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Retours d’expérience

Sologne des Rivières (41) : « Le point de départ pour attirer les entreprises, c’est de former les jeunes du territoire pour créer la main d’œuvre de demain »

Alexandre Avril est le président de la communauté de communes Sologne des Rivières. Pour la série « Au cœur de la relance », il nous détaille le projet d’école de production en développement sur le territoire. En partenariat avec les entreprises locales, cette école va permettre de former de la main d’œuvre spécifique sur le territoire. Son ouverture est prévue pour septembre.

 

Entretien réalisé le 02 juin 2021

 

- La mise en place du projet -

Comment s’est mis en place le programme Territoires d’industrie sur votre territoire ?

Je suis élu en juillet 2020 et Territoires d’industrie a été mis en place en 2018. Le déploiement que l’on a sur le territoire est un contrat entre l’État, la région et deux communautés de communes : Romorantin et Sologne. Pendant deux ans, les choses se sont mises en place et quand nous sommes arrivés, il n’y avait pas eu d’avancée majeure. 

 

Quelles étaient vos attentes ?

Ce que j’ai trouvé intéressant avec Territoires d’industrie, c’est la possibilité de mettre tous les acteurs autour de la table : l’État, la région, les collectivités, la DDT, la Banque des territoires, la banque publique d’investissement et Pôle emploi. 

 

Comment fonctionnez-vous ?

Nous avons un comité de pilotage régulier avec tous les acteurs. Il nous permet d’aborder les sujets de manière transversale et nous fait gagner beaucoup de temps. Je l’ai constaté car des dossiers nécessitaient d’avoir plusieurs de ces acteurs réunis autour de la table et cela a permis de faire avancer pas mal de chose. Il n’y a pas vraiment d’enveloppe fléchée, ce programme est plus une priorité dans les projets. Donc pour moi, le vrai gain c’est de pouvoir avoir tout le monde autour de la table, de simplifier et accélérer le partage d’informations entre les acteurs. 

 

 

- Le projet du territoire -

Grâce à Territoires d’industrie, vous avez pu mettre en place un projet majeur, une école de production. Quelle est l’origine du projet ? 

La région Centre-Val de Loire ne dispose d’aucune école de production. Il y avait un vieux projet, qui datait de plusieurs années, donc j’ai rencontré les porteurs de projet. J’ai tout de suite adhéré à la démarche et j’ai décidé de mettre toute mon énergie pour les y aider. Cette école va s’installer à Salbris. C’est une école des métiers de l’industrie qui fonctionne comme une école-entreprise. Elle sera un sous-traitant d’entreprises locales pour la production de pièces. Une école dont la formation est gratuite : 1/3 de temps pour la formation théorique et 2/3 de temps en atelier sur des machines réelles où les étudiants travaillent sur des commandes concrètes vendues aux entreprises locales.

 

Quel est l’objectif de ce projet ?

C’est la première école de production de la région qui s’installe dans un territoire désindustrialisé. Grâce à elle, il va se réindustrialiser. Ça commence par l’apprentissage et la formation. On n’attire pas les entreprises si on ne peut pas former les jeunes qui sont là et s’il n’y a pas de main d’œuvre sur le territoire, c’est le point de départ. 

 

Quels seront les métiers enseignés ? Pourquoi ?

Nous sommes dans un territoire industriel qui s’est développé par l’industrie aéronautique et de défense. Les grandes enseignes sont parties mais ont laissé sur place pas mal de sous-traitants, notamment dans le domaine de la mécanique de précision. Donc l’école de production va se concentrer au niveau CAP et bac pro sur les métiers de tourneur, fraiseur, soudeur et éventuellement mécanicien moteur. Nous sommes sur des professions précises, très recherchées par les entreprises et qui participent à l’attractivité du territoire. Je fais le constat que quand on souhaite attirer des entreprises, la première question qui se pose n’est pas celle du terrain, de la taxe foncière ou de la zone franche mais surtout celle de la main d’œuvre locale. Donc nous avons besoin de former nos jeunes gens à ces métiers précis pour leur assurer un emploi à la sortie de l’école de production et ainsi les garder sur le territoire. 

 

Les entreprises sont vos partenaires dans ce projet ?

Oui, les industries locales vont prendre l’école comme sous-traitant et en partie financer l’école par le fléchage de la taxe d’apprentissage. Elles vont pouvoir embaucher les jeunes à leur sortie de l’école. Donc c’est vraiment un partenariat gagnant pour les entreprises qui trouvent une main d’œuvre formée sur leurs machines et leurs commandes. C’est également gagnant pour les jeunes qui ont une formation gratuite, sur place, diplômante, qui assure un emploi. Et pour le territoire, car cela va permettre de fixer les entreprises et d’en attirer de nouvelles. 

 

Vous avez dû faire un diagnostic territorial pour construire ce projet, quelles ont été les étapes ?

À la suite de mon élection, j’ai fait sur plusieurs semaines une tournée des industries. Je suis allé voir chaque chef d’entreprise pour faire connaissance, visiter les usines et identifier leurs besoins. Ils sont assez variés : certains en termes de recrutement, de voirie aussi, d’assainissement, de fibre. Ce sont des questions auxquelles le maire répond. Mais, je pense que le président de communauté de communes a plus un rôle de mise en relation des entreprises entre elles. Il faut jouer le rôle de facilitateur pour les projets transversaux. Donc cette tournée a permis de mettre en relation des entreprises : certaines avaient des besoins que d’autres pouvaient résoudre. Donc on les a mises en relation. Par la même occasion, je les ai sensibilisés sur l’école de production. Je leur ai demandé, et elles ont toutes joué le jeu, de s’engager à flécher la part de la taxe d’apprentissage qu’ils peuvent déployer sur des pôles précis, de manière à ce que les industries locales cofinancent l’école de production. 

 

Où vont être situés les locaux ?

L’école va s’installer sur le Technoparc de Salbris, dans l’ancienne usine Matra. C’était une usine phare du développement industriel de Salbris, comptant jusqu’à 700 salariés. Elle a fermé lors de la restructuration de MBDA, intégré dans Airbus. Ils ont fermé le site de Salbris pour celui de Bourges, ce qui a été une catastrophe ici, dont on a eu du mal à se remettre. La ville est toujours propriétaire des locaux. Nous allons réhabiliter le bâtiment principal qui fait 5 000 mètres carrés. J’y tenais sur le plan symbolique. 

 

L’ouverture est prévue pour quand ?

Pour septembre. Depuis le mois de janvier, nous faisons la tournée des classes pour expliquer aux élèves et à leur famille le projet. L’idée c’est de monter progressivement en puissance. D’abord une première classe de 12 élèves pour septembre. Ils sont déjà identifiés, ce sont des salbrisiens. Le premier maitre d’apprentissage est recruté et le recrutement du deuxième est en cours. Puis, nous sommes allés, avec l’association qui porte le projet, voir des entreprises au-delà de Salbris. Nous souhaitons qu’elles puissent aussi passer des commandes. C’est le cas du domaine de Chambord qui va commander des pièces (poignées de porte et serrures) et du zoo de Beauval. D’autres entreprises du Loir-et-Cher ont accepté de prendre nos jeunes en stage.

 

Comment pourrait évoluer le projet à l’avenir ? 

Pourquoi pas monter un internat plus tard pour attirer d’autres jeunes gens. Nous avons également un circuit international de karting, une école de karting au collège privé de Salbris, donc il nous parait intéressant, si l’école se développe bien, d’intégrer les métiers de mécaniciens moteurs. Mais là on parle de 2026.

 

Quels autres projets développez-vous sur votre territoire en lien avec le plan de relance et Territoires d’industrie ? 

Des entreprises souhaitent relocaliser une partie de leur sous-traitance. Ils se rendent compte que sur le plan du modèle de rentabilité ça peut être très intéressant puisque les coûts cachés de la mondialisation sont en train de se faire connaitre pour les transports, les délais et l’espionnage industriel. Notamment pour les industries de pointe. Tout calcul fait, produire en France ne serait pas beaucoup plus cher qu’en Chine. De plus, l’entreprise aurait la main sur sa technologie, ses délais et pourrait faire davantage d’intégration verticale de son groupe. Donc, tout ça va dans une démarche de relocalisation des emplois industriels. C’est particulièrement intéressant pour les territoires comme le nôtre qui sont à deux heures de Paris, mais bien moins cher que ce soit sur le foncier, la CFE, les impôts… Et bénéficient de routes, de trains, etc. Je suis convaincu que la réindustrialisation est possible dans des territoires intermédiaires comme le nôtre. Le modèle ultra métropolitain a pris du plomb dans l’aile depuis un an. 

 

 

- Les éléments à retenir - 

Quel est le coût de cette école ? D’où viennent les financements ?

Les entreprises participent à un tiers grâce à la taxe d’apprentissage fléchée. Puis, il y a un tiers de facturation des commandes produites par les élèves et un tiers de mécénat et de soutien de la région. Car la région Centre-Val de Loire accorde 4 000 € par élève et par an pour le fonctionnement de l’école au titre de la formation professionnelle. Le coût total est d’environ 12 000 € par an par élève la scolarité. 

 

Comment allez-vous financer la réhabilitation des locaux ?

La réhabilitation se fait par un fonds de concours qui a été facilité par Territoires d’industrie, dans le cadre du plan de relance. Nous avons obtenu 700 000 € dans un premier temps, et nous en sommes à 900 000 €. La Banque des territoires, France Active et la BPI nous accompagne aussi, ça a été rendu possible notamment grâce aux comités de pilotage. Les acteurs étaient autour de la table, donc c’est plus facile de leur montrer à quel point ce projet est important pour nous. 

Ils participent à hauteur de 300 000 € de fonds propre et la ville de Salbris prend à sa charge le désamiantage du bâtiment. Au total, le projet de réhabilitation est estimé à environ 1,2 million d’euros. Et il y a aussi l’acquisition des machines avec un parc à hauteur de 1,6 million d’euros, financé à moitié par des fondations privées, notamment Total, Saint-Gobain… Qui ont déjà versé 800 000 €. Cela a permis d’acheter 12 machines. Et la région s’est engagée pour une deuxième phase de 800 000 € de machines au bout de deux ans, une fois l’école lancée. 

 

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

La complexité administrative mais bon je ne vais pas m’en plaindre car nous avons passé toutes ces étapes. Ce que je vois, c’est que nous avons un permis de construire avec des délais assez longs, des diagnostics de la DDT, de la DREAL… Ils vont permettre d’obtenir l’agrément de l’éducation nationale. Notre école a déjà le label, mais il faut un agrément pour accueillir les élèves. C’est la seconde étape. Elle est très complexe. Nous espérons l’avoir en septembre. 

 

Où en êtes-vous de l’élaboration du CRTE ? Et quelle sont vos attentes ?

Nous allons voir ce que ça donne. Moi j’observe que dans la loi de finance 2021, il n’y a rien sur ce contrat. Ici, nous avons décidé d’avoir une démarche de territoire en mutualisant notre CRTE à l’échelle du Pays de Grande Sologne. Nous allons avoir un chargé de mission en commun, et partager son salaire à trois.

 

 

 

"Au cœur de la relance" est une série de l'AdCF en partenariat avec Territoires-audacieux.fr destinée à valoriser les initiatives des intercommunalités dans le cadre de la relance, à les accompagner : interviews de président.e.s d'intercommunalités, questions/réponses techniques, échange avec une personnalité qualifiée, ...

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Contacts :

- AdCF : Sandrine GuiradoYoann JacquetFloriane Boulay

Territoires-audacieux.fr : Baptiste GapenneLéa Tramontin

 

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