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Environnement et énergie

Production d’hydrogène : créer des écosystèmes territoriaux, développer une filière innovante

Dans le cadre de son groupe de travail consacré aux synergies entre Contrats de transition écologique (CTE) et Territoires d’industrie (TI), l’AdCF – Intercommunalités de France a organisé un échange entre territoires sur la thématique de la production d’hydrogène vert. Rassemblant une quarantaine d’intercommunalités, cette rencontre a permis de dresser un panorama de la filière et des projets en France avant d’aborder les dispositifs de financement et de soutien. Deux retours d’expériences de territoires très engagés ont permis d’illustrer ces propos et soulever des questionnements sur la mise en œuvre de tels projets.

Répondant à un double objectif de transition écologique et de développement économique, la filière hydrogène fait l’objet d’une attention toute particulière au sein du plan de relance, qui lui consacre 2 milliards d’euros d’ici 2030, inscrits plus largement au sein de l'enveloppe de 7 milliards d’euros prévue par la stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné [1].

L’émergence de la filière hydrogène représente un nouveau levier de décarbonation, à la fois de l’industrie et des transports. Cette même filière repose sur le développement d’écosystèmes énergétiques territorialisés, devant considérer tant les enjeux de production que de consommation de cette énergie. Les intercommunalités peuvent contribuer à l’émergence de ces écosystèmes, en jouant sur de nouveaux usages (flottes de bus et de bennes à ordures ménagères...) et en fédérant les industriels intéressés par ces démarches (chimie, stockage de l’énergie, transport…).

 

Christelle Werquin, déléguée générale de France Hydrogène, a insisté sur l’importance – un an après le plan de relance – d’une coordination des efforts territoriaux en faveur de l'hydrogène, afin d’obtenir des écosystèmes énergétiques structurants au niveau du territoire. Cette coordination ne peut s’opérer qu’au niveau local, au travers d’une concentration des moyens visant à optimiser les coûts, industrialiser les procédés et combiner les usages.

À terme, cette logique permettra une baisse des coûts de l'hydrogène, et donnera une meilleure visibilité aux acteurs industriels qui pourront parvenir à massifier le mouvement, avec une montée en puissance des moyens de production. Ceci fera naître sur le sol national des donneurs d’ordre de rang mondial qui tireront une chaîne de valeur sur le territoire.

Cette chaîne de valeur en amont passe par un travail en aval sur la résolution des goulets d’étranglement : les usages d’une part, l'offre de formation adaptée d'autre part. France Hydrogène estime ainsi que 84 métiers sont directement associés à la filière hydrogène, dont plusieurs sont en tension. Pour impulser ce mouvement, l’association a mis en place plusieurs accompagnements pour ses adhérents : un manifeste « 6,5 GW » visant à expliquer comment déployer l'hydrogène dans les territoires, mais aussi des des délégations régionales, une cartographie des financements disponibles, un catalogue des solutions hydrogène… Enfin, un amendement a également été déposé dans le cadre du projet de loi « Climat et Résilience », afin de permettre aux collectivités de participer au capital d’une SA ou d’une SAS dédiée à la production d'hydrogène.

 

Une offre de service ADEME accompagnant l’émergence de filières hydrogène dans les territoires

Dans l’immédiat, différents dispositifs, présentés par Pierre Sacher, ingénieur à l’ADEME, sont mis en place pour faciliter l’émergence d’une filière hydrogène territoriale. Il s’agit tout d’abord d’un soutien aux études de diagnostic et de faisabilité, visant à préparer les candidatures à l'AAP « Ecosystèmes territoriaux hydrogène ». Doté d’un budget de 275 millions d’euros, celui-ci est destiné au subventionnement des projets de production d’hydrogène par électrolyse (pour un seuil de rentabilité compris entre 1 et 20 MW), dédiés à la distribution, aux usages industriels, de mobilité et stationnaires. À ce jour, 19 écosystèmes sont soutenus pour un montant de 98 millions d’euros et une puissance de 22 MW. Cela représente une production de 3 100 tonnes d’hydrogène par an. En termes d’usages, 57 stations-service sont implantées, et les flottes s’établissent à 2 300 véhicules légers et 160 poids lourds. Enfin, 7 nouveaux projets sont présélectionnés, pour un montant de 45 millions d’euros, comme le montre la carte ci-dessous.

 

 

 

Au vu de l'intérêt suscité par ces démarches, plusieurs points critiques sont à évoquer. En cas de délégation de service public (DSP), le recours à une procédure d’appel d’offres sera l’occasion de susciter une montée en maturité des offres, au travers d’une concurrence entre les répondants et maîtres d’œuvre.

Cette montée en maturité gagnera à s’articuler avec une réflexion sur les besoins du territoire (entreprises, collectivité) : la flotte doit-elle être renouvelée dans son ensemble ? des équipements sont-ils mutualisables ? d’autres solutions telles que l’électrique-batterie ne sont-elles pas plus adaptées ?

Autant de questions visant non pas à éviter, mais plutôt à évaluer et anticiper les surcoûts à prendre en charge (de 80 % ou 100 % par rapport à une solution diesel). Cette anticipation vise en particulier à sécuriser les usages, qu’ils soient industriels ou citoyens. En effet, ceux-ci doivent en moyenne atteindre une puissance d’1 MW afin d’atteindre un seuil de rentabilité minimal (des études de flotte peuvent par exemple être menées). Ce seuil de rentabilité introduit la question du périmètre de la démarche. Comme pour Territoires d’industrie, il s’agit de s’affranchir des périmètres administratifs, au profit d’une logique de capacités de production et de consommation, au vu des besoins et ressources du territoire.

Ces spécificités du territoire et de ses usages déterminent par la suite le portage de la démarche : régie ou partenariat public-privé, selon la taille et les moyens de la collectivité. En ce sens, l’ADEME remarque l’émergence d’une véritable ingénierie financière des projets énergétiques locaux, avec à titre d’exemple la création de sociétés de projet réunissant acteurs publics et énergéticiens (ENEDIS, etc.), permettant à la fois d’avoir le contrôle de l’opération et de s’engager dans l’investissement.

 

Production d’hydrogène : les retours d’expérience des territoires

Claire Bourgeois-République, vice-présidente en charge du développement économique de la communauté d’agglomération de Grand Dole et administratrice de France Hydrogène, a présenté les actions mises en place sur son territoire. L'hydrogène constitue une ressource locale considérable en raison de la présence de l’entreprise de chimie Inovyn et de son importante co-production énergétique qui avoisine les 10 000 tonnes par an. Depuis 15 ans, l’intercommunalité s’est engagée dans la valorisation de cette ressource. Elle a notamment accueilli sur son territoire la start-up MaHyTech, spécialisée dans les réservoirs d'hydrogène, et mène également de nombreuses expérimentations : tondeuses à hydrogène, partenariat avec La Poste pour équiper les agents d’une flotte hydrogène, etc.

De ce fait, l’enjeu principal pour le territoire n’est pas la production mais les usages. Depuis le lancement de l’AAP "Écosystèmes territoriaux hydrogène", l’intercommunalité a initié une étude cofinancée par l’ADEME pour déterminer les consommations possibles, permettant notamment d’identifier un important potentiel sur la mobilité. En effet, une chaîne de supermarché belge (le groupe Colruyt), qui dispose d’une plateforme française sur le territoire du Grand Dole, utilise un important parc de véhicules et de chariots élévateurs à hydrogène. Ils nécessitent un approvisionnement que la collectivité est en mesure de fournir.

En parallèle, l’intercommunalité se positionne sur la mobilité hydrogène pour des véhicules légers ou encore pour des camions poids lourds. « Nous souhaitons notamment nous inspirer de la société de projet Métropole Smart EnergHy Dijon, créée par Dijon Métropole, Storengy et Rougeot Énergie, qui a pour objectif de développer une mobilité décarbonée locale grâce à la production d’hydrogène vert », indique Claire Bourgeois-République. Une telle association entre la collectivité et un acteur privé disposant d’une solide connaissance technique et une vision globale du territoire est un atout considérable pour ces projets. Enfin, l’hydrogène représente un enjeu de formation pour le territoire. Ainsi, cinq lycées en Bourgogne-Franche Comté sont désormais équipés d’une station et d’un véhicule hydrogène à vocation pédagogique. En outre, de nouvelles formations tournées vers l’hydrogène sont dispensées dans ces lycées, tenant compte des sollicitations croissantes des entreprises du territoire.

François Froidure, chargé de mission hydrogène de la communauté de communes Somme Sud-Ouest, a présenté le projet de Cluster V.E.R.T. (pour" valorisation énergétique des ressources du territoire") porté par l’intercommunalité. Valorisant l’électricité produite par les quelque 200 mâts éoliens implantés sur le territoire, les électrolyseurs installés à proximité directe des parcs éoliens pourraient produire jusqu’à 400 kg d’hydrogène par jour dès 2023 ; et atteindre 2 à 3 tonnes à l’horizon 2030.

Parmi les usages locaux envisagés pour valoriser l’hydrogène ainsi produit, l’intercommunalité souhaite travailler sur la mobilité par la conversion à l’hydrogène des flottes d’autocars, de bennes à ordures ménagères ou encore de véhicules légers. En complément, l’intercommunalité se positionne sur d’autres usages, notamment pour la fourniture d’hydrogène à la Glass Vallée, aux camions faisant des navettes entre le port du Havre et la ville, aux transporteurs de « dernier kilomètre » ou encore pour des chariots élévateurs.

« Cette multiplicité d’usages est vecteur de complexité pour le montage de projet, mais évite le surinvestissement pour l’intercommunalité, au regard des coûts encore élevés des technologies hydrogène », explique François Froidure. Afin d’initier la démarche, l’intercommunalité s’est positionnée en ensemblière, notamment par le biais de nombreuses rencontres avec l’ensemble des porteurs de projets et les entreprises intéressées. Sur le plan technique, le projet Cluster V.E.R.T. a été structuré directement par l’intercommunalité, et bénéficie de l’appui de l’agence d’urbanisme. Une seconde phase de développement de ce projet portera sur la production d'hydrogène à partir de la biomasse et du photovoltaïque.

 

Contacts : Lucas Chevrier (l.chevrier@adcf.asso.fr), Anaëlle Contrepois (a.contrepois@adcf.asso.fr)

 


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