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Entreprises et territoires : Journée des Présidents d'agglomérations et de métropoles

Organisée par l’AdCF le 30 mai dans les locaux du CGET, la 13ème Journée des présidents d’agglomérations et de métropoles, était consacrée au développement économique et à la revitalisation industrielle des territoires. Avec un objectif : organiser un dialogue entre décideurs publics locaux ou régionaux et entrepreneurs. Retour sur les deux tables rondes de la matinée.

En ouverture de cette journée qui a mobilisé près de 200 participants, dont les représentants issus d’une centaine d’agglomérations et métropoles différentes, le président de l’AdCF Jean-Luc Rigaut, a souligné l’importance accordée par l’association aux activités productives et à leur rôle d’entrainement sur les économies locales. Il a insisté sur les efforts fournis par les intercommunalités pour contribuer à la revitalisation industrielle du pays et a proposé un nouveau « pacte productif » aux acteurs économiques.
Deux tables rondes ont permis de confirmer cette approche ambitieuse en donnant la parole à des chefs d’entreprises représentatifs du monde industriel, à des présidents de régions et des présidents d’agglomérations et de métropoles.

La première table ronde a permis de dresser un état des lieux synthétique et de partager des convictions sur ce que peuvent faire les territoires pour aider au « redressement productif ».

Bruno Grandjean, président de Redex  -ETI industrielle-, président de la fédération des industries mécaniques et président de l’Alliance Industrie du Futur  a expliqué pourquoi un redressement productif était possible. L’Alliance Industrie du Futur aide les entreprises françaises à s’engager sans retard dans la nouvelle révolution industrielle qui allie numérique, robotique et créativité. Il signale qu’il existe une véritable « volonté d’industrie » dans certains pays (la Chine en particulier), qui perçoivent l’industrie comme étant la source de la prospérité et aussi un moyen d’assurer un leadership international. Pour Bruno Grandjean « les services ne peuvent pas remplacer  l’industrie ». Le document de travail proposé par l’AdCF doit selon lui, faire date car il donne une vision essentielle des enjeux et révèle un nouveau regard des acteurs publics sur les activités de production.
 
Carole Delga, présidente de la région Occitanie, a souligné la bonne santé du secteur industriel en Occitanie (forte création nette d’emplois en 2017) particulièrement dans l’agro-alimentaire et l’aéronautique. De fait, la région mène une politique active de soutien à la structuration des filières et des entreprises et porte un regard attentif aux impacts sur l’aménagement des territoires,  notamment dans les bassins ruraux, qui ont développé une véritable culture industrielle. La question de l’équipement du territoire reste décisive (centre de formation, réseaux de THD, routes…) mais doit être complétée par un esprit d’entreprise et des innovations. L’industrie propre, les énergies renouvelables sont des filières en cours de construction. La région Occitanie y voit les emplois industriels de demain.
Elisabeth Ducottet (PDG de Thuasne, une ETI à dimension mondiale, membre de la « Fabrique de l’industrie ») a expliqué vouloir refuser le « défaitisme »  qui a pu être ressenti à propos de l’avenir de l’industrie française. La clef repose selon elle sur l’investissement constant dans l’entreprise et son outil de production. Le « site France » doit être compétitif a-t-elle rappelé, en indiquant qu’au sein de sa propre société il lui revient d’arbitrer entre ses différents sites d’implantation pour produire tel ou tel produit.
Sur son territoire, Philippe Rappeneau (président de la communauté urbaine d’Arras) se veut à l’écoute des entreprises avec pragmatisme. Il faut « valoriser les forces du territoire sans cacher ses faiblesses ». A cet effet, la communauté urbaine a équipé les zones d’activités en THD, une cellule unifiée regroupant la CCI, l’Etat et les services de la communauté a été mise en place pour traiter rapidement et simplement les demande d’implantation des entreprises.
Frédéric Sanchez (Président de Rouen Métropole) a signalé que la situation se redresse peu à peu dans son territoire, mais l’industrie continue détruire des emplois. Pour autant l’industrie conserve un rôle central dans l’activité du territoire. Les pouvoirs publics doivent travailler sur la perception de l’activité industrielle qui est souvent ressentie comme dangereuse et polluante (« c’est un peu repoussoir » a déclaré Frédéric Sanchez). Concrètement l’agglomération mène des expérimentations avec des acteurs locaux, par exemple sur le véhicule autonome. Elle a connecté toutes les zones d’activité à la fibre optique. Sur les enjeux fonciers  il souligne l’extrême longueur des processus pour réaliser une zone d’activité en recyclant du foncier pré-existant ; les délais atteignent classiquement 8 ans, un délai aberrant qui souvent oblige à renoncer à accueillir certains projets industriels. La résorption des friches industrielles reste ainsi un enjeu fort qui doit être partagé par les autres intercommunalités de la vallée de la Seine. De même le réseau de THD pose en Normandie une question spécifique car l’industrie est diffuse, dispersée, ce qui impose de trouver des solutions communes. Part ailleurs, le président de Rouen métropole souligne que le mode de vie urbain génère des rythmes nouveaux et une mobilité professionnelle en évolution, les agglomérations doivent s’adapter aux besoins des salariés (ouverture de tiers lieux). Bruno Grandjean a rejoint Frédéric Sanchez : les collectivités doivent s’investir dans des actions concrètes comme la connexion au réseau THD ou l’aménagement des dispositifs de sécurité incendie des zones d’activité, mais il veut aussi mettre en avant la nécessité de l’ « intelligence collective ». Les élus locaux doivent comprendre les contraintes de l’entreprise et prendre à bras le corps la question de la compétitivité. Il y a un besoin de confiance de la part des chefs d’entreprises qui ne sont pas demandeurs d’aides. Le président de Redex a souligné la nécessité de se comparer aux bonnes pratiques étrangères, particulièrement allemandes.
En région Occitanie, le SRDEII permet en partie cette  convergence des acteurs, du moins celle de la région et des intercommunalités. Un guichet unique est mis en place dans un « univers partagé » où chacun sait « qui fait quoi ? » a dit Carole Delga. Sur les questions foncières, la région est active à travers son agence dédiée qui travaille avec les intercommunalités.  S’appuyant sur des cas concrets Elizabeth Ducottet a déploré que les règlements et autorisations d’urbanisme soient illisibles et incompréhensibles pour le chef d’entreprise. Plus grave, elle a mis en avant la disparition de certaines formations à des métiers dont elle (et d’autres entreprises) ont encore besoin (elle donne l’exemple des « tricoteurs »).  Ce type d’erreur est « grave » a-t-elle conclu. Mais elle a souhaité souligner aussi les raisons d’espérer. Son entreprise est bien ancrée dans son territoire. Elle a signé des partenariats avec le CHU pour des expérimentations, elle peut aussi s’appuyer sur l’Ecoles des Mines et l’école de design de la métropole de Saint-Etienne. Elle sait pouvoir compter sur les élus. Ce soutien de l’éco-système local lui donne des raisons d’espérer.
Lors des échanges avec les participants, plusieurs sujets ont rencontré un écho important, tout particulièrement le foncier (Frédéric Sanchez proposant d’en faire un sujet d’expérimentation réglementaire et législatif, à travailler avec l’AdCF, cette idée sera reprise lors de la deuxième table ronde par Xavier Bertrand). Cette question de la lourdeur des procédures a été mise en avant par plusieurs territoires (communauté de Saint-Lô, Grand-Orly Seine-Bièvre, Vitré, Métropole de Rennes, la région Hauts de France…).
Pierre Méhaignerie (président de la communauté de Vitré, territoire dont le taux de chômage est extrêmement faible) est intervenu afin d’appeler à l’action des collectivités pour réhabiliter les métiers industriels, les métiers manuels et à s’investir sur les questions de formation. Pour l’ancien ministre, rien ne sert de tout attendre l’Etat, dans la mesure où les élus locaux « ont les clefs ! ». Par ailleurs, il pense que la modération fiscale reste un point central pour l’attractivité des territoires. Cette question a été aussi évoquée rapidement par Bruno Grandjean, plus spécialement le versement transport dont le « rendu » n’est pas toujours évident pour les entreprises. D’autres élus de territoires ont souligné la nécessité d’avoir une vision globale des coûts et de la compétitivité (Métropole de Rouen, agglomération de Seine Eure). Il a été rappelé par l’AdCF que les impôts économiques locaux acquittés sont concentrés sur peu de contribuables, et pèsent sur les entreprises les plus exposées à la concurrence mondiale - la suppression de la taxe professionnelle et son remplacement n’y ayant rien changé. Un débat doit avoir lieu sur ce déséquilibre pour envisager, à produits fiscaux constants, une répartition plus équitable de la charge fiscale entre secteurs d’activités « exposés » et « abrités ».  L’AdCF a par ailleurs fait état de désaccords avec les chiffrages réalisés par Bercy sur la fiscalité de production dans le cadre des travaux du Conseil national de l’industrie.
Enfin, a été évoquée lors des échanges avec la salle, l’importance de susciter des véritables regroupements d’entreprises, via les dynamiques de « clusters » ou de « grappes ». «Il faut créer de véritables communautés d’entreprises pour les aider à vaincre leur isolement et leur permettre des alliances ».
 La seconde table ronde a permis de dresser les perspectives de l’industrie et des partenariats à construire pour soutenir son développement.
 Pierre Veltz (ingénieur, sociologue, économiste, ancien président de l’Etablissement public de Paris Saclay, ancien directeur de l’Ecole des Ponts, grand prix de l’urbanisme 2017) travaille sur le concept d’hyper-industrie  qui permet de redonner à l’industrie son poids réel dans l’économie. Cette notion permet aussi de mettre en évidence la transformation de l’industrie qui est la force motrice d’une forte valeur ajoutée externalisée ; l’industrie occupe une place irremplaçable dans la chaîne de valeur des biens et produits mis sur le marché. De cette analyse il ressort notamment que les services qui participent de cette chaîne de valeur globale doivent être eux aussi compétitifs (y compris les services publics). Il faut ainsi se doter d’une approche globale de l’éco-système.
L’économie de la fonctionnalité qui valorise l’usage de l’objet plus que sa propriété constitue une révolution possible, les industriels devenant fournisseurs de services. Les moteurs actuels de la croissance économique sont centrés autour de l’homme, de l’humain (loisirs, santé, alimentation/bien être, mobilités, éducation). La digitalisation de nombreux métiers et secteurs est en cours, stimulant les créations d’entreprises de la « Tech ». Mais il faut que le numérique permette de « raccrocher » ces domaines d’activité avec  l’économie traditionnelle et notamment l’industrie, des « ponts » doivent être construits. Le territoire est un terrain d’expérimentation permettant ce rapprochement, il devient laboratoire. Pour Pierre Veltz la coopération inter-territoriale est essentielle, elle peut en particulier faire florès dans le domaine des énergies renouvelables ou celui du numérique.
A la suite de Pierre Veltz plusieurs participants à la table ronde souligneront que la « Tech » fait l’objet de la part des pouvoirs publics d’une attention qui semble parfois disproportionnée, elle ne pèse pas grand chose en termes d’emplois et ses entreprises comparativement aux usines, sont très volatiles, il convient donc de rester actif mais prudent.
Xavier Bertrand porte haut les ambitions industrielles pour la région « Hauts de France » qu’il préside. La stratégie de la « 3ème révolution industrielle » définie par son prédécesseur est maintenue. Selon lui un « bon élu est un élu qui booste l‘activité et fait baisser le chômage ». Sa priorité est claire : la région dispose d’un leadership sur la compétence de développement économique, elle doit travailler avec les intercommunalités et notamment les métropoles. Mais il a souligné l’importance que la métropole travaille efficacement avec les intercommunalités.
La région doit apporter des services aux entreprises, se comporter vis-à-vis d’elles comme une entreprise de « B to C » dont le client final serait l’entreprise.  De manière générale, Xavier Bertrand souhaite que le droit à l’expérimentation soit réellement mis en place. Cela peut être un formidable levier de développement mais pour cela, il faut bien préciser les mesures qui doivent être prises pour limiter la responsabilité professionnelle et personnelle des préfets départementaux et régionaux  sur ces questions.
Evoquant la métropole de Rennes, Emmanuel Couet a mis en avant le poids souvent méconnu de l’emploi industriel. La métropole veut préserver et développer cet emploi. Il craint que la métropolisation de l’emploi, constatée ces dernières années, concerne aussi l’emploi industriel ; les industriels recherchant la proximité des lieux de l’innovation plus fortement concentrés dans les grandes villes.
Le territoire rennais rayonne sur sa périphérie, le ruissellement n’existe pas naturellement (Emmanuel Couet parle de mouvement « descendant voire condescendant ») et les métropoles ne sont pas prédatrices des emplois des autres territoires. Il faut une co-construction du développement dans un rapport d’égalité entre intercommunalités (même si le déséquilibre en terme d’ingénierie est souvent criant). La métropole de Rennes a ainsi signé une convention d’application du SRDEII avec la région ce qui permet d’optimiser la coopération entre les territoires sur les questions économiques. Un vrai guichet unique à destination des entreprises a été mis en  place par tous les acteurs (région, CCI et métropole). Pour lui les collectivités doivent aussi être actives dans le soutien aux entreprises à travers la commande publique.
Pierre Goguet (président de CCI-France) a défendu que l’idée de l’intelligence collective est « toujours supérieure à l’intelligence individuelle ». Il s’appuie sur son expérience à la tête de la CCI de Bordeaux Gironde pour déplorer l’insuffisance des collaborations au sein et entre les organisations et les territoires. Il souhaite rassembler les bonnes pratiques. Dans ce but, CCI-France vient d’inaugurer CCI-store, une plateforme de solutions web pour les entrepreneurs. Ce nouvel outil rassemble toutes les applis numériques (consulaires ou non) qui peuvent servir à un chef d’entreprise dans chacune des étapes  de son entreprise (création, croissance, reprise…). CCI France souhaite ainsi accélérer la transition digitale des entreprises ce qui constitue l'un des enjeux du développement économique des territoires.
Plusieurs acteurs, à la suite de Bruno Grandjean, ont appelé à la nécessité, notamment pour les intercommunalités, de défendre et de promouvoir l’industrie dans toutes ses dimensions (ses métiers, son impact macro-économique, ses résultats en matière d’aménagement du territoire, …). Une mission que l’AdCF entend porter avec d’autres comme l’indique le document de travail remis aux participants et mis en discussion ; un document intitulé « pour un pacte productif, les territoires s’engagent » et qui sera mis en débat et formalisé lors de la  convention nationale de l’AdCF les 3, 4 et 5 octobre prochains à Deauville.

En conclusion de la matinée, Serge Morvan nouveau commissaire général à l’égalité des territoires (CGET) a exposé sa vision de ce que pourrait être l’Agence nationale des territoires ; le Premier ministre lui ayant confié la mission de préfigurer l’agence. L’Etat doit être facilitateur des ambitions des territoires. L’agence n’aura d’intérêt que si elle simplifie l’action des services de l’Etat et des collectivités. Il faut aussi unifier les modes d’action. L’agence pourrait être une sorte d’ « opérateur des opérateurs » de l’Etat. Elle doit simplifier les procédures et les échanges, accélérer et accompagner les projets. Elle doit être déconcentrée dans son action car elle part des projets politiques des élus. Il faut éviter les appels à projets systématiques, une démarche qui est souvent une forme de centralisation des décisions à travers les  critères choisis pour la sélection des candidats. Il faut une ingénierie qui s’inscrive dans le temps dans les territoires.
 

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