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La pratique du mandat de vice-président d’intercommunalité

Dans la poursuite de ses travaux, Intercommunalités de France s’intéresse à leurs activités au quotidien. Exercer un tel mandat nécessite de porter une vision politique de long terme mais aussi de savoir fédérer autour de celle-ci.

Cette synthèse se fonde sur une retranscription de 30 entretiens produite par les étudiants du master Citoyenneté, Inégalités, Territoires, Élections (CITÉ) de l’Université de Picardie Jules Verne au cours de l’année 2020 – 2021. Il s’agit d’entretiens réalisés avec des vice-présidents d’intercommunalités au moyen d’un questionnaire élaboré par les étudiants. Celui-ci s’organise autour de trois rubriques : les conditions d’accès au mandat, le rôle de vice-président d’intercommunalité au quotidien et une dernière rubrique consacrée aux parcours et engagements personnels et professionnels de l’élu. De fait, les résultats des observations effectuées dans cet article ne revêtent pas de caractère statistique, mais donnent à voir plusieurs parcours et témoignages de vice-présidents issus d’intercommunalités de nature et de situation géographique différentes.

Élu par le conseil communautaire, le vice-président d’intercommunalité exerce une fonction dont les objectifs sont souvent déterminés au moyen d’une feuille de route transmise par le président d’intercommunalité. Au-delà de ces attentes, comment les vice-présidents perçoivent-ils eux-mêmes leur fonction ?

 

Une vice-présidence d’intercommunalité s’inscrit dans le temps long des projets

La question « comment définiriez-vous votre rôle de vice-président d’intercommunalité ? » obtient une diversité de réponses qui s’organisent autour de deux points :

  • un vice-président est le représentant de l’intercommunalité au travers de la thématique qui lui a été confiée via sa délégation ;
  • il est également un représentant du président de l’intercommunalité.

Pour ceux qui envisagent le mandat à travers la fonction de représentation de l’intercommunalité, on trouve l’idée du portage d’un projet politique, c’est-à-dire travailler en fonction des orientations décidées au sein de l’intercommunalité, comme l’explique une vice-présidente en charge de l’enseignement supérieur :

« Je dois pouvoir porter le projet politique au sens noble du terme pour la métropole, il faut que je porte le projet qui a été défini un peu avant ma nomination. Le faire évoluer, l’étoffer, lui donner de la consistance pendant les cinq années et demi qui arrivent, […] donc je dois travailler en interface avec le président, un service de l’enseignement supérieur, les partenaires et les associations représentatives du monde étudiant. J’ai un rôle à la fois d’interface, faire monter, faire redescendre les informations, essayer de proposer des choses très opérationnelles ».

En d’autres termes, la vice-présidence d’intercommunalité est un mandat qui appelle une vision politique. Pour 20 % des élus interrogés, il s’agit de définir des orientations, laissant ensuite le soin aux équipes de les décliner sur le plan technique.

Outre cette fonction d’interface, la délégation confiée constitue le cœur du mandat d’un vice-président. Aussi, un élu intercommunal peut avoir une conception très technique de son mandat avec un travail précis sur les dossiers de sa délégation.

L’intégralité des élus interrogés expliquent que leurs actions visent à atteindre les objectifs fixés par la feuille de route, ou définis dans le cadre de discussions avec leur président. Cela s’observe dans l’élaboration de projets ou la poursuite de ceux mis en place précédemment, travail qui prend la majorité du temps d’un vice-président. Par rapport au mandat municipal qui suppose plus souvent un contact direct avec les administrés, la vice-présidence d’une intercommunalité est davantage inscrite dans le temps long des projets.

Chaque vice-président bénéficiaire d’une ou plusieurs délégations doit refléter le projet politique intercommunal. Cette stratégie politique, menée sur le long terme, permet d’avoir une vision globale sur divers thématiques relevant des politiques publiques intercommunales (écologie, développement économique, tourisme…) :

« ce qui va vraiment définir mon travail, mon mandat et tous les projets que j’ai mené à bien, c’est la stratégie touristique que ces partenaires ont rédigé, c’est une stratégie qui n’a pas été pondue par le cabinet de je ne sais qui ou les services de je ne sais quoi, c’est vraiment une stratégie qui a été pensée et raisonnée à l’échelle du pôle métropolitain par les socio-professionnels du tourisme et un cabinet spécialisé du tourisme qu’ensuite je vais mettre en musique à travers une vision politique qui doit être compatible avec cette stratégie ».

 

Au quotidien : savoir fédérer autour de ce projet politique

Cette section énumère les différentes activités effectuées par un vice-président d’intercommunalité au cours de son mandat. Rappelons que cet article se fonde sur des entretiens réalisés en décembre 2020, c’est-à-dire dans une période très fortement marquée par la crise sanitaire. Ainsi, la moitié d’entre eux considèrent que la crise a eu un impact sur les activités liées à leur fonction. Concrètement, cela se traduit chez les vice-présidents par une très forte diminution des rencontres, au sens physique du terme, avec les partenaires et mêmes les élus. C’est ce que nous dit un vice-président : « J’ai une réunion sur deux qui est annulée, ou qui est reportée, ou ça se passe par visioconférence et on se connecte ou on ne se connecte pas », en raison de problèmes techniques. 

Les projets d’un vice-président d’intercommunalité s’inscrivent dans le long terme. Comment dès lors les vice-présidents travaillent-ils au quotidien pour les faire aboutir ? Le travail d’équipe avec les autres élus de l’intercommunalité, au-delà de la relation avec le seul président, tend à dominer.

 

  • Fédérer les élus du bloc local et en premier lieu, les autres vice-présidents

Il s’agit souvent d’impliquer plusieurs élus, tant les projets touchent plusieurs thèmes et par conséquent plusieurs délégations (et donc plusieurs vice-présidents).

En effet, les entretiens font état de nombreux groupes de travail. C’est d’ailleurs le rôle des commissions qui permettent à l’intégralité des élus d’être mis au courant et de s’exprimer sur l’avancement des projets et de leurs déclinaisons sur le plan technique.

Comme l’explique une élue en charge du développement durable, « vice-président d’une communauté de communes, c’est comme dans une équipe de foot en fait : il faut jouer ensemble et en même temps accompagner les élus pour oser, faire des choses nouvelles ou prendre des directions un peu différentes. C’est accompagner, harmoniser les démarches ».  Elle poursuit en prenant un projet de sa délégation en exemple : « en 2017, il y a eu des travaux à faire sur les toitures d’un gymnase, je dis « bon, ça serait bien quand même qu’on pense photovoltaïque » ». Si initialement certains de ses collègues n’étaient pas favorables à cette proposition, la vice-présidente, en poursuivant son travail de conviction, obtient un accord six mois plus tard. Elle conclut d’ailleurs son propos par l’importance du « choix collectif », et notamment le vote en conseil communautaire qui valide les travaux et les discussions au sein des commissions.

 

  • Créer une relation de confiance avec les services de l’intercommunalité

Les activités d’un vice-président ne se résument pas seulement aux relations avec les élus de l’intercommunalité mais impliquent aussi les services de l’intercommunalité. L’équipe technique doit savoir traduire les projets et les volontés politiques « de façon technique, opérationnelle », selon les termes d’une vice-présidente.

Les élus affirment à ce titre qu’une bonne relation avec leurs équipes techniques est indispensable à la bonne réalisation des projets. Il y a nécessité d’avoir une relation de confiance avec les collaborateurs techniques, car ce sont ces derniers qui sont chargés de faire des propositions viables techniquement tout en respectant les demandes de l’élu.

Une vice-présidente décrit de cette façon sa relation avec les équipes techniques : « c’est vraiment comme un couple, si je peux parler comme ça. Il faut qu’on ait une grande confiance l’un en l’autre et en même temps, il faut vraiment qu’on réfléchisse ensemble sur les sujets. Cela ne veut pas forcément dire être présent partout mais c’est concevoir, intégrer des idées » que le collaborateur doit ensuite rendre opérationnelles. Pour elle « il ne faudrait pas que le politique impose tout, ou que le technique impose tout au politique, il faut vraiment toujours ces allers-retours. Donc en fait, je pense que mon rôle de vice-présidente, par rapport au technicien, c’est de veiller à ce que le choix technique corresponde bien à la volonté politique ».

 

  • Associer des partenaires extérieurs

Les activités d’un vice-président impliquent aussi des rencontres avec des partenaires extérieurs, comme des syndicats, des associations, le département, la région ou encore d’autres élus locaux.

Les propos de cette vice-présidente en charge de la transition écologique et énergétique l’illustrent: « j’ai effectivement beaucoup de réunions avec plein de partenaires : j’ai le syndicat d’énergie, la préfecture, les associations comme l’ADEME, j’ai des associations comme l’ATMO qui mesure la qualité de l’air, je gère aussi les espaces naturels sensibles donc j’ai des réunions avec la direction départementale du territoire, le département, la région, enfin tous les partenaires institutionnels, et après j’ai aussi quelques réunions avec les partenaires privés parce qu’on est engagé avec eux dans les énergies renouvelables, et là cela va être Engie, Transdev , GRDF ».

Dans ces temps de rencontre avec les différents partenaires, le vice-président est le représentant de l’intercommunalité. Un vice-président nous parle spécifiquement de ce rôle :

« moi je vais représenter la métropole ou la présidente, les deux allant un peu ensemble, dans un certain nombre d’instances, donc vendredi dernier j’étais à la préfecture dans une réunion avec le préfet, le président de région, le président du département […] et puis au quotidien on rencontre beaucoup d’entreprises, d’associations, voire d’autres administrations aussi, et à chaque fois dans ces rendez-vous là on représente forcément la métropole ».

 

Retrouvez les articles de notre série consacrée aux vice-présidents d’intercommunalité :

 

Rédaction : Maxime Dubouchaud, m.dubouchaud@adcf.asso.fr

Contacts : Simon Mauroux, s.mauroux@adcf.asso.fr & Raphaël Meyer, r.meyer@adcf.asso.fr

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