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Redécoupage des unités urbaines : poursuite de l’expansion urbaine

Alors que communes et communautés rendaient leur avis sur les projets de schémas départementaux de coopération intercommunale (SDCI), l’Insee a réactualisé, durant l’été, la délimitation des unités urbaines auxquelles se réfèrent, parmi d’autres, les critères de cohérence spatiale des intercommunalités énoncés par la loi de réforme des collectivités territoriales. L’actualisation de ce découpage (fondé sur la continuité des espaces bâtis) confirme la poursuite de l’expansion urbaine en prenant notamment mieux en compte les différentes formes de l’étalement urbain. Mais plusieurs facteurs contribuent à cette expansion.

« L’espace urbain augmente de 19 % en une décennie » titre l’Insee, dans une publication de cet été (*). Les villes occupent désormais (**) 22 % du territoire et abritent 77,5 % de la population. Surtout, de nouvelles petites unités urbaines sont apparues, alors que le périmètre de plusieurs grandes unités urbaines s’est fortement élargi.

Une dynamique soutenue par les petites villes

Que ce soit par l’agrandissement d’agglomérations existantes ou par l’apparition de nouvelles villes isolées, c’est la superficie des petites unités urbaines (moins de 10 000 habitants) qui a le plus augmenté (+ 9 700 km² entre 1999 et 2010). À elles seules, elles expliquent plus de la moitié de la croissance de l’espace urbain, alors que seulement 16 % de la population urbaine y réside.
L’agglomération de Paris, avec 10,3 millions d’habitants répartis sur 412 communes, reste, et de très loin, la plus importante des unités urbaines de France. Trente nouvelles communes ont rejoint son périmètre, et expliquent 14 % de l’accroissement de sa population depuis 1999.
Très loin derrière Paris viennent les unités urbaines de Marseille - Aix-en-Provence et de Lyon, avec chacune plus de 1,5 million d’habitants. L’une et l’autre ont connu à la fois une croissance démographique à territoire constant et une expansion significative de leur périmètre. Marseille - Aix-en-Provence bénéficie de la forte revitalisation démographique de la cité phocéenne (après des décennies de déclin) mais s’étend également désormais à Trets, Istres et Miramas, entourant pratiquement l’Étang de Berre. L’unité urbaine de Lyon englobe celle de Villefranche-sur-Saône. Lille reste la 4e agglomération de métropole, mais avec un périmètre et une population stables (1 million d’habitants).

Dé-densification urbaine par extension

De manière générale, les grandes agglomérations « croissent plus par extension de leur périmètre que par densification de leur population », note l’Insee, ajoutant que « c’est à la campagne que la croissance démographique est la plus importante». « Elle est aussi plus forte dans les petites unités urbaines que dans les grandes ».
La France mé
tropolitaine compte aujourd’hui 28 unités urbaines de 200 000 à un million d’habitants. À celles de 1999 s’ajoutent aujourd’hui celles du Mans et de Bayonne, cette dernière ne faisant désormais plus qu’une avec l’unité urbaine frontalière d’Hendaye. Parmi les très grandes unités urbaines, les territoires de Nice, Toulon, Toulouse et Douai-Lens, qui s’étaient beaucoup développés dans les années 1990, ont cessé de s’étendre. En revanche, l’unité urbaine d’Avignon bénéficie d’une nouvelle extension spectaculaire, en englobant notamment les unités urbaines d’Orange, Cavaillon et l’Isle-sur-la-Sorgue. Montpellier absorbe pour sa part Lattes et Prades-le-Lez alors que fusionnent les unités de Saint-Étienne et Saint-Chamond.
On recommandera vivement la consultation du fichier excel des données complémentaires et de l’onglet « tableau complémentaire » qui dresse la liste des 61 unités urbaines de plus de 100 000 habitants en distinguant les deux phénomènes contributifs à leur expansion urbaine : un « l’effet extension » et « un effet densification ».

Un zonage plus fidèle aux différentes formes de l’étalement urbain

1 368 communes encore rurales en 1999 sont devenues urbaines en 2007 (alors que 100 communes urbaines sont redevenues rurales sur la base de la typologie INSEE). Pour 1 137 communes, ce changement de statut procède d’une intégration à une agglomération. « Des constructions nouvelles aux frontières de ces communes ont entraîné leur rattachement à une unité urbaine déjà existante ou la création d’une nouvelle entité urbaine. Dans les années 1990, ceci n’avait concerné que 520 communes », précisent les statisticiens. Les autres communes ont acquis leur statut urbain en franchissant le seuil de 2 000 habitants agglomérés (seuil retenu par l’Insee, cf. encadré ci-contre). « Ne présentant pas une zone de bâti continu avec leurs voisines, ce sont des villes isolées. Entre 1990 et 1999, seules 150 communes avaient réalisé le même mouvement ».
Dès lors, pour bien interpréter la nouvelle poussée d’expansion urbaine, il faut prendre en compte à la fois des effets de seuils démographiques et les effets de rattachement par comblement interstitiel des anciennes discontinuités du bâti entre deux communes (le critère de continuité restant fixé à une distance maximale de 200 m entre zones bâties). Il est à noter qu’une modification importante de la méthodologie INSEE accentue le phénomène puisque la révision du zonage en unité urbaine repose sur des critères plus fidèles aux nouvelles dynamiques d’urbanisation. Introduits dans le découpage de 2010, « certains espaces publics (cimetières, stades, aérodromes, parcs de stationnement...), terrains industriels ou commerciaux (usines, zones d’activités, centres commerciaux...) ont été traités comme des bâtis avec la règle des 200 mètres pour relier des zones de construction habitées. Et ce à la différence des découpages précédents où ces espaces étaient annulés dans le calcul des distances entre bâtis », précisent les auteurs de la note dans un encadré méthodologique. Les différentes formes que revêt le phénomène d’étalement urbain sont donc désormais prises en compte et expliquent pour une part la forte diminution de la densité moyenne des agglomérations. « On compte aujourd’hui 400 habitants au km² en moyenne dans l’espace urbain, contre 600 jusqu’en 1962 », observe en effet l’Insee.
Ces précisions méthodologiques sont importantes puisque des erreurs d’interprétation sont susceptibles de résulter de cette actualisation. Les modifications méthodologiques apportées en 2010 et la croissance démographique de nombreuses communes de l’espace rural expliquent le rattachement d’une composante importante du territoire national à la France urbaine. Ceci ne signifie pas pour autant que l’urbanisation aurait gagné 20% du territoire national en l’espace d’une décennie.

Cliquer sur la carte pour la visionner :

(*) "Les découpage en urbaines urbaines de 2010 : l’espace urbain augmente de 19 % en une décennie", François Clanché et Odile Rascol, Insee Première, août 2011.
(**) Le zonage 2010 des unités urbaines est établi en référence à la population connue au recensement de 2007 et sur la géographie du territoire au 1er janvier 2010 (contours des zones de bâti continu fournis par l’IGN).





Les unités urbaines s'étalent dans les régions et territoires d'Outre-Mer

En Guyane, 89 % de la population réside dans des villes, 98 % à la Guadeloupe et à la Réunion, 94 % à Mayotte et 96 % à la Martinique. « Des chiffres identiques à ceux de 1999 » note l’Insee.
C’est dans le découpage des unités urbaines que les évolutions apparaissent. A la Martinique, l’agglomération du Robert est passée, depuis 2007, de 2 à 11 communes et dépasse désormais en taille celle de Fort-de-France. À la Réunion, les agglomérations de Saint-Paul et Saint-Pierre fusionnent chacune avec une ville isolée et constituent avec Saint-Denis trois unités urbaines de tailles équivalentes. En Guadeloupe, l’unité urbaine de Pointe-à-Pitre-Les Abymes s’est étendue à six autres communes et dépasse désormais plus de 250 000 habitants.
Mayotte, nouveau département d’outre-mer, a été découpé en unités urbaines pour la première fois. Seules 2 communes restent « rurales ».



En savoir plus :
 http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1364

Données complémentaires :
http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1364/ip1364.xls

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