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Retours d’expérience

Plaine commune : Un établissement public territorial (EPT) du Grand Paris dans la crise

Issu de la transformation d’une communauté d’agglomération, l’EPT Plaine commune a dû traverser la crise sanitaire dans un des départements les plus impactés en France. La réactivité des agents a été remarquable pour assurer la continuité des services. L’heure est désormais à la reprise économique et au soutien des entreprises.

Regroupant 9 villes de Seine Saint-Denis, le territoire de Plaine commune (établissement public territorial - EPT) est particulièrement touché par l’épidémie de la covid-19. Globalement le département enregistre, selon les données de l’Observatoire régional de la santé – Ile-de-France (ORS-IdF) une surmortalité de 118% sur la période du 1er mars au 10 avril par rapport à l’année 2019, ce taux atteint +169% sur Plaine commune, une situation qui a de nombreuses explications dont la principale est sans doute que le territoire accueille massivement les « premiers de corvée » qui ont maintenu leur activité professionnelle et leurs déplacements professionnels durant le confinement (service d’entretien/nettoiement, accueil dans les commerces alimentaires, livraison/ logistique…). Parmi les 2 200 agents de l’EPT, plusieurs ont été contaminés par le virus et une personne est décédée.   

A l’entrée dans la période de confinement, la priorité du territoire a été le maintien des services publics, l’intercommunalité assurant beaucoup de services en présentiel, , et les services du « cadre de vie ». Le territoire gère en réseau 23 médiathèques. Celles-ci ont été fermées mais l’offre d’accès numérique (Médiatic) a été augmentée et ouverte à tous. Les agents du service « cadre de vie » sont plus de 600 agents pour assurer la propreté urbaine et près de 400 pour le service des espaces verts, soit plus de 1000 agents qui ont maintenu leur activité sur le terrain (sur les 2 200 agents que compte l’intercommunalité).

Parmi les équipes de l’intercommunalité, une véritable envie de travailler a été constatée sans doute animée par le sentiment de l’urgence, de la nécessité de « tenir » les services publics, parfois aussi de ne pas subir le confinement quand celui-ci est rendu difficile en fonction des situations familiales ou des logements.

Si, en première intention, l’intercommunalité avait envisagé des astreintes afin d’assurer un service minimal, il a fallu adapter progressivement à la hausse la mobilisation des services notamment dans les services en charge du cadre de vie. Globalement la réaction des services a été remarquable, face à l’urgence et à la réorganisation « instantanée » des missions. Concrètement les services décentralisés de l’intercommunalité, notamment les unités territoriales en charge de la propreté, ont fait preuve d’adaptation en prenant de nombreuses d’initiatives pour assurer leur mission avec des moyens adaptés aux circonstances.

Globalement, l’EPT s’est situé surtout en deuxième ligne dans la crise, en appui des communes. Celles-ci sont de taille importante et ont conservé les compétences les plus contact direct avec la population notamment les affaires scolaires, la petite enfance et les affaires sociales.

Pour le développement économique, Plaine commune s’est rapidement appuyé sur l’association « Plaine Commune promotion » qui regroupe les acteurs économiques du territoire. Cette association a su mobiliser ses membres pour rassembler des masques au profit des acteurs sanitaires du territoire (hôpitaux, centre médico-sociaux des villes, etc) et lancer la fabrication artisanale de masques en tissu. L’écosystème s’est mis en mouvement aussi quand il s’est agi de trouver et d’équiper des logements temporaires pour les personnels soignants venus d’autres régions françaises ou les personnes en difficulté (migrants, femmes battues, jeunes en rupture familiale…).  Les entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS) et les régies de quartiers se sont mobilisées pour produire des masques en tissu ou des visières de protection, notamment en utilisant les imprimantes 3D des médiathèques intercommunales. Ces équipements de protection sont destinés en priorité aux hôpitaux, aux villes et enfin aux commerçants, TPE et aux habitants. Il est à noter que Plaine Commune a aussi participé à la commande groupée de masques des EPT pilotée par Grand Orly Seine-Bièvre pour le compte de 10 EPT (3 millions  de masques en tissu destinés en priorité aux personnels exposés), la production issue de la « filière territoriale » sera utilisée pour des besoins d’appoint.

Au-delà de cette activité d’animation, de mise en relation des acteurs de l’éco-système, Plaine Commune a soutenu ses entreprises en reportant le versement de la taxe de séjour, en exonérant de droits de voiries et de terrasses les commerces, et en adoptant une exonération de loyers pour les activités économiques qu’elle accueille dans ses locaux, par ailleurs l’EPT abonde le fonds régional d’aide « résilience ». Au total, cet effort financier, de dépenses et de moindres recettes, atteint 1,2 million d’euros.

Plaine Commune soutient des programmes d’agriculture urbaine. Les restaurants et cantines du territoire, débouchés « naturels » de cette production, étant fermés, l’EPT a aidé à réorienter la production vers les régies de quartier et les acteurs sociaux pour une distribution au plus près des besoins de la population et des associations d’aides. Globalement, Plaine commune a agi en facilitateur en aidant les acteurs du terrain, avec lesquels l’EPT était en contact au titre de ses compétences en écologie urbaine ou du développement local, en s’appuyant notamment sur le tissu associatif très fort du territoire. A l’occasion de cette crise les associations ont su mutualiser leurs moyens et coordonner leurs actions. L’intercommunalité est intervenue en « complément » de l’intervention des villes.

Le territoire porte de très nombreuses opérations en maitrise d’ouvrage directe, il est aussi très concerné par des opérations menées par d’autres acteurs et tout particulièrement par Solidéo (qui doit réaliser -parmi d’autres opérations- le village olympique et paralympique), la métropole du Grand Paris qui réalise la piscine olympique pour les Jeux Olympiques de 2024) et la Société du Grand Paris (SGP - qui réalise le métro du Grand Paris Express).

Les chantiers de travaux publics et de bâtiments (le territoire est très concerné par les opérations de la SGP et de rénovation urbaine) ont été brutalement arrêtés lors de l’entrée dans la période de confinement, ces chantiers reprennent peu à peu. Pour le territoire le véritable enjeu n’est pas forcément de programmer plus mais de réussir à faire ce qui est déjà programmé par lui-même ou par d’autres acteurs souvent dans des contraintes calendaires fortes. Cela vaut en particulier pour le logement. Le territoire a adopté son PLUi en mars 2020 ; celui-ci prévoit la construction annuelle de 4 200 logements, un objectif largement conditionné par les réalisations concomitantes en matière l’espaces verts, d’équipements publics et de transports. La crise du Covid et ses conséquences (sociales, économiques et inévitablement financières pour l’intercommunalité) ouvre certainement une période de réflexion sur la résilience du territoire.

Contact : e.lebot@adcf.asso.fr

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