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La délégation régionale Région Sud – PACA de l’AdCF débat des nouvelles mobilités

La délégation régionale Région Sud PACA de l’AdCF a convié le 12 septembre à Manosque, au sein de Durance Luberon Verdon Agglomération, la Région, Gare & Connexions et Transdev pour un temps d’échange sur les nouvelles politiques de déplacements, au cœur de l’actualité législative et des travaux de l’AdCF. Simplification de l’offre, meilleure coordination des acteurs de la mobilité, innovation technologique et écologique et coopérations territoriales ont été au centre des débats

L’actualité législative, entre satisfaction et inquiétude

Comme l’a rappelé Armel Lehen, vice-président de Durance Luberon Verdon Agglomération et référent régional de l’AdCF, au vu des règlementations des services publics de transports évoluer, « la frontière entre plaisir et inquiétude est mince pour les élus de nos territoires ». Pour répondre à l’objectif ambitieux du gouvernement qui souhaite des solutions alternatives à la voiture individuelle proposées sur 100 % du territoire par les collectivités, certains élus appréhendent les difficultés. Là où l’auto-solisme est roi, comment faire pour que les citoyens lâchent progressivement le volant ? C’était tout l’enjeu des échanges de la matinée à Manosque au cours de laquelle une soixantaine d’élus et cadres des communautés de la Région Sud sont venus débattre des nouvelles politiques de déplacements induites par la Loi d’orientation des mobilités (LOM), actuellement en deuxième lecture à l’Assemblée nationale. Pour les élus, cette transition doit avant tout passer par une meilleure coordination entre les différents opérateurs de la mobilité.

Autostop, covoiturage : les intercommunalités déjà à la manœuvre

Paul Fabre, président de COTELUB et Béatrice Grelet, vice-présidente transition énergétique ont témoigné de la mise en place de Rézopouce, système d’autostop organisé sur le territoire de la communauté. Le dispositif consiste à mettre en place des panneaux dans les villages et les points de passage stratégiques, définis en concertation avec les maires des communes concernées. Chaque personne inscrite dispose d’un badge, et pour les mineurs de plus de 16 ans, prise de photos et enregistrement des plaques d’immatriculation permettent de sécuriser la prise en charge. Cette sécurité permettra notamment aux lycéens de rentrer après les cours sans attendre le service de ramassage scolaire en cas d’horaires décalés. COTELUB propose aussi « Troc Trajets », qui permet d’échanger ses compétences (un bilan comptable par exemple) contre des trajets de voiture. Selon Béatrice Grelet, si le projet Rézopouce est très raisonnable sur le plan financier - 7500€ la première année puis 3500€/an, soit 1,6€ par inscrit, pris en charge par la communauté - « la communication sera la clé de la réussite », pour faire adhérer les populations à ces nouvelles mobilités.
La communauté du Pays de Forcalquier a quant à elle tenté de lever un autre frein au covoiturage : le prestataire qu’elle a choisi sur le territoire propose en effet une plateforme téléphonique, afin de ne pas décourager les personnes qui ne seraient pas coutumières des plateformes internet, comme les personnes âgées, public cible du covoiturage.
La communauté des Lacs et Gorges du Verdon, territoire très rural et touristique, sur lequel 76,8% des trajets s’effectuent en voiture, est confrontée à des problématiques similaires. L’enjeu réside selon Patrick Vincentelli, conseiller communautaire de la CLGV, dans le développement d’une offre diversifiée et complémentaire. La collectivité expérimente à cette fin une plateforme de covoiturage, grâce à des innovations « clé en main » et a recruté à un ambassadeur de la mobilité afin d’ancrer l’expérience dans le territoire. L’expérience est ensuite accompagnée par ECOV, prestataire dont le métier est de mettre en relation les utilisateurs « en bout de covoiturage » pour les derniers kilomètres. Elle est enfin complétée par des arrêts d’autostop organisés le long des « lignes de covoiturage » les plus fréquentées. La plateforme compte déjà aujourd’hui plus de 50 conducteurs inscrits.
Chacun de ces projets est pensé en coopération et en cohérence à l’échelle du bassin de vie : COTELUB a ainsi mutualisé un chargé de mission avec le Parc Naturel Régional du Luberon et le Pays d’Apt, alors que la CCLGV pense son action à l’échelle du SCoT du PNR du Verdon, dans une dimension touristique.
Alors que 932 communautés de communes, non AOM à ce jour, sur les 1000 existantes devront délibérer d’ici le 31 décembre 2020 pour se saisir ou non de la compétence, ces deux exemples illustrent qu’au titre seul de leur compétence aménagement, les intercommunalités pourront continuer à soutenir les actions de promotion de mobilités alternatives (entretien de la continuité des voies cyclables, aménagement des espaces de covoiturage, mise en place de parking vélos...). Cécile Hubert, chargée d’étude Transdev, l’a également démontré à travers les premiers résultats de l’étude réalisée en partenariat avec l’AdCF (retrouver la présentation ci-dessous).

Initier la dynamique des transports décarbonés

De son côté, Durance Luberon Verdon Agglomération (DLVA), Autorité Organisatrice de Mobilité repense actuellement les transports sur son territoire. D’une part, après plusieurs années de gratuité, le bus est redevenu payant à Manosque en cette rentrée 2019, afin de permettre une homogénéisation de l’offre pour tous les habitants. Avec un tarif modeste de 30€ par an, les services de l’agglomération n’ont cependant constaté aucune baisse de fréquentation « tant que la qualité de service est au rendez-vous », selon l’avis de Claude Cheilan, vice-président aux transports. D’autre part, l’agglomération travaille sur le développement des mobilités douces. La méthanisation développée sur le territoire va permettre d’ouvrir une station GNV qui sera destinée à la fois au privé et au public, en délégation avec Transdev, retenu pour le projet sous cette condition. Très bientôt, DLVA proposera 11 cars GNV et entend étendre rapidement ce mode de propulsion aux autres véhicules de la communauté (camions-poubelles, véhicules des espaces verts, …).
Fermement engagée dans un projet à grande échelle sur l’hydrogène vert, « HyGreen Provence » l’agglomération fait ainsi un pas de plus vers les mobilités décarbonées.

Les nouvelles mobilités au cœur de la coopération Région / Intercommunalités

Catherine Roubeuf, conseillère régionale de la Région Sud et vice-présidente de la commission «Transports et Ports» a participé à la rencontre du 12 septembre afin d’échanger avec les élus et cadres des intercommunalités sur leurs nouvelles responsabilités partagées en termes de mobilité.
Signalant que le SRADDET de la Région Sud a été le premier à être approuvé, l’élue régionale a commencé par insister sur le rôle d’appui aux territoires qu’entend porter le conseil régional à travers ce document. A ce sujet, Catherine Roubeuf a rappelé la boîte à outils mise à disposition des territoires pour leurs projets d’aménagements : le Fonds Régional d'Aménagement du Territoire (FRAT), Les Contrats Régionaux d’Equilibre Territorial première et deuxième génération (signés en 2019) ainsi que l’appui aux espaces de vallées et de station.
Ce SRADDET créé une attente forte dans le domaine des transports. Axes saturés, temps de déplacements accrus, augmentation de la pollution de l’air, … : la Région Sud, comme son activité économique et son tourisme souffrent de plus en plus de l’usage excessif de la voiture individuelle. En effet aujourd’hui, le réseau de transport en commun connait une fréquentation d’à peine 10%.
La Région s’est donc fixée un objectif de report modal de 15 % à l’horizon 2030. Les transports constituent un axe prioritaire du nouveau SRADDET, avec une enveloppe attribuée de 664,5 millions d’euros sur le budget 2019 (l’une des plus importantes du budget annuel).
Plusieurs grands projets sont déjà lancés, comme la réalisation de la ligne nouvelle Provence Côte d’Azur pour désenclaver l’Est de la Région ou encore la mise en place d’un réseau de transports en commun, complémentaire du transport ferroviaire (Ligne Express Régionale de bus, dont certains sont électriques ; Déploiement d’une Offre d’autocars Inter-villes, …). Selon Catherine Roubeuf, « ces grands axes développés par la Région doivent être considérés comme une épine dorsale, complétée par le réseau plus fin mis en place par les AOM et coordonné par la Région ».
La coordination sera orchestrée sous forme de contrats opérationnels de mobilités, co-construits entre la Région, les départements, les AOM et les opérateurs de voirie. La Région entend bien définir les bassins de mobilité en partenariat avec les acteurs locaux. Catherine Roubeuf a tenu à fortement inciter les collectivités à faire entrer leurs projets d’aménagement dédiés à la mobilité (parking de covoiturage, …) dans leur CRET.
Les élus des communautés ont apprécié cette intention de collaboration et travaillent d’ores-et-déjà en coopération pour le rabattement vers les grands axes et les pôles multimodaux, à l’image de Digne, Manosque ou encore Forcalquier. Ils ont cependant rappelé le besoin fort de lisibilité sur les projets de la Région pour travailler en cohérence sur le long terme, notamment dans l’identification des nœuds ferroviaires prioritaires vers lesquels organiser les rabattements.

Inscrire la gare dans le projet de territoire : Echanges avec Gares & Connexions
La rencontre s’est terminée par un échange avec Thierry Jacquinod, directeur de l’Agence Grand Sud de Gares & Connexions. Changement radical de mobilier, nouvel usage du bâtiment (pour un office de tourisme ou un centre culturel par exemple), de nombreux projets sont accompagnés par Gare & Connexions, qui peut mobiliser le financement du monde économique pour la réhabilitation des gares fermées, dont ils gèrent maintenant le foncier regroupé. A ce sujet, la branche de la SNCF, qui entend « remettre le lieu de la gare à la mode pour développer de la vie autour » s’est vue reprocher par certains élus un abandon du foncier, laissé en friches aux abords de certaines gares.

Retrouvez le compte-rendu du colloque organisé au Sénat par l’AdCF, Gare & Connexions et le GART sur le foncier aux abords des gares

Selon Armel Lehen, il est impératif de travailler sur une logique gagnant-gagnant. Si Gares & Connexions propose de valoriser les flux en installant des commerces dans les gares, « il faut surtout travailler à remettre concrètement du service public dans la gare » selon le référent régional de l’AdCF. Dans une logique de coordination de ce service public, Béatrice Grelet a également rappelé l’importance d’une communication renforcée entre Gares & Connexions et les collectivités, notamment sur les changements des horaires de trains, qui peuvent saper le travail de rabattement accompli par les AOM. Car il suffit d’une correspondance compliquée ou trop longue pour provoquer un retour à la voiture des usagers déçus. Comme a pu conclure Armel Lehen, cette simplification maximale est la condition sine qua non du changement de comportement des citoyens.
 

Contact AdCF : Cécile Lacoste, c.lacoste@adcf.asso.fr
 

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