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Retours d’expérience

Agglomération du Grand Cahors (46) : "Notre projet va être construit autour de notre centre-ville"

Jean-Marc Vayssouze-Faure est le président de l'agglomération du Grand Cahors (46). Pour la série « Au cœur de la relance », il revient sur les actions déployées sur son territoire dans le cadre du CRTE. Il évoque sa vision du rôle de la collectivité dans le soutien au commerce local et du coup de pouce que peut donner le plan de relance dans la redynamisation de son centre-ville.

 

Où en êtes-vous dans votre démarche de CRTE ? 

Nous allons nous engager dans un Contrat de relance et de transition écologique (CRTE). Nous savons ce que nous voulons pour notre territoire. Notre projet va être construit autour de notre centre-ville. Nous avons plus de 800 commerces en centre-ville. Avec une vacance très faible. Nous nous appuyons sur cette richesse. Les cadurciens commencent à comprendre ce que nous voulons faire et ils adhèrent. Nous allons aller encore plus loin. Nous sommes accompagnés par plusieurs politiques gouvernementales comme Action Cœur de ville et nous avons pour vocation d'être un territoire expérimental. La stratégie que nous menons à Cahors peut se faire ailleurs. Les difficultés des villes moyennes sont les mêmes partout. 

 

Qu'est-ce que le CRTE va vous apporter ?

Tout d'abord, nous allons pouvoir développer plus d'ingénierie. Il y aussi la nécessité de travailler en partenariat. Quand vous vous attaquez à la rénovation d'un centre-ville, vous êtes sans arrêt face aux contraintes réglementaires. Il y a une telle complexité que si vous ne travaillez pas avec l'État ou la culture du travail partenarial, vous n'avancerez pas. Il faut mettre tout le monde autour de la table et le CRTE va pouvoir servir à cela. Ici, tout le monde se connait mais nous avons besoin d'un espace où chacun va proposer des solutions plutôt que d'exposer sa contrainte. Nous sommes d'accord pour dire qu'il faut limiter l'étalement urbain et l'artificialisation des sols. Nous savons que ce n'est pas simple et nous n'y arriverons que tous ensemble. Nous devons définir une stratégie commune. Le contrat n'est pas le plus important, c'est la manière dont nous allons l'écrire qui est intéressante. 


Comment l'agglomération de Cahors va-t-elle participer au plan de relance ? 

Après cette crise, il y a une véritable période propice à se poser des questions : comment veut-on vivre ? Comment retisser des liens. ? Je pense que cette crise aura favorisé l'attractivité de nos villes moyennes. Les métropoles ont longtemps été synonymes de dynamisme et d'attractivité. Aujourd’hui, les citoyens se posent la question de la nature. C'est plus facile d'en être proche en zone rurale. D’ailleurs, les villes moyennes sont plus en concurrence avec la ruralité. Sauf qu'en ruralité, ce n'est pas toujours facile de garantir les services publics. Les villes moyennes peuvent être un point d'équilibre entre la recherche d'espace, le cadre de vie apaisé et la recherche de services et d'équipements. À nous d'être prêts pour recevoir cette nouvelle population et à mettre en place un développement qui prend en compte l'histoire de la ville. Demain, l'identité des territoires fera la différence.

 

Cela passe par des actions autour des commerces de proximité ? 

Les commerces de demain ne seront pas ceux d'aujourd'hui. La mutation sera rapide, elle ne prendra pas cinquante ans. Il faut se projeter dans le futur et se demander ce qui va faire la différence. J'ai le sentiment que nous ne pouvons plus avoir une entrée par le produit. Si vous cherchez un produit que vous avez aussi sur internet, vous allez choisir internet car c'est rapide et moins cher. Pour un commerce de centre-ville, l'important sera donc de miser sur tout ce qu'il n'y a pas sur internet. Cela commence par la relation que vous avez avec le vendeur. Mais ça peut être aussi le ressenti, le parcours client, qui donne plus ou moins envie d'acheter. Cela peut passer par le fait de produire devant les clients par exemple, ou de donner des cours. Ainsi, ils vont créer un lien avec leurs clients. Il faut ajouter du service. La collectivité a un rôle majeur : celui d'accompagner ce service par un environnement favorable. Regardez les centres commerciaux de périphérie. Ils souffrent de la concurrence avec internet donc ils inventent une ambiance et travaillent avec de l'événementiel.



Cela rejoint une stratégie d'aide aux commerces de proximité, développée sur le long terme par votre agglomération... 

Je suis parti du constat que si nous voulions aider le commerce de proximité, deux choses étaient essentielles. La première : il faut des habitants en centre-ville pour qu'ils puissent venir consommer dans ces commerces. La deuxième, c'est qu'il y a besoin d'amener du flux dans le centre-ville. Nous avons lancé une politique de reconquête de notre centre historique. Il avait plutôt bien réussi à résister. La topographie de notre territoire fait que l'étalement urbain a été plutôt modéré sur notre territoire. Nous avions tout de même des logements vacants. Des familles quittaient le centre-ville. Il y avait donc une menace liée aux commerces de proximité comme dans beaucoup de villes moyennes. 

 

Quelle a été votre stratégie ?

La première des choses a été de ramener des habitants dans notre centre-ville. Nous avons favorisé la « qualité d'habiter » à travers une politique habitat ambitieuse. Nous voulions privilégier la restauration d'immeuble plutôt que la construction en périphérie. L'étalement urbain est remis en question. Nous voyons bien les coûts environnements et financiers générés. Nous avons mis en place tout un tas d'outils : appel à une SEM, utilisation de l'établissement public-foncier d'Occitanie, de la recherche et de l'innovation autour de la qualité d'habiter… Nous avons essayé d'insister sur ce qui fait la valeur ajoutée de notre centre-ville : la valeur patrimoniale. Nous avons pu rénover plus de 500 logements en centre-ville. Il y a donc un retour de la population, essentiel pour les commerces. 

 

Puis il fallait générer du flux...

Pour cela, nous avons souhaité que l'ensemble de nos équipements, qu'ils soient culturels, sportifs ou de santé soient systématiquement orientés vers une implantation en centre-ville. Nous avons par exemple installé un cinéma de sept salles. C’est un choix fort. Dès que la collectivité peut influencer le lieu d'implantation, elle le fait pour orienter le projet vers le centre-ville. Il y a enfin un travail autour du flux touristique. Nous souhaitons avoir une réflexion pour favoriser le « parcours client » plus que le produit. Il faut donner envie d'acheter plutôt que de miser sur le prix. Il y aura toujours moins cher sur internet. 

 

En quoi ces actions ont suivi une logique intercommunale ? 

Nous avons la chance d'avoir une communauté d'agglomération avec une centralité. Notre ville centre est notre cœur historique. Elle est attractive. Nous avons toujours considéré que notre valeur ajoutée était ici. Mais la problématique d'avoir un centre-ville dynamique se retrouve dans l'ensemble des villages de notre intercommunalité. Il y a eu une prise de conscience générale des maires. Nous devions donc trouver des solutions ensemble. 

 

L'événementiel peut jouer un rôle dans l'attractivité des commerces locaux ? 

Oui. Pour moi, le concert au parc des expositions d'une ville à 10km du centre-ville, c'est terminé. Les personnes doivent venir consommer de la culture et derrière il faut qu’elles viennent au restaurant ou trouvent un hébergement. Elles doivent rester, c'est un atout considérable. Beaucoup de centre-villes de villes moyennes ont été abandonnés mais ils gardent un cachet considérable. C'est ce qui nous permettra de redonner de l'attractivité à notre territoire. 

 

Lors des derniers mois quelles sont les mesures que vous avez pu prendre pour soutenir les commerçants ? 

Dans cette période, il y a eu une grande nécessité. Nous avons dû faire en sorte que les commerçants aient les moyens de tenir. Il a fallu trouver des aides. Plus d'un million d'euros a été débloqué par notre communauté d'agglomération en partenariat avec l'État, la région et le département. L'objectif était de passer la crise. Mais cela ne préfigure pas la reprise. Aujourd'hui, nous devons vraiment nous inscrire dans une nouvelle stratégie. Je pense qu'il faut miser sur des points stratégiques, comme évoqué avec l'événementiel. Dès qu'il y aura un déconfinement, nous devons rouvrir les terrasses et les restaurants. J'ai échangé avec eux en leur disant que nous voulions les accompagner et en leur demandant ce qu'ils étaient prêts à faire. Il faut trouver une nouvelle périodicité aussi. Par exemple, un jour où ils sont ouverts plus longtemps... 

 

C'est l'idée de votre initiative « Mes jeudi à Cahors » ? 

Nous avons regroupé dans cette initiative celles et ceux qui souhaitaient participer au dynamisme du territoire. Nous leur avons proposé de trouver une journée où chacun pouvait organiser une activité événementielle. Comme ça, c'est plus simple pour la communication. Ce sera donc les jeudis et c'est eux qui ont eu l'idée de l'appeler « Mes jeudi à Cahors ». Nous avons ensuite lancé la communication. Cela reprend l'idée d'améliorer le parcours client. Je leur ai dit d'être attentifs à valoriser les produits locaux et le territoire. Cela va nous permettre d'avoir des débouchés. Nous allons d'ailleurs jouer avec un appel à ceux ayant envie d'aider le territoire. En disant : vous avez envie de nous aider ? C'est le moment ! Venezconsommer. C'est presque un geste militant. Lorsque tout le monde se fédère, il y a quelque chose qui s'engage. 

 

Quelles subventions avez-vous mises en place ?

Nous avons voulu compenser la perte de chiffre d'affaires. Il y a donc eu, comme un peu partout, la suppression de la taxation (CFE) ou la possibilité d'une aide aux loyers via la région. Nous avons essayé de varier les dispositifs pour pouvoir aider tous les commerces et avoir une action globale. La collectivité s'est également engagée en favorisant le stationnement gratuit. Nous avons aussi donné une aide à l'achat avec des bons d'achat utilisables dans les commerces locaux (à travers la plus grande association de commerçants de Cahors). Notre territoire résiste plutôt bien grâce à cet accompagnement. Mais surtout car nous avons su dire que c'est pendant une période difficile qu'il faut investir et recommencer. Nous avons une aide à l'investissement afin d'être prêt pour la reprise.

 

Quel est le rôle de votre office du commerce ?  

La collectivité l'aide en ingénierie et en conseil à travers notre manager de centre-ville. Nous voulions que les commerçants puissent se fédérer. C'est très important si vous voulez organiser des animations. C'est un outil qui permet de regrouper les acteurs économiques indépendants et de leur donner de l'aide. Un exemple simple : nous leur donnons un lieu pour se retrouver. Il y a également des subventions plus conséquentes pour pouvoir développer des animations et des événements. Sur un territoire comme le nôtre, tout le monde se connait mais nous avons une responsabilité : travailler ensemble à une énergie collective. 

 

Qu'avez-vous prévu pour les prochains mois ?

Plusieurs projets ont déjà été subventionnés dans le cadre du plan de relance. Nous ne les aurions pas menés sans celui-ci. Je pense par exemple à la rénovation d'un parc emblématique. Il est accolé à un musée que nous allons aussi rénover. Nous nous sommes évidemment inscrits dans l'ambition de transition écologique. Nous allons rénover notre éclairage public en passant à des LED. C'est un investissement conséquent. Presque trois millions d'euros. Mais nous allons recevoir des subventions. Nous travaillons aussi la rénovation de nos écoles publiques dans le cadre du plan de relance. Les gros projets que nous portons vont être inscrits dans un CRTE et seront développés dès le mois de septembre.

 

 

"Au cœur de la relance" est une série de l'AdCF en partenariat avec Territoires-audacieux.fr destinée à valoriser les initiatives des intercommunalités dans le cadre de la relance, à les accompagner : interviews de président.e.s d'intercommunalités, questions/réponses techniques, échange avec une personnalité qualifiée, ...

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Contacts :

- AdCF : Sandrine GuiradoYoann JacquetFloriane Boulay

Territoires-audacieux.fr : Baptiste GapenneLéa Tramontin

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