Thématiques

Transports et mobilité

Somme Sud-Ouest (80) : « Transformer 50 bus scolaires en véhicules hydrogène »

Alain Desfosses, est le président de la Communauté de communes Somme Sud-Ouest (80). Pour la série « Au coeur de la relance », il revient l’ambition de son territoire de se positionner sur la thématique de l’hydrogène vert. Il souhaite aussi, avec la relance, accélérer des projets liés à l’alimentation et à l’isolation des bâtiments.

 

- La mise en place du projet -

Quelle est l’origine du projet d’hydrogène vert sur votre territoire ? 

Notre Communauté de communes, c’est 119 communes, 40 00 habitants, 55 cantons ruraux, issus de la fusion de trois Communautés de communes. C’est un long cheminement. Depuis 2017, les élus se sont posés la question de savoir quel pouvait être notre modèle de développement. Du fait de notre zone très rurale, nous avons beaucoup de terrains agricoles, mais aussi des éoliennes. Nous avons donc fait le choix de nous appuyer sur ce que nous avions. Il s’agit de développer l’agriculture, si possible durable et de proximité. L’agriculture c’est de la production mais aussi des matériaux bio-sourcés. Nous pouvons utiliser la méthanisation, la pyrogazéification et les éoliennes. Pourquoi pas transformer cette énergie électrique en hydrogène ? C’est la démarche de la Communauté de communes.

 

Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Nous avons répondu à l’appel à projet du 15 mars auprès de l’ADEME. Des entreprises sont intéressées par le principe de transformer par hydrolyse l’électricité en hydrogène. Nous avons également un distributeur prêt à venir sur le territoire pour distribuer l’hydrogène. Enfin, nous avons des collectivités prêtes à s’engager et donc à acheter des véhicules hydrogènes. La Communauté de communes gère 50 bus pour le transport scolaire. Nous souhaitons les transformer en véhicule hydrogène. Nous avons également deux centres d’enfouissement des déchets ménagers.  Nous prenons l’engagement d’acheter des bennes à ordure ménagères à l’hydrogène. La ville d’Amiens et le département de la Somme s’engagent également à acheter des véhicules hydrogènes, ainsi que des entreprises de travaux publics. 

 

Est-ce que le plan de relance accélère ce type de projet ? 

Oui car le projet de l’ADEME est de faire le recensement des besoins en véhicules. Ainsi, les personnes qui achèteront un véhicule à hydrogène seront subventionnées par le plan de relance. Puis, une fois le recensement fait, l’ADEME ira voir les constructeurs avec ces chiffres pour les inciter à mettre les chaines de distribution en marche et diminuer le coût de ces véhicules. C’est tellement dispersé que les véhicules coûtent très cher. Demain, si vous transformez 100 bus, ça va intéresser les usines de fabrication. 

 

Quand les bus pourront-ils circuler à l’hydrogène sur votre territoire ? 

Le projet est de transformer l’électricité en hydrogène à partir de 2023. Nous n’avons pas des bus de ville mais plutôt des autocars, donc aujourd’hui ce sont les débuts. Le but c’est d’intéresser les constructeurs. 

 

Avez-vous défini d’autres usages ? 

Il y a les véhicules, mais aussi les groupes électrogènes, et éventuellement aussi le transport ferroviaire hydrogène. On peut tout imaginer. Ce qu’il faut, c’est trouver le débouché pour diminuer le coût de fabrication de l’hydrogène et des véhicules. 

 

Quels acteurs sont impliqués dans ce projet ? 

Le pôle énergie, c’est une émanation de la région qui consiste à trouver des sujets innovants. Cet appel à projet nous l’avons déposé avec eux car ce sont des spécialistes, des ingénieurs qui connaissent bien ce genre de projet. Le département de la Somme aussi. L’Aduga, l’agence d’urbanisme du grand Amiénois. Et bien évidemment les services de l’État. 

 

Vous avez inclus les citoyens ? Quels sont les retours ? 

L’hydrogène c’est un peu complexe. Évidemment on en parle, ça intéresse tout le monde donc nous essayons de les inciter à aller se renseigner sur ce que c’est via des vidéos Youtube. Dans le cadre de notre plan d’alimentation territorial par contre, les habitants mais aussi les agriculteurs et des associations sont sollicités. Ils travaillent ensemble pour de nouvelles idées. 

 

 

- Le projet du territoire - 

Ce plan d’alimentation territorial a-t-il été réalisé avant la pandémie ?

Oui, c’est le résultat d’un constat. Nous nous apprêtions à signer notre second plan local de santé. À ce titre, nous avions fait un état des lieux. Nous avons constaté que l’alimentation était un problème récurrent avec des taux d’obésité et de cholestérol assez élevés. Nous voulions inciter à mieux manger tout en découvrant de nouvelles saveurs. Nous avons cette compétence. C’est toute l’idée de ce plan. D’ailleurs le contrat local de santé est signé avec le ministère de l’Éducation Nationale qui s’engage à travailler avec nous sur l’éducation alimentaire. 

 

Ces plans s’intègrent-ils dans le plan de relance ?

Nos projets ont précédé le plan de relance et nous espérons profiter de cette dynamique pour la mise en fonctionnement de notre cuisine centrale. Les repas pourraient être réalisés en circuit court. Nous avons des compétences extrêmement larges qui vont de la toute petite enfance jusqu’aux personnes âgées, en passant par les écoles. Donc pourquoi pas alimenter les cantines avec des produits locaux. Ce projet pourrait également développer l’emploi sur place. Via la cuisine centrale mais aussi des outils de transformation de produits animal ou végétal. 

 

Quels autres projets développez-vous au niveau écologique ? 

Nous avons commencé par des choses très simples comme l’isolation des bâtiments publics et des habitations. Nous avons un projet d’intérêt général en court pour les particuliers, avec des subventions allouées par l’ANAH, le département et la Communauté de communes. Nous avons également mis en place une caisse d’avance. Le développement économique et durable c’est aussi aider les artisans à trouver du travail localement. Donc ce programme d’intérêt général s’inscrit dans le développement durable mais c’est aussi du travail pour nos entreprises. Grâce à la caisse d’avance, l’artisan sait qu’il va être payé par la Communauté de communes et les particuliers sont rassurés car c’est une manière pour eux de ne pas être dans l’attente de la subvention pour payer. 

 

Où en êtes-vous aujourd’hui ? 

Nous sortons d’une opération d’amélioration de l’habitat. C’était l’occasion de 6 millions de travaux sur des bâtiments publics et des particuliers. Pour les bâtiments publics, c’est la Communauté de communes qui finance l’isolation dans le cadre de la DETR. Nous sollicitons les aides de l’État. Nous avons remplacé toutes nos chaudières fioul par des pompes à chaleur ou raccordé au réseau gaz. Nous arrivons au bout de cette problématique. 

 

 

- Les éléments à retenir - 

À terme, comment voyez-vous le projet d’hydrogène vert évoluer ?

La Communauté de communes a pour projet de donner l’impulsion et de catalyser les énergies pour intéresser les constructeurs et les entreprises qui fabriquent cet hydrogène. Concernant l’hydrogène, il y a l’énergie éolienne mais aussi la pyrogazéification et la méthanisation. Tous les moyens sont bons pour en fabriquer. Nous souhaitons également construire un centre de recherche et d‘innovation pour que le territoire en soit un démonstrateur. Au-delà du développement durable, ce que je trouve intéressant c’est de fédérer les énergies et être en permanence innovant. C’est motivant pour les élus mais aussi pour les agents, qui sont fiers de leur travail. Il y a des difficultés mais ce type de projet est très intéressant et innovant. 

 

Qui finance ces projets et à combien s’élèvent-ils ?

Le programme d’intérêt général c’est 1,5 million sur cinq ans de subventions pour les particuliers. L’objectif : un programme de 10 millions d’euros de travaux pour les entreprises du territoire. Au niveau de l’hydrogène, nous nous appuyons surtout sur les entreprises puisque le distributeur a besoin de se développer. En distribuer, c’est se projeter dans l’avenir en mettant des pompes et d’autres équipements. 

 

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ? 

Nous avons un bassin très propice au développement de l’éolien. Ce n’est pas toujours bien accepté par la population car il peut y avoir des abus. Mais je dis toujours que ce n’est pas nous qui faisons la loi. On ne les vote pas, ce sont les députés et les ministres. Nous, sur le terrain, nous devons nous adapter. Donc nous essayons de repousser la limite de ces éoliennes à proximité des premières habitations. Dans le cadre du PLUI par exemple nous avons décidé de les repousser à 1KM des premières habitations. Concernant l’utilisation de l’hydrogène, c’est un peu l’inconnu car les véhicules ne sont pas encore en service. Nous savons que ça fonctionne mais ça coûte encore très cher. Parfois, tout n’est pas encore inventé. La recherche avance. Nous arriverons à avoir des matériaux très performants à un cout moindre. Après, ce sera un cercle vertueux. 

 

Comment vous engagez-vous dans le CRTE ?

Le pole métropolitain d’Amiénois va répondre au CRTE pour les Communautés de communes. Chaque territoire, les huit Communautés, ont leurs projets. Nous échangeons à ce sujet. L’idée est de fédérer et de donner de l’impulsion à certains projets qui pourraient être reproduits sur d’autres territoires. Nous avons reçu le courrier concernant le CRTE le 17 décembre. Il a fallu mobiliser les élus du pôle métropolitain, ce qui n’a pas été simple en raison des conditions actuelles. 

 

Propos recueillis par Léa Tramontin

 

 

 

"Au cœur de la relance" est une série de l'AdCF en partenariat avec Territoires-audacieux.fr destinée à valoriser les initiatives des intercommunalités dans le cadre de la relance, à les accompagner : interviews de président.e.s d'intercommunalités, questions/réponses techniques, échange avec une personnalité qualifiée, ...

Retrouver l'ensemble des vidéos et articles du programme

 

Contacts :

- AdCF : Sandrine GuiradoYoann JacquetFloriane Boulay

Territoires-audacieux.fr : Baptiste GapenneLéa Tramontin

Partager
En savoir plus
Documents à télécharger Documents à
télécharger

Dernières
Actualités