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Retours d’expérience

Gil Avérous (Châteauroux Métropole) : «La plus-value du CRTE, c’est d’avoir une vision complète des actions»

Gil Avérous est le président de Châteauroux Métropole (36). Pour la série « Au cœur de la relance », il revient sur les différents dispositifs mis en place sur son territoire. La Métropole de Châteauroux réfléchit sur le long terme : organisation de la sortie de crise pour les secteurs qui ont souffert de la crise sanitaire et un plan de relance axé sur la transition écologique et énergétique. La Métropole va également s’engager dans le CRTE, mais les questions restent nombreuses au sujet de sa mise en œuvre.

 

- La mise en place des initiatives - 

Comment avez-vous développé le plan de relance sur votre territoire ? 

Nous avons voulu accompagner la dynamique lancée par le Gouvernement sur le plan « France relance » et celui lancé sur la région Centre Val de Loire. Il y a quelques semaines, nous avons présenté notre Plan de relance à l’échelle de l’agglomération de Châteauroux Métropole, accompagné par nos partenaires (les bailleurs, les chambres consulaires d’industrie et des métiers, les organisations professionnelles comme les fédérations du bâtiment et des travaux publics). 

 

Que retrouve-t-on dans ce plan de relance ? 

Il comporte 80 actions, essentiellement autour des compétences de chacun. Je pense notamment à la rénovation urbaine qui porte une multitude d’actions transversales entre les bailleurs et la ville. Ces actions sont vraiment la plus-value du plan car il y a une grosse partie sur la rénovation énergétique des écoles. Nous allons en faire plus et plus vite. Nous allons également accélérer les démolitions d’immeubles dans les quartiers. Nous sommes en quartier d’intérêt national et d’intérêt régional. Après le renouvellement urbain des quartiers, nous avons un autre champ d’action lié à la préparation des Jeux Olympiques 2024. Nous faisons partie des villes labellisées « centre de préparation aux JO ». Nous accueillerons quatre catégories : le tir, le football, le BMX et l’athlétisme. 

 

Vous allez être très actif sur le volet habitat, en intégrant la transition écologique dans chaque action… 

Nous lançons une Opération Programmée d'Amélioration de l'Habitat-Renouvellement Urbain à l’échelle du cœur ville. Nous instaurons également, à partir du premier septembre prochain, le permis de louer. Pour nous, il intègre l’objectif de relance. Ce permis va nous permettre de déceler les logements sur lesquels il y a un besoin de travaux. Nous aurons un dispositif d‘accompagnement ainsi que des aides à l’habitat et à la rénovation de façade. Le but est de détecter ceux qui ont besoin faire des travaux et qui ne les auraient pas faits sans nous. Il y a cet aspect coercitif de l’interdiction de louer si le logement n’est pas décent. 

 

Quelles actions allez-vous mettre en place au niveau de la mobilité ?

Également au titre de la transition écologique, nous avons mis en œuvre les « coronapistes » en 2020. Elles représentent près de sept kilomètres de pistes cyclables supplémentaires sur un boulevard qui ceinture le cœur de ville. Ainsi, nous sommes passés de deux fois deux voies à deux fois une voie pour les voitures. Nous favorisons les transports doux. Nous allons pérenniser une partie de ces pistes, elles vont passer du statut provisoire à définitif. Pour cela, nous allons faire de l’aménagement urbain pour sécuriser les pistes et modifier les trottoirs.  

 

Comment les aides à la relance se sont organisées sur votre territoire depuis le début de la crise sanitaire ? Et quels sont les enjeux pour la suite ?

Il y a eu tout l’accompagnement mis en place par l’État. Nous devons lui reconnaitre sa réactivité. Des dispositifs puissants ont été mis en place comme le chômage partiel. Il permet à nos entreprises de survivre. Comparé à d’autres pays, l’État n’a pas à rougir de ce qu’il fait à ce niveau. Ensuite, il y a les interventions régionales puisqu’il y a deux collectivités qui sont cheffes de file en matière de développement économique : la région et l’intercommunalité. Les régions ont chacune mis en place des plans. Chez nous, c’est le fonds « Renaissance ». Il correspond à un dispositif de prêts fait aux entreprises qui ont un projet de développement et qui font face à des difficultés liées à la crise sanitaire. À l’agglomération, nous avons contribué à ce fonds, mais il faudra forcément qu’il évolue. Les dispositifs de prêts ont leurs limites. Un jour, il faudra les rembourser et nous avons des entreprises en telle difficulté que nous savons qu’elles ne pourront pas rembourser. Nous demandons un peu de souplesse là-dessus. Je fais partie des collectivités qui sont prêtes à abandonner la part mise dans le fonds, à transformer nos prêts en subventions. 

 

 

- Le fonctionnement des initiatives -

Quelles aides à la relance portées par la collectivité sont toujours actives sur votre territoire ?

Nous avons des dispositifs d’accompagnements. Je pense notamment au volet commercial, secteur qui a beaucoup souffert et qui souffre encore pour toute la partie hôtellerie-restauration. Avec des dispositifs qui engagent les finances des collectivités, nous avons accordé une réduction de 50% des droits de terrasses en 2020 et 2021. Nous avons également accordé la gratuité des loyers et des charges pour celles et ceux qui sont dans des locaux qui nous appartiennent. C’est encore en cours pour les bars et restaurants. Nous sommes vraiment à leur écoute pour essayer d’anticiper la reprise. Nous avons aussi eu une aide particulière sur le numérique pour créer un market place et leur permettre de se lancer dans le click and collect. Même s’il y a des limites, le chiffre d’affaires n’est pas à la hauteur des enjeux. Il permet uniquement de continuer l’activité et de garder le contact avec les clients. 

 

Vous allez également vous engager dans le CRTE, avec des actions communes entre vous et la Communauté de communes Val de l’Indre Brenne ?

Oui, le CRTE a une plus-value comparée à ce que nous faisions habituellement car il englobe deux intercommunalités. Nous allons avoir des actions communes. Par exemple, le golf « Châteauroux Villedieu » n’est pas sur le périmètre de l’agglomération, mais sur la Communauté de communes voisine, Val de l’Indre Brenne. Nous allons mettre un système d’arrosage qui va utiliser l’eau de la station d’épuration de Villedieu, et non plus celle de notre nappe phréatique. Ce sera un projet phare dans le CRTE. C’est une opération concrète, portée de manière commune par les deux territoires, ce que nous ne faisions pas avant. 

 

Où en êtes-vous dans les démarches ? 

Nous avons rencontré le secrétaire général de la préfecture qui est en charge de ces dossiers. Nous sommes tombés d’accord sur le périmètre. Nous nous sommes rencontrés avec mon homologue de la Communauté de communes voisine, et avec le président du Pays, car ce sera l’échelle retenue. Il nous reste à travailler nos projets de territoires. Je dis bien « nos projets » car nous sommes déjà lancés dans la rédaction de notre projet de territoire à l’échelle de Châteauroux Métropole. Pour ne pas perdre de temps, l’autre Communauté de communes va faire son projet de territoire et nous allons juxtaposer les deux au démarrage. Au terme des six ans, et au gré de la renégociation, notamment des contrats de Pays avec la région, nous arriverons au même projet de territoire. Ce ne sera sûrement pas le cas lors de la signature avant le 30 juin, mais rapidement, à échéance 2/3 ans, nous aurons un projet de territoire commun. 

 

Quels avantages cela va vous apporter ?

La plus-value du CRTE c’est d’avoir une vision complète des actions qui vont se mener de manière pluriannuelle et de qui finance quoi. C’est-à-dire un tableau avec des colonnes où nous allons pouvoir avoir les différents interlocuteurs. Cette vision globale va être utile. Mais en pratique, nous l’avons déjà, via des plans pluriannuels d’investissement. Seulement maintenant, nous allons avoir cela sur plusieurs intercos. L’État ne les avait peut-être pas donc ça va être un outil pratique pour eux.

 

Quelles limites identifiez-vous pour le CRTE ?

Le CRTE c’est très bien si c’est à l’échelle de notre intercommunalité, mais ça n’a pas été vu comme ça par l’État. L’AdCF a vu les choses ainsi mais l’État a pensé au minimum à l’échelle de l’interco, et au maximum du département. Mais à partir du moment où vous ajoutez des intercommunalités les unes avec les autres ça nous oblige à prendre du temps pour discuter et élaborer un projet de territoire commun. Il faut découvrir les autres car nous n’avons pas forcément l’habitude de travailler ensemble. De plus, on nous dit que ça doit être terminé pour le mois de juin. Mais nous avons la crise sanitaire à gérer. Le dispositif est vertueux mais il manque de souplesse. Aussi, le préfet ne veut pas 15 CRTE sur son territoire, et à côté, nous avons d’autres dispositifs qui ne vont pas correspondre au territoire du CRTE. Par exemple, moi je suis en territoire d’industrie, en commun le bassin d’emploi d’Issoudun, le territoire s’appelle « Issoudun-Châteauroux ». Ce n’est pas le périmètre du CRTE. Donc ce n’est pas un contrat unique. Et puis, il n’y a pas d’enveloppe supplémentaire. On nous dit que l’on sera prioritaire sur certains fonds si nous signons. Moi je suis déjà Action cœur de ville, j’ai des commune Petites villes de demain, donc nous sommes déjà prioritaires à ces titres. Nous allons être encore prioritaire avec le CRTE ? Mais tout le monde va être en CRTE, donc tout le monde est prioritaire ? Et j’ai l’impression que comme les enveloppes n’ont pas grossi, ceux qui ne sont pas prioritaires n’auront plus d’enveloppes… Il y a des travers, c’est trop techno. 

 

 

- Les éléments à retenir -

Quelle est la prochaine étape de la relance selon vous ?

Dans la relance, il faut anticiper la reprise. Le fait que les entreprises risquent de ne pas réinvestir avant longtemps. Elles vont avoir besoin de se reconstituer de la trésorerie, refaire du chiffre d’affaires, etc. Le danger est que l’investissement dans l’entreprise prenne du temps. Il faut que les collectivités puissent étudier secteur par secteur des plans de relance. Par exemple, nous allons le faire sur l’hôtellerie. C’est un secteur qui aura beaucoup souffert. C’est aussi un domaine concurrentiel, notamment avec les nouvelles formes de location comme Airbnb, qui propose des biens de qualité. Il va falloir aider l’hôtellerie traditionnelle à monter en gamme. Si nous ne proposons pas un plan d‘investissement suffisamment incitatif pour que le secteur se dise « on y va maintenant », nous ne sommes pas prêts d’avoir cette montée en gamme. Je pense qu’après, c’est un peu la spirale infernale : ils baissent en gamme, sont moins compétitifs, les clients diminuent, donc les ressources aussi, et puis, il n’y a plus de moyens d’investir. Il va falloir être malin et aider massivement ces acteurs, qui vont encore être en difficulté pour quelques mois, à investir si nous ne voulons pas qu’ils décrochent. 

 

Sur quels financements vous êtes-vous appuyés pour votre plan de relance ?

Il y a différents systèmes de financement : les bonifications de la DSIL, de la DETR et des appels à projets thématiques. Nous avons une bonne entente avec notre préfet. Ainsi, nos opérations programmées sur la fin 2020 et 2021 ont pu bénéficier, pour la majorité d’entre-elles, de bonifications au titre du Plan de relance. Cela nous dégage des marges de manœuvre pour faire des opérations supplémentaires en 2021. Pour être honnête, il y a un peu d’effet d’aubaine sur des opérations. Elles étaient prêtes à être lancées, et c’était la volonté de l’État de ne pas attendre. Donc les opérations et les consultations qui étaient en cours ont pu bénéficier de bonifications de subvention. Nous avons donc accéléré les opérations suivantes, que nous aurions fait plus tard.  

 

Et concernant les fonds sectoriels ?

Je pense notamment au « fonds friche » que nous allons solliciter pour la rénovation de friches industrielles. Nous avons bon espoir d’être retenu. La seule déception sur ce fonds c’est que je trouve que l’enveloppe nationale n’est pas à la hauteur des enjeux. La rénovation des friches industrielles c’est des millions d’euros, les opérations sont toujours déficitaires et le volet dépollution est colossal. Nous savons que si les collectivités ne le font pas, le privé ne s’en occupera pas car il ne trouvera jamais l’équilibre économique. En plus c’est une opération vertueuse car qui dit dépollution dit suppression d’un risque pour la santé. Et les terres agricoles créée ne seront pas artificialisées. Simplement, il faut de moyens importants et le dimensionnement de cet appel à projet n’est pas à la hauteur. 

 

Il y a également les contrats État-Région ?

Le contrat de relance est bien mais les contrats de plan État-Région qui arrivent à la négociation sont insuffisamment dotés aussi. Je pense notamment à la culture. En Centre Val de Loire c’est six millions d’euros pour six départements pour six ans. Donc 150 000€ par département par an. Ce n’est pas la hauteur des enjeux de la culture. 

Le Plan de relance, le CRTE et les contrats de plan État-Région arrivent en même temps. Les CRTE sont censés englober tous les contrats. Donc quand il y en a un qui est un peu défaillant, je pense qu’il ne faut pas hésiter à le dire. 

 

Quelle(s) difficulté(s) retenez-vous de la mise en place du plan de relance et du CRTE ?

Je suis président d’une agglomération, donc nous avons des moyens, de l’ingénierie et du personnel. Les collectivités, les intercommunalités et les Communauté de communes plus petites, c’est différent. Pour elles, c’est très difficile de répondre aux appels à projets car cela demande des études, etc. Elles n’ont pas forcément la structure administrative et technique qui leur permette de monter les consultations. Même pour prendre un cabinet d’assistance il faut faire une mise en concurrence, monter les dossiers, etc. Je pense que l’ANCT est sensible à ces questions. Mais je crois que recruter de l’ingénierie, un technicien qui va pouvoir répondre et monter les appels à projets, c’est essentiel. L’intercommunalité est créée pour justement sortir de la petitesse des communes et de leur absence de moyens. Mais aujourd’hui, la complexité des appels à projets fait que même pour les petites intercommunalités c’est compliqué.

 

 

"Au cœur de la relance" est une série de l'AdCF en partenariat avec Territoires-audacieux.fr destinée à valoriser les initiatives des intercommunalités dans le cadre de la relance, à les accompagner : interviews de président.e.s d'intercommunalités, questions/réponses techniques, échange avec une personnalité qualifiée, ...

Retrouver l'ensemble des vidéos et articles du programme

 

Contacts :

- AdCF : Sandrine GuiradoYoann JacquetFloriane Boulay

Territoires-audacieux.fr : Baptiste GapenneLéa Tramontin

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