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Retours d’expérience

La CoVe (84) : « La transition écologique est un bon levier pour toucher les citoyens et les acteurs socio-économiques »

Jacqueline Bouyac est présidente de la Communauté d'agglomération Ventoux Comtat Venaissin (84). Pour la série « Au coeur de la relance », elle revient sur la manière dont son territoire souhaite lier relance et transition écologique. Elle nous parle notamment du dispositif SARE : un lieu ressource dédié à l’information et à l’accompagnement sur la rénovation énergétique pour les habitants et les entreprises.

 

- Mise en place -

Comment votre territoire a-t-il traversé l'année de crise qui vient de se dérouler ? 

Notre territoire est situé entre les Dentelles de Montmirail, le Mont–Ventoux et les Monts de Vaucluse à proximité de l’axe Rhodanien et berceau de Grands Cru du nom de Gigondas, Vacqueyras ou Beaumes-de-Venise et de produits d’exception comme la Truffe, la Cerise et la Fraise de Carpentras… Aussi, il a une économie essentiellement orientée vers le secteur touristique,  viticole, agro-alimentaire et avec une grande majorité de TPE.  Si ces secteurs ont été impactés par l’absence des clientèles étrangères, ils ont été en partie épargnés grâce à une fréquentation régulière d’une clientèle plus nationale voire régionale en quête d’espaces naturels et d’authenticité, de produits locaux qui racontent une histoire. Mais malgré certains secteurs « plus préservés », l’économie locale a bien sur été impactée. D’un point de vue social, les indicateurs et les partenaires associatifs avec qui nous travaillons nous font remonter un accroissement de la précarité des ménages, déjà bien au-dessus de la moyenne nationale. 

 

Quelle est votre vision de la relance ? 

Ma vision de la relance est celle de l’action, du concret et du pragmatisme. Au-delà des dispositifs d’exonération dont on a beaucoup parlé, je crois que les collectivités locales doivent plus que jamais développer et renforcer l’investissement public pour soutenir les entreprises. Malgré un contexte financier contraint en 2021 notre budget d’investissement affiche 11 M€ d’investissement et un programme pluri annuel d’Investissement 2020-2024 de 37 M €.  Sur un territoire où le secteur du BTP est très représenté, cela signifie des marchés et des chantiers qui peuvent être décisifs pour la survie des entreprises, souvent très petites. Enfin, je pense qu’il faut mettre en place des mesures de soutien d’urgence mais aussi des actions à moyen terme. C’est pourquoi au-delà du plan de relance économique de 450 000 € voté en septembre dernier par les élus communautaires, nous comptons sur les actions du Plan Climat Air Energie Territorial. 

 

Pourquoi vouloir miser sur la transition écologique sur votre territoire ? 

Notre territoire a un atout formidable : ses espaces naturels, son patrimoine, ses « labels ». Il regroupe 1 Réserve de Biosphère de l’Unesco, 3 zones Natura 2000, 5 Zones naturelles d’Intérêt Ecologique, faunistique et floristique, bénéficie du Label Pays d’Art et d’Histoire et de l’attractivité d’un tout récent Parc Naturel Régional, celui du Mont-Ventoux, dont je suis la Présidente. Notre intercommunalité a donc déjà une longue histoire avec le développement durable, bien avant que les textes règlementaires ne l’imposent : Certification ISO 14 001 de notre hôtel de communauté en 2008, Engagement d’un Plan Climat Energie Territorial en 2013, signature d’un Contrat de Transition Ecologique en janvier 2020, adoption du Plan Climat Air Energie Territorial en février 2020 et enfin d’un Contrat d’Objectif Territorial en janvier de cette année. Ces différents dispositifs nous ont permis d’identifier que la transition écologique se situait à la croisée d’enjeux forts sur notre territoire comme le tourisme durable, la mobilité, l’habitat, l’économie, la gestion des déchets… et qu’elle nous permettait d’agir sur deux niveaux : celui des acteurs socio-économiques et celui des citoyens.

 

Avez-vous entamé des démarches afin de signer un CRTE ? 

La CoVe fait déjà partie, depuis début 2020, des 61 premiers territoires au niveau national à avoir signé un Contrat de Transition Ecologique (CTE). Le CRTE s’inscrit donc la continuité de ce contrat en cours d’exécution autour de 11 actions et avec près de 30 partenaires publics et privés.

 

 

Les initiatives -

Quelles sont les actions qui vont être développées dans le cadre de la relance ?

Nous avons quelques actions phares spécifiques à notre territoire. Sur l’amélioration de l’habitat, nous avonsavec un objectif de 1000 logements rénovés par an pour atteindre 1/3 du parc d’ici 10 ans. Nous avons un engagement financier fort dans un Service d’Accompagnement à la Rénovation Energétique (SARE) sur notre territoire. Sur le développement des énergies renouvelables, 1, 9M € de travaux et d’études sont prévus pour la réalisation d’équipements en photovoltaïque et l’engagement dans un projet territorial d’unité de méthanisation qui représente aussi une opportunité  sur la thématique de la gestion des déchets, de l’eau et de l’assainissement, du développement économique. Enfin, sur l’aménagement durable et la végétalisation, nous accompagnons les communes pour lutter contre les îlots de chaleur grâce à l’élaboration d’un guide et à la mise à disposition d’un fond de soutien ciblé (d’acquisition de végétaux) pour soutenir la filière horticole locale. Nous avons la chance d’avoir  sur notre territoire un Marché Horticole et Pépinières qui fait référence dans le grand Sud et qui rassemble plus de 50 producteurs/vendeurs locaux. 

 

Vous avez aussi plusieurs initiatives à destination des agriculteurs ?

Le secteur agricole est très présent sur notre territoire. Nous réalisons une étude « Clim’Agri » pour accompagner les agriculteurs dans la transition énergétique et aboutir à un plan d’action concret dès septembre 2021.

 

Et vous êtes une région touristique…

Nous souhaitons nous engager pour le développement d’un tourisme durable. Nous avons pris, en 2020, la compétence de gestion des Stations du Mont-Ventoux (stations de ski de basse altitude) et nous conduisons un vaste programme de diversification des activités pour garantir leur fiabilité économique et leur pérennitéface à l’évolution climatique et à l’absence de neige.  Un plan d’action de 1,8 M € sur 2021 permettra d’entamer la mutation de cet espace emblématique pour faire un pôle d'activités et d'expériences de pleine nature d'altitude, toutes saisons.

 

Comment toucher à la fois les entreprises et les citoyens ? 

Je pense que la transition écologique est un bon levier pour toucher les deux publics : Le SARE en est une illustration concrète. Ce dispositif permet à la fois d’aider les occupants à rénover leur logement et de réduire la précarité énergétique mais aussi aux entreprises locales d’acquérir les certifications nécessaires et de se positionner sur un volume conséquent de chantiers de rénovation. Nous mobilisons également les acteurs du territoire et les citoyens autour de projets de photovoltaïque. Cela nous mène aujourd’hui, par exemple, à la création d’un budget annexe pour porter les investissements photovoltaïques (à hauteur de 800 000 €/an) et à réfléchir à une structure autonome pour porter les projets de transition énergétique y compris pour des initiatives citoyennes.

 

Qu'est ce que le dispositif Sare ? 

C’est un lieu ressource dédié à l’information et à l’accompagnement sur la rénovation énergétique pour les habitants et les entreprises. Il permet à la fois d’aider les occupants à rénover leur logement et de réduire la précarité énergétique mais aussi aux entreprises locales d’acquérir les certifications nécessaires et de se positionner sur un volume conséquent de chantiers de rénovation. Ce dispositif répond ainsi à un enjeu identifié sur notre territoire de vétusté du parc de logement et de précarité énergétique des ménages qui en découle. Notre objectif est qu’il ait informé ou accompagné d’ici un an 6000 ménages dans leur concrétisation de projet de rénovation.

 

Pouvez-vous nous parler des six projets de photovoltaïque ? 

Nous avons des objectifs ambitieux de développement du photovoltaïque dans le cadre de notre Plan Climat Air Energie Territorial. Nous souhaitons passer à 38% d’énergie renouvelable en 2030 et à 110 % en 2050 pour devenir un territoire à énergie positive. Une étude préalable conduite en 2020 a permis d’identifier 11 projets « viables »  d’installation de panneaux photovoltaïques sur des bâtiments publics.  Nous l’avons conduite dans le cadre d’un groupement de commande avec 15 de nos 25 communes membres. Pour notre patrimoine « CoVe » nous avons identifié pour 2021 6 toitures sur des sites de différente nature et  répartis sur le territoire. Ils concernent une Halle florale de notre marché Horticole et Pépinière),  deux de nos écoles intercommunales, le siège de notre communauté d’agglomération (en auto consommation), un bâtiment situé sur notre plateforme de compostage, notre aérodrome intercommunal  et une de nos crèches intercommunale. Cinq autres projets ont été planifiés pour 2022 et 2023 en régie ou sous la forme de centrale citoyenne. L’ensemble  pourra produire annuellement 1 886 MWh, 

 

 

Éléments à retenir - 

Combien vont coûter ces différentes initiatives ?

Notre plan de relance économique mobilise un budget de 450 000 euros. Mais les sommes mobilisées pour la transition écologique fléchées sur des budgets distincts s’élèvent pour l’année 2021 à près de 3 millions d’euros pour 2021.

 

Comment allez-vous les financer ? 

Pour le photovoltaïque nous avons créé un budget annexe et une régie avec autonomie financière. Ce budget annexe permettra, comme nous le faisons déjà pour les parcs d’activité économiques, de porter les projets d’investissement  de photovoltaïque en maîtrise d’ouvrage CoVe sur nos bâtiments. 

Pour le SARE, le dispositif est financé à 50 % sur les Certificats d’Economie d’Energie (CEE). Pour les investissements sur la reconversion des stations du Mont-Ventoux, outre les fonds de la CoVe, nous avons mobilisé les crédits du CRET Ventoux, des aides du département de Vaucluse et répondu à l’appel à Projet « Montagne » du Plan de Relance.

 

Le plan de relance va-t-il faciliter le financement ? 

Oui, en partie. Mais il nous faut nous assurer que notre capacité d’action ne pas dépendante des crédits du plan de relance. Ils auront un terme et nous devons garantir une pérennité des actions à moyen terme. 

 

Avez-vous rencontré des difficultés particulières ces derniers mois ?

La difficulté est  dans la lisibilité et la temporalité des différents dispositifs, appels à projet, contrats qui se superposent. Et à l’investissement qu’ils nécessitent de nos services pour les déchiffrer, à la réactivité qu’ils impliquent dans la décision politique pour pouvoir  se positionner dans des délais extrêmement contraints.

 

 

Propos recueillis par Baptiste Gapenne

 
 

 

"Au cœur de la relance" est une série de l'AdCF en partenariat avec Territoires-audacieux.fr destinée à valoriser les initiatives des intercommunalités dans le cadre de la relance, à les accompagner : interviews de président.e.s d'intercommunalités, questions/réponses techniques, échange avec une personnalité qualifiée, ...

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Contacts :

- AdCF : Sandrine GuiradoYoann JacquetFloriane Boulay

Territoires-audacieux.fr : Baptiste GapenneLéa Tramontin

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