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Education : le programme national Cités éducatives est lancé

Les ministères de l’Éducation nationale et de la Cohésion des territoires ont dévoilé le 2 mai les grands principes, le calendrier et les territoires éligibles au nouveau programme des « cités éducatives ». Initialement promue par Jean-Louis Borloo dans son rapport « Vivre ensemble – vivre en grand », la création de communautés éducatives autour de l’école est une opportunité supplémentaire pour assurer la réussite scolaire des enfants.

Pour une meilleure coordination des acteurs et des actions existantes

Partant du constat que l’école ne peut seule résoudre les dysfonctionnements du système éducatif français, dont le creusement des inégalités entre enfants issus de milieux sociaux différents, de nombreux dispositifs ont vu le jour et sont toujours à l’œuvre : projet éducatif local, projet éducatif de territoire, réseau d’éducation prioritaire, programme de réussite éducative, « devoirs faits », contrat local d’accompagnement scolaire…

Portées par le Ministère de l'Education nationale et de la jeunesse, les collectivités locales ou d’autres partenaires, qu’elles soient strictement dédiées aux quartiers populaires (inscrits en politique de la ville) ou plus larges, ces initiatives, très nombreuses, appellent à une meilleure coordination entre acteurs. Il s’agit ainsi de l’ambition première des « cités éducatives ».

En plaçant l’école au cœur d’un écosystème, l’ambition est de faire converger l’ensemble des actions portées par chacun des partenaires pour créer un « continuum de qualité, répondant aux besoins des enfants ». Dans cette perspective, enseignants et équipes éducatives des établissements, collectivités locales, parents, intervenants sociaux seraient réunis pour élaborer et mettre en œuvre une réelle stratégie éducative.

 

Les grands principes d’une cité éducative

L’Etat a dévoilé la liste des 80 territoires aujourd’hui éligibles (plus d’informations ici : https://www.cget.gouv.fr/sites/cget.gouv.fr/files/atoms/files/lesterritoireseligibles_citeseducatives.pdf).

Ces communes sont toutes inscrites en politique de la ville et abritent des quartiers qui rencontrent de très fortes difficultés en matière de réussite scolaire des enfants, d’accompagnement des enfants, de mobilisation des parents et familles.

Ce programme correspond à l’esprit du « pacte de Dijon », élaboré par l’AdCF et France urbaine : une prise de responsabilité accrue de l’Etat en matière d’éducation ; une concentration des moyens et des actions en fonction de l’intensité des problèmes rencontrés ; une meilleure coordination entre Etat (considéré au sens large), collectivités locales et tout autre partenaire utile sur la base d’un projet partagé.

Au-delà de la méthode et du pilotage, les « cités éducatives » feront aussi l’objet d’un suivi et d’un financement spécifiques :

Un programme d’action pluriannuel 2019-2020-2021 sera signé entre tous les partenaires ; une partie de l’enveloppe des crédits spécifiques de la politique de la ville (programme 147) sera réservée ; un « fonds de la cité éducative » sera créé (notamment abondé chaque année de 15 000€ par le ministère de la ville).

Au plan national, un comité d’orientation et d’évaluation suivra la mise en place des premières « cités éducatives » et pourra en tirer des enseignements utiles, dès le second semestre 2019.

A l’échelle locale, la « cité éducative » demandera un pilotage de proximité, articulé autour du chef d’établissement, d’un « cadre de haut niveau pour la collectivité » et d’un représentant désigné par le préfet et, si possible, d’un représentant de la CAF. Un comité de pilotage pourrait ainsi se réunir et mobiliser plus largement l’intercommunalité, le département, la région, des représentants du conseil citoyen, d’associations de parents, d’élèves…

L’Etat souhaite que les « cités éducatives » poursuivent trois objectifs :

  • conforter le rôle de l’école
  • promouvoir la continuité éducative
  • ouvrir le champ des possibles

Pour obtenir ce label, il est proposé aux territoires éligibles d’être « chef de file pour porter le dossier de candidature » avant fin juin 2019.

Le dossier devra :

  • intégrer un diagnostic partagé des enjeux éducatifs du quartier ;
  • proposer une « stratégie éducative ambitieuse et innovante » pour répondre aux trois objectifs cités plus haut ;
  • construire la gouvernance locale et indiquer les engagements de chaque partenaire.

 

La place de l’intercommunalité reste à préciser

Si l’esprit, l’ambition, les objectifs des « cités éducatives » sont à saluer, certains flous demeurent, à la lecture des premiers documents diffusés par l’Etat.

Alors que ce programme vise à renforcer l’action publique en articulant mieux le très grand nombre de dispositifs et d’acteurs, il peut s’avérer contre-productif de créer de nouvelles instances de pilotage en dehors et en plus des instances d’ores et déjà en place du contrat de ville. Sachant que ces dernières ont parfois des difficultés à garder un réel niveau stratégique et politique.

Concernant la phase de candidature, et sans en connaître encore les détails, il serait opportun de laisser une certaine marge de manœuvre aux acteurs des territoires pour présenter leur projet, les enjeux auxquels ils font face, sans trop « formater » leur réponse.

Alors que le « pacte de Dijon » est cité à plusieurs reprises dans la communication des ministères et que les « cités éducatives » s’inscrivent bien dans un contexte de cohésion urbaine et sociale, à destination des quartiers populaires inscrits en politique de la ville, le rôle que peuvent et doivent jouer les intercommunalités n’est pas explicité.

Si la commune reste bien évidemment en première ligne, partenaire privilégié de l’école, les intercommunalités assument désormais des responsabilités qui participent justement au projet éducatif global et que l’on retrouve, fort logiquement, dans les principes des « cités éducatives » :

Qu’il s’agisse des activités péri-scolaires et extra-scolaires, de l’action sociale (comme les centres intercommunaux d’action sociale), du transport scolaire, de la gestion des activités et des équipements culturels et sportifs, de nombreuses communautés d’agglomération et communautés de communes, pilotes d’un contrat de ville, sont aujourd’hui très souvent les autorités compétentes dans ces domaines clés.

C’est aussi le cas en matière de développement économique, donc d’emploi et d’insertion, en lien avec les entreprises locales.

Si les « cités éducatives » sont appelées à s’ancrer dans nos politiques éducatives locales, elles réussiront si elles s’intègrent au projet de territoire, comme élément-clé de parcours de vie des enfants, de l’école maternelle à l’université ou à l’emploi. Et c’est dans ce cadre que l’implication et la plus-value de l’intercommunalité gagneraient à être mieux affirmées.

Plus d’informations : https://www.cget.gouv.fr/sites/cget.gouv.fr/files/atoms/files/vade-mecum_-_les_cites_educatives.pdf

 

Contact : r.briot@adcf.asso.fr

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