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Développement économique

Territoires d’industrie : l’AdCF analyse près de 600 fiches actions

Depuis un an, les intercommunalités engagées dans le programme Territoires d’industrie élaborent des fiches actions visant à renforcer leur base et efficacité productive. 1500 projets opérationnels sont espérés du programme qui se traduit par des fiches actions validées par les régions et l’Etat. L’AdCF s’est engagée dans une analyse d’ensemble des 580 premières fiches actions dont elle dispose. Cette analyse synthétique, qui ne recouvre pas encore toutes les fiches actions aujourd’hui validées et remontées à la Délégation aux territoires d’industrie, permet néanmoins de mesurer leur répartition entre les différents axes du programme, d’illustrer les mobilisations locales autour de projets concrets et de constater la diversité des sujets abordés (numérique, formation, transports, logement, foncier, énergie, économie circulaire…).

Après une première période consacrée à la mise en place des gouvernances locales ; binômes élus-industriels et rapprochements inter-territoriaux, l’heure est à la consolidation et à la mise en œuvre des feuilles de routes industrielles. Plusieurs constats peuvent être d’ores-et-déjà dressés en matière de périmètres d’intervention. L’AdCF a en outre effectué un bilan d’étape avec la Délégation interministérielle aux territoires d’industrie (DTI - Ministère de l'Economie et des Finances / Ministère de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales) au cours du mois de février 2020. Elle a pris connaissance des premiers éléments d’évaluation réalisés par le cabinet EY à la demande de la DTI.

A partir des fiches actions / fiches projets transmises par la DTI, l'AdCF a analysé 580 d'entre-elles exploitables. Cet échantillon devient largement représentatif de la dynamique de projet Territoires d'industrie. La DTI recense à la date du 18 février 2020 plus de 1200 fiches actions au total.

A partir de ces fiches projet, l'AdCF a prévu de réaliser d'ici le mois de juin 2020 plusieurs notes d'analyses. Deux d'entre-elles sont déjà publiées : 

L’Écologie Industrielle Territoriale : L’AdCF propose une synthèse de 80 fiches-actions portées par les Territoires d’industrie

La revitalisation des friches industrielles. Enjeux et synthèse de 40 fiches-actions portées par les Territoires d’industrie

Une diversité de projets au service d’écosystèmes industriels locaux 

La répartition thématique des 580 fiches projets analysées par l'AdCF montre que l’action des Territoires d’industrie est multidimensionnelle. Réhabiliter les zones d’activités, initier des plans de mobilités partagées vers les sites industriels, implanter un laboratoire de fabrication, structurer une formation locale, accompagner les ressources humaines des PME... sont autant de champs d’intervention investis pour conforter les tissus industriels locaux et accélérer leurs projets de développement. 

Selon les premiers calculs de l'AdCF, la répartition des fiches actions entre les 4 grands axes du programme s’opère comme suit :

36% des fiches centrées sur l’axe « innovation »,

34% sur l’axe « attractivité »,

21% sur l’axe « recruter »,

et 9% sur l’axe « simplifier ».

Une décomposition plus fine des thèmes abordés a été également effectuée par l’équipe de l'AdCF. Même si cet exercice est toujours délicat (car des fiches actions peuvent se situer à l’intersection de plusieurs sujets), un classement par problématique dominante permet de rattacher environ 23% des fiches à la transformation 4.0 de l’industrie (innovations, digitalisation, robotisation…), 16% aux questions d’aménagement (friches, foncier…), 16% aux enjeux de recrutement, 14% à l’organisation et au soutien des filières, 10% à l’écologie industrielle territoriale (cf. note de l’AdCF sur ce sujet et les retours d'expériences locales valorisés dans le cadre de la journée organisée par l'AdCF et l'Ecole d'Urbanisme de Paris du 19 septembre 2019), 7% aux questions de gestions des mobilités et d’accessibilité, 7% à l’attractivité territoriale (cadre de vie), 5% aux procédures administratives et à l’application des réglementations. Seulement 2% des fiches portent sur les sujets d’export et d’internationalisation, ce sujet relevant d’autres logiques organisationnelles.

Bien que des dominantes se dégagent de cette analyse, les programmes d’action locaux tendent à se compléter et interagir, la plupart d’entre eux étant assez transverses à l’échelle de chaque Territoire d'industrie. Dans le Territoire d’industrie Montluçon et Commentry Montmarault, la mise en place d’une cellule de fabrication additive est un levier de formation, et donc de recrutement, mais sert également à diffuser les technologies 4.0 auprès des entreprises et filières locales. De même, la réhabilitation dans la vallée de l’Huisne d’une friche industrielle de 6 hectares est pensée en intégrant les enjeux de la modernisation des voies et canaux desservant le site industriel, et de l’installation de toitures photovoltaïques. 

Cette lecture transversale des enjeux industriels d’un territoire, voire d’un site, renforce la cohérence de l’action publique, mais nécessite un outillage nouveau. D’un point de vue institutionnel, on assiste à un élargissement du panel d’acteurs à mobiliser ; la Banque des Territoires, Action logement, l’UIMM, l’Éducation Nationale, les CCI… et donc de vecteurs d’animation, de discussion et de formalisation des engagements inédits. D’un point de vue financier et technique, des maîtrises d’œuvre et des véhicules financiers partagés sont déployés pour porter les investissements planifiés, qu’il s’agisse d’infrastructures ou plus généralement d’offres de services ; pôles multimodaux, résidences pour jeunes actifs, marketing territorial à destination des acteurs locaux... 

Parmi ces investissements, certains se situent dans une perspective de promotion des entreprises industrielles locales (hydrogène, électromobilité, immobilier en bois, céramique, biogaz, agro-alimentaire). Ces investissements sont particulièrement intéressants lorsque les intercommunalités passent d’une posture de « consommatrices » de solutions (mobilités, énergies, immobilier…) à celle de « co-créatrices » de leurs propres solutions. Les territoires d’industrie deviennent alors les premiers maillons de l’industrialisation des productions des entreprises locales, voire les « laboratoires » de l’économie de demain.

Des projets intercommunaux répondant aux principaux enjeux du secteur industriel

Si les fiches actions élaborées par les Territoires d’industrie répondent à des problématiques multiples, elles n’en demeurent pas moins focalisées sur un nombre d’enjeux resserré. 

Comme la répartition statistique des fiches l’indique, la dynamique « industrie 4.0 » (innovations numériques, numérisation des procédés…) est le premier, et rassemble une série d’initiatives en matière de tiers lieux et d’animations à vocation de sensibilisation, de formation, et de mutualisation des équipements 4.0. Ces derniers (imprimantes 3D, réalité virtuelle, outils et réseaux numériques...) peuvent avoir simultanément (ou non) une fonction pédagogique, économique, ou encore ludique selon les publics visés.

Un certain nombre d’entre elles visent en particulier les TPE et les PME, dont les ressources humaines et financières sont insuffisantes pour acquérir, maitriser et mobiliser les dernières technologies dans leurs « process » d’innovation et de production. 

Ces investissements ne sont pas sans lien avec le second enjeu le plus prégnant qui tient au recrutement, du fait de ses interactions avec les politiques de formations aux nouvelles technologies. En coordination avec les Régions, on constate une montée en puissance de l’implication des intercommunalités en matière d’observation et d’acquisition de compétences locales, tout d’abord par des initiatives prises ou prévues en matière de gestion prévisionnelle et territorialisée de l'emploi et des compétences (GPTEC), mais aussi via des mutualisations de plateaux techniques, et des formations initiales et continues répondant spécifiquement aux métiers en tension au sein du territoire. Les projets de recrutement incluent également une part importante de sensibilisation des jeunes diplômés (ou non) aux métiers et territoires industriels, dont la faible attractivité représente le premier frein au développement du secteur productif.  

Dans cette optique, l’attractivité des territoires d’industrie renvoie également à leur capacité de création et de modernisation du foncier économique, nécessaire au développement des activités industrielles et compétence exclusive des intercommunalités. Cet enjeu est prioritaire au vu de la raréfaction du foncier économique, qui engendre un besoin de nouveaux modèles pour la réhabilitation et la modernisation des friches industrielles en particulier, et des sites d’activités en général. 

De fait, l’attractivité et le développement des activités industrielles sont aussi tributaires des projets de mobilité, abordés par les territoires d’industries par la réalisation d’opérations d’aménagement et la mise en place d’équipements ; requalifier une gare (ou un parvis de gare), améliorer les voiries de desserte, réhabiliter un canal, une darse, ou une installation terminale embranchée (ITE), créer une piste cyclable, reconfigurer un parc de stationnement dans le cadre d'une opération de densification d'une zone d'activité industrielle. Ces opérations concernent à la fois l’intérieur des bassins industriels (desserte des zones d’activités), mais aussi leur liaison avec l’extérieur (rail, route, fluvial). Elle répondent à plusieurs problématiques de mobilité : flux logistiques, transport de marchandises mais aussi organisation de la mobilité du quotidien pour les travailleurs au sein des sites d'activité industriels ou les clients et fournisseurs : mise en place de services mobilités partagées (station d'autopartage), de navettes autonomes, de stations publiques GNV, électriques ou hydrogènes… 

Capitaliser les expériences locales

L’AdCF réfléchit avec ses partenaires aux moyens les plus adéquats pour mettre en valeur les initiatives des Territoires d'industrie. D’ores et déjà le compte Linkedin de la Délégation aux territoires d’industrie est très illustratif de la dynamique qui s’est engagée sur le terrain. A l’exception de quelques territoires en retard d’organisation, le programme est en phase de déploiement opérationnel partout en France. Après s’être interrogée, la région Bretagne s’est pleinement engagée dans le programme ce qui devrait permettre à ses Territoires d’industrie de rejoindre rapidement les autres dans leurs engagements stratégiques et opérationnels. Près d’une centaine de Territoires d’industrie disposent au début de 2020 d’un programme d’actions validé par l’Etat et la région, sous une forme de contrat, de protocole, ou d’une délibération de l’assemblée régionale. Le dossier de mars du mensuel Intercommunalités sera consacré au programme.

L’association se mobilise désormais pour encourager la « territorialisation » accrue de l’action de certains opérateurs nationaux et leur implication active dans la démarche. Plusieurs accords-cadres ont été signés ou sont en préparation. Au-delà des opérateurs (Pôle emploi, Banque des territoires, Business France, BPI, ADEME, Action logement…), l’AdCF plaide également pour que des crédits budgétaires de droit commun (DSIL, DETR, FNADT), gérés directement par les services de l’Etat et le ministère de la cohésion des territoires, soient fléchés sur le programme. Le récent co-financement par le FNADT de postes de chefs de projet est une première avancée notable, qui a permis à plusieurs territoires de s’engager pleinement dans la démarche. Des crédits d’investissement seront par ailleurs nécessaires sur des projets « lourds » comme les requalifications de friches ou les projets immobiliers structurants (campus de métiers, accélérateurs, centres de prototypage, tiers-lieux…). La mise en place récente de l’agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), à laquelle la Délégation aux territoires d’industrie est en partie rattachée, sera l’occasion de repenser les priorités d’utilisation des dotations de l’Etat allouées aux investissements publics locaux. Les deux milliards d’euros de crédits mobilisés chaque année via la DETR et la DSIL devraient permettre de dégager progressivement plus de moyens au service de la revitalisation industrielle et économique de nos territoires. On peut au moins l’espérer et en exprimer la demande. 

Il est par ailleurs important de parvenir au cours de l’année 2020 à intégrer le programme Territoires d’industrie dans les futurs programmes opérationnels des fonds européens en construction. Les régions devront y veiller, en lien avec les intercommunalités. Les axes du programme Territoires d’industrie sont en tout état de cause 100% compatibles avec les priorités énoncées par l’Union européenne pour les prochaines programmations.

Contacts : Lucas Chevrier (l.chevrier@adcf.asso.fr) et Olivier Crépin (o.crepin@adcf.asso.fr)

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