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Systèmes urbains et métropoles : un regard renouvelé sur la France des villes

La DATAR a récemment consacré deux études aux dynamiques urbaines françaises intitulées « Quelles métropoles en Europe ? » et « Les systèmes urbains français ». des synthèses de ces travaux ont été mises en ligne sur le site de la délégation. En révisant les méthodes et les catégories d’analyses des agglomérations, elles donnent à voir les territoires et les flux de façon inédite. Les nouveaux regards proposés constituent des outils d’aide à la décision précieux qui gagneront à être mis en débat avec les collectivités.

Le « comportement » métropolitain des villes françaises en Europe

La fameuse « dorsale européenne », plus communément désignée sous le terme imagé de « banane bleue » était l’une des conclusions fortes issues des travaux fondateurs sur l’analyse des villes européennes conduits dès 1989 par l’équipe du géographe montpelliérain, Roger Brunet. Il s’agissait alors de l’une des premières tentatives pour décrire et hiérarchiser de façon quantifiée le système des grandes villes européennes. Pour la Datar, commanditaire de ces travaux, l’enjeu consistait à situer les villes françaises en Europe dans un contexte d’intégration économique et politique en pleine accélération.

En 2003, l’école montpelliéraine de géographie était à nouveau mandatée par la DATAR pour actualiser ces travaux. S’inspirant des options méthodologiques de Roger Brunet, Céline Rozenblat et Patricia Cicille s’étaient alors bien entendu intéressées aux phénomènes de « stock » (concentration de population et richesses) mais également aux environnements propices au développement métropolitain (université, culture, fonctions d’accueil), ainsi qu’à l’intégration dans différents types de réseaux (transport, recherche, connaissance).
Les récents travaux de la DATAR, « Quelles métropoles en Europe ? Analyse comparée », dont une synthèse vient d’être publiée, s’inscrivent dans le prolongement des analyses conduites en 1989 et 2003. Mais plus qu’une actualisation, l’étude coordonnée par le LATTS (Laboratoire techniques, territoires et sociétés) de l’Université Paris-Est, renouvèle le cadre d’analyse à deux titres. Il est tout d’abord intéressant de noter l’évolution sémantique de la « ville » à la « métropole » traduisant la prise en compte d’un périmètre géographique unique et harmonisé à l’échelle européenne : les aires urbaines fonctionnelles (AUF). Les AUF sont délimitées à partir des flux de navetteurs et prennent donc en compte des bassins de vie en intégrant également des espaces périurbains. L’étude couvre ainsi 357 AUF de plus de 200 000 habitants appartenant aux 27 pays de l’Union Européenne étendue à la Suisse et à la Norvège. En France, 47 AUF ont été analysées. La seconde nouveauté apportée par cette étude tient à l’analyse « asymétrique » des échanges et de la position des AUF au sein de toutes sortes de réseaux. Dit autrement, il ne s’agit plus uniquement d’analyser le nombre d’échanges mais également l’intensité et la diversité de ceux-ci, la nature des spécialisations et l’insertion dans les réseaux. Pour ce faire, les chercheurs ont affiné leurs approches sur l’activité économique (estimation de la valeur ajoutée des grands secteurs économiques, élargissement des réseaux d’entreprises multinationales au monde entier), l’accessibilité (mesure « porte à porte », traitement à l’échelle des aires urbaines des échanges de passagers aériens au niveau mondial), etc.
L’étude révèle ainsi quatre grands « blocs » urbains en fonction de leur hiérarchie (poids démographique), de la diversité de fonctions et de l’intensité de l’insertion dans les réseaux :
- les « métropoles majeures », Paris et Londres,
- les « métropoles principales », 24 AUF, principalement des capitales nationales dont aucune française,
- les « aires urbaines au profil moyen mais aux fonctions diversifiées », rassemblant 250 AUF soit 70% des « villes » européennes, dont 45 AUF françaises,
- les « aires urbaines fonctionnelles à orientation économique particulière », 79 AUF.

Au sein des « aires urbaines au profil moyen mais aux fonctions diversifiées », dans lesquelles les villes françaises sont fortement représentées, les chercheurs distinguent des AUF à dominante « affaires » (Lyon, Strasbourg, Marseille, Nice, Toulouse), « recherche » (Grenoble), « services » (Bordeaux et Lille) et « industrie » (Chambéry et Annecy).
A la lumière de l’analyse de leur insertion dans les nouveaux réseaux d’innovation scientifiques, économiques et culturels, la place des villes françaises dans le concert européen reste donc sensiblement la même depuis 1989. A l’image des villes européennes, la corrélation entre poids démographique et rayonnement est également confirmé pour la France. Le poids exceptionnel de Paris reste le principal phénomène explicatif de l’absence de villes françaises dans la catégorie des « métropoles principales » alors que l’Allemagne compte cinq AUF dans cette catégorie, la Belgique en compte 3, l’Italie, l’Espagne et les Pays Bas en comptent 2. Un intérêt complémentaire de cette étude tient à la piste soulevée en conclusion qui suggère de soutenir le développement des métropoles françaises en renforçant leurs relations transnationales avec des villes proches : Lyon et Grenoble avec Genève, Lille avec Bruxelles, Nancy et Metz avec le Luxembourg, etc.

Télécharger la synthèse de l’étude « Quelles métropoles en Europe ? » sur le site de la DATAR 


354 aires urbaines insérées au sein de 26 « systèmes urbains »

Si elles sont en général analysées par des approches qui mettent l’accent sur la concentration de population, d’activités et d’équipements, les villes sont également façonnées par des flux, des réseaux et des relations inter-urbaines. De façon complémentaire à la précédente étude, l’analyse conduite par les chercheurs du laboratoire Géographie Cités pour le compte de la DATAR propose une approche inédite des dynamiques territoriales. En analysant les relations entre les espaces urbains, l’étude se penche sur la combinaison de « lieux » et de « liens », à la jonction du territoire et du réseau.

Partant des 354 aires urbaines françaises définies par l’Insee en 1999, les chercheurs se sont intéressés à l’ampleur et à l’intensité de trois grands types de relations entre ces aires urbaines : la mobilité des personnes, les flux liés aux communications et à la recherche et, enfin, les échanges économiques et financiers. Elle met ainsi en évidence des réseaux d’interdépendances entre les aires urbaines, formant des systèmes urbains à trois échelles distinctes :

- 26 systèmes urbains de proximité ont ainsi été identifiés, intégrant toutes les aires urbaines françaises. Certains de ces systèmes regroupent quelques aires urbaines seulement (5 pour le système d’Auxerre), d’autres sont beaucoup plus vaste (30 aires urbaines pour le système Lyon-Grenoble).
- Les relations transversales « inter-systèmes » montrent assez logiquement le rôle pivot des grandes villes françaises (toujours hors Paris) pour animer les relations entre les 26 systèmes urbains de proximité.
- L’étude des connexions à Paris, caractéristique de l’ensemble des systèmes urbains français, montre que les aires urbaines de taille moyenne entretiennent également des liens privilégiés voire exclusifs avec la capitale. Seuls quelques systèmes urbains très polarisés (Bordeaux, Caen, Marseille, Toulouse et Nice) dérogent à cet arrimage plus polycentrique.

Le deuxième volet de l’étude s’intéresse au degré de métropolisation des systèmes urbains ainsi constitués en détaillant leurs « capacités métropolitaines ». Les chercheurs se sont intéressés à des indicateurs classiques du développement territorial (attractivité, innovation…) mais en privilégiant une approche par les flux.
Or, la principale indication tient à la déconnexion relative entre le poids démographique et l’intensité métropolitaine des systèmes urbains français. Les systèmes urbains de Lille, Bordeaux et Nantes-Saint-Nazaire affichent par exemple des « degrés de métropolisation » identiques malgré des poids démographiques différents.
Cette étude montre que les liens comptent autant que les lieux pour l’appréhension du fonctionnement des territoires, ouvrant des perspectives stimulantes pour la conception de politiques d’aménagement et de développement renouvelées. Les premiers résultats livrés dans la synthèse sont riches d’enseignement pour éclairer les projets de pôles métropolitains et leurs stratégies. S’ils sont quelques fois confortés par les résultats de l’étude, certains projets de pôles métropolitains semblent néanmoins s’inscrire à contre-courant des dynamiques réelles observées par les chercheurs.

Télécharger la synthèse de l’étude « Les systèmes urbains français » sur le site de la DATAR

Contact AdCF : d.denizot@adcf.asso.fr


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