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Environnement et énergie

Écologie industrielle : comment renforcer les synergies entre développement industriel et transition écologique ?

L’AdCF a récemment constitué un groupe de travail accompagnant les intercommunalités dans leurs rapprochements des Contrats de Transition Ecologique (CTE) et du programme Territoires d’industrie (TI). Celui-ci s’est réuni virtuellement le 27 avril et le 18 mai 2021. Si la première rencontre était destinée à co-construire un calendrier thématique, la seconde a permis d’aborder l’une des principales priorités des TI-CTE : l’écologie industrielle et territoriale.

De nombreuses intercommunalités mobilisent la transition écologique pour stimuler leur développement économique : boucles d’écologie industrielle et territoriale, bois et matériaux durables, hydrogène, agroalimentaire de qualité ... Un partage d’expériences ainsi qu’une méthodologie commune gagnent ainsi à se structurer pour formaliser et accompagner au mieux ces dynamiques locales, notamment dans l’objectif de bénéficier de rendements d’échelles.

De multiples synergies TI-CTE à explorer, mais dont la démarche reste à formaliser localement

Dans cette optique, l’AdCF a convié les intercommunalités engagées conjointement dans un Contrat de transition écologique (CTE) et le le programme Territoires d’industrie (TI) à se réunir en groupe de travail. La quarantaine d’intercommunalités présentes lors de la première rencontre ont choisi de travailler prioritairement sur l’écologie industrielle et l’économie circulaire, ainsi que sur la production locale d'énergies renouvelables (photovoltaïque, éolien, GNV, hydrogène vert…). En second rang, elles ont également signalé leur intérêt pour une série d’autres enjeux : contractualisation, filière bois, foncier, agroalimentaire, matériaux… Chacune de ces thématiques sera abordée, au rythme d’une session mensuelle.

En termes de méthode, Virginie Carolo-Lutrot, Première vice-présidente de l’AdCF a, durant la première réunion d’information, souligné l’importance pour les intercommunalités de trouver leur place dans l’animation territoriale des démarches Territoires d’industrie et Contrats de Transition Ecologique. Ces deux dispositifs, tout comme les Contrats de Relance et de Transition Ecologique (CRTE) en perspective, constituent une base de travail pour rapprocher ces dynamiques, sur le fondement d’un projet de territoire traduisant la stratégie globale de l’intercommunalité.

L’écologie industrielle territoriale, traduction des rapprochements TI-CTE

L’écologie industrielle territoriale a constitué la première thématique abordée par le groupe de travail. Celle-ci est plébiscitée par les acteurs TI-CTE : sur 720 projets soutenus par les fonds de soutien à l’investissement dans les territoires, 300 contribuent à la transition écologique dont plus d'une centaine liés à des projets d'économie circulaire et d'écologie industrielle. Ce succès indique, selon Benoit Mangenot, chargé de mission TI-CTE à la Délégation Territoires d’industrie, une réelle appétence, mais également une certaine maturité de ces réflexions dans les territoires. Concrètement, les intercommunalités jouent de façon croissante sur leurs différentes compétences (développement économique, déchets, mobilité etc.) pour formaliser une écologie industrielle et territoriale orientée sur la décarbonation, mais aussi axée sur les objectifs de relocalisation. Cette approche transversale et collaborative est caractéristique des Territoires d’industrie, mais aussi des démarches d’Ecologie industrielle. Ces similarités en matière d’animation de stratégie locale démontrent (et nécessitent) une importante appropriation des méthodes d’observation, de planification, et d’animation par les collectivités. Elles témoignent également de toute la pertinence de contrats aux périmètres ajustables, qui doivent permettre d’adapter au mieux les stratégies aux caractéristiques industrielles, techniques, et sociales locales.

Cette appropriation reste toutefois loin d’être uniforme au niveau national. Certains territoires, tels que la Communauté de Communes du Bassin de Pompey, explorent de longue date cette thématique.  Laurent Trogrlic, président de l’intercommunalité, a en ce sens exposé les 11 synergies (réemploi des palettes, groupements d’entreprise, optimisation des consommations d’énergies, récupération de chaleur fatale, audits croisés…) mises en place depuis 2018 sur son territoire, auxquelles s’ajoutent 8 synergies additionnelles en cours de formalisation et 5 autres en réflexion. Ces synergies ont permis de réemployer 5 tonnes de déchets, de faire économiser 20 000 euros aux 25 entreprises engagées, et de structurer une offre de services plus large faisant économiser 17 000 euros aux employés. Elles sont directement le fruit de 22 groupes de travail, et d’une animation pérenne sur le territoire, mobilisant une personne à temps plein.

D’autres territoires sont intéressés par la démarche mais restent confrontées à la question du « par où commencer ». Elles sont notamment en difficulté face à la technicité des sujets ainsi que les besoins en termes d’ingénierie, d’animation et de financement. Si le rôle de tiers de confiance de l’intercommunalité ou des associations est souvent reconnu, des inquiétudes demeurent quant au portage à long terme de la démarche, qui nécessite un modèle économique solide et une animation durable pour se maintenir.

En réponse, l’ADEME développe une offre d’accompagnement, au travers d’études de préfiguration, de financements d’animateurs ou encore d’aides à l’acquisition de petits équipements. Au quotidien, le réseau SYNAPSE aide également collectivités et porteurs de projets, avec des échanges trimestriels mais aussi des rencontres physiques (les 15 et 16 novembre prochains).

Par-delà ces différentes aides et accompagnements, ont été abordés les enjeux de gouvernance de l’écologie industrielle territoriale (EIT), ainsi que la question du périmètre « pertinent » de la démarche. L’EIT croise des périmètres administratifs (impulsion nécessaire d’une administration) et techniques (besoin d’une quantité suffisante de flux de matières), induisant une réflexion préalable sur l’échelle optimale à atteindre pour disposer de masses critiques. En ce sens, quatre intercommunalités de l’Axe Seine portent une réflexion commune sur une plateforme d’écologie industrielle à l’échelle de l’estuaire, souhaitant mettre à profiter les synergies liées aux activités industrialo-portuaires.

Cette maille territoriale se révèle ainsi adaptée pour le périmètre du territoire d’industrie (TI). Aux enjeux de périmètre s’ajoute la problématique de l’animation de la démarche, qui nécessite un portage sur le long terme, dont les opportunités de financement restent spécifiques selon les situations (parfois la Région intervient, d’autres fois l’ADEME…). Le financement et la conduite d’une démarche semblent a priori particulièrement complexes dans les territoires ruraux et peu denses pour des raisons de « volumes ».

Au demeurant, il été souligné que les ressources naturelles peuvent constituer une matière intéressante à exploiter. Par ailleurs, ces espaces ruraux et de faible densité peuvent valoriser leur complémentarité vis-à-vis des espaces urbains, qui génèrent des flux différents mais sont en attente de flux matière ou énergie (transports publics au biogaz par exemple). Enfin, un point de vigilance doit être souligné quant à la qualité du diagnostic préalable au lancement d’une démarche d’EIT. Cette pratique est à encourager afin d’intégrer au mieux l’ensemble des actions de la collectivité dans la dynamique d’EIT et s’assurer de leur bonne articulation.

Contacts :

Lucas Chevrier (l.chevrier@adcf.asso.fr) & Anaëlle Contrepois (a.contrepois@adcf.asso.fr)

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