Thématiques

Institutions et pouvoirs locaux

Nouveau recensement de l’INSEE Les dynamiques démographiques françaises lues à l’échelle des intercommunalités

L’INSEE a récemment publié les données du dernier recensement (2016), en analysant les dynamiques intervenues depuis 2011. Le dernier numéro d’INSEE Première restitue ces évolutions à l’échelle des intercommunalités. Dans un contexte de tassement global de la croissance démographique, les évolutions les plus soutenues depuis la crise ont surtout marqué les métropoles (hors Grand Paris), leurs territoires avoisinants ou des espaces attractifs (littoraux, Corse…). Le rythme de croissance qui caractérisait les communautés de communes jusqu’en 2011 a été divisé par deux, marqué par d’importants contrastes.

Les évolutions que donne à voir le nouveau recensement, projeté à l’échelle des intercommunalités, s’inscrivent dans le cycle « post-crise » de 2011-2016. Cinq années marquées par une très faible croissance économique nationale et une polarisation des créations nettes d’emplois.

Comme le confirme l’édition de janvier 2019 d’INSEE Première (n° 1729) la croissance démographique des métropoles est réelle et s’accélère, notamment si l’on met de côté le cas particulier du Grand Paris (dont la croissance chute de moitié). Les métropoles régionales voient leur taux de croissance doubler entre 2011 et 2016 pour atteindre + 0,7% en moyenne annuelle (contre + 0,3% sur la période précédente). Les communautés d’agglomération ont des taux de croissance stables (+0,4%) entre les deux périodes. Les communautés de communes présentent le même taux de croissance que les agglomérations (+0,4%) en moyenne mais en baisse de moitié par rapport à la période précédente. Elles rassemblent un tiers de la population française.

Ces approches par catégories juridiques masquent en partie la diversité des trajectoires, la croissance démographique des communautés périurbaines restant forte même si elle tend à se tasser. En s’éloignant des métropoles, l’INSEE compare les intercommunalités par gradients qui révèlent l’érosion des taux de croissance démographique en fonction des distances. Au-delà d’une heure, cette croissance n’est plus en moyenne que de + 0,3% par an et devient quasi-nulle à plus de 90 mn. Les territoires à moins de 30 mn restent en revanche les espaces au plus fort dynamisme démographique, même s’il s’atténue par rapport à la période précédente. Ce constat peut sembler cohérent avec les moindres consommations foncières constatées depuis le tournant des années 2010, qui semblent indiquer un début de fléchissement des mouvements de périurbanisation.

La France en déprise démographique : un « Y » des Pyrénées au Cotentin et aux Ardennes

Le principal enseignement de la publication (et des analyses fines proposées à l’échelle des communautés) tient à l’élargissement des espaces en déprise. Alors que le recensement de 2011 avait montré une réduction sensible des territoires en baisse démographique globale, ceux-ci se multiplient à nouveau. Les départements qui perdent de la population repassent de 10 à 25. A l’échelle des intercommunalités, 35% d’entre elles ont perdu des habitants contre 17% sur la période précédente. Les cartes comparées des périodes 2011-2016 et 2006-2011 mettent en évidence l’extension inquiétante des territoires dits de la « diagonale du vide ». Il est même possible de parler désormais d’un « Y » qui, partant des Pyrénées, remonte vers le Massif central pour en englober la majeure partie et se sépare en deux branches ; l’une pointée vers la Normandie de l’intérieur jusqu’au Cotentin à l’Ouest, l’autre orientée vers les territoires ruraux du Grand Est (Haute Marne, Ardennes, Meuse, Vosges) en passant par la Bourgogne peu dense (Nièvre, Yonne). L’intensité de cette nouvelle décroissance démographique est très marquée dans la Nièvre, la Creuse, le Cher, la Marne et la Haute Marne mais aussi dans certains secteurs infra-départementaux (centre Bretagne, sud de la Savoie, Thiérache dans l’Aisne)

Les mouvements de polarisation démographique expliquent ces baisses de population du rural « éloigné » mais aussi notre « transition démographique » qui voit disparaître les effets du mini « baby-boom » des années 2000. Le taux de fécondité est retombé à 1,87 enfant par femme après avoir franchi le seuil symbolique des 2 enfants il y a quelques années. Les soldes naturels ne sont plus positifs que dans un nombre réduit de territoires, pour la plupart métropolitains. Les campagnes qui restent en croissance démographique globale le sont grâce à l’apport de nouvelles populations, via des soldes migratoires positifs, ce qui soulève l’enjeu de l’attractivité de ces territoires. Seules exceptions à cette tendance : certaines campagnes du Grand Est et des Hauts de France qui connaissent des soldes naturels positifs mais insuffisants pour compenser les soldes migratoires très déficitaires.

Outre-Mer, les dynamiques démographiques de la Réunion, de Mayotte et de Guyane, contrastent avec les baisses de population des Antilles qui se généralisent et s’accentuent.

La croissance des métropoles et de leur environnement proche n’est pas homogène. Le cas du Grand Paris est très spécifique mais confirme la perte d’attractivité du cœur dense de l’Ile-de-France. En termes de taux de croissance annuel, la métropole du Grand Paris passe de + 0,6% à + 0,3% (soit plus faible que la moyenne des communautés de communes !). En valeur absolue, cette croissance reste néanmoins de près de 19 000 personnes. Si on rapporte ces populations nouvelles à la superficie, la variation annuelle en valeur absolue (+ 23 par km2) s’avère importante, et même en seconde position derrière Lyon. Les approches en valeur absolue donnent ainsi une représentation très différente d’un calcul en taux. En taux de croissance, les métropoles les plus toniques sont celles de la façade atlantique, des axes de la Garonne et du Rhône (rythmes de croissance supérieures à 1). 

 

Référence :

Insee, Démographie des EPCI : la croissance se concentre dans et au plus près des métropoles, Vincent Vallès, service Recensement national de la population, Insee Première, N°1729

https://www.insee.fr/fr/statistiques/3694585

Partager
En savoir plus
Documents à télécharger Documents à
télécharger

Dernières
Actualités