Thématiques

Retours d’expérience

Pau Béarn Pyrénées (64) : les habitants invités à témoigner du confinement auprès des archives communautaires

La Communauté d’agglomération a lancé fin avril une initiative baptisée 'Mémoire(s) de confinement' afin de recueillir des témoignages des habitants sur cette période. Objectif : offrir à tout le monde la possibilité d’exprimer ses émotions et sentiments et les conserver.

Comment cette initiative est-elle venue ?

Vanina Joveneau, chef du service communautaire d’Archives à Communauté d’agglomération Pau Béarn Pyrénées
Au début, c’est une initiative que nous avons vu fleurir dans tous les services d’archives au niveau national. Par exemple, à Bresson (38), lors des événements de Charlie Hebdo, l’archiviste était passé à côté. Au sein de la mairie, il y avait tout un ensemble de témoignages des citoyens lors des attentats. Ne pas les collecter aurait été une perte inestimable pour l’histoire. Il a donc engagé une grande collecte de ces témoignages. Pour les événements du coronavirus cela paraissait évident de faire de même. D’où cette idée de collecter chez les habitants leur mémoire en leur permettant de s’exprimer librement.
 

Pourquoi vouloir recueillir ces témoignages ?

Nous sommes actuellement en train de préparer la collecte administrative afin de pouvoir recueillir tous les témoignages des administrations. Mais que fait-on de la population ? Nous risquons de perdre la parole des particuliers. Ce n’est pas tous les jours que l’on met en place un confinement, cela aurait été aberrant de ne pas sauver la mémoire des citoyens. Nous sommes en effet là pour sauver la mémoire de l’administration mais aussi pour sauver celle des particuliers. Nous devons offrir à tout le monde la possibilité d’exprimer ses émotions et sentiments. Nous ne sommes pas un service facilement accessible. Les habitants ne pensent donc pas forcément à venir chez nous, c’était l’occasion d’offrir ce service à tout le monde.
 

Qui peut participer à cette initiative et comment ?

Cette collecte s’adresse majoritairement à l’agglomération mais tout le monde peut y participer (enfants, adultes, malades, ceux qui travaillent ou pas…). Ils ont le droit de dire ce qu’ils veulent. Les témoignages peuvent d’ailleurs rester anonymes. Nous sommes justement là pour conserver tout type de témoignage. Il est possible de partager son témoignage sous n’importe quel support. À travers des textes numériques, photos, dessins, sons (comme en enregistrant vos enfants dans le jardin). Puis nous demandons de remplir un formulaire afin de contextualiser un témoignage. Et les habitants pourront préciser leurs souhaits : anonymat, délai de communication, pas de diffusion sur internet…


Comment s’organisent le stockage et la distribution de ces témoignages ?

Tous les témoignages seront conservés dans les archives sans exception. Selon leur support ils seront soit sur un serveur (pour les formats numériques) soit conditionné et mis dans nos magasins de conservation (pour les formats papier). Pour leur communication, nous allons les classer et les rendre disponibles au fur à mesure en salle de lecture. La première partie de ces témoignages sera d’ailleurs disponible sur Pau.fr la semaine prochaine !


Comment faut-il faire pour témoigner et pouvez-vous estimer le nombre de témoignages que vous allez recevoir ?

Il suffit d’aller sur pau.fr. Selon le format et le volume du témoignage plusieurs choix seront possibles. Par mail à destination de mon adresse (V.joveneau@agglo-pau.fr), sur une plateforme de transfert tel que Wetransfert ou bien physiquement en venant chez nous dés la réouverture des archives pour nous donner votre témoignage. Nous ferons alors signer une lettre de don. Concernant le nombre de témoignages, pour être honnête avec vous, je n’en sais rien. En effet, nous les collectons mais nous ne pouvons pas présumer la quantité et les sujets des témoignages qui vont arriver chez nous.


Est-ce que ces témoignages seront importants pour les historiens ?

Parfois les historiens s’intéressent à des choses très précises. Par exemple, la liste des meubles du XVIIIe, l’histoire de la colombophilie pendant la guerre de 14-18 sont maintenant très étudiés alors qu’à l’époque, personne ne se serait douté que l’on allait s’intéresser à ça. De ce fait nous ne pouvons pas savoir si ces témoignages vont dans l’avenir les intéresser à cela. Cependant, notre démarche s’adresse aussi aux particuliers dans toutes les phases de la collecte. Par exemple, le petit-fils d'une dame ayant témoigné pourra aller consulter les témoignages de sa grand-mère. Un peu comme les témoignages de poilus lors de la guerre, qui sont maintenant extrêmement émouvants.


Depuis quand l’opération a-t-elle été mise en place ? Jusqu’à quand pourra-t-on envoyer des témoignages ?

L’opération de collecte a été officiellement lancée lundi. Il n’y a pas de date butoir pour les témoignages car nous pensons qu’il y aura aussi des témoignages pour le déconfinement. D’ailleurs, je trouve que ce serait intéressant de pouvoir pérenniser ce type d’opération car nous avons tous quelque chose à raconter sur notre quartier, sur notre vie… Par exemple, pour ma part, actuellement, j’adorerais savoir comment les personnes âgées dans les Ehpad font le parallèle avec la guerre et les queues dans les supermarchés.

Propos recueillis par Léa Tramontin

 

Accéder à l'ensemble des témoignages, retour d'expériences des intercommunalités durant la crise, rédigés par l'équipe de l'AdCF et celle de Territoires-audacieux : https://www.adcf.org/retour-experience-durant-la-crise

 

Retrouvez d'autres initiatives recueillies par l'équipe de Territoires-audacieux.fr, partenaire de l'AdCF, qui ouvre gratuitement son abonnement aux collectivités durant cette période sur https://www.territoires-audacieux.fr/2020/04/02/covid19-territoires-audacieux-initiatives/

 

Pour recevoir l'ensemble des contenus : baptiste@territoires-audacieux.fr

Partager
En savoir plus
Documents à télécharger Documents à
télécharger

Dernières
Actualités
Dernières
Publications
Dernières
Positions