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Finances et fiscalité

Observatoire de l’AdCF : Mesurer les disparités territoriales à l’aune des revenus des ménages

Alors que les disparités des territoires s’avèrent assez réduites d’une intercommunalité à l’autre, lorsque l’on analyse les revenus médians des ménages, les inégalités internes aux territoires sont plus accentuées, lorsque l’on mesure les écarts inter-déciles. La consultation des cartes interactives de l’Observatoire des données intercommunales de l’AdCF donne des informations utiles.

Les débats sur les inégalités territoriales nécessitent d’être éclairés par des réflexions et des précisions sur les indicateurs pris en compte et les échelles d’analyse. Sont parfois confondus les écarts de richesse fiscale et financière des collectivités (« pouvoir d’achat » communal ou intercommunal) et les écarts de richesse des habitants des territoires.
Ces écarts peuvent parfois se superposer, mais les géographies des richesses varient fortement entre richesse fiscale et richesse sociale. Le poids historique de la fiscalité sur les entreprises (taxe professionnelle avant 2010) explique cette non-concordance, mais aussi le fait que la fiscalité locale « ménages » n’est pas une fiscalité corrélée aux revenus. De surcroît, l’obsolescence des valeurs locatives (références des années 1970) conduit à ce que certains territoires à valeurs locatives élevées, accueillent parfois de nombreux ménages modestes (ex. grandes co-propriétés des années 1960-70) alors que des communes ou quartiers « gentrifiés », accueillant en 2020 des ménages aisés, peuvent demeurer marqués par des valeurs locatives très faibles (ex . : anciens entrepôts ou ateliers transformés en grands appartements de standing, maisons anciennes intégralement réhabilitées…).

L’AdCF souligne toujours l’existence de territoires socialement pauvres mais fiscalement riches ou, à l’inverse, de territoires socialement riches mais fiscalement pauvres, aux côtés de territoires qui s’avèrent riches (ou pauvres) tant sur le plan social que fiscal.

La manière d’analyser la richesse « sociale » doit prendre en compte le revenu et le pouvoir d’achat des ménages. Les dispositifs de péréquation recourent aux revenus des ménages mais sans toujours prendre en compte les mêmes données. Il est notamment possible de tenir compte soit du revenu moyen soit du revenu médian. Ce dernier indicateur a le mérite de corriger les effets des valeurs extrêmes qui déforment les moyennes. Il correspond au revenu qui sépare les 50% des ménages les moins favorisés des 50% les plus favorisés. Ensuite, il est important d’analyser ce revenu soit par habitant, soit par foyer, tout en tenant compte de la composition de ce dernier. L’INSEE a recours à la notion d’unité de consommation (UC) pour pondérer la composition du foyer, un adulte comptant double par rapport à un enfant. Les dispositifs de péréquation ne prennent pas en compte cette composition des ménages mais c’est sans doute dommage car un revenu quel qu’il soit (salaire, pension…) ne donnera pas lieu au même « pouvoir d’achat » s’il sert à une personne seule ou à une famille nombreuse. Le revenu médian par unité de consommation est de fait une variable importante pour tenir compte des modes d’occupation des logements et de peuplement des communes. 

Deux regards sur les revenus     

Dans le cadre de son observatoire des données intercommunales, l’AdCF présente deux cartes interactives, l’une qui permet de calculer le revenu médian des ménages par unité de consommation à l’échelle de toutes les intercommunalités. L’autre carte renseigne sur les disparités des revenus des ménages internes aux intercommunalités. L’indicateur retenu est celui des écarts entre le décile le moins favorisé et le décile le plus favorisé. Dans l’absolu, une intercommunalité peut voir le revenu médian de sa population se situer dans la moyenne nationale, tout en connaissant des contrastes extrêmes en son sein.

La combinaison des deux cartes est ainsi utile pour représenter les enjeux de cohésion inter-territoriale mais aussi ceux qui relèvent de la cohésion intra-territoriale. On sait en effet que des territoires réputés très favorisés, disposant de revenus moyens ou médians élevés, peuvent aussi connaître des taux de pauvreté importants. Moyennes et médianes gagnent ainsi à être complétées par des indicateurs de dispersion (coefficient de Gini, écarts inter-déciles).

La première carte interactive, constituée à partir de la médiane du revenu disponible des ménages  (par unité de consommation) à l’échelle de chaque intercommunalité, nous livre un enseignement important : la réduction étonnante des disparités inter-territoriales liée à la nouvelle carte intercommunale issue des fusions. Alors qu’elle était accusée, au cours des années 2000, de se traduire par des « clubs de riches » et « clubs de pauvres », l’intercommunalité recomposée provoque un lissage très net des contrastes. Naturellement, des disparités demeurent en matière de revenus médians mais dans des proportions extrêmement réduites.

En circulant sur la carte, on constate que l’immense majorité des intercommunalités disposent d’un revenu médian par unité de consommation proche de 20 000€. Trois quarts des intercommunalités entrent dans une fourchette 18 000-22 000€ assez resserrée autour de cette valeur pivot. Les territoires qui s’éloignent sensiblement (par le haut) de cette fourchette sont assez peu nombreux et correspondent à des profils très spécifiques. On retrouve notamment les territoires frontaliers, proches de la Suisse, de l’Allemagne ou du Luxembourg qui bénéficient des salaires élevés perçus par nombre de leurs actifs : Pays de Gex, Pays d’Evian, agglomération de Thonon, Lacs et montagnes du Haut Doubs, Grand Pontarlier, Val de Morteau, Saint-Louis, Sundgau, Cattenom… Le revenu médian par unité de consommation de ces territoires dépasse en général 25 000 € et peut même excéder 30 000€.

(Accéder à toutes les données de la carte en cliquant dessus)

 

Quelques espaces périurbains se retrouvent également dans des strates élevées de revenus. En revanche, les métropoles ne s’écartent guère de la moyenne globale lorsque l’on raisonne en revenu médian par UC. Lille métropole (19 531€), Lyon (21 328€) Aix-Marseille (20 427€), Strasbourg (20 040€), Rouen métropole (20 142€), Bordeaux métropole (21 433€), Grenoble (21 671€), Nice (20 395€), Rennes (21 926€), Nancy (20 553€)… se tiennent toutes, peu ou prou, dans la strate intermédiaire.  Tout juste au-dessus de 22 000€ se retrouvent la métropole de Nantes (22 114€) et celle du Grand Paris (22 174€). Compte tenu de sa taille (131 communes), cette dernière a pour effet de « moyenniser » des situations plus que disparates entre Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne et Hauts-de-Seine. L’analyse à l’échelle des établissements publics territoriaux (EPT) donnerait à voir davantage d’écarts à la moyenne nationale, tant par le haut que par le bas.

Il reste que les métropoles présentent des revenus médians plus faibles qu’une partie de leur voisinage, notamment de secteurs résidentiels « gentrifiés » où le seuil des 24 000 € est parfois franchi (cf. Grésivaudan près de Grenoble, L’Arbresle près de Lyon, Pic Saint-Loup près de Montpellier…). En Ile-de-France, certaines intercommunalités présentent un revenu médian par UC bien plus élevé que celui de la métropole (cf. Versailles Grand Parc, Rambouillet, Haute vallée de Chevreuse, Fontainebleau, Val d’Essonne, Val Parisis…).

Parmi les territoires intercommunaux qui s’écartent, par le bas, de la strate 18 000-22 000 €, on retrouve certains arrière-pays languedociens comme le Minervois, les Pyrénées audoises, certaines communautés des Cévennes, des communautés des Ardennes ou de Thiérache dans l’Aisne… La communauté d’agglomération de Creil, dans l’Oise, est l’une des plus défavorisée au regard du revenu médian, avec 15 987€. Le contraste est marqué avec les territoires voisins qui disposent de revenus médians par UC de 26 000 € voire 28 000.

Les autres territoires caractérisés par des revenus médians par UC inférieurs à 18 000 euros se situent dans la partie orientale de la Corse (Costa verde, Oriente) ou dans les collectivités ultra-marines, plus spécifiquement à Mayotte et en Guyane.

Les disparités internes et les écarts inter-déciles

Plutôt situées dans la « norme » en termes de revenus médians, les métropoles sont en revanche marquées par d'importants écarts internes, confrontées à des sujets majeurs de cohésion intra-territoriale. La carte du rapport inter-décile du revenu disponible par unité de consommation, réalisée par intercommunalité, place toutes les métropoles dans la catégorie supérieure ; à savoir là où les écarts inter-déciles sont les plus élevés, dans un rapport d’1 à 3,2 (soit le décile supérieur des ménages disposant d’un revenu par unité de consommation au moins 3,2 fois supérieur à celui du décile le plus défavorisé). Dans les métropoles se concentrent à la fois des cadres supérieurs hyper-qualifiés mais aussi des ménages fragiles, concentrés dans les quartiers populaires de la politique de la ville mais pas exclusivement. Les populations étudiantes contribuent également à réduire le revenu médian (même si la pondération par la notion d’unité de consommation réduit le biais statistique).

Les métropoles ne sont pas les seules à présenter des écarts supérieurs à 3 voire 4, mais elles forment la seule catégorie juridique d’intercommunalités quasi-intégralement incluse dans cette strate, beaucoup d’entre elles présentant un écart interdéciles de 3,9 ou 4. La métropole du Grand Paris s’écarte par le haut en atteignant même un écart de 5,2 à son échelle, ce qui est considérable.

(Accéder à toutes les données de la carte en cliquant dessus)

D’autres types de territoires présentent des écarts inter-déciles très élevés, notamment les intercommunalités frontalières évoquées plus haut (les hauts salaires des navetteurs transfrontaliers ne profitant pas à tous les ménages), mais aussi des territoires à forte attractivité touristique ou résidentielle. La façade méditerranéenne (et le grand delta du Rhône), la Côte d’Azur comme la Corse sont marquées par des écarts inter-déciles majeurs au sein de leurs territoires. En, second rang, on retrouve les Hauts de France, la Bourgogne, les Ardennes, l’axe de la Garonne, l’Axe Seine en Normandie…

A l’opposé, les territoires à forte « cohésion intra-territoriale », là où la plupart des territoires connaissent des écarts inter-déciles inférieurs à 2,7, sont les régions du Grand Ouest, mais aussi nombre de bassins de vie de Franche Comté. Des analyses spécifiques mériteraient d’être conduites pour mieux comprendre ce resserrement des écarts de revenus.

Pour les projets de territoire de prochaine génération, ces cartes pourront être d’un bon usage.

 

Accéder à l'Observatoire des données intercommunales

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