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Urbanistes : des maîtrises d’ouvrage intercommunales en expansion

La proportion des recrutements des jeunes urbanistes s'opère de plus en plus à l'échelle des communautés et des métropoles. C’est ce que met en évidence la dernière enquête du Collectif National des Jeunes Urbanistes (CNJU), conduite auprès de 943 diplômés de Master en urbanisme et aménagement. Depuis le vote de la loi ALUR, l’intercommunalité s’affirme désormais comme le principal employeur d’urbanistes au sein du secteur public local. Décryptage chiffres à l’appui.

L’association des jeunes urbanistes de France (CNJU) vient de dévoiler les premiers résultats de son enquête nationale sur l’insertion professionnelle des urbanistes diplômés de Master en urbanisme et aménagement.

Conduite au cours de l’été 2016 en liaison étroite avec les établissements d’enseignement supérieur et avec l’association pour la promotion de l’enseignement et de la recherche en urbanisme et aménagement (APERAU), cette enquête biannuelle constitue un baromètre fiable sur les débouchés professionnels des jeunes urbanistes diplômés après trois éditions précédentes (2010, 2012 et 2014).

 

Rebond sur le marché de l’emploi

Menée auprès de 943 diplômés en 2013, 2014 et 2015, elle démontre le caractère qualifiant des diplômes de Master en urbanisme et aménagement. De manière générale, la situation s’améliore sur le marché de l’emploi : le taux d’emploi des jeunes diplômés dans le domaine de l’urbanisme repart à la hausse en passant de 63% en 2014 à 71% en 2016.

Recrutés par une pluralité d’employeurs possibles (cf. graphe ci-dessous), les urbanistes diplômés trouvent leurs principaux débouchés professionnels au sein des collectivités locales et de la consultance privée en assistance à maîtrise d’ouvrage (cabinets de conseils, bureaux d’études). Ces deux catégories d’employeurs offrent 53% des premiers emplois pourvus à la sortie du cursus de Master et 58% des emplois occupés au moment de l’enquête (51% en 2014).

 

 

Après un tassement des recrutements au sein des collectivités locales observé en 2014 (lié à la baisse des dotations de l’État et à la période électorale), la part des emplois dans le domaine progresse au sein du secteur public local (de 29% en 2014 à 34% en 2016) dans un contexte de réorganisation de la maîtrise d’ouvrage publique de l’urbanisme.

 

Des jeunes urbanistes majoritairement « analystes territoriaux » et « coordinateurs de projets »

Comme lors des trois précédentes éditions, l’enquête du CNJU met en évidence deux domaines d’activités et de compétences principaux pour les urbanistes qualifiés : l’analyse territoriale (diagnostics territoriaux) et ainsi que la conduite de projets urbains et territoriaux avec, respectivement, 54% et 49% des urbanistes en poste déclarant exercer ces deux domaines de compétences. Ces missions d’aide à la décision pour l’élaboration et la mise en œuvre de stratégies territoriales et urbaines constituent le « cœur de métier » des urbanistes diplômés dans les collectivités locales comme dans les cabinets de conseil.

 

 

L’analyse des fonctions, missions et compétences exercées par ces urbanistes qualifiés suggère une montée en puissance de l’intercommunalité consécutivement aux nouvelles responsabilités confiées par la loi ALUR aux communautés. C’est ce qu’illustre le tableau des 665 emplois occupés issus de l’échantillon (cf. document). Celui-ci permet de disposer d'une vision plus précise des profils et des débouchés professionnels avec le détail des 106 postes occupés au sein d’intercommunalités (communautés, métropoles et établissements publics territoriaux de la métropole du grand Paris).

Après une première génération d’urbanistes formés au développement local et recrutés au sein de pays ou par les services politique de la ville et du renouvellement urbain des communes (opérations ANRU), les communautés ont progressivement structuré leurs services de l’aménagement du territoire, de l’habitat, du développement économique et des transports urbains en recrutant de jeunes urbanistes professionnels formés à la croisée des disciplines. Ces formations de Master en urbanisme et aménagement apportent une vision transversale des politiques publiques. Depuis une quinzaine d’années, l’essor des Programmes locaux de l’habitat (PLH) et des Plans de Déplacements Urbains (PDU) a permis l’émergence de nouvelles compétences et expertises avec l’affirmation de chefs de projets aux côtés de nombreux chargés d’études et chargés de mission.

Parallèlement, les syndicats mixtes de SCOT ont eu recours à ces professionnels en constituant des équipes pluridisciplinaires mais somme toute légères. La proportion de recrutements au sein des syndicats mixtes de SCOT, de pays/PETR demeure stable.

 

Dans les collectivités locales, 48% des emplois occupés en 2016 par les jeunes urbanistes diplômés sont pourvus au sein des intercommunalités

La tendance la plus marquante, observée entre 2014 et 2016, est celle d’une baisse sensible de la part des emplois pourvus au sein des communes (de 39% à 28%) et d’une hausse très nette de la part des recrutements dans les intercommunalités (de 35% à 48%).

 

Evolution des récrutements de jeunes urbanistes diplômés de Master dans les collectivités locales de 2010 à 2016 - Part des recrutements par niveau de collectivités en % :

 

La fonction de chef de projet PLU intercommunal (PLUi) est en essor mais cette mission de planification spatiale nécessite de recourir à des profils expérimentés. Sur le panel de 106 emplois occupés par les jeunes urbanistes diplômés au sein d’une communauté ou d’une métropole, seulement 14 déclarent exercer une mission en lien avec l’élaboration du PLU. Les jeunes urbanistes diplômés débutent leurs carrières sur des postes de chargés d’études ou de chargés de mission dans des domaines aussi diversifiés que l’habitat, les transports-mobilités, le développement économique, l’urbanisme commercial (revitalisation de centres-bourgs), l’environnement, le renouvellement urbain et la politique de la ville… Le déploiement considérable des PLU intercommunaux observé récemment (près de 50% des communautés compétentes / cf. notre article du 12 mai 2017) va nécessiter de mobiliser ces compétences professionnelles de manière transversale.

La prise en charge des missions d’instruction du droit des sols depuis 2015 au niveau intercommunal participe également à cette montée en puissance des communautés. C’est une opportunité pour constituer des équipes polyvalentes et décloisonner les différents services de la gestion du droit des sols (ADS), du foncier, de l’aménagement opérationnel et de la planification spatiale (PLUi, SCOT).

 

Enjeux de ressources humaines

Afin de conduire une gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences, il est donc souhaitable de disposer d’une vision consolidée à l’échelle du bloc local en prenant en compte les ressources humaines disponibles au sein des syndicats mixtes (généralisation des SCOT). Mais aussi celles des chargés d’opérations d’aménagement exerçant au sein des SEM et SPLA dont les communes et intercommunalités sont les principaux actionnaires.

Avec la constitution d’une maîtrise d’ouvrage de l’urbanisme dans les communautés émergent des enjeux de ressources humaines : modalités de recrutements, accès aux cadres d’emploi de la fonction publique territoriale, évolution des carrières et mobilités dans les parcours professionnels, formation continue/validation des acquis de l'expérience (VAE). C’est dans cette perspective que l’AdCF a pris l’initiative de constituer un groupe des fédérations d’employeurs d’urbanistes avec la FNAU (agences d’urbanisme), l’Association des Maires de France, la Fédération des SCOT, la FNCAUE, la Fédération des EPL (SEM, SPL, SPLA), CINOV et ACAD (consultance privée).

Ces représentants d'employeurs d'urbanistes (publics, parapublics et privés) s’accordent sur trois objectifs communs :

- favoriser une commande publique de qualité (relations maîtres d’ouvrage-consultants)

- faciliter les mobilités professionnelles entre les différents modes d’exercice : public/parapublic/privé

- développer la formation permanente des urbanistes en lien avec les Instituts d’urbanisme universitaires.

L’AdCF a lancé en avril 2016 un appel à témoignages auprès de ses communautés et métropoles adhérentes afin de cerner les problématiques spécifiques qui peuvent se poser pour la gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences des urbanistes, avec la question récurrente de la place de très nombreux contractuels et les difficultés d’évolution de ces personnels dans la fonction publique territoriale. Dans les collectivités locales, 85% des recrutements de jeunes urbanistes diplômés correspondent à des contrats à durée déterminée (CDD).

 

 

Pour aller plus loin :

  Jeunes urbanistes diplômés : rebond sur le marché du travail

  Retrouver les chiffres clés et premiers résultats de l’enquête du CNJU ainsi que le détail des 665 emplois occupés par les jeunes urbanistes diplômés au moment de l’enquête (été 2016)

  Les formations en urbanisme et aménagement de niveau Master/Bac+5

  Profession urbaniste dans les communautés : l’AdCF lance un appel à témoignages, AdCF Direct, 8 avril 2016

 

Contacts AdCF : p.schmit@adcf.asso.fr & o.crepin@adcf.asso.fr & f.boulay@adcf.asso.fr

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