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Formation professionnelle et territoires Retours sur le colloque du CNAM

La formation tout au long de la vie constitue un enjeu stratégique majeur à partager plus efficacement entre acteurs publics territoriaux et établissements d’enseignement supérieur. Un colloque, organisé le 25 octobre au CNAM, et dont l’AdCF était co-organisatrice, a permis de l’illustrer et de mettre en évidence des convergences nouvelles entre territoires et universités. Si les thèmes envisagés sont nombreux dans le domaine de la formation professionnelle, ils demandent à être travaillés ensemble pour le développement des capacités des territoires.

Depuis 2012, un collectif de cinq associations de décideurs publics locaux (AdCF, Villes de France, l’Association des villes universitaires de France, France urbaine et la FNAU), travaille en relation étroite avec la Conférence des présidents d’universités (CPU) et la Banque des Territoires-CDC. Ce partenariat s’est constitué en réseau actif, autour d’évènements réguliers, pour promouvoir la convergence des ambitions des territoires et de l’enseignement supérieur. Une convention entre les partenaires a été signée pour formaliser ce partenariat début 2018.

Dans son programme de travail, le colloque du 25 octobre, accueilli par le CNAM, a abordé pour la première fois la question de la formation professionnelle. Le contexte était favorable à cette initiative à différents égards.

La formation professionnelle tout au long de la vie (initiale et continue) constitue un chantier prioritaire du Gouvernement d’Edouard Philippe. De fait, ce secteur va connaître une profonde réorganisation et un développement nouveau compte tenu des besoins anticipés des entreprises (numérisation/ digitalisation, industrie 4.0, intelligence artificielle, redéfinitions des compétences…). Surtout, les évolutions du monde du travail semblent indiquer que chacun, à l’avenir, aura à repasser par la case « formation » tout au long de de sa vie professionnelle, qu’il s’agisse de valider les acquis de l'expérience (VAE) pour obtenir une certification professionnelle, d’accéder à des mises à jour des connaissances et savoir-faire ou de développer des compétences nouvelles. L'enjeu est à la fois de développer des mobilités professionnelles mais aussi de sécuriser des parcours professionnels. 

L'accès aux qualifications professionnelles est aussi l'objectif du plan d'investissement dans les compétences (doté de 15 milliards d'euros sur 5 ans), piloté par le Ministère du travail et qui s'adresse aux personnes sans qualifications ou peu qualifiées

En ce moment, de nombreux bassins d’emploi constatent des difficultés croissantes de recrutement dans certains métiers et compétences, que celles-ci soit « rares » ou « traditionnelles». Cette situation peut limiter le développement des entreprises et elle inquiète les acteurs économiques et les élus locaux. L’intercommunalité devient un partenaire des entreprises au niveau territorial pour évoquer ces problèmes et trouver des solutions, en liaison avec l’éducation nationale, l’université, les régions, les organismes de branche. C’est un fait que de plus en plus de chefs d’entreprise se tournent vers leurs intercommunalités pour partager leurs préoccupations et les aider à renforcer l’attractivité du territoire en direction des mains d’œuvre qualifiées.

Enfin, pour les universités, la formation professionnelle est une activité à la fois naturelle et marginale. Cette activité est perçue, de plus en plus, comme un axe stratégique possible pour le développement des universités (et leur solidité financière) mais aussi pour leur enracinement dans les territoires qui les accueillent.  Avec plus de deux millions d’étudiants, les universités constituent, par leur maillage territorial, un acteur central, au côté des écoles, dans la montée en capacité des territoires.   

C’est sur la base de ce diagnostic général que la journée du 25 octobre a été construite. Il s’agissait d’une part de faire un point sur les éléments d’actualité de la formation professionnelle et, d’autre part, de dresser un premier état des lieux  de ce que font les acteurs (territoires et universités) dans ce domaine.

 

Les débats

Après le mot d’accueil d’Olivier Faron (administrateur général du Conservatoire National des Arts et Métiers -CNAM, qui accueillait la manifestation-, et vice-président  de de la commission formation et insertion professionnelle de la CPU) la matinée a permis de faire un tour d’horizon des évolutions  qui affectent le « marché » de la formation professionnelle.

Guillaume Houzel, directeur des programmes, Plan d’investissement dans les compétences (ministère du travail / Haut commissariat à la transformation des compétences) a présenté le Plan d’investissement dans les compétences du Grand Plan d’investissement. Il a précisé les « champs » sur lesquels les territoires et les universités pouvaient avoir intérêt à envisager une action (la « formation des formateur »s, l’accompagnement par la formation de l’ « initiale » à la professionnelle, du bac -2 au bac +2, etc).  Surtout il a pu mettre en avant que le plan s’ étalant de manière assurée et financée sur quatre années, il permettait aux acteurs de s’organiser autour de ses objectifs et de lancer en profondeur un nouveau rapport aux enjeux de la formation, c’est le pari du gouvernement.

Dans un  second temps Gilles Bensaïd, directeur des partenariats du CNAM a présenté le projet de loi de réforme de la formation professionnelle (dit « liberté de choisir son avenir professionnel »). Après un rappel des objectifs de la réforme, du nouveau périmètre des acteurs et des conséquences pour les « offreurs » de formation professionnelle, notamment pour les établissements d’enseignement supérieur, M Bensaïd a mis en avant les certaines pistes d’action où les territoires trouveraient utilement à s’investir compte tenu de cette réforme (retrouver sa présentation ici).  

Le troisième et dernier temps de la matinée  était une présentation par le cabinet Wavestone de l’étude réalisée pour le compte de la Caisse des Dépôts : « Etude de marché sur l’offre de formation tout au long de la vie (FTLV) des universités dans une société transformée par le numérique ». Cette étude a permis de mettre en partage un certain nombre d’ordres de grandeur de l’activité « formation professionnelle » des universités et de s’approprier certaines manières de réfléchir. Il ressort aussi de ce travail que si la formation professionnelle peut constituer une opportunité pour les universités cela n’est possible qu’au prix d’un certain nombre de choix clairs et soutenus dans la durée de la part des universités, les territoires pouvant être de partenaires à rallier dans cette stratégie.

L’après-midi a permis de donner, lors d’une table ronde, la parole aux territoires (régions et intercommunalités) et aux universités pour présenter un échantillon de ce qui se fait aujourd’hui en matière de soutien à la « formation professionnelle », puis le second temps de cette table ronde était consacré à la manière dont les acteurs percevaient les risques ou les opportunités des évolutions du contexte légal et réglementaire qui avaient été  présentées lors de la matinée. Carole Tuchszirer, chercheuse au Lise et au Centre d’Etudes de l’Emploi et du Travail – CEET, CNAM a introduit cette table ronde et participé à son animation. Denis Leboucher (Directeur  « Formation tout au long de la vie », au sein du conseil régional de Normandie), a présenté la position des régions et les actions, menées en Normandie. Laurence Ricq (vice-présidente de l’Université de Franche-Comté, directrice formation continue) et Josselin Barré (Directeur du pôle développement FPC et relations extérieures, Université d’Aix-Marseille) donnaient un aperçu assez complet des actions que les universités (grandes ou « petites ») peuvent mener en matière de formation professionnelle ; qu’il s‘agisse de formations  « de pointe » ou de masse, filière longue / courte, en lien avec une ou plusieurs entreprises, dans une stratégie de long terme ou d’opportunité…

Daniel Vailleau (vice-président de la communauté d’agglomération de la Rochelle en charge de l’enseignement supérieur et de l’université) et Soléne André (chef de projets universités, partenariats et grands équipements, délégation développement économique, emploi et savoirs à la Métropole de Lyon) ont pu présenter les différentes actions et modalités d’action de leur territoires dans le secteur de la formation professionnelle aux échelles pertinentes de l’agglomération de la Rochelle d’une part et de la Métropole de Lyon d’autre part.

L‘affluence exceptionnelle des participants à cette journée suffit à montrer que l’enjeu de la formation professionnelle est perçu comme stratégique par les universités mais aussi par les territoires. Ceux-ci veulent « entrer dans le jeu » mais de manière utile et constructive pour accompagner tant les entreprises que les salariés dans la voie d’un renforcement de leurs compétences professionnelles.

 Le contexte actuel de réorganisation de la formation professionnelle est propice à un « positionnement » des intercommunalités dans le réseau des acteurs de la formation ; en facilitateur, en relai de territorialisation des diagnostics, des besoins des entreprises et des politiques publiques qui seront menées. 

Contact AdCF : e.lebot@adcf.asso.fr

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