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(Ré-)inscrire l’industrie au cœur des stratégies économiques locales : L’engagement de six Territoires d’Industrie

L’AdCF revient sur la présentation des six stratégies locales « Territoires d’Industrie » intervenue lors de la journée nationale organisée le 12 juin dernier avec Régions de France : Sud Alsace, Val de Garonne Guyenne Gascogne, Grand Orly Seine Bièvre, Nice Métropole Côte d’Azur, Ardèche Drôme et Axe Seine

Dans une édition précédente d’AdCF Direct, nous faisions état du premier panorama synthétique de plus de 380 fiches actions présenté par le délégué aux Territoires d’Industrie, Olivier Lluansi (voir notre précédent article sur les enseignements généraux de cette journée) lors de la rencontre organisée le12 juin par l’AdCF et Régions de France.  Plusieurs territoires ont pour l’occasion été conviés à prendre la parole et exposer leurs visions, stratégies, et actions de développement industriel autour de deux séquences : l’innovation et l’attractivité économique.

Cette réunion, organisée avec l’appui de la Délégation aux territoires d’industrie (DTI), avait pour objectif d’échanger et de valoriser des stratégies économiques locales portées par les territoires d’industrie.

Rappelons deux des innovations de ce programme d’actions :

-          L’animation locale des stratégies est assurée par des binômes élus-industriels,

-          Le pilotage du programme par les régions, avec une implication forte demandée aux grands opérateurs nationaux.

 

Faire face aux transitions : les stratégies d’innovation portées par les territoires (1ère séquence)

Territoire d’Industrie Sud Alsace

Laurent Riche, vice-président de Mulhouse Alsace Agglomération a dans un premier temps souligné l’importance des pertes d’emplois dans le secteur industriel : 10 000 emplois par an entre 2000 et 2010. Face à ces dispositions les pouvoirs publics locaux -Régions et intercommunalités- se mobilisent en façonnant des écosystèmes innovants qui associent industrie et technologies numériques. Le technocentre véhicule du futur, dans lequel participent le Cetim, la Région Grand Est et la communauté d’agglomération de Mulhouse-Alsace, concrétise cet objectif de modernisation industrielle.

Celui-ci a pour objectif de favoriser l’appropriation du Big data et de la connectivité par les PME et ETI manufacturières avec des expérimentations virtuelles des solutions technologiques, et des tests de prototypes avant déploiement en usine. D’autres initiatives locales sont en voie d’émergence sur cette même thématique et portées par des acteurs multiples : l’université de Haute Alsace et le rectorat de Strasbourg prévoient un Campus d’Excellence Industrie du futur et Numérique adaptant les formations et la recherche locale aux besoins des entreprises. De même, la communauté Mulhouse Alsace Agglomération, sur un site industriel en pleine restructuration, met en place une maison de l’industrie (centres de formation et d’apprentissage industriel) et un accélérateur Industrie du Futur offrant des espaces de coworking et un accompagnement renforcé des entrepreneurs, PME et ETI dans leurs démarches de transformation industrielle.

Ces actions s’inscrivent dans une vision renouvelée de l’innovation : celle-ci vient des entreprises, et les collectivités sont là pour façonner le cadre au sein duquel les entreprises innovent. Ces programmes existent ou se forment : les Territoires d’Industrie sont censés les accélérer en renforçant le travail collaboratif entre les différentes parties prenantes. 

Territoire d’Industrie Val de Garonne Guyenne Gascogne

Daniel Benquet, président de la communauté Val de Garonne, a décrit Territoires d’Industrie comme un moment permettant aux territoires de poursuivre leurs réflexions sur leurs stratégies de développement économique local. Cette réflexion a abouti à deux niveaux d’ambition. D’une part une dynamisation accrue des tissus productifs locaux, d’autre part un investissement accentué dans les filières d’avenir. Val de Garonne Agglomération poursuit ces deux objectifs en menant une démarche de Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences territoriale visant à orienter et former les demandeurs d’emplois aux métiers d’avenir, en particulier ceux de l’industrie. Ce plan d’action se concrétise par des visites en entreprises, des événements thématiques, et des formations renouvelées répondant aux métiers en tensions. Par ailleurs pour matérialiser cette initiative au niveau de la ville de Marmande, la communauté d’agglomération organise la reconversion de l’ancienne usine de fabrication de cuisines CESA (40 000 m2) en centre de ressource dédié à la formation et à l’économie « créative ».

Les collectivités, en tant que stratège pour l’organisation des bassins d’emploi, ont ainsi une fonction essentielle de montée en compétence et d’orientation du capital humain.

Territoire d’Industrie Grand Orly Seine Bièvre

Dans cette optique, Patrice Diguet, vice-président du Territoire Grand Orly Seine Bièvre, est ensuite intervenu en affirmant que les compétences sont au cœur du dynamisme des territoires, en particulier lorsqu’il est très industriel. Plus qu’accompagnées, les collectivités ont également besoin de se renseigner et s’informer, et de développer de réelles compétences de prospective et d’analyse pour anticiper les mutations du territoire, de ses besoins et de ses ressources. L’intercommunalité a ainsi mené un travail partenarial avec les acteurs industriels pour une démarche de GPEC-T, afin de répondre au paradoxe d’un chômage à 14,4% cohabitant avec des difficultés de recrutement non-négligeables (42% des recrutements sont qualifiés de difficile sur le territoire). Au delà de l’entreprise « leader » Air France Industries (AFI KLM E&M), implanté sur la plateforme aéroportuaire d’Orly (Aéroports de Paris), qui a été retenue pour le binôme industriel-élu, ces démarches de gestions territoriale des ressources humaines peuvent être déployées avec d’autres réseaux d’entreprises.

L’intercommunalité a ainsi réalisé un état des lieux partagé avec les services de l’État sur les emplois, compétences et difficultés immédiates et futures en matière d’emploi. En complément, elle a mis en place un observatoire des emplois dans le but d’établir une analyse continue des ressources humaines du territoire. Enfin des actions de formation et de sensibilisation à l’industrie sont menées sur la base de ces analyses, pour redynamiser les bassins d’emplois. A ces enjeux humains s’ajoutent les contraintes locales de forte « verticalité » due à la pression immobilière, qui tendent à évincer les activités industrielles de agglomérations au profit des activités de services plus denses. Pour répondre à cette problématique limitant le développement industriel, l’EPT mène une d’étude sur les moyens de limitation du surcout foncier et met en place un dispositif de garantie des surcouts d’assurance liés à la vacance des locaux (en cas de vacance des locaux, l’EPT prend en charge 80% des loyers perçus).

 

Répondre aux enjeux d’attractivité des territoires d’industrie : les actions engagées (2ème séquence)

Territoire d’industrie de Carros – Nice Métropole Côte d’Azur

Charles Scibetta, maire de Carros, vice-président de la Métropole Nice Côte d’Azur chargé des zones d’activité économiques, de la formation et de l’apprentissage a concrétisé cette affirmation en présentant les actions de la Métropole de Nice Côte d’Azur favorisant l’accueil des travailleurs de la zone Industrielle de Carros. La création d’une centaine de logements - studios et 2 pièces - répond ainsi au déficit de petits logements et de structures d’hébergement accessibles pour les revenus modestes et les travailleurs temporaires, qui font défaut et pénalisent l’attractivité et le dynamisme du site d’activité industriel. L’action intercommunale est également renforcée au travers d’un système de navettes autonomes s’intégrant dans une offre multimodale plus large. Ces politiques d’attractivité sont directement au service de l’industrie, puisqu’elles permettent de nourrir celles-ci de compétences spécifiques et de main d’œuvre essentielles au développement économique.

Territoire d’industrie Ardèche Drôme

Jacques Chabal, président de la communauté du Val Eyrieux a ensuite souligné le besoin de proximité et de souplesse vis-à-vis des acteurs économiques et des habitants. L’enjeu est de rendre le territoire accessible en œuvrant à une simplification de leur installation et de leur vie quotidienne. Ainsi de multiples initiatives prennent forment, à l’instar des « Ateliers relais » qui constituent une solution immobilière pour les entreprises à caractère industriels en manque d’espace. Celles-ci bénéficient à la fois d’un site de production aménagé à prix réduit, et de services d’accompagnements (création, formations, administratifs), centralisés dans une « pépinière mère ». Ces démarches de facilitation concernent également les salariés, jeunes et chercheurs d’emplois extérieurs, qui bénéficient d’un accompagnement renforcé dans leurs démarches de formation, d’études, et de logement. L’industrie est mise en avant par un CFA et un lycée spécialisé sur les métiers industriels et numériques : les collectivités ont de fait un rôle de facilitateur pour les acteurs du territoire, mais aussi un rôle d’initiateur en identifiant les filières porteuses de développement local par l’intégration des chaines de valeur globale. Un effort particulier sur l’emploi du conjoint est produit par les industriels locaux qui s’entre-aident en matière de recrutement grâce à un système astucieux de boucle d’information sur la plateforme WhatsApp.

Territoire d’industrie Axe Seine

Enfin, Virginie Carolo, vice-présidente de Caux Vallée de Seine a insisté sur l’importance des liens entre formation et cadre de vie pour la réussite des Territoires d’industrie : malgré des formations spécifiques et des offres d’emploi, certains jeunes quittent les territoires faute d’activités de loisir, de logement, de solution de transport pour les travailleurs de l’industrie... Territoires d’industrie gagne ainsi à se concevoir comme un cadre d’action large et intégral, guidé par les demandes des acteurs locaux. Afin de répondre aux demandes des entreprises, un BTS spécialisé dans l’industrie numérique est mis en place, enjeux d’orientation et de formation. Le développement des compétences liées au déploiement de la filière hydrogène est tout particulièrement valorisé, via la mise en place d’une Hydrogène Académie s’appuyant sur un consortium d’entreprises et un plateau technique de formation mutualisé. La promotion de cette filière, et de l’industrie en général, fait en même temps l’objet de démarches de simplification : faciliter l’acquisition de terrains stratégiques par le SAFER pour des sites d’activités économiques par le biais d’une procédure d’expropriation simplifiée, créer un fonds de compensation environnemental pour assurer le développement de ces sites à plus grande échelle, harmoniser de la lecture des PPRT entre inspecteurs locaux et administration régionale.

L’AdCF a prévu d’analyser en lien avec Régions de France et la Délégation aux Territoires d’industrie l’ensemble des fiches actions du programme, déjà extrêmement dense et riche en initiatives. 

Contacts AdCF : l.chevrier@adcf.asso.fr & o.crepin@adcf.asso.fr

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