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Retours d’expérience

Grand-Orly Seine Bièvre (94) : « Raccourcir les circuits pour parler aux entreprises et développer des projets qui ont du sens »

Michel Leprêtre est président de l’intercommunalité Grand-Orly Seine Bièvre (94). Pour la série « Au cœur de la relance », il explique comme son territoire est très impliqué dans le maintien des activités productives et industrielle en ville. Les élus locaux, les acteurs économiques et les services de l’État tiennent à conjuguer cette politique avec la transition écologique et des objectifs sociaux de création d’emploi.

 

- La mise en place du projet - 

Quelle est l’évolution des activités productives sur votre territoire ?

J’ai l’honneur de présider un territoire qui a une très forte histoire industrielle. Nous sommes en banlieue parisienne avec un grand secteur de production métallurgique et chimique. Au fil des années, toutes ces productions ont connu beaucoup de fermetures d’entreprises, d’arrêts d’activité, de suppressions de production de marchandises. Le territoire s’est trouvé foncièrement à la tête de millions de mètres carrés disponibles. Il y a toujours de l’activité mais elle n’est plus de même nature, de même importance ni de même ambition. 

 

Quallez-vous faire de cet immobilier productif vide ?

Nous avons noté un fait : il y a environ trois millions de mètres carrés disponibles foncièrement sur le territoire. Dans le même temps, il y a des besoins d’espaces disponibles en métropole pour recréer de l’activité économique. J’ai demandé aux services du territoire de se rapprocher de ces acteurs économiques. La perspective est de redévelopper de l’activité économique et industrielle. Nous pouvons répondre à des besoins. Quand, lors de la première étape de la crise sanitaire, le président évoque le fait qu’il faut retrouver des capacités de production sur le territoire national, ça montre bien que cette question existe, qu’elle est prégnante et qu’il faut prendre des initiatives pour trouver des solutions. Mon territoire offre trois millions de mètres carrés, une histoire forte et un potentiel humain. Le taux de chômage est très élevé. Plus élevé encore que les territoires à proximité. Il est nécessaire d’aller plus loin pour que ces trois thématiques se rencontrent. Nous avons donc élaboré une charte avec les acteurs économiques, les autorités de l’État et les Chambres de commerce et d’industrie pour travailler cette question du développement industriel. 

 

Quel est le résultat de ce travail ? Comment y êtes-vous parvenu ?

Le premier ministre a annoncé une politique nationale pour appuyer les volontés de recréer les territoires d’industrie productive. Nous nous sommes sentis très à l’aise car nous étions partis avant l’heure. Petit à petit, nous avons structuré un travail, des analyses, nous avons zoomé sur des terrains, des attentes d’acteurs économiques, du potentiel humain… Au final, nous avons créé des fiches actions. Plus de 60 dans un premier temps, pour apporter des réponses sur les territoires d’industries.

 

Comment réussissez-vous à articuler ces projets avec la crise sanitaire ?

Évidemment avec la crise sanitaire, les choses sont impactées. Nous le sommes notamment par l’arrêt à plus de 60% de l’activité aéroportuaire. Notre territoire c’est l’aéroport d’Orly et le marché international de Rungis. Deux activités ralenties, voire très ralenties. Mais nous maintenons le cap de travailler nos objectifs. Après, l’impact de la période que nous vivons est complexe. Il ne complexifie pas seulement le fait que les réunions se tiennent à distance. 

 

Sur les trois millions de mètres carrés disponible sur votre territoire, avez-vous déjà commencé à accueillir des entreprises ?

Après la remise en place du territoire en juillet 2020, nous avons un mandat de six ans avec l’obligation d’élaborer un PLUI. Nous travaillons à sanctuariser des morceaux de territoire qui soient dévolus à l’activité économique. Des réponses ont déjà été apportées, des acteurs économiques ont retrouvé de la place. Par exemple, il y a quelques semaines, j’ai signé un terrain à un acteur économique. Il crée un hôtel d’entreprises. Hier, je réfléchissais avec d’autres acteurs à créer une unité de production d’hydrogène, de nouveaux outils de production énergétique et notamment de la vapeur à partir de la récupération de bois. 

 

Quels sont les critères pour simplanter sur le territoire ? Vous allez privilégier un secteur activité 

C’est évident qu’il y a beaucoup d’intérêts en liaison avec l’aéroportuaire et le marché de Rungis. Des élus portent un projet de cité de la gastronomie qui peut être un outil de formation, de production et de valorisation de la richesse française en matière de production alimentaire. Le territoire est très vaste, je ne me vois pas faire une vallée de tel ou tel secteur d’activités. Nous devons être dans une diversité qui réponde à des besoins pour la France. Car nous faisons beaucoup appel aux importations. Récemment, je ne sais pas si ça aboutira, j’ai reçu des acteurs qui s’intéressent à la production de voiture électrique. L’idée nous vient d’ailleurs mais je ne dis pas non à priori. Et pour dire oui, c’est une décision commune avec le maire de la commune notamment. Il faut travailler la question du lien contraint, l’implantation doit apporter des emplois aux populations du territoire.

 

 

- Le projet du territoire - 

Vous avez choisi de coupler ce travail de redynamisation industrielle avec la transition écologique. Pourquoi et de quelle manière ?

Nous avons signé Territoires d’industrie en mars 2019 et notre contrat de transition écologique en février 2020. Nous avons greffé les deux volontés politique pour que demain les projets que nous portons et que nous développons soient vertueux en matière de transition écologique et de respect de la planète. Le calendrier est construit de manière ambitieuse depuis de longs mois. Par exemple, nous sommes en zone urbaine dense, en région parisienne. Mais aujourd’hui, nous travaillons pour que le développement industriel soit aussi porté par un tissu urbain capable de faire autre chose que des boîtes à sardine. Un tissu urbain qui puisse imaginer la densité industrielle. Pour cela, nous avons lancé une consultation avec divers architectes et urbanistes pour imaginer les futurs éléments architecturaux, pour accueillir de l’activité économique productive et même de l’activité productive lourde. Je n’idéalise rien. Nous avons cet objectif de travail. Le deuxième aspect est à l’autre bout de la chaîne. Nous sommes un territoire très populaire. Nous travaillons à rapprocher les demandeurs d’emplois des quartiers à des potentiels emplois qui existent ou qui sont déjà en attente. Nous avons imaginé un concept : « vitrine de l’emploi ». Il s’agit de montrer tous les emplois présents sur le territoire en sortant de leur simple intitulé. Il faut les décrire, expliquer les formations nécessaires, la réponse sociale en matière de salaire, etc. Je vois au quotidien les effets de la crise sanitaire dans une ville populaire. La situation sociale se dégrade et la clé est de redonner de l’emploi et de l’activité économique. 

Mais je reste très enthousiaste. Nous réunissons dans la même salle les directions d’entreprises telles qu’Air France, Aéroports de Paris, Sanofi… Le tout avec des élus. Il s’agit ici de raccourcir les circuits pour se parler et développer des projets qui ont du sens. J’y crois et je pense que nous n’avons pas le choix. Si nous ne nous en occupons pas, ce territoire va continuer de se développer mais de manière anarchique. Sans cohérence, sans réflexion territoriale tel que nous avons besoin de le faire. 

 

Concrètement comment Territoires dindustrie et le contrat de transition écologique coïncident ?

Les équipes du territoire qui travaillent sur la définition des fiches actions traitent les deux questions. Il y a autant les services développement économique, formation, insertion que les services qui travaillent sur les questions de la transition écologique. La contrainte est portée de double manière. Nous avons une sorte de tamis où l’on dit si c’est vertueux ou si ça ne l’est pas, et si c’est vertueux, on travaille à développer le projet. 

 

Comment faire lorsque le projet nest pas vertueux ? 

Il n’y aura pas d’accompagnement du territoire. Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’acteurs qui essaient de détourner les objectifs. Il y a toujours des gens mal intentionnés. Mais je crois que même du côté des acteurs économiques, il y a cette attente. Ils veulent pouvoir se dire : « Je suis intégré dans la ville, je veux la respecter. Je travaille avec des populations qui ont besoin de réponses donc je respecte et j’y travaille ». Ils travaillent de manière ambitieuse. 

 

Comment intégrez-vous ce projet avec le plan de relance ? 

Dès le début, j’ai eu l’occasion de rencontrer le préfet du Val de Marne qui est aussi le préfet du territoire car il touche une partie du Val de Marne et de l’Essonne. Ensemble, nous avons acté la mise en place d’une gouvernance commune avec les services de l’État et les acteurs économiques sur ce double pilotage du contrat de transition écologique et Territoires d’Industrie. Nous l’actons d’autant plus car nous portons nos fiches actions dans le cadre du plan de relance. Il est divisé en segments en fonction des problématiques d’énergie, de production, des réponses aux questions de l’eau, etc. Nous actionnons nos dispositifs pour les mettre en cohérence avec le plan de relance. Nous avons déjà des réponses positives. Par exemple, la création d’une unité de réparation de moteurs d’avion avec Air France qui peut aussi créer des emplois. 

 

Vous accordez aussi de limportance aux transitions collectives, comment ?

Ce sont des impulsions gouvernementales. L’idée est de capter des potentiels chômeurs de demain et de pouvoir les repositionner dans telle ou telle autre activité. En fonction du savoir et des compétences des personnes, il peut y avoir des transitions et nous pouvons accompagner les gens vers de nouveaux emplois dans d’autres entreprises. Je suis très prudent à titre personnel. J’ai demandé à ce qu’on ne soit pas accompagnateur et incitateur de plans sociaux. Par contre, quand il y a des décisions prises, que je peux regretter pour un certain nombre, nous ne devons pas laisser les hommes et les femmes dans le désarroi si nous pouvons les aider. En ne nous substituant pas à pôle emploi, pour lequel j’ai un profond respect du travail porté par ses agents. 

 

 

- Les éléments à retenir – 

Comment mettez-vous en place le CRTE sur votre territoire ?

Je ne vais pas inventer des scénarios différents en fonction de l’interprétation qui en est faite. Nous avons une petite difficulté. Nous ne sommes pas un EPCI à fiscalité propre. Le seul EPCI qui réintègre notre territoire c’est la Métropole du Grand Paris. C’est un grand sujet de débat politique. C’est une problématique car la gestion des dossiers de terrain est renvoyée au sein de la Métropole. Nous continuons notre travail, à consolider nos dossiers, nos projets et nos objectifs partagés avec les acteurs économiques notamment. Nous verrons les réponses apportées. Je me fais fort d’être le défenseur de ces sujets car ils ne sont pas imaginés par le territoire, ils sont validés par les acteurs économiques et les services de l’État préfectoraux. Donc nous portons ça dans le cadre du CRTE comme dans d’autres cadres. Par ailleurs, nous sommes aussi en construction du Contrat de plan État-Région. Nous portons des sujets liés au développement économique et environnemental. 

 

Comment financez-vous les projets qui entrent dans le cadre de Territoires dindustrie et du contrat de transition écologique ? 

Il y a des apports financiers du territoire dans le cadre de nos ressources. Elles nous viennent de subventions, parfois d’accompagnements par des acteurs économiques, du fond de compensation de charges territoriales. Nous avons un collectif d’homme et de femme qui travaillent et additionnent des équipes compétentes qui viennent d’anciennes agglomérations qui composent le territoire. Les moyens humains sont conséquents. Une soixantaine d’agents travaillent sur ces problématiques du développement économique, de l’emploi et de la transition écologique. Cette addition est une force de frappe pour aller chercher des partenariats et des subventions. Sur certains dossiers, nous avons des fonds Feder, des fonds européens qui nous aident à construire nos projets. 

 

Quelles difficultés rencontrez-vous sur lalliance de lindustrialisation et de la transition écologique, en dehors de la crise sanitaire ? 

J’en identifierai deux. Il faut être convaincant : le foncier disponible ne doit pas être considéré comme perdu pour l’activité économique. Il faut qu’il soit préservé et sanctuarisé. Non pas pour être contraignant mais pour ne pas gâcher du potentiel. Il est plus facile de construire des logements que de faire venir de l’activité économique. 

Et la deuxième difficulté, qui est la plus complexe, c’est la problématique de la compétence et de la qualification. Dans les grands quartiers populaires de nos territoires, nous avons un décalage énorme de compétences. Pour citer un exemple, dans le territoire que je préside, il n’y a pas une entreprise où il ne faut pas au minimum être bilingue. C’est logique, sauf que tout cela ne s’improvise pas. Il faut que les jeunes passent par cet objectif de formation à minima : avoir dans une poche son diplôme d’anglais et dans l’autre son permis de conduire. Il faut travailler ces questions-là. Nous le faisons, c’est une étape supplémentaire que nous avons ajouté à notre cahier de charges : travailler en proximité avec les outils de formation public, privé et associatif pour essayer d’être pertinent. 

 

Propos recueillis par Léa Tramontin

 
 

 

"Au cœur de la relance" est une série de l'AdCF en partenariat avec Territoires-audacieux.fr destinée à valoriser les initiatives des intercommunalités dans le cadre de la relance, à les accompagner : interviews de président.e.s d'intercommunalités, questions/réponses techniques, échange avec une personnalité qualifiée, ...

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Contacts :

- AdCF : Sandrine GuiradoYoann JacquetFloriane Boulay

Territoires-audacieux.fr : Baptiste GapenneLéa Tramontin

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