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Développement économique

Une nouvelle note AdCF-OPC : Disparités des niveaux de formation et dynamisme économique

A travers la nouvelle publication consacrée aux niveaux de formation des actifs des intercommunalités françaises, prend fin la série de notes consacrées aux tissus économiques locaux réalisées par le cabinet OPC à la demande de l’AdCF et de la Banque des Territoires. La note met en évidence la forte disparité des niveaux de qualification dans les intercommunalités françaises et s’efforce d’évaluer leurs corrélations avec les performances économiques locales. Retrouvez la note n°10.

La dernière note de la série AdCF-OPC revient sur la question des qualifications en l’abordant par la variable des niveaux de diplômes et en la confrontant aux performances des territoires en termes de créations d’emplois. La période d’analyse est celle de la sortie de crise de 2008-2009 jusqu’en 2014 (dernières données disponibles au moment de la réalisation de l’étude). Il sera intéressant de l’actualiser régulièrement pour mesurer la diffusion de l’enseignement supérieur avec le renouvellement des actifs et les effets de la massification des études supérieures engagée depuis les années 1980-90. 

Les cartes proposées dans la note mettent en exergue les écarts des niveaux de formation entre intercommunalités. Sont observés d’une part, les territoires dans lesquels les taux de diplômés du supérieur sont les plus élevés, et d'autre part, ceux dans lesquels le poids des populations sans diplôme est le plus important. Ces deux variables dessinent des cartes opposées, ce qui est assez cohérent même s’il est possible d’identifier des intercommunalités qui combinent un taux de diplômés du supérieur au-dessus de la moyenne et, dans le même temps, un pourcentage élevé de "sans diplôme". Des territoires socialement très polarisés aux extrêmes peuvent se retrouver dans cette configuration (c’est le cas dans certains territoires de la façade méditerranéenne).

Il reste que la cartographie fait apparaître des « blocs territoriaux » assez distincts, à partir de situations contrastées entre grands ensembles géographiques. Les intercommunalités dans lesquelles les taux de « sans diplôme » sont faibles sont le plus souvent celles qui recensent un taux élevé de diplômés du supérieur. Les grandes agglomérations, la Bretagne littorale, l’axe rhodanien et le massif alpin, l’Alsace… sont dans ce cas par exemple. A l’inverse, se cumulent nettement taux élevés de « sans diplôme » et taux faibles de « diplômés du supérieur » dans les périphéries du grand bassin parisien (prolongé par l’espace central français), la Corse, les Outre-mer. Les quelques exceptions territoriales sont visuellement masquées par la logique des « grands blocs ».

 

La deuxième analyse proposée par la note porte sur la corrélation (sur la période post-crise 2009-2014) entre niveaux de qualification et performances économiques (appréciées via le critère des créations d’emplois). Bien qu’un lien évident existe entre ces deux indicateurs, il n’est pas pour autant univoque ni systématique, notamment à l’échelle des intercommunalités. Une carte de synthèse propose de combiner les deux variables pour dessiner quatre catégories : niveau de formation élevé et forte création d’emplois, niveau de formation élevé et faible création d’emplois, niveau faible de formation et forte création d’emplois… Dans le contexte difficile du début des années 2010 (chômage élevé, créations d’emplois insuffisantes…), la formation n’était pas une assurance tout risque. 

410 intercommunalités, plutôt rurales, combinent faible niveau de formation et faible taux de création d’emplois. C’est le groupe majoritaire qui recoupe largement la France des espaces fragiles (à faible attractivité résidentielle et en vieillissement). Pour autant, des petites intercommunalités à faible niveau moyen de formation (peu de diplômés du supérieur) peuvent révéler un fort dynamisme économique, lié aussi bien à des dynamiques résidentielles (façade méditerranéenne) que productives (certaines ruralités de l’ouest français). 225 intercommunalités sont dans cette configuration. Du côté des territoires à niveau de qualification élevé, les intercommunalités se partagent entre celles qui présentent un bon score de création d’emplois (348) et celles qui ont connu des performances inférieures à la moyenne et qui sont assez nombreuses (284).

L’auteur (le cabinet OPC) en conclut à une certaine dé-corrélation entre niveau de qualification et dynamisme économique tout en appelant à une certaine prudence de lecture. L’échelle d’analyse, celle des intercommunalités, est relativement resserrée. Certains territoires au profil résidentiel accueillent des populations très diplômées mais qui travaillent ailleurs. La création d’emplois peut s’avérer faible au sein de leur territoire de résidence. Certaines communautés connaissent une situation inverse, les emplois créés dans leur territoire ne profitant pas pleinement à leur population résidente, sous-qualifiée. Une analyse consolidée à l’échelle des bassins d’emploi, tenant compte des mouvements pendulaires des actifs, aboutirait à des conclusions différentes et augmenterait sans doute la corrélation entre niveaux de formation et dynamisme de l’emploi. 

 

On notera également que la période post-crise a été marquée par une reprise économique difficile pour de nombreux territoires, y compris de métropoles, dont les moteurs économiques ont été plus atteints qu’ailleurs. La reprise des créations d’emplois s’est opérée à des rythmes différenciés en France, et avec des intensités dépendant des orientations dominantes des tissus économiques. L’Alsace a par exemple beaucoup souffert de la brutalité du choc de 2008-2009 sur l’économie allemande (avant le fort rebond de celle-ci dans la deuxième moitié des années 2010).

Le niveau de formation reste un atout majeur pour le développement économique, la création d’emploi mais aussi les niveaux de valeur ajoutée. Il n’en est pas une condition suffisante. Le développement économique territorial reste bien sûr multi-factoriel.

 

Contacts AdCFn.portier@adcf.asso.fr & f.boulay@adcf.asso.fr

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