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Territoires d’industrie : La stratégie du rebond

Durant le confinement, l’AdCF et la Délégation aux Territoires d’industrie ont proposé deux webinaires aux acteurs engagés dans le programme, en lien avec des opérateurs comme la Banque des territoires ou l’ADEME. Une évaluation du programme et de son déploiement est en cours. La mobilisation des Territoires d’industrie dans le cadre du plan de relance et des stratégies de relocalisation est à l’ordre du jour.

Les impacts de la crise sanitaire sur les différents secteurs économiques font l’objet d’évaluations à la fois nombreuses et très évolutives compte tenu des incertitudes actuelles. Les différentes notes des instituts de conjoncture permettent de mesurer les impacts des semaines de confinement et du rythme dégradé des activités en phase de reprise. Dans les domaines industriels, certaines filières sont beaucoup plus exposées que d’autres, l’automobile et l’aéronautique donnant lieu à des plans de soutien exceptionnels. La dernière note de conjoncture de la Banque de France (portant sur le mois d’avril) a mis en évidence les incidences différenciées de la crise et du confinement selon les secteurs industriels (info accessible ici).

Le confinement s’est traduit par une forte chute des taux d’activité. Les mesures d’urgence (chômage partiel, prêts garantis…) ont néanmoins préservé les entreprises et salariés à court terme. Dans l’industrie, les plans de sauvegarde de l’emploi et les licenciements collectifs ont été même plus rares durant le confinement que durant la période précédente comme le montrent les statistiques de la DARES (accessible ici).

La sortie de confinement s’avère plus complexe pour de nombreuses entreprises et chaines de valeur sans perspectives de débouchés. Des scénarios de rebond restent néanmoins imaginables en cas de repositionnement rapide de l’appareil productif, de capacités effectives de relocalisation de certains produits et composants mais aussi de développement de nouvelles activités. AdCF Direct recommande les analyses de l’Institut Xerfi ainsi que l’article récent de l’économiste Pierre Veltz.

Quelle mobilisation des territoires d’industrie ?

Loin de se désactiver sous l’effet de la crise, le programme Territoires d’industrie doit au contraire être conforté au cours des prochains mois pour apporter des solutions concrètes, quitte à réorienter certaines priorités. En lien avec la Délégation aux Territoires d’industrie et d’autres acteurs du programme (Banque des Territoires, régions, ADEME…), l’AdCF a proposé deux webinaires aux Territoires d’industrie au cours du mois de mai.

Le 5 mai, le premier webinaire a permis au Délégué aux Territoires d’industrie, Guillaume Basset, de dresser un point d’étape et identifier les bassins les plus exposés aux impacts de la crise.

Retrouvez ici la présentation de Guillaume Basset diffusée pendant cette web'rencontre

Un deuxième wébinaire a été consacré le 26 mai aux enjeux de transition écologique, et notamment au sujet de l’hydrogène vert, comme opportunités pour un rebond industriel. Plusieurs supports permettent de revenir sur les enseignements de ce webinaire.

Retrouvez :

Au niveau national, des réflexions sont actuellement en cours en vue du plan de relance tant au sein du comité Etat-régions que d’autres instances telles que les comités stratégiques de filières (CSF) du Conseil national de l’industrie. L’AdCF plaide de son côté pour un renforcement des moyens budgétaires dédiés au programme Territoires d’industrie. 

La récente communication des investissements internationaux réalisés en France en 2019 montre l’attractivité réelle du site France et un important pourcentage d’investissements étrangers concernant des activités de production (380 projets soit 26% du total). Sur cette gamme de projets, la plus fournie et la plus créatrice d’emplois induits, 56% se sont réalisés dans les Territoires d’industrie.

Le support de synthèse (Bilan des IDE, 2019)

Le rapport (Bilan des IDE, 2019)

Sur le terrain, les Territoires d’industrie poursuivent leurs efforts d’accompagnement des tissus productifs locaux. 142 Territoires disposent désormais d’une gouvernance bien installée (binômes élus industriels, référents intercommunaux et régionaux) et 100 disposent de plans d’action formalisés, qui eux-mêmes regroupent 1400 projets consolidant les activités industrielles locales (réhabiliter un site, former la main d’oeuvre, investir dans un tiers lieu technologique…). Le « reporting » réalisé par la Délégation aux Territoires d’industrie (DTI) sur le fondement de 42 territoires (ayant signé un contrat/protocole ou un plan d'action) montre un taux de déploiement des actions de 56% (fiches en cours d'étude, de réalisation ou terminée). A l’inverse, seules 16,5% sont non initiées ou purement abandonnées.

D’un point de vue qualitatif, 50% des fiches sont portées par le public (collectivités, lycées, opérateurs), 30% sont portées par des acteurs privés (entreprises, associations d’entreprises, branches), et 20% des porteurs sont mixtes (SEM, co-portage…). Enfin, sur le périmètre étudié, la moitié des fiches sollicitent un opérateur de l’Etat (en ordre décroissant-: la Banque des Territoires, l’ADEME, BPI-France, Pôle Emploi, Action Logement, Business France, l’APEC. Ceux-ci interviennent majoritairement en investissement, en cofinancement d’études, et en soutien humain (mise à disposition de personnel, animation, expertise).

 

Source : Analyse ANCT
1:  Projet initié : en cours de définition de la gouvernance, de construction de son plan de financement ou de validation des financements

Entre décembre 2019 et mars 2020, les évaluateurs du programme ont constaté un effet accélérateur quant à l’avancement des fiches actions : le nombre de fiches actions passées en phase étude, en réalisation ou achevée a augmenté de 60%, traduisant une bonne dynamique globale. 

A partir du mois de mars, la crise du COVID a néanmoins impacté la dynamique de certains de ces projets. L’impossibilité de se réunir et les difficultés de déplacement ont contrarié la mobilisation des acteurs indispensables à la formalisation des projets (comités de partenaires, conseils élus…). D’autre part, certaines réalisations (recrutement des alternants d’une formation industrielle, travaux publics…) ont été interrompues. De fait, ces actions sont reportées de quelques mois. Enfin, l’évolution rapide des situations économiques locales conduit nombre de Territoires d’industrie à réinterroger la pertinence de certaines actions élaborées avant crise (notamment en matière de recrutement et de formation) ou leur hiérarchie.

Sans être fondamentalement remises en causes, plusieurs adaptations des fiches actions, voire créations de nouvelles fiches, sont envisagées afin de répondre à l’urgence, de sécuriser les filières économiques et les compétences locales. Si plusieurs plans de relances locaux sont déjà développés, nombre d’intercommunalités sont dans une phase d’observation et de réflexion, en vue d’une adaptation prochaine de leur plan d’action.

La résilience des acteurs industriels durant la crise

On ne cessera de souligner l’implication du tissu industriel et des « éco-systèmes productifs » dans le cadre de la crise du Coronavirus, montrant combien leur maintien est nécessaire non-seulement en raison des emplois associés, en particulier dans les villes moyennes, mais aussi pour des raisons auparavant sous-estimées comme la santé publique. Face aux pénuries de matériel médical et d’équipements de protection, nombre d’usines se sont organisées pour réorienter au plus vite leur ligne de production afin de rendre disponibles du gel hydro-alcoolique, des masques, des respirateurs artificiels, des sur-blouses... Cette réactivité du tissu productif s’est dans de nombreux cas opérée de façon décentralisée, à l’échelle du bassin industriel ou de la région, conduisant à un doublement de la production nationale de masques en l’espace de trois mois (info accessible ici).

Les collectivités ont souvent joué un rôle facilitateur, pour trouver des débouchés mais aussi des composants, dont l’approvisionnement a été fortement limité du fait de l’arrêt net du commerce mondial et la fragilisation des chaînes de valeur. Elles ont aussi permis d’établir un état des lieux territorialisé, effectué un important travail d’information, d’écoutes, et d’accompagnement aux côtés des réseaux consulaires ou des fédérations professionnelles.

Dans la crise, la coopération entre les différents acteurs publics et opérateurs (Etat, régions, Banque des territoires, BPI, CCI, intercommunalités…) a permis de proposer une palette d’outils assez diversifiée et puissante : chômage partiel, avances remboursables, reports de charges, prêts d’honneurs, fonds de solidarités abondés par les régions et les intercommunalités (accessible ici).

Sur les sites industriels se sont posés des enjeux sanitaires inédits en matière de circulation, d’aménagement des postes, d’horaires de travail… puis indirectement en matière de garde d’enfants, de restauration collective... Une véritable « ingénierie du déconfinement » s’est mise en place au fil de la reprise. Des myriades d’aménagements sont inventés, au plus près des lieux de travail, de vie et de décision, pour éviter d’un « effet boomerang » qui pourrait éloigner encore les perspectives de retour à la normale

 

Contact : n.portier@adcf.asso.fr: l.chevrier@adcf.asso.fr

 

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