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Jean-Luc Rigaut : « La France décentralisée ne peut être qu’une France mieux organisée »

En présence des ministres Jacqueline Gourault et Olivier Dussopt, Jean-Luc Rigaut a exposé dans son discours de vœux, le 22 janvier, devant deux cents personnes, les engagements de l’association au cours des prochains mois. Il a appelé à une refondation en profondeur des relations Etat-territoires à la suite du grand débat national. L’AdCF plaide pour des contrats globaux de territoires d’ici l’été. Retrouvez le discours du président de l’AdCF.

Extraits des vœux du président de l’AdCF 22 janvier 2019

(…)

Votre présence témoigne des soutiens dont bénéficient l’intercommunalité et son porte-parole : notre chère AdCF. C’est une chance précieuse que d’être aidés à faire bouger les lignes. Ce n’est pas toujours simple. Mais nous avons le cuir épais.

L’intercommunalité est loin d’être un fleuve tranquille. Les bouleversements des derniers mois ont suscité des crispations ici ou là, c’est une évidence. Pour autant, comment ne pas voir tout ce qu‘elle apporte au quotidien à nos territoires. C’est elle, j’en ai la conviction, qui leur donne des capacités d’agir. La France décentralisée ne peut être qu’une France mieux organisée. Alors mieux d’intercommunalité certainement. Mais moins d’intercommunalité, certainement pas. « Même pas en rêve » comme disent nos enfants.

Je veux rendre un hommage appuyé à tous ces élus de bonne volonté qui, sur le terrain, font avancer la coopération intercommunale au quotidien, portent nos valeurs de solidarité. L’AdCF n’existerait pas sans la richesse de son réseau d’adhérents, fidèles, impliqués, exigeants.

30 ans d’AdCF

En 2019, l’AdCF soufflera ses trente bougies. Nous proposerons un événement spécifique pour l’occasion. Trentenaires, cela nous donne un coup de jeune !

Nous allons surtout préparer les grands rendez-vous avec nos concitoyens qui nous attendent dans quelques mois.

L’AdCF prendra des initiatives cette année pour mieux faire connaître l’intercommunalité. Nous avions vu, dans notre sondage de l’automne, que nos compatriotes veulent en savoir beaucoup plus.

En évoquant ces sujets, je m’adresse à tous nos partenaires, et spécialement nos amis de la presse. Beaucoup d’entre vous font déjà un remarquable effort d’explication. Mais il nous reste beaucoup à faire ensemble pour informer le plus grand nombre.

Les élus entrent dans la dernière phase de leurs mandats. Beaucoup d’entre eux – et c’est dans la logique même du renouvellement démocratique – passeront les rênes après de bons et loyaux services.

Veillons donc à faire émerger des vocations pour les futures mandatures. Nous aurons besoin d’énergies nouvelles, de davantage de femmes, de jeunes, actifs, de personnes issues de milieux diversifiés, portant des expériences multiples.

Le grand débat national

Je voudrais maintenant évoquer l’actualité plus immédiate. Nous avons tous été très éprouvés par les tensions sociales et les affrontements qui ont escorté la crise des « gilets jaunes ».

Il y a un an, j’espérais que l’accent soit mis en 2018 sur la cohésion territoriale. C’était un vœu et non une prophétie ! Je ne peux que regretter que les réponses ne soient pas venues à temps.

Les fractures sociales et géographiques qui s’expriment avec la crise actuelle viennent de loin. Nous les sentons se creuser depuis le début des années 2000. Chacun a ses mots pour les qualifier ou les interpréter. Nous retrouvons ce qu’un historien anglais a appelé les « passions françaises », qui nous plongent, souvent lorsque l’on ne s’y attend pas, dans des temps de convulsion.

Nous devons condamner les débordements et les violences, mais on ne saurait pour autant rester sourd au malaise de nos concitoyens, des catégories les plus modestes ou les plus exposées aux mutations contemporaines. Le sentiment de déclassement social et territorial est réel. Pour beaucoup, l’avenir se ferme.

Le grand débat national qui s’est engagé la semaine dernière est un pari important. Les rendez-vous se multiplient à travers le France. Ce débat suscite de l’intérêt pour beaucoup de nos concitoyens. D’autres sont plus sceptiques mais c’est un peu normal ; le scepticisme est l’un des produits qui se vend le mieux en France.

En tout état de cause, maintenant qu’il est lancé, nous souhaitons que ce grand débat soit utile. Il doit être une réussite, qu’il permette de remobiliser notre société et de refonder notre pacte républicain.

Nous aurons, quelques semaines après l’issue du grand débat, des échéances électorales majeures sur l’avenir de la construction européenne, très assombri lui aussi. Des choix décisifs s’imposeront.

Nous jouons donc serré en ce premier semestre. Nous le savons tous ici. Notre responsabilité de pouvoirs publics et de corps intermédiaires est de contribuer à l’apaisement du pays. Nous devons nous aussi proposer et apporter des solutions.

J’en suis persuadé, le grand débat national peut être une opportunité sans précédent pour que notre pays se connaisse mieux lui-même. Il doit être un moment de vérité entre les Français.

Il doit aussi nous servir à refonder le consentement à l’impôt, sujet toujours difficile en France. Nous avons le record mondial des prélèvements obligatoires, dans un pays qui, de Turgot à Joseph Caillaux ou aux Bonnets rouges, a multiplié au cours de son histoire les frondes et les jacqueries.  

Nous plaidons à l’AdCF pour une fiscalité équitable et juste, fondée sur des assiettes adaptées aux capacités contributives de chacun. Le grand débat doit être l’occasion de voir comment financer nos services publics et notre modèle social. Ils sont au cœur de notre cohésion. Nos compatriotes y sont attachés. Mais nous pouvons encore en améliorer l’efficacité générale.

Nous aurons surtout besoin de retrouver le chemin de la croissance après une décennie de vaches maigres. La grande crise nous a fait très mal, plus que nous le pensons. C’est pour cela que l’AdCF s’est beaucoup investie sur les questions économiques ces dernières années, avec l’appui précieux de la Caisse des dépôts..

L’AdCF est pleinement engagée avec Régions de France dans la démarche « Territoires d’industrie ». Nous y croyons pleinement. Depuis plusieurs mois, nous sillonnons la France sur ce sujet en mobilisant les territoires. Notre pays doit renouer avec son ambition industrielle, et la penser en cohérence avec notre transition écologique.  Nous devons accompagner la croissance de nos PME et de nos ETI, soutenir l’innovation, reconstituer nos compétences, attirer des investisseurs. Il n’aura échappé à personne que les bassins d’emplois en déprise industrielle ont figuré parmi les hauts lieux des contestations sociales. Ils se sont sentis abandonnés. 

Nous appelons également à une relance volontariste de l’investissement public. Nous en avons discuté encore ce matin avec Bruno Cavagné. C’est l’un de nos leviers de croissance essentiels.

Le mandat en cours a aura été marqué par une chute très grave de l’investissement. La reprise des derniers mois a été tardive, faible. Nous savons à quelle vitesse nos équipements et bâtiment publics, nos routes, nos écoles, nos ouvrages d’art, nos réseaux d’eau et de transport… se dégraderont si nous n’investissons pas.

Notre panne d’investissement est d’autant plus regrettable que nous sous-consommons nos enveloppes de fonds européens.

Pour des assises territoriales 

Dès le début de la crise, nous avons souhaité agir sur la cause première du récent mouvement social : les dépenses contraintes des ménages et les difficultés de « fins de mois ». Nous avons évoqué le tryptique Logement-mobilité-énergie. C’est dans les territoires qu’il faudra trouver des solutions, nous en sommes convaincus.  

A l’issue des multiples débats qui auront lieu dans nos communes et nos intercommunalités, il faudra un grand rendez-vous centré sur les réponses à apporter au niveau local.

Ce sera l’occasion, j’en suis convaincu, de repenser notre contractualisation territoriale. Vous savez que nous appelons depuis des mois à cette refondation. Des contrats globaux, transversaux, pluriannuels, constitués de volets opérationnels thématiques. Logement, économie, transports, environnement, numérique, services publics, santé...

Nous pensons que c’est cette nouvelle « grammaire » des relations Etat-collectivités qu’il faut inventer. (…) Si le projet d’agence nationale de la cohésion des territoires a du sens, c’est pour remédier à cela. (…) Mais d’un « ensemblier » des politiques territoriales de l’Etat.

Nous avons crû très sérieusement aux annonces de « pactes girondins » et à la notion de « République contractuelle » qui ont été annoncés en début de quinquennat.

Le grand ministère de la cohésion des territoires et des collectivités dont vous avez la charge depuis quelques semaines, Madame la ministre, est pour nous porteur d’une évolution en profondeur. Nous en attendions la création. Il doit aider notre pays à sortir de la crise actuelle par l’action et la mobilisation de tous.

C’est à partir de nos projets de territoires, des stratégies locales, élaborés en lien de plus en plus étroit avec nos forces vives et nos concitoyens, qu’il sera possible de sortir de la crise.

Nous avons, sur ce mandat, encore un gros semestre pour agir. Dès l’automne prochain, nous serons accaparés par les échéances électorales.

C’est pourquoi nous voulons acter des feuilles de route contractuelles d’ici l’été. A l’issue du grand débat national, nous appelons à des assises territorialisées, à l’échelle de nos bassins de vie et d’emploi, pour synthétiser les échanges et les attentes. Nous devrons entrer dans l’heure des réponses et des solutions. Nous allons y travailler.

(…)

Avec nos amis du « pôle Joubert » comme le GART, France urbaine, les agences d’urbanisme, l’association nationale des pays et PETR, la fédération des SCOT, AMORCE… (dont je salue les représentants) nous travaillons étroitement à ces nouvelles contractualisations. Nous voulons aussi contribuer à renforcer les liens de solidarité entre nos bassins de vie, entre nos agglomérations et nos ruralités, entre nos métropoles et nos arrière-pays.

Il faut répondre sans tarder à cette fracture qui tend à se creuser entre les grands pôles de croissance et les espaces délaissés. L’opposition de la France des métropoles à la « France périphérique » est bien sûr trop schématique et simplifie à l’excès nos réalités territoriales. Mais elle reste quand même évocatrice des ruptures à l’oeuvre entre des « gagnants » et des « perdants ». Des solidarités nouvelles doivent être proposées sans tarder.

Nous voulons porter de nouvelles « entraides » entre les territoires, parler la langue de la coopération et des alliances stratégiques, plus que d’exacerber les compétitions agressives. Pour cela, nous avons besoin d’une nouvelle stratégie nationale de cohésion des territoires. (…)

Retrouvons-nous au printemps autour d’une nouvelle ambition collective. Montrons que nous n’oublions aucun territoire, que nous avons entendu ceux qui se pensent les « invisibles » ou les « oubliés » de la République. C’est le message qu’entendent porter les intercommunalités de France.

Je vous remercie.

 

Accéder à la version complète du discours de voeux 2019 de Jean-Luc Rigaut, Président de l'AdCF

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