Thématiques

Retours d’expérience

Alès Agglomération (30) : « Arriver à une organisation territoriale autour de l’hydrogène vert, trouver un modèle économique et durable. »

Christophe Rivenq est le président d'Alès Agglomération (30). Pour la série « Au coeur de la relance », il revient sur les projets liés à l’hydrogène vert développés sur son territoire. Pour lui, la relance doit allier écologie et développement économique intelligemment afin que la France ne souffre pas de la concurrence avec d’autres pays.

 

- La mise en place du projet - 

Quelle est votre vision de la relance ?

Nous devons être efficaces. Il faut créer de l’activité économique. Les enjeux environnementaux sont très importants mais il ne faut qu’ils soient des boulets pour le développement économique. Notamment par rapport aux autres pays. La relance aura lieu. Parmi les territoires et les pays, il faudra être les premiers à appuyer sur l’accélérateur. Si demain l’Espagne, l’Italie, les États-Unis ou la Chine se lancent, il ne faut pas que la France se retrouve à la traine. Je me sens serein pour le dire car nous sommes l’un des territoires les plus développés en matière d’écologie. Nous avons remporté de nombreux labels et concours. Il faut allier protection de l’environnement et développement économique. Les élus doivent donner du sens et emmener les territoires dans des aventures. Je crois beaucoup aux territoires. C’est ici que nous agissons et que nous avons des solutions. Surtout si l’État nous accompagne et arrête de nous bloquer régulièrement.

 

Il est vrai que votre territoire est très engagé, notamment sur l’hydrogène vert… 

Le projet remonte à pas mal d’années. Nous l’avons initié depuis plus de dix ans maintenant. Cela a commencé avec les Rencontres internationales des véhicules écologiques organisées à Alès. Nous en sommes les co-créateurs avec le Club des voitures écologiques. Ce qui veut dire que depuis plus de dix ans, en alternance avec Paris, une année sur deux, nous réunissons les acteurs économiques industriels autour du véhicule propre et écologique. Nous avons même eu à Alès le premier véhicule européen à rouler à l’hydrogène. L’hydrogène apparu assez rapidement comme l'une des meilleures solutions pour pouvoir développer de nouvelles formes d'énergie pour les mobilités.

 

C’est ce qui vous a poussé à avoir une filière liée à ce domaine sur votre territoire ?

Nous avons un pôle mécanique. Il a été créé il y a vingt ans. C’est désormais un écosystème économique autour de la mobilité. Il se tourne petit à petit vers la mobilité électrique avec des constructeurs comme Hyundai ou BMW. Ils viennent développer ici leurs modèles électriques pour la course et pour la route. Par exemple, Volkswagen a développé la voiture qui a le record absolu de la montée de Pikes Peak aux Etats-Unis avec un pilote alésien, Romain Dumas. Cela a permis à la ville de développer une image liée à la mobilité durable, notamment la mobilité électrique. Nous avons aussi un Pôle industriel, le deuxième de la région Occitanie, après Toulouse. 

 

Les différents acteurs se sont retrouvés autour de l’hydrogène ? 

D’un côté, nous avions cette appétence, cette connexion avec le monde industriel et de l'autre côté, nous observions une volonté d'améliorer le type de mobilité. Tout naturellement, nous sommes donc entrés dans la possibilité de créer un écosystème autour de l’hydrogène. Nous n'avons pas inventé grand-chose, si ce n'est que nous avons mis en place un Copil. Nous avons réuni l'ensemble des utilisateurs à l’intérieur. Nous avons à la fois les industriels comme EDF ou le CEA de Marcoule, mais aussi des financiers et puis surtout les usagers. Ces derniers sont importants. Faire de l'hydrogène, c'est bien. Encore faut-il l'utiliser, et donc en avoir besoin. Nous avons observé les différentes utilisations de l’hydrogène. Cela peut être dans le réseau chaleur urbain ou les ordures ménagères par exemple. 

 

 

- Le projet du territoire -

Votre territoire tient particulièrement à l’hydrogène dit « vert » ? 

Effectivement. L’hydrogène gris n'a strictement aucun intérêt pour la protection de notre environnement. C'est démontré, puisqu'il faut beaucoup plus d’énergie pour créer de l'hydrogène que cela n'en génère. À partir de ce moment-là, si vous avez besoin de pétrole pour créer l'hydrogène, et c’est ce que font à peu près aujourd'hui tous les fournisseurs d’hydrogène, cela n’a pas de sens. On crée moins d’énergie qu’on en dépense pour créer de l’hydrogène, donc c'est quelque chose d'un peu plus problématique.

 

Votre territoire a-t-il des dispositions particulières pour travailler autour de l’hydrogène ? 

Nous avons de la ressource en eau. Pour faire de l'hydrogène, l'eau est obligatoire. Et puis, nous avons des ressources en matière d'énergie photovoltaïque d'une part mais aussi autour de la biomasse. Le bois dit « à énergie » peut permettre d'alimenter une chaudière qui permettrait de faire de l’électrolyse sur l'eau afin de créer de l'hydrogène pour la filière locale. Je vois qu'il y a des projets qui vont un peu dans tous les sens sur l’hydrogène. Ce qu’il faut avoir en tête, c’est que pour que cela ait du sens, il faut que ce soit pour de la consommation locale. 

 

Vert et local vont de pair ?

Le seul intérêt de l’hydrogène vert, c'est de ne pas avoir à le transporter. Il ne faut pas monter des gros centres de création d'hydrogène. Charger les camions en hydrogène et les déplacer pour aller alimenter des projets sur les territoires. Il faut créer au niveau local le volume d'hydrogène consommé au niveau local. Nous travaillons sur ce sujet. Nous souhaitons un modèle dimensionné à l'échelle du territoire.

 

Pour cela travaillez-vous autour des usages locaux pour l’hydrogène ?

Effectivement, il faut trouver des usages ainsi que celles et ceux qui peuvent avoir besoin d’hydrogène notamment pour se déplacer en véhicule hydrogène. Et là, la collectivité a toute sa place. Notamment, par exemple, sur les cars, les bus urbains ou les bennes à ordures ménagères. C’est-à-dire toute la flotte qui circule à l'intérieur de la ville. La collectivité peut participer à cette nouvelle forme de mobilité. Pour autant, à l'heure où nous parlons, ce n’est pas si simple. Il faut passer par l’expérimentation. Nous en avons une avec un bus hydrogène. Et par exemple, le coût d’une benne à ordures ménagères est de 6 ou 700 000 euros. Il est donc totalement illusoire aujourd'hui de vouloir transformer une flotte de 40 ou 50 bennes à ordures ménagères tant que les coûts industriels ne sont pas diminués. Il faut à la fois travailler sur le développement des véhicules, notamment de la pile à combustible. Aujourd'hui, on connaît la technologie pour faire de l’hydrogène mais nous pouvons faire mieux. C’est pour cela que notre Copil travaille sur le développement des usages.

 

Il y a une dimension fiscalité également ?

La réflexion globale autour de l’hydrogène vert doit intégrer une dimension « fiscalité ». Les recettes fiscales liées au gazole ou à l'essence sont l'une des principales ressources pour l'État et pour nos collectivités. Si demain, par chance, tous les véhicules de particuliers ou d'autopartage et les transports en commun devaient rouler à l’hydrogène, qu’est-ce qui se passerait au niveau des ressources fiscales de notre pays ? Il faudrait donc réfléchir à une taxe supplémentaire pour pouvoir continuer à avoir des ressources fiscales permettant de faire tourner le pays. C’est là qu’il faut avoir une vision économique. Il y a l’hydrogène vert car cela protège notre environnement mais à quelles conditions économiques cela peut-il se mettre en place à moyen ou long terme ? 

 

 

- Les éléments à retenir - 

Quels sont vos objectifs ?

Nous voulons produire à peu près 300 kilos par jour d’ici fin 2022. Mais avant d’en produire il faut des usages. Aujourd’hui, nous avons la chaufferie centrale dans laquelle nous pourrions injecter de l’hydrogène. L’idée, aujourd’hui, est d’arriver à une organisation territoriale autour de l’hydrogène vert. Il faut un bon lieu pour l’implanter. La bonne ressource en énergie et en eau pour créer l’hydrogène. Nous réfléchissons par exemple à travailler autour de notre chaufferie centrale. Il faut trouver un modèle économique et durable. 

 

Comment ce projet s’insère dans votre plan de relance ?

Ce projet autour de l’hydrogène vert est notre marque de fabrique sur le territoire. Mais il est vrai qu’il s’inscrit pleinement dans le plan de relance. Nous allons en profiter, comme tous autres territoires, pour accélérer ce type de projets. C’est aussi l’occasion de mettre tout le monde autour de la table comme l’Ademe ou l’État.

 

Votre territoire est également souvent remarqué pour sa capacité à faire travailler les acteurs ensemble…  

On vient régulièrement nous voir pour observer notre écosystème. Autour de la politique du guichet unique, nous mettons toujours tout le monde autour de la table. Lorsque nous lançons une initiative, nous nous mettons en mode « projet » avec un pilote politique et un pilote technique. Tous les acteurs et les collectivités territoriales concernées doivent se retrouver autour de la table. Nous ne voulons pas créer un projet avant d’aller voir les financeurs pour réussir à le monter. Cela ne marche pas. Il faut co-construire pour réussir à co-financer les expérimentations.

 

Où en êtes-vous dans la signature de votre CRTE ?

Nous sommes obligés de nous pencher sur ce nouveau contrat car c’est une exigence de l’État. J’ai dit mon scepticisme. Après, sur le plan de la relance, de l’écologie et de la ruralité, nous allons avancer. Notre projet de territoire prend en compte la transition écologique, les énergies renouvelables et le développement de l’agriculture de proximité. Je ne voudrais pas que ces CRTE nous fassent perdre du temps. Passer l’ensemble du premier semestre 2021 à réévaluer l’ensemble de nos projets de manière environnementale ou revoir notre projet de territoire c’est un peu compliqué. Qui plus est alors que nous sommes en plein Covid. Je l’ai dit au préfet. Ce qui m’intéresse, c’est quand et comment nous investissons l’argent de la relance.

 

 

 

"Au cœur de la relance" est une série de l'AdCF en partenariat avec Territoires-audacieux.fr destinée à valoriser les initiatives des intercommunalités dans le cadre de la relance, à les accompagner : interviews de président.e.s d'intercommunalités, questions/réponses techniques, échange avec une personnalité qualifiée, ...

Retrouver l'ensemble des vidéos et articles du programme

 

Contacts :

- AdCF : Sandrine GuiradoYoann JacquetFloriane Boulay

Territoires-audacieux.fr : Baptiste GapenneLéa Tramontin

Partager
En savoir plus
Documents à télécharger Documents à
télécharger

Dernières
Actualités
Dernières
Publications
Dernières
Positions