement perçue par un retraité inclut également la retraite complémentaire Agirc-Arrco, qui représente en moyenne 40 à 45 % du montant total. Selon les dernières données de l’Agirc-Arrco, un retraité percevant 884 € du régime général touche en réalité une pension globale de l’ordre de 1 500 à 1 600 € bruts. Les fonctionnaires (CNRACL, SRE) et les indépendants (SSI) ne sont pas pris en compte dans ces statistiques.

Trois facteurs structurels expliquent l’ampleur des disparités

La nature du tissu économique local détermine le niveau des cotisations

Le premier facteur, et de loin le plus déterminant, est la structure économique du département. La pension du régime général est calculée sur les 25 meilleures années de salaire. Un département où l’emploi industriel qualifié, la finance ou l’ingénierie ont dominé pendant plusieurs décennies produit mécaniquement des retraités aux pensions élevées. À l’opposé, un territoire à dominante agricole, touristique ou de services peu qualifiés génère des salaires, et donc des cotisations, nettement inférieurs.

Les données le confirment. Les cinq premiers départements du classement (Yvelines, Hauts-de-Seine, Val-d’Oise, Essonne, Eure) partagent tous un passé industriel ou tertiaire supérieur dense. Les cinq derniers (Creuse, Lozère, Cantal, Gers, Aude) ont en commun une économie historiquement agricole et un tissu entrepreneurial peu diversifié.

Les carrières fragmentées pénalisent les départements ruraux

Le deuxième facteur concerne la durée et la continuité des carrières. Le calcul de la pension dépend non seulement du niveau de salaire, mais aussi du nombre de trimestres validés. Les carrières saisonnières, les périodes de chômage prolongé, le travail non déclaré ou les interruptions pour raisons familiales réduisent la durée d’assurance et, par conséquent, le montant de la pension.

Le taux de bénéficiaires du minimum contributif (MICO) offre un indicateur fiable de cette réalité. Ce dispositif porte la pension à un plancher garanti lorsque l’assuré a une carrière complète mais des salaires faibles. Dans le Cantal, 41,7 % des retraités en bénéficient. Dans le Gers, ce taux atteint 39,6 %, dans la Haute-Corse 39,9 %. À titre de comparaison, les Yvelines n’en comptent que 18,0 % et la Seine-et-Marne 20,4 %.

DépartementPension moy.% MICO% ASPANb retraités
78 – Yvelines1 064 €18,0 %2,6 %260 686
92 – Hauts-de-Seine1 049 €18,4 %4,8 %254 757
91 – Essonne1 027 €18,6 %3,2 %218 445
(…)
48 – Lozère766 €39,3 %3,9 %18 125
15 – Cantal764 €41,7 %3,4 %38 484
32 – Gers764 €39,6 %4,3 %48 018

La part des bénéficiaires du minimum vieillesse varie du simple au quintuple

Le troisième facteur de disparité est la proportion de retraités percevant l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA, ex-minimum vieillesse). Cette aide, versée sous condition de ressources aux retraités les plus modestes, signale une précarité structurelle. En Haute-Corse, 10,3 % des retraités du régime général perçoivent l’ASPA. En Seine-Saint-Denis, ce taux atteint 9,1 %, en Corse-du-Sud 9,1 %, dans les Bouches-du-Rhône 8,2 % et à Paris 7,8 %.

À l’opposé, la Vendée affiche le taux le plus bas de métropole : 2,0 %. La Mayenne (2,4 %), les Côtes-d’Armor (2,5 %), le Maine-et-Loire (2,5 %) et l’Ain (2,5 %) complètent le bas de ce classement. Ces départements de l’Ouest et de l’Est, sans être les plus riches en termes de pension moyenne, se distinguent par un taux d’emploi stable et des carrières longues dans l’agriculture, l’agroalimentaire ou l’industrie locale, qui limitent le recours aux minima sociaux.

Le pouvoir d’achat réel des retraités redistribue entièrement le classement

Raisonner uniquement en montant de pension brute donne une image tronquée de la réalité vécue par les retraités. Un retraité parisien percevant 993 € fait face à un loyer médian de 1 560 € pour un 52 m² (données ANIL/DGALN 2024). Son reste à vivre, après déduction du loyer, est donc largement négatif : –567 €. En comparaison, un retraité creusois percevant 779 € dans un département où le loyer médian s’établit à 338 € conserve un reste à vivre de +441 €, soit plus d’un millier d’euros de différence avec Paris.

Paris et les Hauts-de-Seine affichent un reste à vivre négatif

Le croisement des données de pension CNAV avec les loyers médians départementaux publiés par l’ANIL produit un classement radicalement différent. Trois départements affichent un reste à vivre négatif, ce qui signifie que la pension moyenne du régime général n’y couvre même pas le loyer médian local :

  • Paris (75) : pension 993 € – loyer 1 560 € = –567 €
  • Hauts-de-Seine (92) : pension 1 049 € – loyer 1 300 € = –251 €
  • Alpes-Maritimes (06) : pension 882 € – loyer 910 € = –28 €

Le Val-de-Marne (94) frôle l’équilibre avec un reste à vivre de seulement 3 €, et la Seine-Saint-Denis (93) ne dégage que 73 €. Le paradoxe est net : dans ces départements, les pensions sont plus élevées, mais le coût du logement les engloutit intégralement.

Précision méthodologique : le « reste à vivre » présenté ici est un indicateur simplifié, obtenu en soustrayant le loyer médian départemental pour un logement de 52 m² à la pension moyenne du régime général. Il ne prend en compte ni la retraite complémentaire, ni les revenus du patrimoine, ni les aides au logement (APL). Son intérêt réside dans la comparaison entre départements, et non dans l’estimation du budget réel d’un retraité.

La Creuse et les Ardennes, gagnantes du pouvoir d’achat

Lorsque le coût du logement est intégré au calcul, les départements ruraux du centre et du nord-est de la France remontent spectaculairement dans le classement. Les cinq meilleurs restes à vivre s’établissent comme suit :

Rang pouvoir d’achatDépartementPensionLoyer 52 m²Reste à vivre
108 – Ardennes879 €390 €+489 €
288 – Vosges926 €442 €+484 €
336 – Indre868 €390 €+478 €
470 – Haute-Saône913 €442 €+471 €
558 – Nièvre860 €390 €+470 €

Les Ardennes (08) occupent la première place du classement « pouvoir d’achat » avec un reste à vivre de 489 €, grâce à la combinaison d’une pension correcte (879 €, portée par le passé sidérurgique du département) et de loyers parmi les plus bas de France (7,50 €/m²). Les Vosges (88) suivent avec 484 € selon une logique comparable : un tissu industriel textile et papetier qui a produit des pensions au-dessus de la moyenne rurale, dans un département où le coût de la vie reste très modéré.

La Creuse (23), dernière du classement en pension brute, remonte à la 10e place du classement pouvoir d’achat avec un reste à vivre de 441 €. Le Cantal (15), avant-dernier en pension, conserve un reste à vivre de 390 €, nettement supérieur à celui de Paris, du Rhône (207 €) ou de la Haute-Garonne (191 €).

Ce que ces données signifient concrètement pour les assurés

Deux dispositifs à connaître pour les petites pensions

Pour les retraités dont la pension du régime général reste faible malgré une carrière complète, le minimum contributif (MICO) permet de porter le montant à 847,57 € bruts mensuels (barème 2025), voire 935,42 € pour ceux qui justifient d’une cotisation au taux plein sur la totalité de leur carrière. Ce mécanisme concerne déjà près d’un tiers des retraités du régime général au niveau national.

Pour les retraités dont les ressources totales (tous régimes confondus) restent inférieures à 1 043,59 € mensuels pour une personne seule ou 1 620,18 € pour un couple (barèmes 2026), l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) verse un complément différentiel. La demande se fait auprès de la CARSAT ou de la MSA selon le régime de rattachement.

Bon à savoir : le département de résidence n’a aucune incidence sur le calcul de la pension. Celle-ci dépend exclusivement des salaires déclarés, de la durée de cotisation et des éventuelles majorations (enfants, handicap, pénibilité). En revanche, le département de résidence détermine le coût de la vie et donc le pouvoir d’achat réel du retraité, un paramètre que les simulateurs officiels ne prennent pas en compte.

Questions fréquentes sur la retraite par département

Quel est le montant moyen de la retraite en France en 2026 ?

La pension moyenne du régime général s’établit à 884 € bruts mensuels au 31 décembre 2024 (dernières données CNAV disponibles). Ce montant ne concerne que la retraite de base des salariés du privé. En ajoutant la retraite complémentaire Agirc-Arrco, la pension totale moyenne se situe entre 1 500 et 1 600 € bruts pour un retraité ayant effectué l’intégralité de sa carrière dans le privé.

Quel département a la retraite la plus élevée ?

Les Yvelines (78) arrivent en tête du classement avec une pension moyenne de 1 064 € bruts mensuels du régime général, devant les Hauts-de-Seine (1 049 €) et le Val-d’Oise (1 030 €). Le haut du classement est dominé par les départements franciliens, portés par des décennies de salaires élevés dans l’industrie et le tertiaire supérieur.

Quel département a la retraite la plus basse ?

Le Cantal (15) et le Gers (32) ferment la marche avec une pension moyenne de 764 € bruts mensuels, soit 300 € de moins que les Yvelines. La Lozère (766 €) et la Creuse (779 €) complètent le bas du classement. Ces départements ruraux se caractérisent par un taux de bénéficiaires du minimum contributif supérieur à 39 %.

Dans quel département les retraités ont-ils le meilleur pouvoir d’achat ?

Les Ardennes (08) offrent le meilleur pouvoir d’achat aux retraités du régime général, avec un reste à vivre de 489 € après déduction du loyer médian. Les Vosges (484 €), l’Indre (478 €) et la Haute-Saône (471 €) complètent le podium. À l’inverse, Paris affiche un reste à vivre négatif de –567 € : la pension moyenne n’y couvre même pas le loyer médian.

Sources et méthodologie

Pensions : L’Assurance Retraite (CNAV), Données des fiches régionales et départementales 2024, fichier open data publié sur statistiques-recherche.lassuranceretraite.fr. Les montants présentés sont les pensions brutes mensuelles moyennes du régime général versées aux retraités résidant dans chaque département au 31 décembre 2024, tous droits confondus (droits directs + droits dérivés).

Loyers : ANIL / DGALN, Carte des loyers 2024. Loyer médian par département pour un logement de 52 m² (surface médiane des logements occupés par les retraités selon l’INSEE).

Indicateurs complémentaires : taux de bénéficiaires du MICO, de l’ASPA, de la surcote et âge moyen des retraités issus du même fichier CNAV. Le « reste à vivre » est obtenu par soustraction du loyer médian départemental à la pension moyenne du régime général. Il ne constitue pas une estimation du budget réel, mais un indicateur de comparaison territoriale.

Classement établi par ADCF.org. Données les plus récentes disponibles à date de publication (mars 2026). Hors régimes complémentaires, hors fonctionnaires, hors indépendants.
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