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Finances et fiscalité

Défaillances d’entreprises, encours de crédit : une analyse à l’échelle des intercommunalités

Dans le cadre de son accord de partenariat avec la Banque de France, l’AdCF lui a demandé une actualisation des analyses des tissus locaux d’entreprises, à l’échelle des intercommunalités, pour mesurer les premiers effets de la crise à la fin 2020. Sont analysées à la fois les évolutions des taux de défaillances d’entreprises et, dans le même temps, les évolutions des encours de crédits court-terme. Retrouvez les documents de synthèse.

L’AdCF et la Banque de France se sont engagées dans un accord-cadre lors de la dernière convention nationale de l’association, à Nice, en octobre 2019. Consacré à la mesure de l’état de santé des entreprises, cet accord se traduit à la fois par une offre préférentielle en direction des intercommunalités à travers un module d’analyse proposé à prix coûtant, récemment complété par un module spécial crise, ainsi qu’un travail d’analyse nationale.

Afin de mesurer les premiers impacts économiques de la crise, l’AdCF a demandé à ses partenaires de la Banque de France d’actualiser le travail présenté fin 2019 en portant une attention spécifique au niveau d’endettement des entreprises. Le support et les jeux de données transmis par la Banque de France feront l’objet d’une publication plus approfondie, mais AdCF-Direct propose sans attendre le support de synthèse des premiers résultats afin d’informer ses adhérents dans les meilleurs délais au moment où ils définissent ou engagent leurs actions de relance.

 

Niveaux d’endettement

Les premières données présentées s’intéressent à l'endettement des entreprises à travers les encours de crédits court terme qui comprennent l’affacturage, les créances commerciales, les comptes ordinaires débiteurs et les autres créances à court terme. Cet indicateur est illustratif des échéances auxquelles les entreprises auront à faire face au cours des prochains mois.

Fin décembre 2020, l’encours de crédit des entreprises a augmenté de près de 45 % par rapport à la fin 2019. Cette moyenne nationale, déjà très élevée, masque d’importantes disparités car ces taux d’accroissement peuvent excéder 150 % dans un nombre important d’intercommunalités de profils divers. 913 intercommunalités ont connu une croissance globale du niveau d’endettement de leurs entreprises.

Dans les grandes métropoles, l’accroissement des niveaux d’endettement s’avère assez variable. Il est plus important au sein du Grand Paris (+55 %) et à Nice (+46 %) mais modéré à Bordeaux (+18 %) ou à Lyon (+17 %).

Les progressions record, supérieures à 150 %, sont constatées dans certaines composantes de l’Île-de-France (Sud Seine-et-Marne, axe Seine), en Corse, dans les Alpes, le long du Sillon lorrain, autour de la Baie de Somme, les secteurs de Saint-Nazaire et de La Baule, dans le sud Vendée, dans le Valenciennois, en Guyane, en Lozère…

La diversité des profils des territoires concernés est élevée. On retrouve aussi bien des territoires industriels que des territoires touristiques, ce qui met en évidence le double impact de la crise sur les territoires productifs-industriels et les territoires résidentiels-touristiques.

Un quart des intercommunalités ont connu une baisse globale du niveau d’endettement de leurs entreprises. Elles sont plutôt situées dans des secteurs ruraux, en Bretagne centrale et en Côte-d’Armor, en Mayenne, dans la Marne et l’Aube, l’Allier, les Charentes, le Béarn, l’arrière-pays toulousain, certaines composantes de la région Centre-Val de Loire… De telles situations se retrouvent aussi dans les Outre-mer, en Martinique et à la Réunion.

 

Hébergement-restauration : un endettement record !

La Banque de France a effectué un coup de zoom sur les activités d’hébergement-restauration, particulièrement exposées aux impacts de la crise sanitaire et des fermetures administratives. Les encours ont en moyenne été multipliés par 700 % dans ces secteurs d’activité, avec des disparités marquées entre territoires. Très rares sont ceux où ils ont peu augmenté voire baissé (deux intercommunalités). La carte proposée par la Banque de France permet de distinguer les territoires dans lesquels cet encours de court terme a été multiplié par plus de 10 ; un nombre très élevé d’intercommunalités sont concernées, avec des concentrations élevées dans l’Ouest atlantique, la Normandie, la Nouvelle Aquitaine, les Hauts-de-France, le Val-de-Loire, l’Yonne, l’Auvergne, l’Alsace, la Corse…

 

Prêts garantis par l’État : 654 000 entreprises concernées

Le dispositif des prêts garantis par l’État a mobilisé à lui seul 131 milliards d’euros, sollicités par 654 000 entreprises. La Banque de France a réalisé une cartographie à l’échelle des intercommunalités, à la demande de l’AdCF. Sous forme graphique, il est possible d’observer le nombre unitaire de PGE sollicités mais également les montants cumulés en valeur. Un effet de siège est notable avec la contraction des PGE par les sièges sociaux des grandes entreprises, d’où un nombre et des montants proportionnellement plus élevés en Île-de-France et dans les grandes métropoles.

Au demeurant, le très grand nombre de prêts garantis accordés témoigne de la présence de très nombreuses petites entreprises. Parmi les 654 000 PGE, 89 % ont concerné des TPE, d’où leur forte diffusion sur le territoire national. En valeur, les intercommunalités les plus denses démographiquement et économiquement comprennent en toute logique les montants cumulés les plus élevés. Il sera néanmoins utile de prolonger l’analyse en rapportant ces montants cumulés au nombre d’entreprises et surtout au nombre d’emplois de ces dernières pour mesurer le taux de dépendance aux PGE.  

 

Défaillances d’entreprises

Comme nous l’indiquions dans des éditions antérieures d’AdCF Direct, les défaillances d’entreprises ont été paradoxalement moins nombreuses en 2020 qu’en 2019, en raison de plusieurs facteurs combinés mais surtout de l’ampleur des aides publiques mobilisées pour assurer leur survie. Au total, les défaillances ont reculé en 2020 de 38 %, ce qui est inédit.

Logiquement, la carte des défaillances met en exergue la prédominance des territoires où les défaillances baissent. Plusieurs teintes permettent de distinguer les intercommunalités en fonction de l’intensité des baisses. Celles-ci sont très prononcées dans certains territoires du Pas-de-Calais, des Ardennes (et d’autres secteurs du Grand Est), de l’Eure-et-Loir, du Maine-et-Loire, du Morbihan, de l’Indre, de Haute-Corrèze, du Tarn-et-Garonne…  

190 intercommunalités sur 1258, soit seulement 15 %, ont connu des taux de défaillance en augmentation. Elles se situent pour l’essentiel dans des secteurs ruraux ou de montagne : Corse intérieure, Ariège, parties occidentales du Cantal et de l’Allier, Orne, Bretagne centrale, Sarthe, Aisne, Marne, Meuse, Deux-Sèvres, Charente, Indre, Corrèze, partie sud-orientale de l’Yonne, Lozère, Drôme… Ces intercommunalités voisinent très souvent avec d’autres territoires dont les défaillances sont en net recul.

 

Indices d’exposition à la crise des tissus locaux d’entreprises

D’autres données et cartes de l’étude Banque de France-AdCF portent sur la situation des entreprises au moment de l’entrée dans la crise et sont des indicateurs d’exposition à cette dernière.

Il s’agit à la fois de la dépendance à l’exportation des tissus locaux d’entreprises mais aussi, au sein de chaque intercommunalité, de la part des effectifs salariés travaillant au sein d’entreprises qui étaient financièrement fragiles début 2020 (cotation Banque de France de niveaux 5 et 6).

Sur cet indicateur du taux d’emploi situé au sein d’entreprises financièrement fragiles (problèmes de solvabilité), la carte met en exergue des fragilités spécifiques des tissus économiques dans des secteurs géographiques précis tels que la Moselle, la Meuse, le nord de la Côte-d’Or et le sud de la Nièvre, l’arrière-pays provençal, le nord de la Corse, les Pyrénées-Orientales, l’Ouest de la Réunion.

Autres indicateurs d’exposition à la crise, les taux d’exportation des entreprises (part de la valeur ajoutée exportée à l’international) sont très inégaux selon les territoires. Les intercommunalités dont le taux d’exportation excède 20 % sont relativement peu nombreuses, soit situées dans des grands ensembles urbains (métropole du Grand Paris, métropole Aix-Marseille, Grand Toulouse…) soit correspondant à des bassins très industriels (parfois ruraux) et/ou frontaliers. L’Alsace, les Hauts-de-France, la région Auvergne-Rhône-Alpes… comprennent nombre de ces bassins « exportateurs ».

Il est à noter que cet indicateur du taux d’exportation est centré sur l’exportation directe. Certaines intercommunalités peuvent accueillir de nombreuses entreprises qui n’exportent pas directement mais fournissent des grands donneur d’ordre nationaux qui sont quant à eux insérés dans des échanges mondiaux. Les ruptures des chaînes de valeur en 2020 et les difficultés à l’export de ces donneurs d’ordre peuvent ainsi rétroagir sur les entreprises sous-traitantes de ces territoires.

Ces premiers éléments de synthèse donneront lieu à une publication plus détaillée de l’AdCF au cours des prochaines semaines.

 

Contacts : Nicolas Portier - n.portier@adcf.asso.fr ; Floriane Boulay - f.boulay@adcf.asso.fr

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