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Développement économique

Territoires d’industrie : Analyse des binômes élus-industriels au coeur du dispositif

Les 148 Territoires d’industrie sont animés au niveau local par un binôme élu-industriel. L’AdCF a analysé leur composition afin de mieux comprendre le profil des parties prenantes engagées dans le programme. Il en ressort une surprenante diversité, en matière de type d’entreprises (PME, ETI, grande entreprise ou filiale de groupe) ainsi qu’en termes de filières. Cette diversité est une force non négligeable, dans la mesure où elle esquisse une diversification de l’économie nationale. En matière de profils, on constate néanmoins une plus forte homogénéité des types de profils.

Par l’exploitation d’un panel de 118 référents côté « industriels », l’AdCF a effectué une double analyse, sur le type d’entreprise retenue en tant que référente et sur le profil de son dirigeant. Au quotidien, en binôme avec un élu du territoire (président ou vice-président d’intercommunalité, parfois un parlementaire…), le référent économique représente le dispositif (signature des contrats, gestion du comité de pilotage) et l’anime (appui à la rédaction des fiches actions, mobilisation des parties prenantes). La composition du binôme reste inchangée depuis le lancement du programme, ce qui peut parfois susciter un décalage avec la phase de pilotage et de mise en oeuvre. Dans la majorité de cas néanmoins, le binôme élu-industriel est le levier opérationnel sur lequel les Territoires d’industrie reposent. Par-delà les aspects techniques, en tant que chefs d’entreprises ou responsables de sites, les référents « industrie » des binômes sont illustratifs d’une certaine réalité économique et sociale du programme.

 

Des PME au coeur de la dynamique Territoires d’industrie

Une première ventilation des « référents » montre une forte présence d’entreprises de tailles petites et moyennes, constitutives de plus de la moitié des binômes (54.5%), suivies des grandes entreprises (35%), qui sont le plus souvent des filiales bénéficiant d’une relative autonomie), puis les ETI, sous-représentées car présentes dans seulement 10.6% des binômes. La taille des entreprises joue ainsi un rôle prépondérant dans leur investissement dans le programme. Même si tous les types d’entreprises sont représentés, on constate que le leadership est souvent assuré soit par une PME très proche du tissu économique local (projets de mutualisation, proximité aux élus locaux), soit par une grande entreprise (GE) aux forts effets d’entrainement sur l’ensemble du Territoire d’industrie grâce à ses sous-traitants locaux, par exemple dans l’aéronautique, le ferroviaire, ou la sidérurgie. On notera par ailleurs l’absence de dirigeants de TPE parmi les binômes, ce qui est peu surprenant du fait que l’industrie tend à mobiliser des ressources financières et humaines importantes.

 

Ces trois catégories restent toutefois très hétérogènes en matière de chiffre d’affaires et de nombre d’employés. Pour ce qui est des GE ou filiales de groupes, la comptabilité par établissement et filiale complexifie fortement l’analyse. Il a de fait été préféré de mettre les grandes entreprises de côté par souci méthodologique. Les PME et ETI présentent pour leur part une médiane de respectivement 50 et 300 employés, avec des différences de valeur pouvant être de l’ordre du multiple de dix.

 

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En matière de chiffres d’affaires, de fortes disparités inter et intra-catégorielles existent aussi. D’un point de vue inter-catégoriel, le chiffre d’affaire médian des PME est de 6,6 M€ du fait d’une forte présence d’entreprises à chiffre d’affaire faible, contre 31,2 M€ pour les ETI (sur la base d’un échantillon réduit).

 

    

Ces différentes entreprises évoluent dans un spectre large de secteurs d’activités, dont les cinq plus importants sont les machines et équipements industriels (15%), les matériaux (14.9%), la métallurgie (13.2%) l’aéronautique (13%,2) et la métallurgie (13.2%). Ces secteurs tendent à être surreprésentés dans les projets Territoires d’industrie, quelle que soit leur forme : acquisition d’équipements, aménagement foncier et immobilier, formations, outils de recrutement… La nature décentralisée du programme trouve ici tout son sens. 

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Les secteurs d’activités mentionnés précédemment sont des catalyseurs de projets sur un même enjeu : renforcer la filière bois, améliorer la logistique industrielle, développer une production photovoltaïque, structurer les acteurs de l’hydrogène… Ces différentes thématiques dressent un horizon d’opportunités industrielles à faire émerger sur le long terme.

Le nuage de points ci-dessous reflète cette méthode : les entreprises membres des « binômes » ont en moyenne 38,5 années d’activité. Les PME sont à l’évidence plus jeunes que les autres types d’entreprises, tandis que les ETI couvrent une durée de vie bien plus hétérogène.

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Ce critère de longévité est difficile à mesurer au regard de critères de performance économique. D’un côté, l’ancienneté est synonyme de stabilité, d'expérience, mais aussi de connexions anciennes entre entités économiques. Sur le long terme, les entreprises s’insèrent dans un environnement et contribuent à le façonner, s’ancrent dans des réseaux relationnels gages de confiance, donnée primordiale dans les réussites industrielles : elles favorisent l’investissement dans des actifs spécifiques partagés, des synergies en matière de compétences, une complémentarité en matière de positionnement dans la chaîne de valeur… D’un autre côté, l’ancienneté peut parfois s’exposer à des risques de routine ou de rente...

 

Des vies au service de l’industrie : profils et trajectoires des référents industriels locaux

Dans les organisations, les délégués Territoires d’industrie sont le plus souvent à des postes clefs  ; chefs d’entreprise ou des directeurs de site (dans le cas des grandes entreprises, dans lesquelles ils officient depuis de nombreuses années). Le nombre médian d’années passées dans les entreprises par les délégués est ainsi de 10 ans, avec peu de différences entre les ETI et les PME. Du fait de leurs trajectoires moins territorialisées, les délégués des GE restent moins longtemps à leur poste. Sauf exception, on constate donc un fort attachement des délégués à leur entreprise (et consécutivement à leur territoire), expliquant une partie des synergies et l’investissement réalisés dans le cadre du programme.

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En matière de formation, on constate une forte prévalence des écoles de commerce et d’ingénieur dans l’échantillon analysé. On observe aussi une proportion non négligeable de personnes ayant suivi un cursus universitaire. La plupart d’entre elles ont bénéficié d’un cursus dans une structure de formation décentralisée/non-parisienne, montrant ainsi l'intérêt de développer des cursus au plus proche des Territoires d’industrie, afin de permettre l’émergence de managers proches de leur entreprise et de leur bassin de vie, en mesure d’assurer une passation et une pérennisation des entreprises. 

 

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Cet enjeu est d’autant plus important qu’une proportion importante des dirigeants d’entreprises et des référents sont plutôt âgés. 90.3% des référents-entreprise ont plus de 45 ans. Ils sont aussi à 93.4% de sexe masculin. Une diversification des profils sera peut-être à imaginer dans la durée, tant d’un point de vue générationnel que de parité.

 

Contact : Lucas Chevrier (l.chevrier@adcf.asso.fr)

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