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Développement économique

Vidéo La dynamique des tissus d'entreprises à l'échelle des intercommunalités : un tutoriel en cartes et en chiffres clés

Un tutoriel de l'AdCF, réalisé par OPConseil et IdéalCo, explique pourquoi il est fondamental de privilégier le développement endogène des tissus d'entreprises. Cette vidéo valorise les enseignements du premier numéro de la série dédiée à l'analyse des tissus productifs des intercommunalités, publié dans la collection "Les Notes de l’AdCF".

 

 

Pourquoi analyser la composition et le dynamisme des tissus d’entreprises à l’échelle des intercommunalités françaises ? Tout d’abord, parce que la composition des tissus économiques locaux exerce une influence déterminante sur la dynamique économique des territoires. Les études macroéconomiques démontrent qu’effectivement ce sont plutôt, en règle générale, les grands établissements qui sont les plus producteurs de richesse et qui génèrent le plus de croissance économique. Deuxième point, en règle générale là aussi, ce sont plutôt les grands établissements qui sont les plus compétitifs et qui offrent la plus forte résilience lors d’épisodes macroéconomiques défavorables. Et enfin, il semblerait que ce soit plutôt les entreprises de taille intermédiaire qui soient les plus génératrices de création d’emplois sur l’ensemble des périodes que l’on peut observer.

Autre point fondamental : contribuer à nourrir la réflexion stratégique des décideurs intercommunaux qui sont sans cesse pris en tension entre des choix qui doivent se diriger vers des politiques centrées sur les questions de développement exogène, c’est-à-dire qui cherchent à attirer de nouveaux facteurs de production sur leur périmètre, ou des politiques qui sont centrées sur les problématiques de développement endogène, visant à faire croître les entreprises existantes à l’échelle locale.

Premier constat : la très forte fragmentation du tissu productif français. Effectivement, on peut le constater, à l’échelle locale de l’établissement (au sens INSEE), plus de 83% des entreprises françaises sont des micros établissements, c’est-à-dire composés de moins de 3 salariés ; seulement 11,4% sont des très petites entreprises, c’est-à-dire des très petits établissements composés de trois à neuf salariés ; 5,4% sont de petits et moyens établissements, composés de 10 à 249 salariés; enfin, les très grands établissements (plus de 5000 salariés) constituent une très faible proportion de l’ensemble des établissements composant le tissu économique français.

Ce degré de fragmentation révèle un tissu d’entreprises qui se compose à près de 85% d’établissements regroupant moins de 10 salariés. Cette fragmentation s’observe dans toutes les strates d’intercommunalités. Il est effectivement possible d’observer que les différentiels de composition des tissus d’entreprises restent relativement modérés d’une strate d’intercommunalité à l’autre, et que le poids des établissements de moins de 3 salariés ou de 3 à 10 salariés est relativement similaire selon les différentes strates d’intercommunalité observées. On peut effectivement observer que les établissements de moins de 10 salariés pèsent a maxima 96,1% du tissu d’entreprises des intercommunalités de moins de 20 000 habitants alors qu’a minima il représente 93,4% des établissements des intercommunalités de 200 à 500 000 habitants.

Sur le plan géographique, la structure locale des établissements productifs montre une France coupée en deux, de part et d’autre d’un axe Bordeaux - Genève qui met évidence, au sud de cet axe, une forte densité d’intercommunalités marquées par une très forte fragmentation de leurs tissus d’entreprises, avec une surreprésentation des établissements de moins de 3 salariés ; alors qu’au nord cette surreprésentation a tendance plutôt à diminuer.

En dynamique, maintenant, on peut observer sur une période comprise entre 2008 et 2015 que le tissu d’entreprises au niveau national a progressé à un rythme extrêmement marqué. De l’ordre de 41% sur cette période et ce en dépit de la crise financière internationale (2008) et de la crise des dettes souveraines à partir de 2011. Cette évolution très rapide du tissu d’entreprises concerne l’ensemble des strates démographiques d’intercommunalités. On peut l’observer. Que ce soit les intercommunalités les moins peuplées, que ce soit celles correspondant aux villes moyennes ou les plus densément peuplées… les progressions des stocks d’établissements ont été très rapides. Cependant, bien évidemment, des différences peuvent être observées, entre ces diverses strates démographiques. On peut ainsi observer : que les intercommunalités de moins de 20 000 habitants ont enregistré une évolution de leur stock d’établissements de plus de 36% ; que celles de 20 000 à 50 000 habitants ont enregistré une évolution plus rapide, soit  plus 40,7 %. Alors que celle des strates démographiques supérieures, de 50 000 à 100 000 habitants et de 100 000 à 200 000 habitants comptabilisaient des trends d’augmentation nettement moins rapides et, dans le même temps, les intercommunalités les plus peuplées (plus de 200 000 et plus de 500 000 habitants) observaient des rythmes de progression extrêmement rapides.

Cette courbe de croissance de l’évolution du nombre d’établissements dans les différentes strates d’intercommunalités montre bien qu’il n’y a en réalité pas de relation absolue entre la taille des territoires et les dynamiques de création d’établissements. Ce qui suggère qu’il n’y a pas de relation très fine entre la taille des territoires et leur dynamique économique.

Observons maintenant l’évolution des stocks d’établissements par type d’établissements. On peut voir que s’il y a de fortes différences suivant les types d’établissements en termes de tendance, ce sont majoritairement les micros établissements qui ont porté la croissance du stock d’établissements en France et quelque soit la strate démographique des intercommunalités. La croissance des micros établissements est effectivement boostée par l’apparition du statut d’auto entrepreneur en 2009, ce qui explique très largement cette dynamique globale générale. A contrario, les très petits établissements, composés de 3 à 9 salariés ont enregistré une dynamique nettement plus modérée, de l’ordre de 1,3% en moyenne au niveau national, croissance très disparate selon les strates d’intercommunalités, sachant que l’évolution pour ce type d’établissements a même été négative pour les intercommunalités de moins de 20 000 habitants. Les grands établissements ont été également affectés par la grande récession de 2008-2009. On peut voir que dans deux strates d’intercommunalités, celle de moins de 20 000 habitants et celle des intercommunalités 50 000 à 100 000 habitants, ce type d’établissements a plutôt diminué. Il faut néanmoins être prudent quant à l’interprétation de ces chiffres dans la mesure où ils peuvent être liés à des changements de catégorie et non pas nécessairement à la disparition même d’un établissement.

Observons maintenant la répartition géographique de cette dynamique économique. Premier enseignement que nous montrent les cartes : aucune intercommunalité n’a eu à souffrir d’une baisse de son stock d’établissements au cours de la période 2008 - 2015.

Deuxième enseignement, primordial, c’est qu’apparaissent des pôles de croissance extrêmement performants, marqués par des dynamiques de création d’établissements tout à fait favorables. Nous voyons d’abord les littoraux : le littoral atlantique et le littoral méditerranéen ; puis l’Île-de-France et ses franges dynamiques ; les métropoles régionales et leurs périphéries, elles aussi très dynamiques ; l’Alsace ; mais aussi les sillons : le sillon rhodanien, le sillon alpin qui s’étend de Grenoble à Genève ; le sillon lorrain qui s’étend jusqu’au Luxembourg. Mais apparaissent aussi en creux des espaces de sous-performance, marquées par une certaine forme atonie économique. On y retrouve ce que Olivier Portier qualifie “le Y du vide”, qui se dessine avec, depuis le Nord-est vers le Massif Central la « diagonale aride » et, à l’ouest, avec la branche allant du Cotentin à l’Auvergne. D’autres territoires sont également marqués par une dynamique modérée comme les massifs alpin et pyrénéen, la Bretagne centrale et l’Aisne.

À la lumière de ces différents constats deux enseignements majeurs méritent d’être tirés :

Le premier renvoie à la nécessité de privilégier les politiques de développement endogène à l’échelle des intercommunalités. Compte-tenu de l’intense fragmentation de nos tissus d’entreprises, du niveau très avancé de fragilité de nos TPE, et, de surcroît, de la faible mobilité des entreprises dans le contexte actuel (élément qui sera traité dans un prochain tutoriel), il apparaît plus pertinent de privilégier des politiques de développement endogène au lieu de continuer à investir autant dans des politiques de développement exogène.

Deuxième enseignement majeur : le dynamisme économique n’est pas exclusivement réservé aux métropoles. Effectivement, on peut le voir, aucune relation stricte ne semble exister entre la taille démographique de nos territoires et leurs dynamiques économiques.

En savoir plus :

Entreprises : la dynamique des tissus d'établissements à l'échelle des intercommunalités

 OPConseil, Entreprises : la dynamique des tissus d’établissements à l’échelle des intercommunalités, Les Notes de l'AdCF, #1, 2019

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