Thématiques

Développement économique

Fabriques prospectives : retour sur une rencontre dédiée aux sites d’activités de demain

Huit Territoires d’industrie, accompagnés par la Fabrique prospective de l’ANCT, se sont réunis le 6 juillet à Paris afin d’établir un premier bilan de leurs avancées et réflexions sur les sites d’activités de demain. Les témoignages ont révélé des préoccupations communes en matière d’attractivité et de durabilité des sites, avec notamment des ambitions de déploiement d’une offre de service plus complète dans les zones d’activités économiques.

De nouvelles méthodes pour aménager les sites industriels

La démarche de la Fabrique prospective initiée en février dernier vise à accompagner huit sites d’activités dans leur modernisation. Cette réflexion commune doit ainsi inspirer le niveau national, en partant de situations concrètes : le vieillissement d’un parc d’activité, son excentrement, sa faible attractivité, le manque de services en son sein… pour proposer des solutions opérationnelles.

Si la crise sanitaire a pointé les faiblesses du tissu industriel français, la réindustrialisation ne saurait se passer de sites en mesure d’accueillir les activités productives. Comme l’a précisé en début de session Guillaume Basset, délégué aux Territoires d’industrie, l’enjeu foncier représente, avec la thématique des compétences, les deux priorités pour nombre de TI. L’accueil et le développement de ces activités font en effet face à plusieurs défis non négligeables :

  • L’impératif de zéro artificialisation nette implique de « faire avec l’existant » : réinvestir les friches industrielles, limiter les dents creuses, densifier l’immobilier productif.
  • Le fonctionnement des entreprises évolue, celles-ci se compactent, se recentrent sur leur cœur de métier, et adressent de nouveaux besoins aux collectivités : restauration, mobilités, économie circulaire.
  • L’esthétique et l’attractivité des sites industriels deviennent un critère majeur, tant pour les entreprises (potentielles recruteuses) que pour les collectivités et leurs habitants.

 

Ces évolutions induisent une refonte des stratégies d’aménagement des intercommunalités en direction des entreprises. Des dispositifs nationaux comme les sites d’activités clefs en main permettent de rassembler les facteurs à réunir pour faciliter l’installation des entreprises. Ensuite, les différentes contractualisations (TI, CRTE) favorisent une démarche de terrain proche de celle de la Fabrique prospective : des ateliers comptant forces vives du territoire et services de l’État ou de la collectivité, des rencontres avec les chefs d’entreprise, des visites de sites… Il s’agit ce faisant de mettre en cohérence les réponses territoriales aux besoins des industriels.

 

Des axes transversaux de réflexion au profit de sites industriels compétitifs et attractifs

Dans le cadre du séminaire, les différents Territoires d’industrie présents se sont exprimés en particulier sur une série d’axes jugés structurants pour le devenir des sites industriels, dont l’étendue contraste fortement avec les logiques d’aménagement et de commercialisation opérant par le passé.

L’esthétique du site industriel s’impose comme préoccupation première. Il s’agit en premier lieu d’ancrer davantage les sites industriels dans le tissu urbain, par exemple au travers d’une mixité des usages ou des services nouveaux. Ensuite, il est essentiel de considérer l’aménagement paysagé et l’architecture mis en place, à la fois au niveau du bâtiment, de la parcelle, et du site.

Pour Erven Léon, vice-président de la communauté d’agglomération Lannion Trégor en charge de l'économie et l'emploi, cette préoccupation se traduit sur son territoire par une requalification de l’immobilier des entreprises de télécommunications des années 1960 qui favorise leur insertion fonctionnelle, urbaine, et paysagère. La maîtrise et la gestion du foncier économique par l’intercommunalité (172 000 m² de foncier économique) sont ainsi dirigées vers l’amélioration du confort et de la qualité de vie des employés sur leur lieu de travail (réduction des couloirs, aménagement d’espaces de vie), l’amélioration de l’extérieur de ces lieux (nouveaux matériaux, ouvertures, luminosité), et l’émergence de mobilités et de voies douces. Ces progrès sont tout particulièrement importants face aux besoins d’attractivité des entreprises de nouvelles technologies implantées sur le territoire (Alcatel/Nokia, Orange et autres start-ups), qui ont 600 offres d’emploi à pourvoir.

 

L’objectif de « redorer la façade » des sites industriels conduit les intercommunalités à repenser l’offre de services en leur sein, par le déploiement de nouvelles infrastructures et par des mutualisations de services. Les infrastructures et services mis à disposition peuvent concerner les activités « annexes » (restauration, transports, parkings, espaces verts, RH, conciergerie, équipements sportifs), afin de laisser les entreprises se concentrer sur leurs processus de production. Néanmoins ces mutualisations facilitées, voire organisées, par l’intercommunalité peuvent aussi concerner des fonctions connexes aux processus de production des entreprises : maintenance, postes de travail, équipements. En ce sens, Julien Aguin, vice-président de la communauté d’agglomération Melun Val de Seine et son équipe ont soutenu qu’en raison de la « servicisation » de l’industrie, la revalorisation des sites industriels fait désormais l’objet de réflexions systématiques sur les services à proposer aux entreprises. Le déploiement de ces services mutualisés peut rencontrer toutefois des difficultés importantes, en particulier quand un donneur d’ordre important se situe sur le site, et a déjà internalisé un certain nombre de solutions (transports, restauration, logements, etc.).

Parmi les différentes réflexions menées au cours de la journée, les mobilités bénéficient d’une attention toute particulière et unanime : face à un autosolisme très dominant, nombre d’intercommunalités cherchent des solutions de mobilités nouvelles, avec à chaque fois des avantages réels, mais également des inconvénients à considérer : transports en commun ou à la demande (avec des problématiques de coûts, de dessertes, d’horaires décalés), vélo (enjeux de sécurisation, de distances, d’aménagement à coordonner avec les départements), covoiturage (actuellement limité en temps de crise sanitaire)...

 

L’aménagement des sites industriels est aussi l’occasion de déployer des infrastructures facilitant la transition écologique au sein des sites d’activités, par la production d’ENR (photovoltaïque sur les ombrières, GNV, hydrogène) ou par la mise en place de dispositifs d’écologie industrielle favorisant l’économie circulaire (réseaux de chaleur fatale, recyclage des déchets). En ce sens, la communauté de communes du Pays du Coquelicot a présenté un projet d’aménagement visant à concentrer les entreprises intéressées par la filière eau et ses usages au sein d’un même site « vitrine » de l’intercommunalité. Concrètement, il s’agit pour l’intercommunalité de capitaliser sur l’identité forte des anciennes entreprises hydrauliques pour développer de nouvelles activités liées de près ou de loin à cette filière, puis possiblement de déployer une série d’infrastructures et de services associés, comme la récupération et la réutilisation des eaux usagées.

 

Contact : Lucas Chevrier, l.chevrier@adcf.asso.fr

Partager
En savoir plus
Documents à télécharger Documents à
télécharger

Dernières
Actualités