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Développement économique

Conjoncture économique : des bonnes nouvelles… à conforter

AdCF Direct propose une nouvelle revue des notes et études des instituts de conjoncture ou d’organismes divers (laboratoires universitaires, administrations, INSEE…) sur les impacts économiques de la crise et les tendances actuelles.

Selon les plus récentes données de la Banque de France (juin 2021), l’économie nationale retrouve en ce début d’été un niveau d’activité qui la rapproche de l’éclaircie d’août-septembre 2020, période marquée par le fort rebond du premier déconfinement. L’activité atteindrait en juin 97 % du niveau d’avant-crise. Dans l’industrie, le taux d’utilisation des capacités de production atteint 81 % et s’avère supérieur au mois de février 2020 (79 %). L’automobile se redresse au printemps (81 %), tout comme l’habillement-textile. Il reste plus bas en revanche dans l’aéronautique et les autres transports (74 %).

En ce qui concerne les services marchands, l’activité progresse en mai 2021, notamment dans les services de proximité concernés par l’allègement des mesures sanitaires. Les secteurs de l’hébergement et de la restauration connaissent de fortes hausses tout en restant à des niveaux inférieurs par rapport à la situation d’avant-crise.

 

Pénuries et hausses de prix en vue…

Avec la reprise et la relance, simultanée dans beaucoup de pays, les difficultés d’approvisionnement se multiplient, avec des retards de livraison et des hausses de prix qui suscitent un ressaut de l’inflation. Selon la Banque de France, les chefs d’entreprises interrogés dans le cadre de son enquête de conjoncture régulière sont de plus en plus nombreux à évoquer spontanément la question des approvisionnements. 44 % des chefs d’entreprises de l’industrie et 50 % des dirigeants du bâtiment font état de difficultés d’approvisionnement qui ont eu un impact sur la production. L’automobile et les équipements électriques sont les secteurs industriels les plus touchés avec près de 70 % des entreprises mentionnant des difficultés, et la moitié des entreprises du bâtiment sont également impactées. Les industries agro-alimentaires constatent des hausses rapides des tensions sur les approvisionnements. 

La plupart des instituts de conjoncture font état de ces tensions sur les délais et les prix, tout en s’interrogeant parfois sur leur caractère conjoncturel ou structurel. Lisser ces tensions sera en tout état de cause l’un des enjeux de la reprise de 2021-2022.

 

Remontée des défaillances ?

L’autre enjeu sera de mesurer le degré de fragilité des entreprises au regard de leur endettement et des pertes de chiffre d’affaires. Un travail réalisé par la Banque de France pour l’AdCF a déjà permis de mettre en exergue les forts reculs des taux de défaillances d’entreprises en 2020, et de « territorialiser » ce phénomène à l’échelle des intercommunalités. Ce recul des défaillances n’est-il que provisoire, lié à une survie artificielle d’entreprises condamnées ? 

L’assureur crédit Coface propose une analyse des défaillances en France en 2020 et en 2021. Si elles sont moins nombreuses, leurs impacts sont parfois plus élevés, chez des employeurs importants. En intégrant les principales mesures de soutien aux entreprises dans ses modèles, COFACE considère que celles-ci ont évité 22 500 défaillances. Leur taux aurait dû croître de 6,5 %, à travers 54 000 défaillances, or il a reculé très largement pour ne se porter qu’à 31 490 procédures effectives.

«  D’après le modèle de prévision Coface, le nombre de défaillances manquantes en France est estimé à 8 600 dans le secteur de la construction, 3 000 dans l’hôtellerie et la restauration, 1 800 dans le commerce, 1 500 dans l’industrie manufacturière, 1 200 dans les services aux entreprises et près de 800 dans le transport»

Dans un travail comparatif, COFACE montre que le paradoxe de ces « défaillances manquantes » est partagé chez nos voisins, dans des proportions variables ( -21 % en Allemagne, -39 % en Italie) et devrait se traduire par un accroissement sensible des défaillances reportées avec la fin des mesures d’aides, fin 2021 ou en 2022.

L’endettement et la dégradation des carnets de commande est ce qui inquiète naturellement les instituts d’analyse et de conjoncture. L’importance des PGE accordés, des reports de cotisations et autres emprunts souscrits… fait redouter le syndrome du « mur de dettes » et de phénomènes massifs d’insolvabilité. 

60 % des pertes d’activités sont en fait concentrées dans un nombre limité de secteurs comme l'hôtellerie-restauration, les services de transport, la fabrication de matériels de transport, la cokéfaction-raffinage et les services aux ménages. Selon l’OFCE, ces secteurs représentent 12 % du PIB mais contribuent à 60 % des pertes d'activité. 

Sur les activités dites CHR (cafés-hôtellerie-restauration), des fermetures sont déjà visibles mais avec des taux de remplacement rapides. Alexandre Mirlicourtois (Xerfi) expliquait en mars dernier pourquoi le secteur était plus résilient qu’on ne pouvait le redouter, grâce aux mesures d’aides et à leur ajustement en continu.

 

L’institut des politiques publiques (École d’économie de Paris) s’est intéressé de son côté dans une note récente (n°70, juin 2021) à la capacité de remboursement des prêts garantis par l’État.

Les conclusions des auteurs, à partir d’une étude fine de la structure financière des entreprises ayant eu recours au PGE, est une bonne capacité de remboursement. Le taux d’endettement brut des bénéficiaires a été très fortement augmenté mais le taux net est resté stable. Pour beaucoup d’entreprises, le PGE a correspondu à une phase d’incertitude est une sécurité mais sans qu’il y ait eu besoin d’en activer l’usage. De fait, ils concluent à un taux élevé de remboursement, une très faible proportion de défaillances parmi les bénéficiaires du PGE et un coût budgétaire final pour l’État (via son intervention en garantie) très modéré. 

Même si une évolution à la hausse des défaillances est à attendre au cours des prochains mois, ainsi qu’un certain nombre de plans sociaux inéluctables, les perspectives sont au demeurant beaucoup plus optimistes qu’il y a quelques mois lorsque nombre d’observateurs redoutaient la multiplication des entreprises « zombies » (en vie apparente mais sans capacité de survie après-crise). La mesure la plus protectrice aura été clairement le chômage partiel qui a « nationalisé » les masses salariales et subventionné l’inactivité pour maintenir debout les entreprises. Les interventions ciblées sur les coûts fixes (loyers, fournitures…) ont complété le dispositif.

 

L’impact de la crise sur les revenus des ménages et la consommation

Selon la Banque de Francel’épargne supplémentaire accumulée par les ménages depuis le début de 2020 s’élève à 229 milliards d’euros. Si l’on retire l’accumulation tendancielle en période normale, le surplus lié à la crise est de 152 milliards, ce qui est considérable en un an. Cette épargne est restée liquide pour une bonne part puisque les dépôts à vue des Français sont passés de 495 milliards fin 2019 à 596 milliards, soit +101 milliards sur comptes courants ou livrets.

L’INSEE confirme dans une note de juin 2021 la bonne tenue des revenus des ménages sur l’année 2020, alors que la consommation a chuté, provoquant cet excès d’épargne. 

Dans l’ensemble, les Français ont connu une assez bonne résistance de leurs revenus, protégés par les stabilisateurs automatiques (protection sociale, salaires publics…) et les mesures de chômage partiel. Il reste à nuancer en revanche selon les catégories sociales et les territoires.

Qui dit stabilité des revenus en moyenne nationale, ne dit pas effet homogène sur l’ensemble du territoire. Comme l’ont montré les premiers travaux de l’observatoire des impacts territoriaux de la crise (auquel l’AdCF contribue avec OPC, le Cnam, l’Institut CDC pour la recherche…), les différences de structures des revenus en circulation au sein des territoires les affectent de manière très inégale. Les territoires les plus dépendants aux revenus exposés à la crise et aux fermetures administratives (saisonniers, intérimaires, autoentrepreneurs…) sont les territoires qui sont naturellement les plus impactés. D’autres territoires qui étaient a priori très exposés ont pu activer les dispositifs de chômage partiel, les PGE et autres soutiens publics. 

La note de France stratégiedéjà commentée dans ces colonnes, le vérifie. Les bassins très touristiques des Alpes, les littoraux (notamment méditerranéens, Corse…) subissent les plus fortes dégradations en termes d’emplois et de revenus. 

Alexandre Mirlicourtois, de l’institut Xerfi, dresse le même constat dans une vidéo très éclairante.

 

 

Les perspectives pour l’ensemble de l’année 2021

À partir des différentes données disponibles et ses modèles de prévision, l’OFCE prévoyait dans sa dernière note de conjoncture (avril), une croissance annuelle de 5 % en France en 2021, avec une consommation des ménages et des administrations en progression de 4 % et l’investissement de 7 %. Fin 2021, la niveau d’activité avoisinerait celui constaté à la fin 2019 (-1 %). 

L’essentiel des « pertes » Covid seraient ainsi transformées en dettes publiques (80 % des pertes de revenu de la Maison France). Les entreprises subiraient néanmoins une érosion de fonds propres à hauteur de 90 milliards d’euros.

La suite des événements dépendra très fortement des comportements des ménages et des acteurs par rapport à l’épargne-Covid. L’OFCE teste des scénarii en fonction des hypothèses de réinjection des surplus d’épargne dans la consommation et l’économie. Si 20 % du surplus d’épargne étaient utilisés en 2022, l’OFCE évalue à +6 % la croissance potentielle en 2022, avec un taux de chômage à 8,7 % et une dette publique à 115 % du PIB. Sans réinjection de cette épargne, le taux de croissance serait de 4,3 %, le taux de chômage de 9,4 % et la dette de 117 %. La confiance des ménages et leur propension à consommer (y compris à investir dans des travaux à domicile) sera l’une des variables clefs de la reprise économique de moyen terme. 

On notera que le surplus d’épargne est constaté dans la plupart des pays occidentaux, mais avec des ampleurs inégales. L’OFCE considère qu’il se situe autour de 12 points en Italie et en Espagne, à près de 15 points au Royaume-Uni et 16 points aux États-Unis. En 2022, la conjoncture mondiale dépendra fortement de l'utilisation par les ménages de cette « épargne-Covid » accumulée. Des effets d’entraînement mutuels des reprises économiques dans les différents pays, si elles sont synchronisées, pourraient avoir lieu.

 

Commande publique : quels effets sur les importations ?

En période de relance économique, la commande publique est particulièrement attendue pour jouer un rôle d’entraînement keynésien sur l’activité et stimuler l’investissement public comme privé. Le baromètre de la commande publique animé par l’AdCF et la Banque de France a permis de mesurer la très forte chute de la commande publique en 2020, sous le double effet du cycle électoral du bloc communal (report du deuxième tour) et de la crise sanitaire. 

Les données du premier trimestre 2021 révèlent en revanche un véritable effet-rebond qui devrait se confirmer sur les prochains mois. Très déprimée au premier semestre 2020, la commande publique a commencé à se redresser puis retrouver début 2021 un niveau quasiment équivalent à celui du premier trimestre 2019 qui était lui-même l’un des meilleurs depuis 2012 ! La montée en puissance du plan de relance et des programmes d’investissements publics locaux devrait consolider cette dynamique, sous réserve de parvenir à instruire les appels d’offre et accéder aux crédits des programmes de relance dans des délais raisonnables. La question sera celle de l’effet d’entraînement de la commande publique sur l’économie nationale, à travers les entreprises françaises ou les filiales et établissements situés en France de groupes internationaux. 

 

Une note (Focus n°058-2021) du Conseil d’analyse économique (CAE), organisme placé auprès du Premier ministre, évalue à 14 % du PIB le poids de la commande publique en France, chiffre stable entre 2006 et 2016. Ce chiffre intègre les flux financiers liés au « stock » des contrats signés à long terme (DSP, concessions…), donc des flux financiers stables, qui s’ajoutent et même dépassent ceux des marchés attribués ou remis en concurrence durant une année civile. L’étude distingue d’ailleurs bien les deux modes de calcul, en évoquant les données du baromètre AdCF – Banque des territoires sur les marchés publiés et attribués à chaque année. C’est bien sûr à travers le flux des nouvelles attributions de marchés ou de contrats que peut se mesurer l’impact de la crise comme la dynamique de reprise.

L’objet central de la note n’est pas tant d’évaluer le volume de la commande publique que ses effets d’entraînement sur l’économie nationale et ses acteurs, soit au profit d’entreprises françaises soit de filiales ou établissements situés en France de groupes internationaux. Exclus des négociations du GATT en 1947, puis ouverts progressivement à la concurrence internationale (au-delà de l’Union européenne), les marchés publics restent marqués par des règles assez protectionnistes. De fait, la commande publique exerce des effets puissants sur les économies domestiques, leur contenu en importation étant faible. Elle profite massivement à des acteurs nationaux ou à des acteurs internationaux mais qui opèrent à travers des entités localisées en France. Les auteurs expliquent que « la France figure parmi les pays européens où les entreprises étrangères se voient attribuer une proportion relativement faible de marchés publics (14 % en tenant compte des marchés directs et indirects, contre 23 % pour l’Union européenne, 17 % pour l’Allemagne ou encore 24 % pour le Royaume? Uni). ».

Les auteurs font néanmoins remarquer qu’entre 2005 et 2014, la part des importations de la commande publique en France a augmenté de 6,5 à 8,2 %. Cette augmentation est plus forte que l’augmentation globale des importations dans le PIB sur la même période en France. Ceci s’avère ainsi assez préoccupant même si cette évolution nous amène à un taux d’import proche de celui d’autres pays comme l’Allemagne. C’est en revanche le double de grands pays comme les États-Unis ou la Chine dont nous étions plus proches au début du XXIe siècle, notamment grâce aux spécificités sectorielles de notre économie et du poids des entreprises françaises spécialisées dans les marchés publics ou les délégations (BTP, énergie, eau, déchets, transports…). 

 

Contact : Nicolas Portier (n.portier@adcf.asso.fr)

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