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Zones industrielles et risques : la nécessaire adaptation au changement climatique

Fortes chaleurs, froid, inondations ou vents forts : le changement climatique induit une multiplication des risques pour les sites industriels. Ces risques naturels peuvent à leur tour générer des risques technologiques, que les intercommunalités doivent appréhender, en lien avec les entreprises de leur territoire. Ce sujet a été abordé par le groupe de travail Territoires d’industrie en transition écologique.

En début d’année 2022, Intercommunalités de France et l’Association nationale des collectivités pour la maitrise des risques technologiques majeurs (AMARIS) ont lancé une étude commune sur la prévention des crises et les intercommunalités. Ce sujet, relativement nouveau pour les collectivités, connait une déclinaison forte en matière économique, au travers de la gestion de sites industriels. Ces démarches essentielles de gestion des risques industriels et environnementaux nécessitent une approche à la fois locale et collective. Du fait des interdépendances entre activités, un incident industriel peut menacer d’autres sites, de même une catastrophe naturelle exogène peut à son tour générer un accident industriel. La fréquence de ces risques dits « NaTech » (naturels et technologiques) s’est accrue en 30 ans (30 accidents par an en 2010 à 100 en 2021).

Dans les territoires industriels, pour prévenir ces risques, les acteurs doivent mieux se connaitre et dialoguer, d’une part afin de clarifier les responsabilités respectives, d’autre part afin d’anticiper et d’appréhender les différents facteurs de risques. L’intercommunalité, si elle n’a pas un pouvoir de police, a toutefois un rôle important à jouer dans le dialogue avec les acteurs et leur coordination, par exemple au travers des commissions de suivi de site (CSS). Surtout, la loi « Matras » (2021) a introduit l’obligation pour les intercommunalités de réaliser des plans intercommunaux de sauvegarde (PICS), renforçant leur rôle dans la prévention et la gestion des crises, en lien avec les communes et les industriels du territoire. Delphine Favre, directrice générale d’AMARIS a souligné que la réglementation en vigueur n’est pas suffisante. En effet, les aléas climatiques sont peu pris en compte par les industriels. Les risques naturels et technologiques restent appréhendés en silos.

Un changement d’échelle est ainsi nécessaire de façon à considérer les risques de différents ordres, interdépendants, par-delà les réalités administratives et à l’échelle de bassins de risques. À titre d’exemple, Pascal Mallet, du Havre Seine Métropole a souligné que les risques connus par son intercommunalité sont multiples : submersion marine, vagues de chaleurs, foudre, engendrant des risques technologiques en chaine pouvant s'étendre et se multiplier bien au-delà des limites administratives de l’intercommunalité. Sous l’impulsion de son président, la communauté urbaine a ainsi créé une association rassemblant l’ensemble des acteurs économiques et administratifs – notamment les intercommunalités environnantes – en lien avec un bassin multirisque. Ce dernier a permis de visualiser les risques, intérieurs et extérieurs pouvant impacter les territoires voisins.

 

Adaptation au changement climatique : outils et leviers

Aude Bodiguel, Animatrice Adaptation au changement climatique de l’ADEME, a précisé que le changement climatique induit des évènements extrêmes, mais aussi des évènements à dynamique lente : érosion côtière, assèchement progressif des sols, glissement de terrains, diminution de l'enneigement, impactant à termes les territoires, et induisant des risques et des pertes de ressources naturelles, qui à leur tour impactent les hommes et leurs activités (dont l’industrie). La gestion des risques est souvent réalisée « en bout de chaine », de façon segmentée. Pourtant, dans un contexte de changement climatique global, il devient essentiel de travailler en transversalité. De fait, « s’adapter au changement climatique, c’est mettre en œuvre une démarche d’ajustement au climat actuel ou attendu, ainsi qu’à ses conséquences ». Cet ajustement est une opportunité pour questionner le positionnement et le projet des territoires. Concrètement : une digue protégeant un territoire d’un risque prévisible de submersion ne donne pas un blanc-seing pour construire dans un contexte plus général de montée des eaux. Il s’agit d’agir à court terme, mais aussi de poser des objectifs de long terme considérant les évolutions climatiques et leurs différents impacts. PCAET, PLUI, SCoT... différents documents de planification permettent de développer une stratégie d’adaptation, mais restent encore insuffisamment mobilisés à cet effet.

À ce titre, l’ADEME propose différents outils, dont la démarche TACCT (Trajectoires d’Adaptation au Changement Climatique des Territoires). Dédiée aux collectivités, cette démarche permet d’élaborer une politique d’adaptation au changement climatique, en partant du diagnostic de vulnérabilité jusqu’au suivi des mesures et à l’évaluation de la stratégie.

 

L’intercommunalité coordinatrice, en appui et à l’initiative d’une nouvelle gestion des risques industriels

Entre Rouen et Le Havre, Caux Seine Agglomération compte 8 entreprises SEVESO seuil haut et 4 seuil bas, malgré des risques liés aux 2802 cavités souterraines, aux vents, aux neiges, etc. Maritxu Penez, Responsable du service risques majeurs de l’intercommunalité a rappelé l’historique du territoire en matière de prévention des risques : élaboration d’un Plan de Prévention des Risques Technologiques (PPRT), d’un Plan de Prévention des Risques Inondations (PPRI), d’un PICS, etc. Les maires conservant leur pouvoir de police, l’action de l’agglomération consiste en une mission de conseil et assistance aux élus communaux et d’accompagnement des services de l’agglomération dans l’exercice des compétences. À la demande des communes, l’intercommunalité peut intervenir sur ses compétences propres pour coordonner les moyens humains et matériels en lien avec les entreprises. Au sein de la plateforme industrielle de Port-Jérôme, les communes et intercommunalité ont développé une culture de la sécurité, initiée par un Plan Particulier d’Intervention (PPI) en 1992, transformé en PPRT en 2014. Par ailleurs, la création en 1972 de l’association Industries Caux Seine, a permis de resserrer le lien entre administration et industriels. De même, le CSS vise à renforcer ces liens avec deux réunions annuelles entre industriels et collectivités.

 

Réduire la vulnérabilité des entreprises aux risques inondations

Anne-Evelyne Chollet chargée de mission Programmes d’Actions et de Préventions des Inondations de Toulon Provence Méditerranée a expliqué que le territoire de la métropole subit régulièrement des crues rapides des cours d’eau qui le traversent, entraînant des dommages matériels et humains. C’est pourquoi, la problématique des inondations est un enjeu majeur pour la métropole qui s’est engagée dans la réalisation d’un Programme d’Actions de Prévention des Inondations (PAPI) à l’échelle du bassin de risques des Petits Côtiers Toulonnais. Articulé autour de 7 axes, 34 actions et doté d’un budget de plus de 13 millions d’euros, ce programme est un outil opérationnel et contractuel de gestion intégrée qui vise à réduire l’impact des inondations.  

Une des actions vise à accompagner les entreprises dans la prise en compte et l’adaptation au risque inondation. Par l’intermédiaire de la CCI du Var, elle vise à réaliser des diagnostics de vulnérabilité des entreprises pouvant aboutir à la mise en place d’actions concrètes et subventionnées ou d’un audit de vulnérabilité plus complet. « Ces diagnostics se veulent plus larges que ceux traditionnellement réalisés par les entreprises » a expliqué Thibault Valdissera, Consultant Prévention Inondation à la CCI. Favorisant l’accessibilité du service, un site Internet a été réalisé, proposant une cartographie interactive recensant les zones inondables, les entreprises à la parcelle, et permettant de télécharger le PPRI de la métropole et ses préconisations. La CCI met également à disposition des fiches pratiques, un plan de gestion de crise et rencontre les entreprises afin de mettre en place les mesures identifiées par le diagnostic. Afin d’initier des aménagements, des subventions sont aussi mises en place. Ce dispositif est également déployé dans le Vaucluse, le Pays d’Arles et la métropole de Toulouse.

 

Contacts : Lucas Chevrier l.chevrier@adcf.asso.fr & Anaëlle Contrepois a.contrepois@adcf.asso.fr

 

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